Vivre avec les saints du Carmel

Sainte Famille (A) : Mt 2, 13-23

G. de La Tour - Adoration des bergers

Quelques jours après Noël, l’Église nous donne de fêter la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph : c’est pour nous l’occasion de tourner nos yeux et nos cœurs vers la famille humaine dans laquelle le Fils de Dieu est venu au monde. Bien sûr, la naissance de Jésus est un événement extraordinaire, qui n’a pas eu d’égal dans l’histoire de l’humanité et qui n’en aura jamais : comme nous le répétons chaque dimanche dans le Credo, "Par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme". Jésus est vraiment homme, et pourtant il n’a été conçu comme aucun autre homme, car il est aussi vraiment Dieu : il a été conçu du Saint-Esprit. Mais il a voulu prendre chair d’une mère humaine, et aussi se remettre entre les mains de celle-ci et entre les mains d’un père humain. Ce que cela nous révèle, c’est que Dieu ne fait pas les choses à moitié quand il vient nous rejoindre dans notre humanité : le Fils de Dieu a accepté de se faire petit enfant, le Verbe éternel a accepté de devoir apprendre à parler une langue humaine, la Sagesse éternelle a accepté d’être éduquée par un homme et une femme…

En contemplant les merveilles de l’abaissement de celui qui vient pour nous sauver, interrogeons-nous sur la façon dont nous l’accueillons dans notre existence. Jésus a voulu tout partager de notre existence, ses joies et ses faiblesses : lui remettons-nous tout ce qui fait notre vie, ce dont nous sommes fiers, mais aussi ce qui nous déplaît en nous ? Jésus est entré dans notre famille humaine : entrons, nous aussi, dans la sienne, en accueillant la Vierge Marie et Saint Joseph dans nos vies. Demandons à la Mère de Jésus, qui a mis au monde le Fils de Dieu dans la nuit de Bethléem, de l’enfanter aussi dans nos cœurs, chaque jour, pour que nous l’accueillions en vérité comme notre Sauveur. Demandons à Saint Joseph, qui a veillé sur la Sainte Famille et l’a protégée des dangers, de veiller aussi sur nos vies, de veiller sur la vie de Jésus en nous. Faisons de nos existences une maison de Nazareth, gardée par Maire et par Joseph : Jésus pourra y vivre, y grandir et accomplir jour après jour le mystère de salut qu’il est venu réaliser dans nos existences et dans le monde. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Madame Louise de France (1737-1787) était la dernière fille du roi Louis XV. Elle entra au Carmel de Saint-Denis à l’âge de 33 ans, sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin.
 
Des Méditations eucharistiques de Louise de France
 

Qu’un Prince puissant descendît de son trône, pour venir se confondre dans les derniers rangs de ses sujets, s’asseoir à leur table, partager leur indigence, et essayer de leur rendre le fardeau de la pauvreté plus supportable, en le portant avec eux ; quelles impressions profondes d’amour et de vénération laisserait dans tous les cœurs le spectacle ou le récit d’un tel héroïsme de générosité ! Pour être plus accoutumés aux prodiges de la miséricorde divine, devons-nous en être moins touchés ? Ah ! plutôt que de permettre, Seigneur, que je me rende jamais coupable d’une ingratitude aussi monstrueuse, donnez-moi de recueillir dans mon âme toute la reconnaissance que l’univers vous doit. Ce mystère d’un Dieu naissant, doit donc ranimer tout mon amour pour lui, servir de règle à ma charité pour le prochain, rectifier tous mes jugements et toute ma conduite sur ce qui fait la véritable grandeur, soutenir mon courage dans l’usage de la pénitence chrétienne, réveiller et confirmer toute ma confiance aux miséricordes si étendues, dont la crèche est la dépositaire.

Je demanderai donc avec un redoublement de ferveur, proportionné à tous mes besoins, ces heureux fruits de [Noël] ; je purifierai mon âme avec la plus exacte sincérité ; j’y ajouterai avec toutes les protestations de ma douleur, les promesses les plus sincères de ma fidélité future ; je réunirai tous mes désirs les plus ardents et les plus empressés pour attirer les grâces de ce divin enfant. Mille fois, je lui réitérerai ma consécration entière à son service, ma dépendance, ma gratitude et mon amour. Venez, lui dirai-je, venez auteur de tous les biens, répandez-les dans mon âme ; en la visitant, faites-lui goûter combien il est doux de vous aimer et d’être aimée de vous. Communiquez-moi ces saintes ardeurs dont le cœur de votre sainte mère était pénétré ; faites passer dans le mien ce feu céleste qui en consume toutes les froideurs ; remplissez-moi de cet esprit de foi, de cette fervente piété, qui accompagnaient ce saint Roi, mon Patron, à votre divin banquet ; qu’il n’y ait rien en moi qui ne se ressente de ces profonds hommages que vous rendirent à la crèche les esprits bienheureux dont elle était investie ; couronnez enfin, ô Dieu naissant ! tous vos bienfaits par cette paix que vous apportez à la terre ; qu’elle règne en moi, comme un gage de votre grâce et de votre clémence ; et qu’elle y persévère par la confiance de ma fidélité et de mon amour ! Le péché seul peut m’en priver. Ah ! Que jamais il ne trouble, il ne ravisse un trésor dont la possession m’est plus chère que tous les biens de ce monde, que ma vie même. C’est ô mon Jésus ! ce que je vous demande, et c’est ce que je ne cesserai de penser, et désirer jusqu’au dernier soupir ; il sera un soupir d’amour pour vous. Haut