La guérison intérieure : "Chemin, Vérité et Vie"
Jésus guérissant
1. "Je suis le Chemin"
  a. Le chemin de guérison intérieure, chemin de foi, chemin de la foi
  b. Jésus, chemin d’exemplarité
  c. La guérison intérieure passe par le chemin de la Croix
2. "Je suis la Vérité"
  a. La thérapeutique de la vérité
  b. Un aveugle peut-il guider un aveugle ?
3. "Je suis la Vie"
  a. "Demeurez en mon amour"
  b. "Nul ne va au Père que par moi"
  c. "A moins de naître d’eau et d’Esprit"
  d. "Va trouver tes frères"
4. Conclusion
Ce texte est extrait d'un ouvrage à venir. Toute reproduction, même partielle, est soumise à l'autorisation de son auteur. Ce texte renvoie aussi au livre "Qui donc va te guérir ? Aujourd'hui la guérison intérieure", Françoise Stutzmann, éd. des Béatitudes

Le but de l’exposé : légitimer le bien-fondé de la démarche de guérison intérieure aujourd'hui, en butte parfois à des critiques acerbes, à des protestations, tout simplement parce qu’elle se situe dans la ligne de l’enseignement et de l’activité de Jésus lui-même. Mais il est important d’être au clair sur les mots "guérison intérieure". Est-elle une vue de l’esprit, une préoccupation de nos mentalités contemporaines imprégnées de narcissisme, une culture moderne de la subjectivité ? Une pure et simple invention du Renouveau charismatique ?

Disons-le tout de suite, dans cette démarche il n’est ABSOLUMENT pas question de guérir la pathologie des maladies mentales, ni des maladies psychiques, ni de se substituer aux psys en faisant avec ceux pour qui nous prions ou ceux que nous accompagnons, de la psychothérapie de bazar pour laquelle nous ne sommes pas compétents en tant qu’équipiers de prière ou que simples accompagnateurs spirituels.

"Mon fils, quand tu es malade prie le Seigneur et il te guérira … Puis aie recours au médecin, car il y a des cas où la santé est entre leurs mains" (Si 38, 9+)

De même le psychanalyste, le psychothérapeute peuvent préparer les chemins de Dieu en débroussaillant le terrain, en donnant des clés de compréhension des mécanismes psychologiques, en favorisant des prises de conscience, mais ils n’interviendront pas directement, explicitement, au niveau qui nous intéresse, celui de la relation avec Dieu ; cela serait contraire à leur déontologie.

La guérison intérieure ne vise pas la perfection du psychisme, c’est une manière d’aller à Dieu, de s’exposer à Dieu, à partir de nos blessures, de nos difficultés psychologiques, mieux encore une manière de se laisser approcher par Jésus le bon Samaritain, car une conviction capitale domine pour nous, croyants en la Seigneurie du Christ sur toute chair et sur toute la chair : en cette matière, tout ne relève pas du seul effort de l’homme, accompagnateur, accompagné, ou spécialiste psy., de sa seule bonne volonté, de son seul doigté, de son seul art. Il est des zones ou des types de blessures nécessitant le besoin spécial d’une lumière et d’une guérison de l’Esprit Saint. Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Cela dit, comment pouvons-nous comprendre les deux mots "guérison intérieure" ? Une donnée incontournable : dans la Bible, on ne trouve pas l’association des deux termes "guérison intérieure". D’un côté, on entendra Jésus parler "de l’intérieur, du cœur de l’homme" (Mt 23, 25-28 ; Mc 7, 21-23 ; Lc 11 39-40), on rencontrera l’expression "homme intérieur" chez Saint Paul (Rm 7, 22 ; 2 Co 4, 16, et d’un autre côté on lira en de multiples endroits les mots de "guérison", "guérir les cœurs brisés", "guérir l’esprit abattu". Je crois qu’on peut donc dire que cet "intérieur" se réfère à deux champs spécifiques :

• d’une part celui de l’objet concerné : on cherchera à obtenir une guérison sous l’angle de la vie intime, intérieure, de chacun avec Dieu – de la manière "mauvaise" dont sont vécues les émotions, les blessures, les souffrances, les traumatismes, liés aux épreuves de la vie : "mauvaise" au sens où Jésus le premier parle des hommes de cette manière "si vous qui êtes mauvais …" (Mt 12, 34 ; Lc 11, 13). La démarche se situe au croisement de la vie psychologique et de la vie spirituelle, la perspective de cette dernière étant celle de la guérison de l’intérieur du cœur de l’homme (cf. Mc 7 par ex.).
• d’autre part celui de l’Acteur principal concerné, le Seigneur, en référence à la Parole de notre Dieu qui affirme de lui-même qu’il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures (Ps 146). On priera Dieu de consoler et de prodiguer ses soins dans le domaine de cet "intérieur" qu’il connaît pour l’avoir façonné [1] et être seul capable de le scruter en ses plus grandes profondeurs, à savoir : les blessures de la mémoire, y compris la mémoire sensorielle ; l’abattement de l’esprit en manque de sens, de justice, de vérité ; les brisures du cœur – souffrances de l’amour manquant, carencé, trahi ; douleurs de l’abandon, de la solitude, de la vieillesse, etc., c'est-à-dire toutes les sortes de souffrances morales, affectives, existentielles.

Penchons-nous à présent sur la Bonne Nouvelle apportée par notre Seigneur Jésus Christ. Avec l’Annonciation vient, dans l’Histoire du Salut, le moment favorable où, les temps étant accomplis, le Seigneur fait savoir que "dans toutes [les] détresses [des hommes], ce n’est pas un délégué ni un messager, c’est [Lui] en personne qui [vient les sauver] : dans son amour et dans sa compassion, c’est lui-même qui [vient les racheter]." (Is 63, 9).

Attendu en tant que la consolation d’Israël (Lc 2, 25) par les sages vieillards Anne et Syméon, Jésus le Messie vient visiter et consoler son peuple. Sa mission est toute entière contenue dans son nom "Ieschouah", "Dieu sauve" [2]. La guérison est pleinement un acte du salut, elle concerne indifféremment les trois dimensions (en interdépendance) qui constituent l’être humain : physique, psychique, et spirituelle. Il vient guérir l’homme tout entier précise-t-il (Jn 7, 23). Aussi Jésus n’est-il pas étonné qu’on puisse lui décerner le titre de "médecin" par le détour d’un proverbe, même si c’est par une ironie malveillante, et il ne récuse pas cette appellation. "Sans doute vous m'appliquerez ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même" (Lc 4, 23). Une autre fois, il comparera son activité auprès des publicains et des pécheurs à celle du médecin [3] en faveur des mal-portants (Mt 9, 12-13 ; Lc 5, 31-32). Sa prédication et ses actes révèlent le sens plénier du nom de Dieu communiqué à Moïse en Ex 15, 26 : "Dieu qui guérit". "Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir." (Mt 5, 17).

Si dans l’Ancien Testament, nombre de récits bibliques manifestent à quel point notre vie relationnelle et la vie intime de notre cœur (volonté, liberté, responsabilité, décisions) ne sont pas étrangères à Dieu, nous allons recevoir de "Ieschouah" – le chemin, la vérité et la vie (Jn 14, 6) – la confirmation que la guérison intérieure est en Lui, par Lui, avec Lui, un chemin vers Dieu notre Père, un chemin de vérité, et une promesse de vie en abondance. Haut

1. "Je suis le Chemin"
a - Le chemin de guérison intérieure, chemin de foi, chemin de la foi

D’un bout à l’autre de son existence, Jésus est en chemin : chemin de sa descente du sein du Père dans celui de Marie, puis durant le temps de sa gestation en Marie chemin de Nazareth à chez Elisabeth, puis pour sa naissance, de Nazareth à Bethléem, de Bethléem en Égypte, de l’Égypte à Nazareth. Chemin de sa descente dans les pauvretés de la condition humaine : il a connu par Marie et Joseph, dès le début de sa vie, la précarité de l’existence des réfugiés, des exilés, des immigrés, des SDF, les refus de l’hospitalité, l’angoisse de la persécution par Hérode et ses soldats, avec tout ce que cela comporte de conséquences matérielles, affectives, culturelles, sociales. À partir du début de sa vie publique, Jésus ne cessera plus d’arpenter les chemins de la Galilée de la Judée, de la Samarie, les rives du Jourdain, poursuivant sa descente dans les pauvretés des hommes, côtoyant à longueur de journées les foules des ignorants et des malades de tout poil. Chemin faisant, au cours de sa traversée des villes et des villages, Jésus prend le temps de s’arrêter pour faire toutes sortes de guérisons. Si les savants et les hauts dignitaires jalousent et cherchent à prendre au piège le maître des guérisons, s’ils l’accusent d’agir par Belzébul, s’ils veulent le tuer pour oser accomplir des guérisons en plein sabbat, la foule s’émerveille, quant à elle, devant sa puissance, elle rend gloire au Dieu d’Israël sur son passage.

"Tous ses adversaires étaient remplis de confusion, tandis que toute la foule était dans la joie de toutes les choses magnifiques qui arrivaient par lui." (Lc 13, 17).

En vivant constamment au milieu des petites gens – majoritairement des pauvres –, en se préoccupant jour après jour de leur santé, de leur salut, de leur formation, en ne négligeant aucun village, aucune bourgade, en se dépensant sans compter à leur service au point de ne pas avoir, avec ses disciples, le temps de prendre son repas ou au point de s’endormir dans une barque, tellement écrasé de fatigue qu’il ne ressent pas tout de suite la tempête qui éclate, Jésus manifeste combien leurs maladies, leurs tourments, leurs soucis, comptent aux yeux de Dieu, l’intéressent, que rien ne le rebute, que rien n’est sans importance pour lui de leur vie quotidienne, et cela même est, en soi, une guérison de leur effacement social, de leur manque de respectabilité, de leur ignorance. Les humiliés de toute sorte, des maudits (Jn 7, 49) pour les scribes, pour les docteurs de la Loi, deviennent objet du regard attentif du Seigneur, qui les relève de leur abaissement, ainsi la veuve méprisée tant elle est indigente, mais admirée par lui, car elle donne de son nécessaire (Lc 21, 1-4).

On se doute que chaque guérison d’ordre physique est en même temps une guérison intérieure : de la souffrance dans les relations familiales atteintes de plein fouet par la survenue du handicap ou de la maladie chez un membre de la famille, des blessures de l’image de soi, de la honte, des moqueries et des rejets divers auxquels donnent lieu les accidents de santé (la lèpre, les hémorragies, excluent de la vie sociale ceux qui en souffrent : cf. Mt 8, 4 ; Lc 8, 43-48 ; un aveugle-né est contraint à gagner sa vie en mendiant : Mc 10, 46, id. Bartimée l’aveugle de Jéricho ou l’aveugle-né : Jn 9). Les parents sont inquiets, souffrent de voir leur enfant aller mal (la syrophénicienne à la fille tourmentée par un esprit impur, le père de l’enfant épileptique) : Jésus est saisi de pitié autant pour eux que pour leurs enfants, aussi en guérissant leurs enfants ce sont leurs cœurs brisés qu’il vient consoler. Il ne résiste pas à la brisure du cœur des pères affrontés à la mort de leur enfant (à Cana, le fonctionnaire royal ; la fille de Jaïre) Ou bien encore, Jésus discerne une origine spirituelle dans les maladies et infirmités (dans le dos en piteux état d’une femme courbée : Lc 13, 17 ; chez le paralytique de Capharnaüm ;chez le grabataire de la piscine de Siloë), en ce cas il délivre, si besoin, de l’esprit qui a provoqué la maladie, ou il indique la signification spirituelle de la guérison accordée : le pardon des péchés. L’épisode de l’homme à la main desséchée par ex. est extrêmement clair sur ce point : la question de Jésus laisse entendre que la main sèche de l’homme a à voir avec le salut de l’âme : "est-il permis le jour du sabbat de sauver une vie … ?" (Mc 3, 4)

Le Christ et la pécheresse

Jésus guérit les pécheurs non seulement en leur pardonnant leurs péchés, mais en les rendant capables du meilleur dès sa rencontre avec eux, en restaurant en public leur image aux yeux d’autrui et à leurs propres yeux, en les guérissant par conséquent des blessures du jugement d’autrui. Il les relève dans le sentiment de leur dignité : ainsi en est-il avec la Samaritaine avec qui il converse tout-à-fait librement, longuement même (Jn 4), ou avec la femme adultère en Jn 8 ; si Zachée (Lc 19) est regardé de haut comme un pécheur (v. 7) par ses concitoyens, Jésus le regarde en souriant, avec bienveillance, tout à la joie de voir ce petit homme se précipiter en bas de son sycomore, faire table ouverte pour lui et ouvrir sa bourse, rendant quatre fois plus qu’il n’a pris. Avec la femme pécheresse, une femme publique, qui brave les regards de désapprobation, les haut-le-cœur des convives au repas chez Simon le lépreux. Cette scène si étonnante, si bouleversante du lavement des pieds du Créateur par sa créature fait comprendre jusqu'à quelles profondeurs Jésus lave les pieds de l’humanité au soir de sa Pâque.

À suivre Jésus sur ses chemins, le disciple d’aujourd'hui qui veut s’engager à sa suite sans savoir peut-être "[qu’il est] malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu" (Ap 3, 16), devine qu’il sera probablement amené à ralentir le rythme de sa marche pour donner à Jésus le temps de le guérir. Étape normale, obligée, sur le chemin de la foi, chemin de croissance, pour avancer plus loin "les yeux fixés sur Jésus", et pour pouvoir l’accompagner d’un pas plus assuré et plus vaillant, lorsqu’il reprend la route, afin d’évangéliser le maximum de régions, de personnes. Comme l’ont fait les femmes que Jésus a guéries dans leur corps, dans leur psychisme, dans leur âme : de combien de blessures a souffert Marie la Magdaléenne – et de quelle nature, de quelle gravité, ouvrant quelles brèches ? – pour que Jésus doive la délivrer de sept esprits ! (Lc 8, 1-3).

À l’instar de ce qu’il fut pour un Zachée, un Jaïre, une Marie-Madeleine, la Samaritaine, le chemin de guérison intérieure sera un chemin de foi, une invitation à la foi sans faille, sans incrédulité, en la miséricorde du Seigneur. Il faudra au disciple faire comme Nicodème : oublier son savoir sur Dieu, accueillir la guérison de l’intellect, du mental, du savoir/barrage à la révélation des choses d’en-haut, accueillir la révélation de l’amour du Père dans le don de son fils. C’est un chemin de maturité progressive, comme le révèle l’épisode de la guérison de l’aveugle de Bethsaïde (Mc 8, 22ss) en deux étapes, deux touchers de Jésus, non parce qu’il y aurait eu un raté mais parce que Celui qui fait bien toutes choses (Mc 8, 37) agit avec pédagogie, la répétition de son geste nous faisant comprendre que certaines guérisons nécessitent du temps pour être confirmées. Il faut sortir de l’univers familier caractérisé par une foi infirme, sortir de la cécité morale, spirituelle, pour accéder à la claire vision du chemin de foi, poursuivre sa vie en repartant par un autre chemin (8, 23.26), en adoptant de nouveaux comportements, de nouvelles mentalités, de nouvelles pensées, peut-être même quitter ses anciennes relations dangereuses. Mais, au bout, se trouve la paix du cœur, la paix de l’âme, grâce à la rencontre intime avec le Seigneur : "Ma fille, ta foi t’a sauvée, va en paix." (Lc 8, 48) Haut

b - Jésus, chemin d’exemplarité

Sur ce chemin caillouteux, malaisé de la guérison intérieure parce qu’il oblige à retourner en arrière sur les lieux de souffrance, à visiter les places fortes de nos mécanismes de défense, à oser repasser par des carrefours où l’on a choisi de mauvaises routes, qui sait ?, – Jésus est chemin d’exemplarité.
D’une part, comme modèle de ce que sont des structures psychoaffectives saines. Prenons quelques exemples :
– Sa relation avec ses parents est parfaitement ajustée, faite d’une obéissance libre et d’une distance préservant son intimité : nulle fusion, nulle emprise. Il est à sa place et met chacun de ses parents à leur juste place cf. Lc 2, 41-51, et en particulier les versets 48-49.51 :

"Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. Et il leur dit : "pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ?" … il redescendit avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis."

À plusieurs reprises, les évangiles nous signalent sa liberté face à sa mère, sainte femme s’il en est, la comblée de grâce ! Ainsi en est-il lors des noces de Cana, où il est sollicité par sa mère. "Femme que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue !" (Jn 2, 4) S’il intervient pour accomplir son premier miracle, c’est librement, consultant son Père dans le secret de son cœur puisqu’il dit, plus tard, que "le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu'il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement." (Jn 5, 19). Il ne voit en sa mère, ici, que le canal de la volonté du Père lui notifiant que son Heure n’est plus si lointaine que cela. Nous avons aussi cet autre épisode restituant une scène et une parole de Jésus pas si faciles à vivre, humainement parlant, pour une maman aussi affectueuse et tendre, proche de son Fils, que l’était Marie, toute sainte qu’elle était.

"Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent. Et il répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout autour de lui : Voici, dit-il, ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère." (Mc 3, 32-35)

– Ses relations avec ses apôtres et ses disciples n’emprisonnent pas ceux qui l’admirent, elles sont empreintes d’un respect immense, d’une grande liberté : après le discours sur le pain de vie, nous dit Jean :

"beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui. Jésus dit alors aux Douze : "Voulez-vous partir, vous aussi ?" (Jn 6, 66-67).

Il n’exerce pas une autorité abusive sur eux, et même lorsqu’il s’étonne de leurs incompréhensions, c’est sans mépris pour leur ignorance, avec une patience infinie. Dans le même chapitre 6, Jean note une remarque de Jésus qui ne laisse pas de nous faire songeurs : "Mais il en est parmi vous qui ne croient pas." Jésus savait en effet dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait. (…) "N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze ? Et l'un d'entre vous est un démon." (Jn 6, 64.70) Chez n’importe lequel d’entre nous, une telle pré-science suffirait à nous faire avoir des relations hautement conflictuelles, en tout cas toujours tendues, agressives, avec ce traître en puissance, nous chercherions à le faire se démasquer, nous l’expulserions du groupe, nous ne l’aimerions plus. Rien de tout cela chez Jésus : au contraire, un détachement total lui permettant de continuer à aimer jusqu''au bout celui qu’il a choisi avec confiance, dans la prière toute une nuit.
– Ses relations avec les femmes sont parfaitement équilibrées, justes, sans ambiguïté.
– Jésus est libre à l’égard des honneurs, du pouvoir sur les foules : sa fuite lorsqu’on cherche à le faire roi montre combien il refuse tout ce qui travestirait son identité et sa mission. Jésus se connaît, il sait d’où il vient, il sait où il va. Nul autre que lui ne se possède ainsi pleinement, sans nul besoin de reconnaissance sociale, "la gloire qu’il tient de son père" lui suffit, il n’a pas besoin de celle qui viendrait des hommes.
– Unifié, il est allie à la perfection la vie contemplative, en solitude durant de longues heures de prière nocturnes, et la vie active dans la compagnie permanente de ses apôtres, disciples, amis, des foules et … de ses adversaires.
– Enfin, il aime, "jusqu'au bout" (Jn 13, 1), sans réserve, car rien n’altère sa capacité oblative qu’il déploie à l’extrême. Son corps et son sang, son cœur, sa vie, sa joie, sa paix, son Père, l’Esprit, les secrets de sa vie trinitaire, sa Mère. TOUT, Il DONNE TOUT.

Chemin d’exemplarité, Jésus l’est d’autre part comme modèle de sainteté dans les blessures.
– Souvent dans les confrontations avec des adversaires qui guettent la faute, qui tendent des pièges, qui harcèlent, qui espionnent, qui posent des questions avec duplicité, l’attitude de Jésus est une vraie leçon de communication : esquive, réserve polie, fin de non recevoir, dénonciation du mal sans fard. Cf "par quelle autorité fais-tu cela ? … moi non plus je ne vous dirai pas…"
– Id. Au cours de sa Passion, pendant l’interrogatoire du grand-prêtre. Jésus est alors dans la peau du prisonnier livré sans ménagement au bon vouloir de ses gardes, il est un accusé perdu d’avance, un homme fichu, un moins que rien. Rien de tout cela ne l’affecte et n’altère sa dignité, il continue à dialoguer avec autorité, en homme libre, soucieux de voir respecter son droit à la défense, attaché à la clarification, à l’objectivité des faits et des mots, il communique posément, maître de lui, en égal de son interlocuteur et en égal de son agresseur, les renvoyant chacun à la vérité des mots et des faits.

"Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. Jésus lui répondit : «J'ai parlé ouvertement au monde ; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s'assemblent, et je n'ai rien dit en secret. Pourquoi est-ce moi que tu interroges ? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui m'ont écouté: ils savent bien ce que j'ai dit»." A ces mots, l'un des gardes, qui se tenait là, donna une gifle à Jésus en disant : "C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ?" Jésus lui répondit : "Si j'ai mal parlé, montre en quoi; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?» (Jn 18, 20-23)

– Affronté à la violence, Jésus ne se débat pas, ne se défend pas et refuse l’aide des armes (Pierre et son épée). Il se maîtrise totalement. "Injurié, [il] ne rendait point d'injures, maltraité, [il] ne faisait point de menace…" (1 P 2, 23)
– En dépit de la "blessure" immense de la trahison de Judas et du mensonge de son baiser, par une miséricorde inconcevable pour nous, il maintiendra le lien d’amour avec celui qui fut trois années durant son compagnon de route et de vie en le qualifiant pour la dernière fois d’ami :

"Celui qui le livrait leur avait donné ce signe : Celui que je baiserai, c'est lui ; saisissez-le. Aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit : Salut, Rabbi ! Et il le baisa. Jésus lui dit : Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le." (Mt 26, 48-50)

– Enfin, sur la croix, il implore le pardon pour ses juges, ses bourreaux, pour ceux qui l’ont lâché, qui ont menti, porté de faux témoignages … le pardon pour ces "ils" qui "ne savent pas ce qu’ils font" au long des générations, des siècles… Haut

c - La guérison intérieure passe par le chemin de la Croix

Jésus rencontre les gens sur la route, sur les places publiques, dans les repas. Il les regarde attentivement d’un œil aigu auquel rien n’échappe, qui pénètre les cœurs jusqu’à l’intime, il impose les mains, il touche les corps, il dialogue familièrement, il enseigne. Mais cela ne lui suffit pas pour manifester l’extrême de son amour et de sa puissance de guérison et de salut. Il est réservé à Jésus, l’œuvre que nul autre ne pouvait accomplir que Dieu, celle de se faire de l’intérieur le remède et la guérison (cf. Jr 33, 6) des cœurs meurtris et des âmes blessées.

Il lui faut vivre les blessures souffertes par les hommes jusqu’au sang versé, afin que nul ne puisse se dire que Jésus n’a pas su ce que sont la souffrance, la peur, l’angoisse, les tentations éprouvées lorsqu’on est blessé à mort par l’indifférence, par l’incompréhension, par l’ingratitude, par le rejet, par l’injustice , par la calomnie, par les humiliations, par la violence, par la haine, par la trahison, par l’abandon, et j’en passe. Il est blessé de nos blessures dit le Prophète Isaïe, et dans ses plaies nous trouvons la guérison. Jésus a donc fait par lui-même l’expérience du chemin de croix en communion avec et pour ses frères, les hommes de tous les temps, de tous les pays, mais il l’a fait en homme-Dieu, demeurant tourné vers le Père, ne renonçant pas à aimer ses frères, choisissant la fidélité au Père qui paraît l’abandonner, et choisissant la fidélité au commandement de l’amour donné à ses disciples :

Le Christ bénissant"Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent." (Mt 5, 43-44)
"Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn 13, 34)

Il fait ce qu’il demande de faire, pratiquer la miséricorde c'est-à-dire aller au-delà de la simple justice de réciprocité: prêter sans rien attendre de retour. Aussi, crucifié, il pardonne avant même que qui que ce soit demande pardon.

"Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l'équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour. …" (Lc 6, 34-35)

Ses larmes de sang au jardin de Gethsémani vont se mêler à celles qui coulent sur les visages, les lavant de leurs angoisses de solitude, d’abandon et de mort.

"Il ne néglige pas la supplication de l'orphelin, ni de la veuve qui épanche ses plaintes. Les larmes de la veuve ne coulent-elles pas sur ses joues ?" (Si 35, 17)

Arrêté comme un brigand, il recolle l’oreille d’un serviteur du grand-prêtre présent à cette scène, coupée par le glaive inutile et dérisoire de Pierre. Crucifié devant qui on se moque et hoche la tête, il prie le Père de pardonner et promet le Paradis à son compagnon de supplice qui ose y croire. Mort, de son cœur transpercé par une lance qui outrage son cadavre, il donne la vie, par l’eau et le sang qui en jaillissent, coulant éternellement et purifiant, régénérant, guérissant, ceux qui viennent s’y abreuver, s’y laver, s’y immerger :

"Voici, je donnerai la guérison et la santé, je les guérirai, et je leur ouvrirai une source abondante de paix et de fidélité." (Jr 33, 6 trad. Segond)
"Il me montra un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'agneau. Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations." (Ap 22, 1-2)

Nos blessures sont, pour la plupart, des blessures dues à des défauts, à des déficiences, à des carences d’amour, aussi le chemin de guérison intérieure ne peut absolument pas éviter le chemin de croix de Jésus, car ce chemin est LE chemin de guérison par excellence, chemin de vie, chemin de résurrection, parce qu’il est LE chemin de l’amour blessé plus fort que la mort.

"Car l'amour est fort comme la Mort, la passion inflexible comme le Shéol. Ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé. Les grandes eaux ne pourront éteindre l'amour, ni les fleuves le submerger." (Ct 8, 6-7)

Comme Thomas bouleversé par l’invitation de Jésus à refaire le trajet de ses blessures dans les trous de ses plaies, spécialement celle du cœur, comme Thomas guéri par la vue et le toucher de ces mêmes plaies, sur le chemin de guérison intérieure, il nous faudra affronter à notre tour le trajet des blessures infligées à Jésus pour notre guérison et notre salut, le trajet de nos blessures personnelles assumées par Jésus. La contemplation de cet amour fou de Dieu, de sa Passion d’amour, pour le pauvre homme que je suis, sera notre guérison.

"Le Seigneur m’a aimé, il s’est livré pour moi, il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime."
Un fondement scripturaire, théologique, à la guérison de la mémoire sensorielle ?

Les tortures subies par le corps de Jésus ont fait de ce corps dégoulinant de sang, aux chairs meurtries, boursouflées, un spectacle traumatisant au point de priver ce corps de son appartenance à l’humanité, d’une certaine manière, puisqu’il est dit de lui que :

"les foules ont été saisies d’épouvante à sa vue ... à ce point détruite, son apparence n'était plus celle d'un homme, et il n’avait plus figure humaine … sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits" (Is 52, 14-15 ; 53, 2)
...

On ne reconnaît plus en lui le "héros" du peuple capable de multiplier les pains, de ressusciter les morts, de guérir les malades et les infirmes, de délivrer les démoniaques. Or, dans le processus de dénouement du nœud de la blessure du regard liée à la défiguration du Crucifié ver et non point homme, le même signe de non reconnaissance est affecté à la vision du corps glorieux du Christ ressuscité : "quand ils le virent, ils se prosternèrent ; d’aucuns cependant doutèrent." (Mt 28, 17) ; tous ne le perçoivent pas de la même manière lorsqu’il apparaît : "il se manifesta sous d’autres traits à deux d’entre eux qui étaient en chemin …" (Mc 16, 12) ; les yeux de deux des disciples "sont empêchés de le reconnaître" (Lc 24, 16) ; les Onze et leurs compagnons, en présence du corps du Christ ressuscité, saisis de frayeur et de crainte, "croyaient voir un esprit" au point d’éprouver des doutes (Lc 24, 37-38), et Jésus les invite à reconnaître de manière sensible, "sensorielle" la réalité de sa chair ressuscitée : "voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ! Jésus et Thomas Palpez-moi…" (cf. Lc 24, 39-40) ; Marie-Madeleine, cette passionnée du Seigneur, malgré tout son amour pour lui, tarde tout autant à le reconnaître, "le prenant d’abord pour le jardinier" (Jn 20, 15), et Thomas veut voir et toucher du doigt la marque des clous, pour vérifier l’identité de l’Apparition. Enfin, au bord du lac de Tibériade, il faut un petit laps de temps même au disciple que Jésus aimait (Jn 21, 7), le plus aimant de tous ces compagnons, pour reconnaître en cet homme qui les hèle du rivage le Seigneur. Certes, c’est le mystère de notre foi que celui de la résurrection de Jésus en sa chair, mais pour nous qui nous intéressons au mystère des œuvres du Seigneur sous l’angle de la guérison intérieure, en particulier telle que les charismatiques permettent de la vivre, cette non reconnaissance immédiate de son corps ressuscité nous est un enseignement.

Certaines blessures d’ordre psycho-affectif ont fragilisé nos sens, certains traumatismes sont inscrits au niveau cénesthésique, du fait des émotions – d’une violence parfois insoutenable – associées lors des circonstances où elles se sont produites, à tel ou tel de nos sens, voire à nos cinq sens. Aussi arrive-t-il que des odeurs, des parfums, des choses vues, des sons perçus, en ravivant cette mémoire sensorielle inconsciente ravivent la blessure passée qui était associée jadis à l’activité sensorielle principale au moment de l’événement. La résurrection du Christ Jésus confirme de ce point de vue, entre autres mystères et bienfaits, l’authenticité de notre quête de guérison de la mémoire sensorielle. Le fait même que les disciples n’associent pas à l’épouvante, à l’horreur du Vendredi Saint, la vue du corps du Christ ressuscité, le fait qu’ils croient si peu à la réalité charnelle de ce corps qu’ils en ressentent de la frayeur comme à l’apparition d’un esprit, signifie qu’il va être possible de contempler la croix du Christ jusqu’au terme auquel elle conduit, sans demeurer soi-même figé dans l’épouvante. Par delà, cela manifeste qu’on va soi-même pouvoir se représenter, "penser", l’événement traumatisant qu’on a pu vivre en le déconnectant de son ancrage émotionnel sensoriel, "penser" et donc se distancer de lui, parce que la guérison intérieure reçue va affecter également cet archivage sensoriel de nos traumatismes. Un jour il devient possible de se souvenir jusque dans ses détails circonstanciels, de la scène traumatisante. Il est des guérisons intérieures qui ne produiront tout leur effet que si elles sont accompagnées par cette guérison très particulière (cf. "Qui donc va te guérir ?", § Guérison intérieure, pardon et guérison de la mémoire sensorielle). Haut

2. "Je suis la Vérité"
a - La thérapeutique de la vérité

Aimant, Jésus l’est, certes. Miséricordieux, Jésus l’est de certitude indubitable. Doux et humble Jésus l’est, assurément. Mais ce serait une erreur de penser qu’en raison de ces qualités, Jésus prête le flanc à des accusations de mollesse, d’indulgence tiède. Son chemin est un chemin de vérité, sans compromis avec le Mal, sans complicité avec le mensonge. Lui, le Véridique comme dit Jean (7, 18), pose avec fermeté l’exigence de la vérité à faire et à dire. C’est elle, en effet, qui libère le cœur et l’esprit. "Si vous demeurez dans ma parole … vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera" (Jn 8, 31-32)

• La parole de vérité

La quête de vérité est en soi thérapeutique, car elle fait advenir la lumière (cf. Jn 3, 21). L’un des outils privilégiés pour notre recherche orientée dans cette dimension spirituelle est la Parole de Dieu, parole de vérité qui illumine et guérit TOUT (Sg 16, 12), c'est-à-dire l’intelligence, la mémoire, l’affectivité, le cœur (au sens biblique de volonté, lieu de discernement et de décision, lieu de relation avec Dieu). Jésus ne dit-il pas à ses apôtres au soir de sa vie, qu’ils sont déjà purifiés grâce à la Parole (Jn 15, 3) ? Entre autres, la Vérité guérit l’intelligence malade, blessée par les vains raisonnements, par la suffisance et l’orgueil et par le péché d’incrédulité.

Dans les récits bibliques, les attitudes et comportements de leurs acteurs, les commentaires des narrateurs, mais aussi tous les autres textes, sont comme des scripts que l’on peut utiliser à la manière de scenarii de vie pour relire nos propres vies ; "ces choses sont arrivées pour nous servir d'exemples. (…) elles ont été écrites pour notre instruction" (1 Co 10, 6.11) Le même Esprit Saint qui les a inspirées nous inspire quand nous les lisons pour nous amener à la vérité de notre histoire sainte. Pensons à ce moment solennel et magnifique, moment de grâce véritable, de la lecture de la Loi [4] au temps de Néhémie : la lecture de la Loi ne guérit-elle pas tous les cœurs en leur représentant la révélation de l’amour indéfectible de Dieu pour son peuple, malgré ses infidélités, malgré ses ingratitudes ; leurs larmes ne sont-elles pas des larmes tout à la fois d’émotion, de repentir, de consolation, de joie ; bienheureuses larmes ("bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés"), savoureuses larmes de l’Esprit Saint, douce rosée qui pénètre jusqu’au fond des cœurs, pour les purifier, guérir, désaltérer, rafraîchir, ranimer, l’eau c’est la vie ! La Parole de Dieu guérit parce qu’elle est "Esprit et VIE" (Jn 6, 63).

• La chirurgie

C’est une vérité d’évidence pas toujours aveuglante, loin s’en faut, que la victime d’une blessure n’est pas innocente, seul Jésus est innocent du Mal. On voit, avec les personnages des récits bibliques (Caïn, Esaü, Saül, Absalon, pour ne citer qu’eux), des exemples de blessures s’infectant gravement. Jalousie, rancune, vengeance, haine, violence sont les fruits amers des blessures gangrenées. Il faut éradiquer ces racines nuisibles pour rétablir la santé de la vie psychique et spirituelle car elles finissent par contaminer tout l’être, par tout pervertir : l’intelligence, le regard porté sur les autres et sur les événements, les situations, les relations, la saine communication. Blessés nous avons refusé de pardonner à celui qui nous a blessés ; blessés, nous avons, nous aussi, blessé. Faire la vérité, ce sera le reconnaître, et entrer dans une démarche de pardon : pardon à donner, pardon à demander.

Ou, telle de nos blessures a créé un lien avec un esprit de mort, de mensonge, de peur, de tristesse, de domination, de luxure, de séduction, de convoitise ; ou nous a poussés à des pratiques occultes. Il nous faudra donc exercer notre discernement pour faire le partage dans nos réactions entre ce qui en nous relève d’abord de la douleur légitime liée à la blessure, ensuite du péché que cette blessure a pu nous faire commettre ; du lien, aussi, avec tel ou tel esprit à identifier qui se repère généralement par un blocage psychologique et spirituel alors même qu’on a apparemment "tout fait" pour s’en sortir, outre une psychothérapie : vie spirituelle régulière, lecture assidue de la Parole de Dieu, fréquentation de groupes chrétiens, vie saine etc. Faire la vérité en acceptant de reconnaître que nous puissions être liés sans l’avoir nécessairement voulu, être sous l’influence d’un esprit mauvais auquel nous avons – plus ou moins consciemment – ouvert la porte, ne va pas de soi, mais c’est cependant l’unique issue de secours. Il nous faudra y renoncer explicitement, sous peine de retomber sous sa coupe, et il nous faut laisser Jésus nous en libérer. "Si donc le Fils vous libère, vous serez réellement libres." (Jn 8, 36) La prière de délivrance est la chirurgie de la démarche de guérison intérieure !

En certains passages de Matthieu et de Luc, le même verbe grec (therapeueîn = prendre soin ; soigner, donner des soins médicaux) s’applique aux malades et aux personnes délivrées par Jésus (Mt 4, 24 ; 12, 22, Lc 6, 18 ; 7, 21 ; Ac 5, 16). Il est à noter que Jésus donne pour 1ère mission et 1er pouvoir à ses disciples la libération des esprits, avant même le don de guérison, tant il importe à Jésus que les cœurs – lieu de communion ou de division avec Dieu et entre les hommes – soient guéris/délivrés/sauvés. Mt 10, 1 "Ayant appelé à lui ses douze disciples, Jésus leur donna pouvoir sur les esprits impurs, de façon à les expulser et à guérir toute maladie et toute langueur." Mc 16, 17-18 : "Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades, seront guéris." Haut

b - Se faire accompagner "Un aveugle peut-il guider un aveugle ?"

La démarche de guérison intérieure est un état d’éveil attentif, sous le regard de Dieu, aux mouvements du cœur, aux émotions, qui nous habitent, à nos réactions et comportements, afin de les soumettre de plus en plus à l’emprise de l’Esprit du Christ [5], c’est ce qui la différencie de l’introspection pure et simple. Jésus a pratiqué la vigilance à ces mouvements intérieurs, qu’il recommande, tant pour lui-même que pour ceux qui l’entourent : on le voit frémir sous l’action du Saint Esprit (Lc 10, 21 : il tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint), se troubler (Jn 11, 33. 38 : "il frémit en son esprit et se troubla" id. 12, 27 ; 13, 21), discerner ce qui se passe en l’autre (Mc 2, 8 : "Jésus, ayant aussitôt connu par son esprit ce qu'ils pensaient au dedans d'eux, leur dit : Pourquoi avez-vous de telles pensées dans vos cœurs ?", cf. Lc 5, 22 ; 6, 8 ; 9, 47 ; 11, 17 ; 24, 38). Le chemin de guérison intérieure s’effectue d’autant plus dans la vérité qu’il est encadré par deux accompagnateurs, l’Esprit Saint, et un frère.

• L’accompagnement par le Saint Esprit

L’Esprit Saint est le Maître intérieur, que le Seigneur nous donne pour nous instruire et nous guider dans le secret, Esprit de lumière, Esprit de pureté, chargé de nous conduire à la vérité toute entière (Jn 16, 13). "(…) puisque son onction vous instruit de tout, qu'elle est véridique, non mensongère, comme elle vous a instruits, demeurez en lui." (1 Jn 2, 27) Esprit de force qui nous donne la force d’accepter le dévoilement de la vérité toute entière sur certaines épouvantables meurtrissures et qui nous accompagne lors de notre descente "de Jérusalem à Jéricho" vers le lieu où nous gisons "dépouillés et roués de coups, à demi morts" (Lc 10, 30), nous y console, C’est aussi Lui l’huile d’allégresse (Ps 45), l’huile de la guérison (Mc 6,13 : "ils oignaient d'huile beaucoup de malades et les guérissaient ; Jc 5,14 : "Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les anciens de l'Église, et que les anciens prient pour lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur"), huile qui adoucit et soigne toutes les blessures (cf. Es 1, 6 ; Ez 16, 9 : "Je te lavai dans l'eau, je fis disparaître le sang qui était sur toi, et je t'oignis avec de l'huile." ; Lc 10, 34, parabole du bon Samaritain) C’est Lui, enfin, l’Esprit de Vérité qui convainc notre cœur de péché en nous découvrant le pus de nos blessures. Ps 16, 7 : "Même la nuit mon cœur m’avertit" ; Ps 51, 8. 12 : "Tu veux que la vérité soit au fond du cœur : fais donc pénétrer la sagesse au dedans de moi. Crée en moi un cœur pur."

• L’accompagnement par un frère

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom "Je Suis la Vérité" au milieu d’eux." Le livre de Tobie expose la procédure à suivre, si l’on peut dire, dans une démarche d’accompagnement dans la guérison intérieure : prise de conscience des blessures, impasse (l’envie de mourir), prière de supplication pour s’en sortir, recherche d’un accompagnateur sur le chemin vers la guérison, discernement des causes exactes du mal-être et des remèdes appropriés aux cas en présence, prière de guérison, action de grâces et louange.

Avec Jésus, c’est à une séance d’accompagnement qu’on assiste carrément, sur la route de Jérusalem à Emmaüs, en Lc 24. Tiens, tiens, nous voici une fois encore en chemin. Il est patent que nos deux compagnons, Cleophas et son copain, ont bien besoin d’une guérison intérieure : de leur cœur en proie au chagrin d’avoir perdu un être cher qu’ils admiraient profondément ; de leur mémoire endolorie par ce qu’ils ont vu, le corps atrocement supplicié du Maître qu’ils vénéraient ; de leur esprit abattu par l’incompréhension de l’événement traumatisant et inconcevable qui s’est passé avec la mort en croix de Jésus "prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple" ; de leur âme blessée dans sa foi et son espérance en cet homme "qui allait délivrer Israël", dont des femmes ont bien annoncé la résurrection, mais, n’est-ce pas, "quelques-uns des nôtres ne l’ont pas vu !" Jésus nous donne ici une leçon magistrale d’accompagnement, faisant route avec eux : d’abord, il est discret sur lui-même, préférant écouter ses compagnons de marche, les interrogeant sur leur vécu, le motif de leur tristesse si visible. On n’est pas étonné de lire que, pour répondre à leur interlocuteur, les disciples "s’arrêtent" (v. 17) : rappelons-nous le nombre incalculable de fois où Jésus s’est arrêté sur la route pour exercer son ministère de guérison. Jésus les met en confiance, en posant de courtes questions bien orientées, propres à leur faire préciser les événements et le ressenti de leurs émotions, leurs questions intimes, leurs doutes, leur souffrance, leurs déceptions. Et pendant que tous les trois vont poursuivre la route (cf. v. 28), Jésus, à partir de leur vécu clairement exprimé, va expliquer et interpréter les Ecritures, donnant ainsi la lumière à leurs intelligences obscurcies par le chagrin et à leur mémoire oublieuse de la Parole. En chemin, notons-le, il fait un "parcours" des Ecritures. Ces détails ne sont pas innocents. Jésus est le chemin, à tous points de vue, et la guérison intérieure aussi est un chemin, comme nous nous attachons à le dire !

Les paroles de Jésus sont si convaincantes, son regard, le ton de sa voix, sont si chaleureux, si persuasifs, si amicaux (Ct 5, 16 : "Ses discours sont la suavité même, et tout en lui n'est que charme") que nos deux compagnons l’invitent à rester avec eux. En condescendant à leur demande, Jésus parachève leur guérison intérieure : celle de leur cœur endeuillé, car ils vont découvrir que le Mort qu’ils pleuraient est Vivant, resté avec eux, pour toujours ; guérison de leur foi et de leur intelligence par la relecture de la Bible faite par la Parole de vérité en personne ; la guérison de leur mémoire sensorielle – guérie car leurs yeux ouverts se souviendront du corps du Crucifié à la lumière de son corps de ressuscité, et leurs yeux sauront le discerner désormais à travers la fraction du pain.

Nouveau chemin, à rebours, vers les Onze et les autres, pour partager la même allégresse : "c’est bien vrai, le Seigneur est ressuscité". Le chemin de deuil s’est transformé en chemin de jubilation. Cf. Jr 31, 13 : "Je changerai leur deuil en allégresse, et je les consolerai ; Je leur donnerai de la joie après leurs chagrins."

Le récit d’Emmaüs – dans lequel apparaît tant de fois le mot route/chemin – ne nous confirme-t-il pas que l’accompagnement d’une guérison intérieure (à laquelle nous avons assisté en direct) est un chemin de foi, un chemin de vérité, un chemin de vie ?

"Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin … ? (Lc 24, 32) Haut
3. "Je suis la Vie"

Le chemin de guérison intérieure a beau passer devant la Croix et s’y arrêter, la Croix n’en est pas le terme, car il continue jusqu’à un tombeau, VIDE !

"Je suis la Vie et la Résurrection" proclame Jésus à Marthe. Marcher sur son chemin, c’est être associé à sa Pâque, communier à sa résurrection, car sa Résurrection appartient au mystère de notre salut au même titre que le mystère de la Passion. Il est descendu aux Enfers pour nous en faire sortir.

Le chemin de vérité débouche sur la lumière et la paix. "Mon amertume se change en bien-être" (Es 38, 17) La VIE a triomphé : oh, il ne faut pas croire, pas s’illusionner, les blessures ne sont pas annulées, Jésus en garde les stigmates. S’il en est ainsi du Maître, pourquoi en serait-il autrement du disciple ? Rappelons-nous : le disciple n’est pas au-dessus de son Maître !

Le Seigneur Jésus apparaît mais on ne le reconnaît pas tant qu’il ne se fait pas reconnaître. De même le gratifié d’une guérison intérieure étonne son entourage : il a changé, visiblement changé. Là où il y avait la plainte, le blocage, la souffrance aiguë, le désespoir, la tristesse, la peur, l’agressivité, la solitude, on découvre de la PAIX, de la VIE, voire de la joie, une LIBERTÉ nouvelle,– n’est-ce pas les fruits de l’Esprit que nous serions en train d’énumérer ? (Ga 5, 22) –, une capacité nouvelle de dynamisme, de communication avec autrui, la CONFIANCE dans l’avenir, dans la vie, dans les autres, en Dieu ; bref, on ne reconnaît plus celui qui a osé s’aventurer à ses risques et périls en terra incognita !, qui a osé "avancer vers le large". En fait, comment ce gratifié de la miséricorde et de la consolation divines pourrait-il rendre compte du mystérieux travail qui s’est opéré en lui [6] et qui lui a patiemment, lentement mais en profondeur, fait expérimenter, voir et goûter comme est bon le Seigneur qui entend le cri du cœur brisé (cf. Ps 34, 9), et dont la compassion ne connaît point d’autres bornes que la fermeture de notre cœur ?

Cette vie octroyée à la faveur d’un parcours de guérison intérieure, se décline en 4 directions, 4 comme les 4 branches de la Croix : vers le Père, vers Jésus, vers le Saint Esprit, vers les frères. Haut

a - "Demeurez en mon amour"

Il en va de nos vies comme de cette prière du Rosaire que les catholiques affectionnent : nous y vivons, en communion avec Jésus, les mystères joyeux, les mystères douloureux et les mystères glorieux. Le chemin de guérison intérieure les emprunte tous en fin de compte, car on y est amené à se remémorer les bonnes choses de nos vies, afin de pouvoir nous appuyer sur le souvenir des bénédictions reçues du Seigneur, relire sa présence fraternelle en telle ou telle personne aimante, secourable. Nous savons pouvoir compter aujourd'hui comme hier sur la présence de Jésus marchant à nos côtés, de nuit comme de jour, "et la nuit comme le jour illumine" (Ps 139, 12) mais cela, on ne le perçoit qu’au bout du chemin.

Le chemin de guérison intérieure nous affectionne de plus en plus à Jésus, nous attache à Lui, car sa bonne Parole vient réchauffer nos cœur. Nous nous abandonnons en confiance à sa pédagogie, car, quant à nous, nous sommes trop lents à comprendre, esprits stupides ! Il ne nous lâche pas. Nous croyions bêtement qu’il dormait, tandis que nous étions secoués par la tempête, submergés par l’accablement ? Aux prises avec tant de situations agressantes, affrontés à tant de gens qui nous faisaient du mal, si souvent sans même s’en rendre compte. Nous ne savions plus à quel saint nous vouer, puisque même Lui semblait ne pas agir. "Si tu avais été là, … !" Nous avions répondu à son appel à marcher vers lui pour nous laisser guérir or nous nous sentons nous enfoncer dans l’eau menaçante ? Oublierait-il d’étendre sa main d'en haut, de me saisir, de me retirer des grandes eaux ? (cf. Ps 18, 17) Mais non, Jésus aura peiné toute la nuit pour nous, éreinté par les coups, qu’il a subis avec nous, pour nous, exsangue de tout ce sang qui a coulé de nos plaies imprimées sur son propre corps. Comme elle est longue sa marche, comme est interminable, douloureuse sa descente vers nos tragédies, dans nos agonies. Mort, il peut enfin cesser de souffrir pour nous sans nous oublier, intercédant pour chacun de nous devant la face du Père (He 7, 25). Il laisse le Père travailler pour nous, "tout est achevé". C’est au Père à présent de déployer sa puissance d’amour pour ses enfants, comme il l’a fait pour son Fils.

Demeurez en mon amour. À notre tour de saisir, pour ne point le lâcher, celui que notre cœur aime (cf. Ct 3, 2). Etonnement, merveille que fit pour nous le Seigneur : "ceux qui sèment dans les larmes moissonnent en chantant" (Ps 126, 5) Haut

b - "Nul ne va au Père que par MOI."

Le miracle survient, imprévisible. Le parcours s’achève, et une grâce de guérison intérieure est bien accordée, la consolation donnée, la paix faite, la réconciliation opérée, selon les cas, les personnes.

L’œuvre de guérison intérieure est, en Jésus, celle du Père. Où était-il ce Père quand on m’infligeait cette blessure qui a faussé mon existence, gâché mes talents ? Où était-il donc ? Pourquoi n’a-t-il rien fait pour me protéger ? Or, "vois, il ne dort ni ne sommeille, le gardien d'Israël." (Ps 121, 4) Il était là, envoyant son fils souffrir avec nous notre Passion et la lance qui a transpercé le cœur de Jésus, a atteint le cœur du Père, dit Origène. Au fin fond des choses, lorsqu’on se retourne sur un parcours de guérison intérieure, on est frappé de le voir aboutir à une (re)découverte du Père, à – presque toujours – une révélation nouvelle du Père. Ieschouah "Dieu guérit" est guérison en ce qu’il est venu révéler QUI est le Père, et qui nous sommes : fils du Père. C’est un chemin vers notre identité originelle auquel nous sommes conviés, sans le savoir d’avance. Nous l’apprenons en cours de route.

"Yahvé, tu me sondes et me connais ; que je me lève ou m'assoie, tu le sais, tu perces de loin mes pensées ; que je marche ou me couche, tu le sens, mes chemins te sont tous familiers. … si je me couche au séjour des morts, te voici. … même la ténèbre n'est point ténèbre devant toi et la nuit comme le jour illumine.» (Ps 139)

Sur le chemin de guérison intérieure, on apprend tout doucement à se laisser réconcilier avec le Père, on apprend à goûter son nom, à le prier dans le secret, à entrer dans la sanctification de son Nom: Père des lumières (Jc 1, 17), Père des miséricordes et Dieu de toute consolation (2 Co 1, 3), Père qui ne juge personne (Jn 5, 22) Père qui est vivant (Jn 6, 57), Père plus grand que tout (Jn 10, 19), seul vrai Dieu, Père saint, Père juste (Jn 17), Père qui a tant aimé le monde qu’il a donné son fils Unique (Jn 3, 16), Père SEUL BON. (Mt 19, 17) Haut

c - "A moins de naître d’eau et d’Esprit"
"A cette heure même, il tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et il dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir." ( Lc 10, 21)

C’est l’Esprit Saint qui crie en nous "Abba, Père". Par l’Esprit Saint, le Père fortifie en nous l’homme intérieur (cf. Ep 3, 16).

Le Saint Esprit donne pour l’exercice du ministère de guérison tous les charismes nécessaires, "les dons des guérisons" (1 Co 12, 9.28.30 : notons le pluriel du mot guérison in BJ et Segond) ; il est puissance de Dieu pour faire les œuvres de Dieu. Il est le doigt de Dieu par lequel les démons sont expulsés, les liens coupés, les nœuds dénoués. Il est libération de tous nos liens du mental, guérison de nos cœurs durs, pour que nous redevenions des enfants au cœur de chair. Le pardon est une étape absolument capitale sur le chemin de guérison. N’oublions pas que c’est au soir de sa résurrection que le Seigneur souffle sur ses apôtres pour leur communiquer le pouvoir de pardonner les péchés.

Le pardon est de plein droit une des composantes du mystère de la Résurrection du Christ, donc de notre propre œuvre de guérison. A tel point que tout refus volontaire, catégorique, de pardonner à celui qui nous a agressé, bloque le processus de la guérison. Le Saint Esprit suscite le désir ardent d’imiter Jésus et d’obéir à sa Parole : "Faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent" Cela ne se peut ni par puissance ni par force, mais seulement par l’Esprit du Seigneur.

Le chemin de guérison intérieure s’avère chemin de vie en ce qu’il comporte des effusions successives du Saint Esprit, grâce auxquelles on entre dans le Royaume dont la loi est exigeante, loi de la charité supérieure à tous les charismes, plus grande que la science de tous les mystères, plus grande que la foi à transporter les montagnes. Haut

d - "Va trouver tes frères"

Notre Père fait de nous tous des frères en Jésus. Nous sommes guéris ? "Raconte tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde." (Mc 5, 19) La guérison intérieure débouche sur l’évangélisation, tout au moins le témoignage à la gloire de Dieu.

Nous sommes guéris ? "Comprenez-vous ce que j'ai fait pour vous? Ce que j'ai fait pour vous, faites-le vous aussi." La guérison intérieure débouche sur une vie dans l’Esprit au service des frères, dans le dynamisme d’une vie charismatique, où on donne à son tour gratuitement ce qu’on a reçu gratuitement

Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles …; ils imposeront les mains à des malades, et ceux-ci seront guéris. … Quant à eux, ils partirent prêcher partout: le Seigneur agissait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient. (Mc 16, 17-20)
"La multitude accourait des villes voisines à Jérusalem, amenant des malades et des gens tourmentés par des esprits impurs ; et tous étaient guéris." (Ac 5, 16)

Cf. Ac 3, miracle du boiteux, les prières de délivrance par Paul (Ac 16, 18 ; 19, 11-12) ; des résurrections des morts : Tabitha (Ac 9, 36-41), l’adolescent (Ac 20, 9-12) et Luc éprouve le besoin de commenter ce grand miracle "ce ne fut pas une petite consolation". Haut

Conclusion
"Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père à qui appartient la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître ; qu’il illumine les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous donne son appel, ... quelle immense puissance il a déployée en notre faveur à nous les croyants ; son énergie, sa force toute-puissante, il les a mises en œuvre dans le Christ, lorsqu’il l’a ressuscité des morts." (Ep 1, 17-20)
1. La guérison intérieure est :

– une invitation faite par Dieu lui-même à implorer du Seigneur notre guérison et celle des autres. Dans toutes les pages de la Bible, il semble tout naturel de s’adresser à Dieu pour obtenir de lui la guérison, la Bible atteste à l’envi autant le bien-fondé de ces demandes de guérison que ce qu’elles ont d’ordinaire, d’habituel, dans la vie des croyants: "guéris-moi et je serai guéri" (Jr 17, 14). Il faut les esprits cartésiens de nos contemporains pour en douter, s’en stupéfier, s’en indigner presque !
– une espérance fondée sur l'appel adressé à tous, sans exclusive, à vivre en enfants du Père, conformément à l’Esprit de Jésus Christ, modelés sur les comportements du Christ qui aura guéri les nôtres de leurs blessures et déviations ; une espérance fondée sur la certitude de recevoir les bénédictions qui nous appartiennent en tant que fils et filles d'un Père aimant dont le Fils est venu nous révéler que notre destinée, c’est la vie en surabondance, car Dieu n’est pas chiche de ses largesses.
– une épiphanie de la force toute-puissante de Dieu, la force de l'Esprit de résurrection, déployée en notre faveur par le mystère de la glorification de Jésus, Crucifié et Ressuscité, en qui nous sommes vivifiés et guéris.

2. Les leçons de Ac 1-3

"Ils firent placer au milieu d'eux Pierre et Jean, et leur demandèrent : par quel pouvoir, ou au nom de qui avez-vous-fait cela ?" ; "Les ayant appelés, ils leur défendirent absolument de parler et d'enseigner au nom de Jésus. Pierre et Jean leur répondirent : jugez s'il est juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu'à Dieu ; car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu." (Ac 4, 7 ; 18-20)
– Ne pas s'aligner sur rationalisme d'une certaine "mal-foi" : ce qui pour les hommes est impossible ne l'est pas car pour Dieu tout est possible
– Ne pas se laisser paralyser ni intimider par les réactions de ceux qui ne croient pas en Jésus, en son Nom, dans sa Parole, dans la puissance de son Précieux Sang, dans les manifestations variées de l'Esprit pour les bien-aimés du Père des miséricordes et de toute consolation
– Cependant agir avec prudence ; c'est Jésus lui-même donne à ses disciples la consigne d'être "prudents comme les serpents, et simples comme les colombes" (Mt 10, 16) ; discerner avec qui, de quelle manière, et le moment favorable où l'Esprit Saint appelle quelqu'un à vivre une démarche de guérison intérieure
– En toutes choses, guérison intérieure obtenue, retardée, freinée, ou écharde maintenue dans la chair, rendons gloire à Dieu puisque c’est sa volonté pour nous dans le Christ. Françoise Chevalier-Stutzmann Haut

 

Notes

[1] Ps 33,15 : lui seul forme le cœur, il discerne tous leurs actes ; 139 ; 94, 9.11 lui qui planta l’oreille … il a façonné l’œil … il sait les pensées de l’homme … Haut
 
[2] Nb 13, 16, note sur le nom de Josué (B. J.) Haut
 
[3] La Tradition orthodoxe d’accompagnement spirituel se plaît à nommer les Pères spirituels "thérapeutes", à la suite du Divin Thérapeute, leur modèle, et à envisager l’accompagnement spirituel en termes de thérapeutique spirituelle. Haut
 
[4] "Esdras lut dans le livre, sur la place qui est devant la porte des Eaux, depuis l'aube jusqu'au milieu de la journée, en face des hommes, des femmes et de ceux qui pouvaient comprendre. Les oreilles de tout le peuple étaient attentives au livre de la Loi. … Tout le peuple pleurait en entendant les paroles de la Loi." (Ne 8, 3 9) Haut
 
[5] Cf. la thérapeutique des Pères du Désert avec l’examen et le tri des pensées tout au long des journées. Haut
 
[6] Qo 11, 5 : "De même que tu ne connais pas le chemin que suit le vent, ou celui de l'embryon dans le sein de la femme, de même tu ne connais pas l'œuvre de Dieu qui fait tout." Haut
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