Vivre avec les saints du Carmel
La Toussaint
La solennité de Tous les Saints nous invite à tourner notre regard vers le Ciel, vers la réalisation parfaite du projet de Dieu sur l’humanité. Les saints sont les hommes et les femmes qui sont parvenus au Royaume des Cieux et demeurent dans la plénitude de la vie de la Trinité : pour toujours, ils sont unis à leur Seigneur et, pris dans l’Amour qu’est Dieu même (1 Jn 4,8), ils contemplent la splendeur de son Visage.
Depuis deux mille ans, l’Eglise a canonisé de nombreux saints qui nous sont proposés comme modèles et comme intercesseurs. Mais les saints sont aussi les anonymes du quotidien, dont nous ignorons les noms, et qui, à travers les joies et les obscurités de leur vie, ont pleinement accueilli l’Amour du Seigneur. Ce sont eux, "Tous les Saints" que nous célébrons par la solennité de ce jour : ces hommes et ces femmes que nous croisons dans la rue, avec qui nous travaillons, avec qui nous vivons, qui n’ont peut-être pas accompli d’actions éclatantes, mais qui ont "choisi la meilleure part" (Lc 10,42) et ont vécu, dans l’apparente banalité de leur vie, le double commandement du Seigneur : l’Amour de Dieu et celui du prochain (Mt 22,34-40).
Thérèse nous rappelle que le Seigneur nous invite à être de ces humbles, de ces saints du quotidien dont l’existence est transfigurée parce qu’elle est vécue sous le regard de Dieu. La sainteté, ce n’est pas accomplir des actes héroïques, mais plutôt laisser Dieu réaliser en nous son projet d’Amour et de Miséricorde. Fr Anthony-Joseph, ocd Haut
 
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrit autobiographique C 2 r° - 3 r°
 

"O ma Mère, que les voies par lesquelles le Seigneur conduit les âmes sont différentes ! Dans la vie des Saints, nous voyons qu'il s'en trouve beaucoup qui n'ont rien voulu laisser d'eux après leur mort, pas le moindre souvenir, le moindre écrit, il en est d'autres au contraire, comme notre Mère Ste Thérèse, qui ont enrichi l'Eglise de leurs sublimes révélations ne craignant pas de révéler les secrets du Roi, afin qu'il soit plus connu, plus aimé des âmes. Lequel de ces deux genres de saints plaît le mieux au Bon Dieu ? Il me semble, ma Mère, qu'ils lui sont également agréables, puisque tous ont suivi le mouvement de l'Esprit Saint et que le Seigneur a dit : "Dites au juste que tout est bien". Oui tout est bien, lorsqu'on ne recherche que la volonté de Jésus, c'est pour cela que moi pauvre petite fleur j'obéis à Jésus en essayant de faire plaisir à ma Mère bien-aimée.

Vous le savez, ma Mère, j'ai toujours désiré d'être une sainte, mais hélas ! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints qu'il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants; au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté; me grandir, c'est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections, mais je veux chercher le moyen d'aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle.

Nous sommes dans un siècle d'inventions, maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j'ai recherché dans les livres saints l'indication de l'ascenseur objet de mon désir et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de La Sagesse Éternelle : "Si quelqu'un est tout petit qu'il vienne à moi".

Alors je suis venue devinant que j'avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu ! ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel j'ai continué mes recherches et voici ce que j'ai trouvé : "Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux" ! Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes. "Vous m'avez instruite dès ma jeunesse et jusqu'à présent j'ai annoncé vos merveilles, je continuerai à les publier dans l'âge le plus avancé" Haut