Vivre avec les saints du Carmel

Nativité de Saint Jean Baptiste : Luc 1,57-66.80

Que sera cet enfant ? : c’est la question que nous entendons en ce jour. Habituellement, les fêtes des saints sont célébrées le jour anniversaire de leur mort : c’est le jour de leur naissance au Ciel. Il n’y a que trois personnes dont nous célébrons liturgiquement la naissance "terrestre" : le Seigneur Jésus, bien sûr (c’est la fête de Noël), la Vierge Marie (le 8 septembre), et saint Jean Baptiste. Pour Jésus et pour sa mère, nous trouvons sans doute cela tout à fait normal ! Mais pour Jean Baptiste, nous avons peut-être envie de nous interroger : "Que sera donc cet enfant" pour que sa naissance ait autant d’importance ?

Jean Baptiste est le Précurseur du Seigneur Jésus : il prépare le chemin devant lui, il lui prépare "un peuple capable de l ’accueillir" (Lc 1,17). L’évangéliste Luc nous montre bien le mystère qui entoure sa naissance : sa mère, Élisabeth, était stérile, et le Seigneur lui a "prodigué sa miséricorde" en lui donnant la joie de pouvoir donner la vie. Quand la Vierge Marie, enceinte de Jésus, lui a rendu visite, Élisabeth a été remplie de l’Esprit Saint et l’enfant qu’elle portait a tressailli en son sein. Zacharie, le père de Jean Baptiste, était devenu muet car il n’avait pas cru à la parole de l’ange qui annonçait la future naissance de celui-ci : et voici que sa langue se délie et sa bouche s’ouvre pour chanter la louange du Seigneur ! Que de merveilles qui confondent de stupeur les témoins de tous ces événements, qui ne peuvent que s’interroger : "Que sera donc cet enfant ?"

Nos vies ne sont peut-être pas entourées d’autant d’événements extraordinaires ! Mais, tout de même, chaque naissance n’est-elle pas extraordinaire ? Tous les parents du monde peuvent se pencher avec émerveillement vers leur petit enfant en s’interrogeant sur le mystère de vie qui leur est confié : "Que sera cet enfant ?" Et n’y a-t-il pas aussi dans nos vies de multiples naissances, des changements, des transformations, des conversions ? Eh bien, à chaque instant, c’est le Père lui-même, du fond de son mystère, qui pose sur nous un regard d’amour, en se disant au sujet de chacun de ses enfants que sont les hommes et les femmes de cette terre : "Que sera cet enfant ?" Il nous appelle à la vie en son Fils et a le désir que nous entrions dans le "dessein bienveillant" (Ep 1,9) de salut qu’Il a sur nous. Ouvrons notre cœur à ce désir de Dieu sur nos vies ! Si facilement, nous pouvons être tentés par le découragement, le désespoir, le mépris de nous-mêmes… Mais le Père bienveillant pose sans cesse sur nous un regard plein de confiance : à ses yeux, un avenir d’espérance est toujours possible. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (LT 258 à l’abbé Bellière)

Oui j'en suis certaine, après mon entrée dans la vie, la tristesse de mon cher petit frère se changera en une joie paisible qu'aucune créature ne pourra lui ravir. Je le sens, nous devons aller au Ciel par la même voie, celle de la souffrance unie à l'amour. Quand je serai au port je vous enseignerai, cher petit frère de mon âme, comment vous devrez naviguer sur la mer orageuse du monde avec l'abandon et l'amour d'un enfant qui sait que son Père le chérit et ne saurait le laisser seul à l'heure du danger. Ah ! que je voudrais vous faire comprendre la tendresse du Coeur de Jésus, ce qu'il attend de vous. Dans votre lettre du 14 vous avez fait tressaillir doucement mon coeur, j'ai compris plus que jamais à quel point votre âme est soeur de la mienne puisqu'elle est appelée à s'élever vers Dieu par l'ascenseur de l'amour et non pas à gravir le rude escalier de la crainte... Je ne m'étonne en aucune façon que la pratique de la familiarité avec Jésus vous semble un peu difficile a réaliser ; on ne peut y arriver en un jour, mais j'en suis sûre, je vous aiderai beaucoup plus à marcher par cette voie délicieuse quand je serai délivrée de mon enveloppe mortelle, et bientôt comme St Augustin vous direz : "L'amour est le poids qui m'entraîne".

Je voudrais essayer de vous faire comprendre par une comparaison bien simple combien Jésus aime les âmes même imparfaites qui se confient en Lui : Je suppose qu'un père ait deux enfants espiègles et désobéissants, et que venant pour les punir il en voie un qui tremble et s'éloigne de lui avec terreur, ayant pourtant au fond du coeur le sentiment qu'il mérite d'être puni ; et que son frère, au contraire, se jette dans les bras du Père en disant qu'il regrette de lui avoir fait de la peine, qu'il l'aime et que, pour le prouver, il sera sage désormais, puis si cet enfant demande a son Père de le punir par un baiser, je ne crois pas que le coeur de l'heureux père puisse résister à la confiance filiale de son enfant dont il connaît la sincérité et l'amour. Il n'ignore pas cependant que plus d'une fois son fils retombera dans les mêmes fautes mais il est disposé à lui pardonner toujours, si toujours son fils le prend par le coeur... Haut