Vivre avec les saints du Carmel

Dimanche de Pâques (C) : Jean 20,1-9

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Pendant ces derniers jours, nous avons vécu les heures au cours desquelles triomphait la puissance des ténèbres. Et aujourd'hui, nous assistons au triomphe de la Vie. La vie divine en elle-même n'a pas été atteinte ; seule la vie mortelle, la vie temporelle de Jésus est tombée sous les coups. Son corps et son âme se sont séparés, sa vie temporelle a disparu pour un instant. Mais ce corps est resté le corps du Fils de Dieu, tout animé intérieurement par la divinité du Verbe, le corps de la deuxième Personne de la Sainte Trinité ; l'âme aussi restait pleine et ointe de cette divinité.

Qu'est cette fête de Pâques ? Pourquoi l'Église met-elle sur nos lèvres le chant répété de l'Alléluia ? C'est pour chanter le triomphe de la vie de Dieu, le triomphe pascal. En effet, la vie triomphe en Jésus : il sort du tombeau, son âme, son corps lui-même sont glorifiés. Ils seront désormais toujours glorifiés car le Christ ressuscité ne meurt plus. Il est toujours vivant de cette vie triomphante, éclatante, qui pénètre son corps d'une façon visible. Comme au Thabor, elle répand autour de lui le rayonnement de sa divinité, dont il n'a jamais été séparé ; mais elle assure à toutes les molécules de son corps un triomphe et un éclat sans pareil.

Sainte Thérèse de Jésus a contemplé le corps du Christ Jésus crucifié et elle n'a pas de termes pour exprimer son impression et ce qu'elle a contemplé. Cette vie éclatante de Jésus crucifié est aussi dans la sainte Eucharistie, sous les apparences du pain et du vin. L'éclat extérieur n'apparaît pas, mais c'est bien la même vie glorieuse qui est là dans le tabernacle.

Mystère divin, impénétrable, incompréhensible ! Dieu a permis sa mort, il a livré son Verbe incarné aux assauts de l'enfer pour ce triomphe, pour être "la mort de cette mort", et assurer désormais le triomphe de la Vie.

Pâques est le commencement de l'Église et le débordement de la vie du Verbe incarné d'abord sur son propre corps, et sur tout son Corps mystique. Cette fête de Pâques, que nous célébrons aujourd'hui, est la fête centrale du mystère chrétien et de notre liturgie, parce qu'elle célèbre cette expansion et ce rayonnement de la vie divine jusqu'à la fin des temps.

Ce triomphe est le fondement de notre foi, car Jésus y a affirmé d'une façon éclatante sa divinité. Il est aussi le fondement de notre espérance, car cette vie qui déborde dans le Christ Jésus doit déborder également en chacune de nos âmes et dans tout le Corps mystique du Christ. Il est enfin le fondement de notre charité car, dans l'humanité régénérée, nos âmes de baptisés sont unies au Christ et entre elles par les liens de la charité qui n'est autre que la vie triomphante dans le Christ Jésus.

Offrons-nous à ce rayonnement de la vie glorieuse de Notre Seigneur. Laissons-nous pénétrer de ce levain nouveau qui va transformer notre pâte humaine, notre âme souillée par le péché. Devenons ce levain nouveau qu'est le Christ, et cela non seulement pour notre transformation personnelle ; que nous aussi, par notre action, notre prière, notre souffrance, nous méritions comme la Vierge Marie, d'être des sources de vie, d'être le véritable levain répandu dans la pâte, qui transforme le milieu dans lequel il est placé ; que ce levain nouveau contribue non seulement à faire éclater la joie pascale, mais à réaliser le mystère pascal dans toute l'Église de Dieu, plus spécialement dans les âmes proches de nous et dont nous sommes chargés ; qu'il contribue à sa réalisation dans toute l'Église de notre temps, dans l'Église de l'avenir. P. Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus (homélie du dimanche de Pâques, 18 avril 1965 Haut