Vivre avec les saints du Carmel

Dimanche de l'Epiphanie : Mt 2,1-12

Fra Angelico

Dans le temps de Noël, la liturgie nous donne de célébrer l’Épiphanie du Seigneur, c'est-à-dire sa manifestation à toutes les nations. En Jésus se réalise ce que le prophète Isaïe avait annoncé, et que nous entendons dans la première lecture de ce dimanche : "Debout, Jérusalem ! La gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore" (Is 60). Oui, la lumière du Seigneur s’est levée en la personne de l’Enfant-Dieu né à Bethléem, et les mages qui viennent à Lui aujourd’hui sont les représentants de toutes les nations qui sont attirées par la gloire du Seigneur !
Déjà, dans la nuit de Noël, les bergers, avertis par l’Ange du Seigneur, étaient venus adorer l’Enfant Jésus (Lc 2,8-20). Aujourd’hui, ce sont des mages du bout du monde qui viennent à Lui. Les mages n’avaient pas la foi d’Israël, ils n’appartenaient pas au peuple élu, ils ne connaissaient pas non plus les Saintes Écritures qui annonçaient la venue du Messie. Mais ils étaient des astrologues d’Orient qui scrutaient les étoiles, et le Seigneur les a rejoints là où ils étaient, dans la recherche qui étaient la leur : Il a fait surgir une étoile en signe de la naissance de son Fils, et celle-ci a guidé ces étrangers jusqu’à Bethléem ! Quelle source de joie et d’action de grâce pour nous, car ce que le Seigneur a fait pour les mages, Il le fait pour nous aussi tout au long de notre vie ! Certes, nous, nous Le connaissons déjà, mais que de fois notre cœur n’est-il pas lent à croire (cf. Lc 24,25) en son action dans nos vies ! Combien nous tardons à suivre l’étoile de la foi que le Seigneur fait toujours lever en notre cœur ! À l’exemple des mages en ce dimanche, apprenons à reconnaître les étoiles de notre quotidien, qui nous guideront jusqu’à Jésus : Il vient nous rencontrer là où nous sommes, tels que nous sommes. Apprenons donc à L’accueillir dans le réel, dans l’ordinaire de notre vie !
Quelle joie alors quand, comme les mages, nous Le découvrirons dans les bras de Marie et sous le regard de Joseph ! En ces jours, prenons le temps, dans notre prière, de nous émerveiller de cette présence. Déposons devant Lui l’offrande d’or, d’encens et de myrrhe qui est à la portée de chacun de nous : c’est l’offrande de toute notre vie, pour l’accomplissement de son dessein d’amour sur chacun de nous, pour la joie de Dieu et le salut du monde ! Alors notre vie sera transfigurée, et comme les mages, nous repartirons par un autre chemin que celui par lequel nous étions venus (cf. Mt 2,12), prêts à œuvrer dans le monde en enfants de Dieu, pour le service de nos frères et la venue du Royaume ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Madame Louise de France (1737-1787) était la dernière fille du roi Louis XV. Elle entra au Carmel de Saint-Denis à l’âge de 33 ans, sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin.
 
Des Méditations eucharistiques de Louise de France

Parmi les réflexions qui viennent tumultueusement se présenter à mon esprit, à la vue de Jésus naissant, [voici ce qui doit] principalement fixer le désir qu’il veut bien m’inspirer, de lui préparer dans mon cœur une demeure digne de lui :
- Son amour infini pour moi : J’étais présente à ses yeux, dès les premiers moments d’un sacrifice qui a commencé avec l’éternité. Il a daigné pourvoir à tous mes besoins. Pas une de mes misères qui ait échappé au dessein qu’il a formé, de venir lui-même apporter aux plaies du genre humain, les seuls remèdes que pût admettre la justice irritée de son Père ! Les intérêts de sa propre gloire, les ignominies et les besoins de cette chair mortelle qu’il n’a pas dédaigné de revêtir, pour m’élever jusqu’à lui, en s’abaissant jusqu’à moi, rien n’a pu l’arrêter. Ô amour ! qui faites disparaître dans un Dieu tout ce qu’il doit à sa grandeur, échapperez-vous au juste retour dont je me sens redevable ? Ne dois-je pas me donner sans partage à celui qui vient se donner tout entier à moi ?
- Sa miséricordieuse charité : C’est pour tous les hommes, c’est pour les délivrer tous de l’esclavage du péché, c’est pour leur ouvrir à tous l’entrée du Ciel qu’il paraît sur la terre ; j’étais comprise dans cette multitude innombrable de pécheurs qu’il avait la vue et le désir de sauver. Mes infidélités à sa grâce qu’il prévoyait, n’ont pas mis obstacle à la générosité de ses démarches pour moi. Sa charité, comme me l’apprend son Apôtre, s’est manifestée en ma faveur, malgré toute mon indignité. Combien ce regard de bonté d’un Dieu naissant doit-il m’apprendre à renfermer dans ma charité ceux mêmes qui me paraissent si souvent la moins mériter !
- Son état d’infirmité et de souffrances : Jésus les embrasse dès sa naissance, pour m’apprendre à sanctifier les miennes, pour m’y fortifier, et pour m’y consoler. Mais, si le Saint des Saints accepte déjà dans un corps innocent ce douloureux partage, puis-je ne pas m’estimer heureuse des traits de ressemblance qu’il me fournira avec lui-même dans mille circonstances, où je pourrai unir mes souffrances aux siennes. En qualité de chrétienne et de pécheresse, je suis condamnée à la mortification et à la pénitence. La leçon qu’il me présente dans son berceau est un nouveau motif pour moi de me crucifier dans mes sensualités, et encore plus dans ma volonté propre. Plus je trouve de facilités à la satisfaire, plus j’apprendrai, dans ce premier sacrifice de Jésus naissant, à m’immoler dans tout ce que j’ai de plus intime pour les sens, pour l’esprit et pour le cœur. Haut