Vivre avec les saints du Carmel

Dimanche de lEpiphanie (C) : Mt 2,1-12

Dans le temps de Noël, la liturgie nous donne de célébrer l’Épiphanie du Seigneur, c'est-à-dire sa manifestation à toutes les nations. Georges de La TourEn Jésus se réalise ce que le prophète Isaïe avait annoncé, et que nous entendons dans la première lecture de ce dimanche : "Debout, Jérusalem ! La gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore" (Is 60). Oui, la lumière du Seigneur s’est levée en la personne de l’Enfant-Dieu né à Bethléem, et les mages qui viennent à lui aujourd’hui sont les représentants de toutes les nations qui sont attirées par la gloire du Seigneur !

Déjà, dans la nuit de Noël, les bergers, avertis par l’Ange du Seigneur, étaient venus adorer l’Enfant Jésus (cf. Lc 2,8-20). Aujourd’hui, ce sont des mages du bout du monde qui viennent à Lui. Les mages n’avaient pas la foi d’Israël, ils n’appartenaient pas au peuple élu, ils ne connaissaient pas non plus les Saintes Écritures qui annonçaient la venue du Messie. Mais ils étaient des astrologues d’Orient qui scrutaient les étoiles, et le Seigneur les a rejoints là où ils étaient, dans la recherche qui étaient la leur : Il a fait surgir une étoile en signe de la naissance de son Fils, et celle-ci a guidé ces étrangers jusqu’à Bethléem ! Quelle source de joie et d’action de grâce pour nous, car ce que le Seigneur a fait pour les mages, Il le fait pour nous aussi tout au long de notre vie ! Certes, nous, nous le connaissons déjà, mais que de fois notre cœur n’est-il pas lent à croire (cf. Lc 24,25) en son action dans nos vies ! Combien nous tardons à suivre l’étoile de la foi que le Seigneur fait toujours lever en notre cœur ! A l’exemple des mages en ce dimanche, apprenons à reconnaître les étoiles de notre quotidien, qui nous guideront jusqu’à Jésus : il vient nous rencontrer là où nous sommes, tels que nous sommes. Apprenons donc à l’accueillir dans le réel, dans l’ordinaire de notre vie !

Quelle joie alors quand, comme les mages, nous Le découvrirons dans les bras de Marie et sous le regard de Joseph ! En ces jours, prenons le temps, dans notre prière, de nous émerveiller de cette présence. Déposons devant lui l’offrande d’or, d’encens et de myrrhe qui est à la portée de chacun de nous : c’est l’offrande de toute notre vie, pour l’accomplissement de son dessein d’amour sur chacun de nous, pour la joie de Dieu et le salut du monde ! Alors notre vie sera transfigurée, et comme les mages, nous repartirons par un autre chemin que celui par lequel nous étions venus (cf. Mt 2,12), prêts à œuvrer dans le monde en enfants de Dieu, pour le service de nos frères et la venue du Royaume ! Voilà comment nous nous disposerons à vivre une sainte année 2007, "l’année de bienfaits" (cf. Ps 64,12) que le Seigneur souhaite à chacun de nous ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Presque contemporaine de Thérèse de l’Enfant Jésus, Élisabeth de la Trinité (1880-1906) entra à 21 ans au Carmel de Dijon. Son expérience spirituelle fut profondément marquée par le fait que, depuis le jour de notre baptême, la Trinité demeure dans notre cœur : le Père, le Fils et le Saint Esprit désirent que nous vivions toujours en leur présence, dans le rayonnement de leur Amour. Émerveillée par ce mystère, Élisabeth voulut faire de sa vie tout entière une "louange de gloire" de ce Dieu tout Amour. À l’aube de la nouvelle année, elle nous adresse ses meilleurs souhaits.
 
Bienheureuse Elisabeth de la Trinité : lettre LT 220 du 5 janvier 1905 à Mme Angles

Cette lettre qui doit vous apporter mes voeux vous arrivera un peu en retard, mais n'est-ce pas, vous ne doutez pas que mon coeur n'ait devancé ma plume pour aller trouver le vôtre en passant par celui du Maître divin. Je lisais dans les épîtres de saint Pierre une belle parole qui sera l'expression des souhaits de votre petite amie carmélite : "Sanctifiez le Seigneur dans votre coeur". Pour cela il faut réaliser cette autre parole de saint Jean Baptiste : "Il faut qu'il croisse, et que je diminue."

Chère Madame, en cette nouvelle année que Dieu nous donne pour nous sanctifier et nous unir davantage à lui, faisons-le grandir en nos âmes, gardons-le seul et séparé ; qu'il soit vraiment Roi. Et nous, disparaissons, oublions-nous, soyons seulement la "louange de sa gloire" selon la belle expression de l'apôtre. Je vous souhaite aussi toutes les grâces de santé dont vous avez besoin puisque vous êtes si éprouvée de ce côté ; rappelez-vous ce que disait saint Paul : "Je me glorifie dans mes infirmités, car alors la force de Jésus Christ habite en moi." Tout est dans la volonté du bon Dieu et, dans vos souffrances physiques, qui atteignent aussi votre âme, réjouissez-vous, chère Madame, et pensez qu'en cet état d'impuissance porté fidèlement, avec amour, vous pouvez Le couvrir de gloire. Notre sainte Mère Thérèse disait : lorsqu'on sait s'unir à Dieu et à sa sainte volonté, acceptant tout ce qu'Il veut, on est bien, on a tout ! Je vous souhaite donc cette paix profonde dans le bon plaisir divin. Je comprends tous les sacrifices que vous impose votre santé, mais il est doux de se dire : "C'est lui qui veut cela". Un jour Il disait à une de ses saintes : "Bois, mange, dors, fais tout ce que tu voudras, pourvu que tu m'aimes". L'amour, voilà ce qui rend son fardeau si léger et son joug si doux. Demandons au divin Enfant, qu'Il nous consume en cette divine flamme, en ce feu qu'Il est venu apporter sur la terre. (…) A Dieu, chère Madame, je vais me perdre en lui pour vous retrouver puisqu'Il est notre Rendez-vous ; priez-le un peu pour votre petite amie du Carmel, elle y compte tout à fait.