Vivre avec les saints du Carmel

Cmmémoration de tous les fidèles défunts : Lc 12,35-38.40

Comme chaque année, au lendemain de la grande solennité de la Toussaint, nous prions d’une façon particulière pour tous les défunts : les défunts de l’année écoulée, les défunts de nos familles et de nos communautés, et nous voudrions que notre prière embrasse toute l’humanité, dont nous désirons qu’elle entre un jour pleinement dans le dessein de salut du Seigneur. L’Évangile choisi pour notre célébration a peut-être de quoi nous surprendre : au lieu de nous parler de tristesse et de pleurs, de deuil ou d’affliction, il nous montre le Seigneur Jésus évoquant son retour à la fin des temps. Il nous invite à être comme des serviteurs attendant dans la joie la venue de leur maître. Envisageons-nous comme cela le moment de notre propre mort ? C’est pourtant bien ce que la foi nous enseigne. Si l’on a pu dire qu’"être chrétien, c’est apprendre à mourir", c’est peut-être pour cela : le moment de la mort sera le moment de notre rencontre définitive avec le Seigneur… Ne faudrait-il pas nous y préparer ? Oh, non pas comme on se préparer à la venue d’un juge redoutable face auquel il faut préparer de bons arguments pour se défendre : le Seigneur viendra plutôt à nous comme ce maître plein de miséricorde qui se met au service de ceux qui l’ont attendu avec patience et amour. En somme, pour se préparer à la rencontre ultime avec le Seigneur, il nous faut tout au long de notre vie, à travers joies et vicissitudes, désirer vivre en sa présence et pour son amour, et nous efforcer de vivre de l’esprit des Béatitudes, que la liturgie de la Toussaint nous a fait entendre.

Mais nous ne savons que trop bien que nous ne sommes pas confrontés qu’à notre propre mort : combien de situations tragiques peuvent traverser nos vies, par la mort d’un enfant, d’un conjoint, d’un ami… Comment reconnaître le passage du Seigneur quand nous sommes touchés de plein fouet par l’apparente absurdité de la mort ? Ces situations nous invitent à nous garder de toute déclaration de foi triomphaliste, et à demeurer humbles face au mystère de la mort et de la vie, qui ne nous appartiennent en rien. La célébration d’aujourd’hui nous appelle aussi à la prière : faire ainsi chaque année mention spéciale de tous nos défunts, c’est les confier à l’amour et à la miséricorde du Seigneur, lui qui est le maître de la mort et de la vie. Enfin, c’est raviver notre foi en celui qui à l’extrême s’est affronté à l’absurdité de la souffrance et de la mort injustes : Jésus, l’innocent crucifié, qui jusqu’au bout est demeuré dans l’amour du Père et des hommes, confiant en la Parole de vie du Père. "Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons" : sa résurrection nous a acquis définitivement le salut, la vie en plénitude ! Ouvrons-lui nos cœurs par un amour et une confiance renouvelés, afin d’accueillir toujours plus la Vie qu’il est lui-même, jusqu’au jour où il viendra ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (LT 244 à l’abbé Bellière)

Mon cher petit Frère, j’ai reçu votre lettre ce matin, et je profite d’un moment où l’infirmière est absente pour vous écrire un dernier petit mot d’adieu, quand vous le recevrez j’aurai quitté l’exil... Pour jamais votre petite sœur sera unie son Jésus, c’est alors qu’elle pourra vous obtenir des grâces et voler avec vous dans les missions lointaines. O mon cher petit frère, que je suis heureuse de mourir !... oui je suis heureuse, non pas parce que je serai délivrée des souffrances d’ici-bas (la souffrance, au contraire, est la seule chose qui me paraît désirable en la vallée des larmes) ; mais parce que je sens bien que telle est la volonté du Bon Dieu.

Cher petit Frère, au moment de paraître devant le bon Dieu, je comprends plus que jamais qu’il n’y a qu’une chose nécessaire, c’est de travailler uniquement pour Lui et de ne rien dire pour soi ni pour les autres. Jésus veut posséder complètement votre cœur, il veut que vous soyez un grand saint. Pour cela il vous faudra beaucoup souffrir, mais aussi quelle joie inondera votre âme quand vous serez arrivé au moment heureux de votre entrée dans l’éternelle Vie !... Mon frère, tous vos amis du Ciel, je vais aller bientôt leur offrir votre amour, les prier de vous protéger. Je voudrais vous dire, mon cher petit Frère, mille choses que je comprends étant à la porte de l’éternité, mais je ne meurs pas, j’entre dans la vie et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendre du haut des Cieux...Haut