Vivre avec les saints du Carmel

Dédicace de la Basilique du Latran : Jn 2,13-22

La liturgie de ce dimanche suscitera peut-être la surprise de beaucoup d’entre nous : voici qu’une fête au nom un peu étrange vient "remplacer" la célébration hebdomadaire de la victoire du Seigneur ressuscité sur la mort. Ce simple fait doit nous servir de signal d’alerte : pour que la liturgie fasse ainsi primer une autre fête sur la célébration dominicale habituelle, il faut véritablement qu’il s’agisse d’une fête de grande importance ! En ce 9 novembre, effectivement, toute l’Église célèbre la "Dédicace de la Basilique du Latran". La Basilique du Latran est une vénérable basilique romaine – une des quatre "basiliques majeures" de Rome – érigée par l’empereur Constantin au début du IV° siècle. Elle est aussi la cathédrale du diocèse de Rome : c’est donc la cathédrale du Pape. Quant à la dédicace, c’est la célébration liturgique au cours de laquelle une église, une cathédrale, est "consacrée", c’est-à-dire marquée de l’onction qui en fait éminemment la "demeure de Dieu parmi les hommes" dans laquelle les mystères du salut seront célébrées, dans laquelle l’assemblée des fidèles se réunira pour rencontrer et célébrer le Seigneur.

Mais pourquoi la dédicace de la Basilique du Latran revêt-elle une importance aussi particulière ? Précisément parce qu’elle est la cathédrale du Pape, toute l’Église s’unit à cette fête en signe de communion autour du successeur de Pierre, signe du mystère de l’unique Église du Christ, qui est l’unique Seigneur de son peuple. Le souvenir de la visite du Saint-Père dans notre pays, il y a à peine quelques semaines, est sans doute encore bien vivace dans nos mémoires et dans nos cœurs : c’est justement aussi une expérience de communion et d’unité, une expérience véritablement "ecclésiale" que nous avons vécue à cette occasion. Que la fête de la dédicace de la Basilique du Latran soit alors pour nous l’occasion de raviver notre désir de l’unité de l’Église, notre communion à l’Église universelle, et notre union au successeur de Pierre qui est le signe visible de cette unité en chemin. Et que le mystère de la consécration de l’église de pierres qu’est la Basilique du Latran nous rappelle aussi le mystère de la consécration des pierres vivantes de l’Église que nous sommes tous, en vertu de notre baptême. Présent en nous depuis notre baptême, notre Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, désire célébrer toujours le mystère de son Amour dans le Temple vivant que nous sommes. Que la fête de ce jour nous rappelle la dignité de tout homme créé à l’image de Dieu, et aussi la grandeur de notre vocation de baptisés, demeures vivantes de la Trinité sainte. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (LT 333 à Madame de Bobet)

Ma bien chère Antoinette, l ’heure approche où je vais passer de ce monde à mon Père, et avant de partir je veux vous envoyer un mot de mon cœur, un testament de mon âme. Jamais le Cœur du Maître ne fut si débordant d’amour qu’à l’instant suprême où Il allait quitter les siens ! Il me semble qu’il se passe quelque chose d’analogue en sa petite épouse au soir de sa vie, et je sens comme un flot qui monte de mon cœur jusqu’au vôtre !... Chère Antoinette, à la lumière de l’éternité, l’âme voit les choses au vrai point ; oh ! comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide ! Je vous en prie, oh, marquez tout avec le sceau de l’amour ! Il n’y a que cela qui demeure. Que la vie est quelque chose de sérieux : chaque minute nous est donnée pour nous "enraciner" plus en Dieu, selon l’expression de saint Paul, pour que la ressemblance avec notre divin Modèle soit plus frappante, l’union plus intime. Mais pour réaliser ce plan qui est celui de Dieu Lui-même, voici le secret : s’oublier, se quitter, ne pas tenir compte de soi, regarder au Maître, ne regarder qu’à Lui, recevoir également comme venant directement de son amour, la joie ou la douleur ; cela établit l’âme sur des hauteurs si sereines !...

Mon Antoinette aimée, je vous laisse ma foi en la présence de Dieu, du Dieu tout Amour habitant en nos âmes. Je vous le confie : c’est cette intimité avec Lui "au-dedans" qui a été le beau soleil irradiant ma vie, en faisant déjà comme un Ciel anticipé ; c’est ce qui me soutient aujourd’hui dans la souffrance. Je n’ai pas peur de ma faiblesse, c’est elle qui me donne confiance, car le Fort est en moi et sa vertu est toute-puissante ; elle opère, dit l’Apôtre, au-delà de ce que nous pouvons espérer ! À Dieu, mon Antoinette, quand je serai là-haut, voulez-vous me permettre de vous aider, de vous reprendre même, si je vois que vous ne donnez pas tout au Maître ? et ce, parce que je vous aime ! Je protégerai vos deux chers trésors et demanderai pour vous tout ce qu’il faut pour en faire deux belles âmes, filles de l’amour ! Qu’Il vous garde toute sienne, toute fidèle ; en Lui je serai toujours toute vôtre.Haut