Vivre avec les saints du Carmel

2 ème dimanche de carême (A) : Mt 17, 1-9

Fra Angelico - La Transfiguration

Si nous ne vivons pas la liturgie comme une routine qui se déroule de dimanche en dimanche, l’Évangile de ce dimanche a de quoi nous surprendre. Prenons le temps de nous laisser interpeller par lui : nous sommes entrés en Carême depuis une semaine et demi, nous savons que c’est un temps qui nous prépare aux fêtes pascales, et qui pour cela va nous permettre de faire mémoire et d’accueillir dans notre vie le mystère de la souffrance et de la Passion de Jésus, pour recevoir la vie du Ressuscité… et voici que nous entendons le récit de la Transfiguration du Seigneur, mystère resplendissant de lumière, et faisant par ailleurs l’objet d’une fête liturgique spéciale, le 6 août ! Pourquoi l’irruption de cette lumière avant la plongée dans les ténèbres de la Passion et de la mort de Jésus ?

Eh bien, c’est peut-être pour nous faire vivre pendant notre Carême quelque chose de ce que Jésus a voulu faire vivre à ses disciples : sur la montagne, il leur a en effet montré le resplendissement de sa gloire, afin de les préparer à affronter l’épreuve de la Passion, afin de leur permettre d’être capable de reconnaître dans la foi le Seigneur de gloire dans la figure du Crucifié défiguré. À notre tour, marchons donc avec confiance sur les pas de Jésus, suivons-le sur le chemin de sa Passion, pour accueilli la gloire de sa Résurrection. Et ne limitons pas à ce temps du Carême ni à notre vie intérieure la richesse que nous pouvons tirer de ce mystère de la Transfiguration. Il peut renouveler notre regard sur les détresses du monde où nous vivons, sur la détresse de ceux qui nous entourent. Dans la plus grande misère, dans l’abattement, dans le découragement, saurons-nous discerner la lumière qui brille toujours au fond des cœurs, comme une espérance toujours là, promesse d’une transfiguration ? Par une parole d’accompagnement, par un geste de compassion, par un engagement social, apprenons à aller vers nos frères et sœurs dans la souffrance, pour leur faire entendre, par nos actes plus encore que par nos paroles, que toute espérance n’est jamais perdue, et que la lumière de Jésus, espérance de vie et de transfiguration définitive, luit toujours, qu’elle soit éclatante comme sur la montagne, ou bien cachée dans notre quotidien.

Enfin, le pauvre et le souffrant n’est pas que l’autre, il est aussi en chacun de nous : renouvelons donc notre foi et notre espérance en Jésus. Faisons mémoire des jours et des événements où la lumière du Christ nous a indubitablement illuminés, et marchons comme les disciples, qui ont continué à suivre Jésus, à travers ombres et lumières, lorsqu’ils sont redescendus de la montagne. Dans le clair-obscur de chaque jour, entendons toujours la voix du Père qui nous désigne Jésus : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le !" Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (LT 158 à l’abbé Chevignard)
Avant d'entrer dans le grand silence du Carême je veux répondre à votre bonne lettre. Et mon âme a besoin de vous dire qu'elle est tout en communion avec la vôtre pour se laisser prendre, emporter, envahir par Celui dont la charité nous enveloppe et qui veut nous consommer en l'"un" avec Lui. Je pensais à vous en lisant dans le Père Vallée ces paroles sur la contemplation : "Le contemplatif est un être qui vit sous le rayonnement de la Face du Christ, qui entre dans le mystère de Dieu, non sous la clarté qui monte de la pensée humaine, mais sous celle que fait la parole du Verbe Incarné." N'avez-vous pas cette passion de l'écouter ? Parfois c'est si fort, ce besoin de se taire, on voudrait ne plus savoir faire autre chose que de demeurer comme Madeleine, ce beau type de l'âme contemplative, aux pieds du Maître, avide de tout entendre, de pénétrer toujours plus loin en ce mystère de Charité qu'Il est venu nous révéler. Ne trouvez-vous pas que dans l'action, alors qu'on remplit l'office de Marthe, l'âme peut toujours demeurer tout adorante, ensevelie comme Madeleine en sa contemplation, se tenant à cette source comme une affamée, et c'est ainsi que je comprends l'apostolat pour la carmélite comme pour le prêtre. Alors l'un et l'autre peuvent rayonner Dieu, le donner aux âmes s'ils se tiennent sans cesse à ces sources divines. Il me semble qu'il faudrait s'approcher si près du Maître, communier tellement à son âme, s'identifier à tous ses mouvements, puis s'en aller comme Lui en la volonté de son Père. Alors, qu'importe ce qui passe sur l'âme, puisqu'elle a foi en Celui qu'elle aime et qui demeure en elle. Pendant ce carême je voudrais, comme dit saint Paul, "m'ensevelir en Dieu avec le Christ", me perdre en cette Trinité qui sera un jour notre vision, et sous ces clartés divines m'enfoncer dans la profondeur du Mystère. Priez, n'est-ce pas, pour que je sois toute livrée et que mon Époux Bien-Aimé puisse m'emporter partout où Il voudra. À Dieu, monsieur l'Abbé, demeurons en son Amour, n'est-Il pas cet infini dont nos âmes ont si soif. Haut