Vivre avec les saints du Carmel

1er dimanche de carême (A) : Mt 4, 1-11

Fra Angelico - Le Jugement dernier

En ce début de du Carême, grande quarantaine" qui nous prépare aux fêtes pascales, la liturgie de la Parole nous fait entendre le récit de la tentation du Seigneur Jésus au désert : conduit par l’Esprit, il y est tenté par le démon. Quel mystère que cette tentation du Seigneur : nous aurions pensé qu’aucune tentation ne pouvait l’atteindre, puisqu’il est le Fils de Dieu ! Et voici que l’Évangile nous apprend qu’il a connu l’épreuve comme nous : en toutes choses, il a partagé notre humanité, y compris dans la souffrance et l’épreuve. Et il en a été vainqueur ! Ainsi peut-il être avec nous dans chacun de nos combats, pour que nous aussi nous soyons vainqueurs, en lui et par lui, de toute épreuve. Le témoignage spirituel de notre amie sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, dans l’une de ses lettres, peut nous éclairer à ce sujet. En méditant les évangiles de la Passion du Seigneur, une parole de Jésus l’a particulièrement interpellée : "Vous êtes demeurées avec moi dans toutes les épreuves que j’ai eues" (Lc 22, 28). Elle s’interroge alors : "Les épreuves de Jésus, quel mystère ! Il a donc des épreuves, Lui aussi ?" Et aussitôt, elle entre dans une attitude spirituelle de compassion : "Oui, Il a des épreuves, et peu consentent à lui tenir compagnie" dans ces moments.

Tenir compagnie à Jésus, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire pour nous ? Et lui tenir compagnie dans ses épreuves ? Tout d’abord, dans le registre de notre prière personnelle, nous pouvons découvrir que le Seigneur nous appelle à une proximité, à une communion particulière avec lui. Par la Parole de l’Évangile, il nous rejoint en vérité dans notre vie, aujourd’hui. Alors, en réponse, dans notre prière, nous pouvons prendre la parole et manifester au Seigneur notre désir de lui tenir compagnie, comme on demeure auprès d’un ami, quel que soit l’état d’âme de celui-ci, en lui parlant, en étant simplement là auprès de lui… Et puis ce désir de consoler le Seigneur dans ses épreuves peut aussi stimuler et renouveler notre engagement auprès de nos frères et sœurs en humanité, spécialement ceux qui sont les plus isolés ou en détresse. Nous ne pouvons pas être véritablement touchés par les épreuves de Jésus si nous restons sourds aux souffrances de ceux qui nous entourent. Alors, dès le début de ce Carême, éveillons nos cœurs à cette belle attitude de communion et de compassion, qui nous fera grandir dans la communion au Seigneur et à ceux qui entourent : c’est bien là le "double commandement" dont Jésus nous a dit qu’il résumait toute la Loi : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi même, inséparablement (cf. Mt 22, 37-40). Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (LT 165 à sa sœur Céline)

Comme il nous sera doux d’entendre un jour cette parole si douce sortir de la bouche de notre Jésus : "C’est vous qui êtes demeurées constamment avec moi dans toutes les épreuves que j’ai eues, aussi je vous ai préparé mon royaume comme mon Père me l’a préparé" (Lc 22, 28-29). Les épreuves de Jésus, quel mystère ! Il a donc des épreuves, Lui aussi ? Oui, Il en a et souvent Il est seul à fouler le vin dans le pressoir, Il cherche des consolateurs et ne peut pas en trouver… Beaucoup servent Jésus quand Il les console, mais peu consentent à tenir compagnie à Jésus dormant sur les flots ou souffrant au jardin de l’agonie !... Qui donc voudra servir Jésus pour Lui-même ?... Ah ! ce sera nous… Oui, Jésus nous prépare déjà son royaume, comme son Père le lui a préparé. Il nous le prépare en nous laissant dans l’épreuve, Il veut que notre visage soit vu des créatures, mais qu’il soit comme caché afin que personne ne nous reconnaisse que Lui seul !... Mais aussi quel bonheur de penser que le Bon Dieu, la Trinité tout entière nous regarde, qu’elle est en nous et se plaît à nous considérer. Mais que veut-Elle voir dans notre cœur ? sinon "des chœurs de musique dans un camp d’armée ?" (Ct 7,1) "Comment donc pourrons-nous chanter les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère ?... depuis longtemps nos harpes sont suspendues aux saules du rivage" (Ps 136), nous ne saurions nous en servir !... Notre Dieu, l’hôte de notre âme le sait bien, aussi vient-Il en nous dans l’intention de trouver une demeure, une tente VIDE au milieu du champ de bataille de la terre. Il ne demande que cela et Lui-même est le Musicien Divin qui se charge du concert… Ah ! si nous entendions cette ineffable harmonie, si une seule vibration parvenait à nos oreilles !...
"Nous ne savons rien demander comme il faut mais c’est l’Esprit qui demande en nous avec des gémissements qui ne se peuvent exprimer" (Rm 8, 26). Nous n’avons donc qu’à livrer notre âme, à l’abandonner à notre grand Dieu. Qu’importe alors qu’elle soit sans dons qui brillent à l’extérieur puisqu’au-dedans brille le Roi des Rois avec toute sa gloire ! Haut