Vivre avec les saints du Carmel

Dimanche du Baptême du Seigneur: Mt 3,13-17

Le Greco - Le BaptÍme du Christ

Aujourd’hui où le temps de Noël s’achève, nous célébrons la fête du Baptême du Seigneur Jésus. Depuis la nuit de Noël, nous célébrons dans la liturgie et nous cherchons à accueillir plus particulièrement dans nos vies, le Sauveur que Dieu nous donne en la Personne de Jésus Christ. Le Verbe de Dieu s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie pour le salut du monde, pour que chacun de nous ait la vie, et que nous l’ayons en plénitude. Dès la nuit de Noël, les bergers, avertis par l’Ange du Seigneur, étaient venus l’adorer. Dimanche dernier, nous avons célébré l’Épiphanie : les mages sont les premiers membres des peuples païens à venir vers Jésus : leur visite manifeste déjà que Jésus est venu sauver tous les hommes. Et puis, nous le savons, après l’événement de sa Présentation au Temple, la vie de Jésus s’est passée dans la discrétion de la vie cachée à Nazareth, si ce n’est l’épisode surprenant du Recouvrement au Temple, lorsqu’il avait douze ans (cf. Lc 2, 41-50).

Aujourd’hui, en célébrant le Baptême de Jésus dans le Jourdain, c’est à l’inauguration de sa vie publique que nous assistons. C’est bien ainsi que Matthieu nous le raconte : "Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain". Il est déjà apparu sur la terre depuis sa naissance, mais bien peu l’avaient rencontré jusque là. Maintenant, il "paraît" et tout homme le verra, "toute chair verra sa gloire" (cf. Is 40, 5). Et ce n’est pas d’une simple apparition sur la scène de la vie publique de son temps qu’il s’agit. En nous disant que "Jésus paraît", Matthieu veut nous dire que c’est vraiment d’une théophanie, d’une manifestation divine, qu’il s’agit. Lorsqu’il remonte de l’eau, l’Esprit de Dieu descend sur Jésus, et la voix du Père proclame : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour". C’est une manifestation de la Trinité qui se produit là, pour nous révéler qu’en Jésus, nous sommes appelés à entrer dans la vie divine. Telle est notre vocation de baptisés : en Jésus et par lui, le Fils unique, par la grâce de sa crucifixion et de sa Résurrection, nous sommes devenus les fils bien-aimés du Père, et l’Esprit demeure en nous. À nous de vivre en vérité de ce mystère, en l’accueillant dans nos vies, et en posant les actes concrets qui correspondent à une telle grâce. Lorsque "Jésus paraît", c’est la Trinité toute entière qui paraît : qu’il en soit ainsi dans vies, chaque jour, comme cela fut lors du Baptême de Jésus dans le Jourdain. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Presque contemporaine de Thérèse de l’Enfant Jésus, Élisabeth de la Trinité (1880-1906) entra à 21 ans au Carmel de Dijon. Son expérience spirituelle fut profondément marquée par le fait que, depuis le jour de notre baptême, la Trinité demeure dans notre cœur : le Père, le Fils et le Saint Esprit désirent que nous vivions toujours en leur présence, dans le rayonnement de leur Amour. Émerveillée par ce mystère, Élisabeth voulut faire de sa vie tout entière une "louange de gloire" de ce Dieu tout Amour. Frappée par la maladie d’Addison, qui était alors incurable, elle entre dans la Vie le 9 novembre 1906.
 
Prière de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (NI 15)

Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire Sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

Ô mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Coeur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer... jusqu'à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même », d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m'envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d'apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

Ô Feu consumant, Esprit d'amour, "survenez en moi" afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, "couvrez-la de votre ombre", ne voyez en elle que le "Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances".

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs. Haut