Vivre avec les saints du Carmel

4ème dimanche de l'Avent (B) : Luc 1,26-38

Alors que notre chemin d’Avent touche à sa fin, il est bien juste – et combien bénéfique ! – de nous tourner vers la Vierge Marie, comme nous y invite l’évangile de ce dimanche. Inépuisable récit de l’Annonciation, pourvu que nous laissions toujours nos cœurs ouverts pour l’entendre de façon neuve, et pour recevoir avec Marie le message de l’ange. ...En elle, nous contemplons les dispositions du cœur que nous voudrions faire nôtres pour nous préparer à la venue du Fils de Dieu : écoute silencieuse de la Parole de Dieu, adhésion au dessein de salut du Seigneur, accueil inconditionnel de ce que Dieu veut réaliser en nous, quand bien même nous nous en trouvons déroutés…

Avons-nous déjà pensé que les projets de Marie ont sans doute été bouleversés par l’irruption de Dieu dans sa vie ? Mais sa vie était déjà tout entière tournée vers le Seigneur, elle portait ardemment l’attente du Messie qui est celle du peuple d’Israël. Cependant, elle n’imaginait certainement pas que la réalisation des promesses faites à son peuple aurait lieu "comme cela"… Et Dieu l’a rejointe dans la disposition fondamentale de son cœur, qui n’était pas un attachement aux vues extérieures, mais un désir profond de la réalisation de la volonté du Seigneur, une offrande habituelle et inconditionnelle à ce que Dieu voudrait réaliser en elle. Quand Marie répond à l’ange, elle dévoile ce qui est l’orientation habituelle de son cœur et de toute sa vie : "Je suis la servante du Seigneur", depuis toujours et pour toujours ; "qu’il me soit fait selon ta parole", de la façon que Dieu voudra : offerte à lui pour ce qu’il voudra, j’accepte tout ce qui vient de lui… Au jour de l’Annonciation, Marie exprime ce qu’elle vit chaque jour de sa vie. Elle le mettra en pratique tout au long de sa vie, de la nuit de Noël à la nuit du Calvaire, et jusqu’au matin de Pâques. En ces jours, marchons avec elle vers Bethléem : qu’elle enfante dans nos vies, au plus profond de nos cœurs, la vie du Fils de Dieu qui vient nous sauver ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Nicolas Herman naquit en 1614, en Lorraine. À l’âge de 26 ans, il entra au couvent des Carmes Déchaussés de la rue de Vaugirard, à Paris, et y reçut le nom de frère Laurent de la Résurrection. Dans son couvent, il assuma le service de cuisinier, puis de cordonnier. Après dix années de cheminement difficile dans le sentiment douloureux de ses péchés, un acte d’abandon déterminant va le libérer, et il va trouver son chemin spirituel, aussi riche que simple : tout vivre – travail et temps de prière, peines et joies – dans la "présence de Dieu". Il meurt le 12 février 1691, à 77 ans.
 
Des Maximes spirituelles du frère Laurent de la Résurrection

La présence de Dieu est une application de notre esprit à Dieu ou un souvenir de Dieu présent, qui se peut faire ou par l’imagination ou par l’entendement.

Je connais une personne qui depuis quarante ans pratique une présence de Dieu intellectuelle, à qui il donne plusieurs autres noms. Tantôt il l’appelle acte simple, ou connaissance claire et distincte de Dieu. Quelquefois vue confuse ou regard général et amoureux en Dieu, souvenir de Dieu. D’autres fois, il la nomme attention à Dieu, entretien muet avec Dieu, confiance en Dieu, la vie et la paix de l’âme. Enfin cette personne m’a dit que toutes ces manières de présence de Dieu ne sont que des synonymes qui ne signifient qu’une même chose, et qu’elle lui est présentement comme naturelle. Voici comment.

Elle dit qu’à force d’actes et en rappelant souvent son esprit en la présence de Dieu, l’habitude s’en est formée de telle manière qu’aussitôt qu’il est libre de ses occupations extérieures, et même souvent lorsqu’il y est le plus engagé, la pointe de son esprit, ou la suprême partie de son âme, s’élève sans aucune diligence de sa part, et demeure comme suspendue et fixement arrêtée en Dieu, par-dessus toutes choses, comme en son centre et en son lieu de repos. Sentant presque toujours son esprit en cette suspension accompagnée de la foi, cela lui suffit. Et c’est ce qu’elle appelle présence de Dieu actuelle, qui comprend toutes les autres sortes de présence et beaucoup davantage, de sorte qu’elle vit maintenant comme s’il n’y avait plus que Dieu et elle au monde. Elle s’entretient partout avec Dieu, elle lui demande ce dont elle a besoin et se réjouit sans cesse en mille et mille façons avec lui.

Il est cependant à propos de savoir que cette conversation avec Dieu se fait au fond et au centre de l’âme. C’est là que l’âme parle à Dieu cœur à cœur, et toujours dans une grande et profonde paix dont l’âme jouit en Dieu : tout ce qui se passe au-dehors n’est à l’âme que comme un feu de paille qui s’éteint à mesure qu’il s’allume, et il n’arrive quasi jamais ou fort peu à troubler sa paix intérieure.

Pour revenir à notre présence de Dieu, je dis que ce regard de Dieu doux et amoureux allume insensiblement un feu divin en l’âme, qui l’embrase si ardemment de l’amour de Dieu qu’on est obligé de faire plusieurs choses à l’extérieur pour le modérer.

L’on serait même surpris si l’on savait ce que l’âme dit quelquefois à Dieu, qui semble se plaire si fort dans ces entretiens qu’il lui permet tout, pourvu qu’elle veuille toujours demeurer avec lui et en son fond. Et comme s’il craignait qu’elle ne retournât à la créature, il prend soin de lui fournir tout ce qu’elle peut désirer, si bien qu’elle trouve souvent au-dedans de soi une nourriture très savoureuse et très délicieuse à son goût, quoiqu’elle ne l’ait jamais désirée ni procurée en aucune manière et sans même y avoir contribué de sa part que le seul consentement.

La présence de Dieu est donc la vie et la nourriture de l’âme, qui se peut acquérir avec la grâce du Seigneur. Haut