Vivre avec les saints du Carmel

2ème dimanche de l'Avent (B) : Marc 1,1-8

Il y a une semaine, nous entrions en Avent avec le désir de veiller dans l’attente de la venue du Seigneur : il vient dans la nuit de Noël, il vient tout au long de nos vies. Aujourd’hui, un guide nous est donné sur notre chemin d’Avent : c’est Jean le Baptiste. ...L’évangéliste Marc nous dit qu’en lui s’accomplit la parole du livre d’Isaïe : Jean est ce messager qui prépare la venue du Seigneur Jésus en criant à travers le désert. Et quels sont les mots qui sont appliqués à la prédication du Baptiste ? "Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route !" C’est donc dans ce but que Jean proclame un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Et c’est à chacun de nous de s’interroger pour découvrir dans notre vie ce qui a besoin d’être converti, ce qui a besoin d’être fortifié, ce qui a besoin d’être dilaté pour nous disposer à accueillir le don de Dieu.

Le frère Laurent de la Résurrection, qui nous accompagne sur notre chemin d’Avent cette année, ne cesse de nous répéter la disposition fondamentale qu’il voudrait nous transmettre, pour faire grandir notre relation au Seigneur. Elle est en fait très simple, si simple que nous risquerions de la négliger : il s’agit "seulement" de demeurer en la présence du Seigneur… Comment ? En nous adressant à lui, qui ne cesse jamais de nous être présent, et qui demeure au plus profond de nous. En lui rendant grâce pour sa présence dans le monde et pour les belles réalisations dont nous sommes les témoins. En lui confiant ce qui dans notre vie et dans notre monde a encore besoin d’être purifié, pour que nos vies soient plus emplies d’humanité et d’amour. Tout simplement en étant à son écoute, pour le laisser opérer en nous ce qu’il voudra, pour qu’il nous inspire aussi comment nous allons le servir dans nos vies, là où nous sommes, comme il voudra. Alors, à notre tour, nous serons des Jean Baptiste annonçant et préparant la venue du Seigneur. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Nicolas Herman naquit en 1614, en Lorraine. À l’âge de 26 ans, il entra au couvent des Carmes Déchaussés de la rue de Vaugirard, à Paris, et y reçut le nom de frère Laurent de la Résurrection. Dans son couvent, il assuma le service de cuisinier, puis de cordonnier. Après dix années de cheminement difficile dans le sentiment douloureux de ses péchés, un acte d’abandon déterminant va le libérer, et il va trouver son chemin spirituel, aussi riche que simple : tout vivre – travail et temps de prière, peines et joies – dans la "présence de Dieu". Il meurt le 12 février 1691, à 77 ans.
 
Des Lettres du frère Laurent de la Résurrection (Lettre 12)

Ayant trouvé dans plusieurs livres des méthodes différentes pour aller à Dieu et diverses pratiques de la vie spirituelle, j’ai cru que cela servirait plutôt à embarrasser mon esprit qu’à me faciliter ce que je prétendais et que je cherchais et qui n’était autre chose qu’un moyen d’être tout à Dieu. Ce qui me fit résoudre à donner le tout pour le tout. Ainsi, après m’être donné tout à Dieu en satisfaction de mes péchés, je renonçai pour son amour à tout ce qui n’était point lui et je commençai à vivre comme s’il n’y avait que lui et moi au monde. Je me considérais quelquefois devant lui comme un pauvre criminel et aux pieds de son juge, d’autres fois je le regardais dans mon cœur comme mon Père, comme mon Dieu. Je l’y adorais le plus souvent que je pouvais, tenant mon esprit en sa sainte présence et le rappelant autant de fois que je l’en trouvais distrait. Je n’eus pas peu de peine à cet exercice que je continuais malgré toutes les difficultés que j’y rencontrais, sans me troubler ni m’inquiéter lorsque j’étais distrait involontairement. Je ne m’y occupais pas moins pendant la journée que pendant mes oraisons. Car, en tout temps, à toute heure et à tout moment, dans le plus fort même de mon travail, je bannissais et éloignais de non esprit tout ce qui était capable de m’ôter la pensée de Dieu.

Voilà ma pratique ordinaire depuis que je suis en religion. Quoique je ne l’aie pratiquée qu’avec beaucoup de lâcheté et d’imperfections, j’en ai cependant reçu de très grands avantages. Je sais bien que c’est à la miséricorde et à la bonté du Seigneur qu’il faut les attribuer, puisque nous ne pouvons rien sans lui – et moi encore moins que tous les autres. Mais lorsque nous sommes fidèles à nous tenir en sa sainte présence, à le considérer toujours devant nous, outre que cela nous empêche de l’offenser et de rien faire qui lui puisse déplaire, au moins volontairement, à force de le considérer de la sorte nous prenons une sainte liberté pour lui demander les grâces dont nous avons besoin. Enfin, à force de réitérer ces actes, ils nous deviennent plus familiers, et la présence de Dieu devient comme naturelle. Remerciez-le, s’il vous plaît, avec moi, de sa grande bonté à mon égard, que je ne peux assez admirer pour le grand nombre de grâces qu’il a faites à un aussi misérable pécheur que moi. Il soit béni de tout. Amen. Haut