Vivre avec les saints du Carmel

1er dimanche de l'Avent (C) : Luc 21,25-36

Dimanche dernier, la solennité du Christ, Roi de l’univers a clôturé le cycle de l’année liturgique. De la naissance du Sauveur à son retour dans la gloire, l’année écoulée nous a fait parcourir l’ensemble du mystère de notre foi. Nous voici donc aujourd’hui au seuil d’une nouvelle année liturgique. Belle occasion pour chacun de regarder sous le regard du Seigneur ce que fut l’année passée, avec ses joies et ses tristesses, ses réussites et ses échecs, ses gestes de don, de communion et ses gestes de fermeture, de repli… Surtout, demandons au Seigneur la grâce de convertir notre regard pour pouvoir regarder notre vie comme Il la regarde Lui-même : enveloppée de son amour et de sa miséricorde. Dans la paix, nous pourrons alors la déposer en son Cœur en signe d’offrande.

Georges de La Tour

Voilà donc dans quel état d’esprit nous désirons aborder le seuil de la nouvelle année liturgique. Quelle sera-t-elle ? Ne nous laissons pas tromper par cette image du cycle ! Certes, nous revivons chaque année les mêmes célébrations, les mêmes fêtes, mais c’est toujours dans la nouveauté de l’aujourd’hui de Dieu : nous ne tournons pas en rond ! Et c’est bien cela que le chemin de l’Avent vient nous rappeler : nous marchons vers le Sauveur promis, qui vient Lui-même à notre rencontre. Il vient nous rencontrer de façon surprenante et déroutante, parfois ; d’une manière nouvelle, toujours.

Dans l’Évangile de ce dimanche, le premier Évangile de l’année, le Seigneur Jésus nous invite à la vigilance, à la veille et à la prière pour préparer sa venue. De quelle veille s’agit-il là ? Sans doute la veille du cœur, du cœur qui attend avec impatience la venue de l’Ami. C’est une attitude de chaque instant, une disponibilité de fond à laquelle le Seigneur nous invite : si notre cœur est ouvert à sa venue, nous pourrons Le reconnaître, quelle que soit la façon (même banale, ordinaire, surprenante …) dont Il décidera de venir à nous : une rencontre inattendue, une parole échangée, un regard d’amitié … un enfant naissant dans la nuit de Bethléem… Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : Manuscrit autobiographique A (2r° - 3v°)

Ouvrant le Saint Évangile, mes yeux sont tombés sur ces mots : "Jésus étant monté sur une montagne, il appela à lui ceux qu'il lui plut ; et ils vinrent à lui." (Mc 3,13). Voilà bien le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière et surtout le mystère des privilèges de Jésus sur mon âme... Il n'appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu'il lui plaît ou comme le dit Saint Paul : "Dieu a pitié de qui il veut et il fait miséricorde à qui il veut faire miséricorde." Ce n'est donc pas l'ouvrage de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde" (Rm 9,15-16).

Longtemps je me suis demandé pourquoi le bon Dieu avait des préférences, pourquoi toutes les âmes ne recevaient pas un égal degré de grâces, je m'étonnais en Le voyant prodiguer des faveurs extraordinaires aux Saints qui l'avaient offensé, comme Saint Paul, Saint Augustin et qu'Il forçait pour ainsi dire à recevoir ses grâces ou bien, en lisant la vie de Saints que Notre-Seigneur s'est plu à caresser du berceau à la tombe, sans laisser sur leur passage aucun obstacle qui les empêchât de s'élever vers Lui et prévenant ces âmes de telles faveurs qu'elles ne pouvaient ternir l'éclat immaculé de leur robe baptismale, je me demandais pourquoi les pauvres sauvages par exemple mouraient en grand nombre avant d'avoir même entendu prononcer le nom de Dieu...

Jésus a daigné m'instruire de ce mystère, Il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j'ai compris que toutes les fleurs qu'Il a créées sont belles, que l'éclat de la rose et la blancheur du Lys n'enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette... J'ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu'Il veut que nous soyons.

J'ai compris encore que l'amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l'âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l'âme la plus sublime, en effet le propre de l'amour étant de s'abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des Saints docteurs qui ont illuminé l'Église par la clarté de leur doctrine, il semble que le bon Dieu ne descendrait pas assez bas en venant jusqu'à leur coeur, mais Il a créé l'enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris…

Je me trouve à une époque de mon existence où je puis jeter un regard sur le passé, mon âme s'est mûrie dans le creuset des épreuves extérieures et intérieures, maintenant comme la fleur fortifiée par l'orage je relève la tête et je vois qu'en moi se réalisent les paroles du psaume 22.

Le Seigneur est mon Pasteur, je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans des pâturages agréables et fertiles :
Il me conduit doucement le long des eaux.
Il conduit mon âme sans la fatiguer...
Mais lors même que je descendrai dans la vallée de l'ombre de la mort,
je ne craindrai aucun mal, parce que vous serez avec moi, Seigneur !

Toujours le Seigneur a été pour moi compatissant et rempli de douceur... "Lent à punir et abondant en miséricordes !" (Ps 102,8) Haut