Vivre avec les saints du Carmel
Fête de la Sainte Trinité (C) : Jean 16,12-15

Quel mystère ! Dieu est unique, et en trois Personnes ! Mystère insondable et incompréhensible, car Dieu est toujours plus grand que les représentations que nous pouvons nous faire de Lui ! Alors, en ce dimanche où l’Église nous donne d’honorer et de fêter particulièrement la Sainte Trinité, la première chose que nous avons à faire est peut-être de nous recueillir dans le silence pour adorer ce mystère, dont nous vivons déjà, puisque, depuis le jour de notre baptême, nous sommes devenus la "demeure de Dieu".

André Roublev

Et puis, si nous ne pouvons pas nous représenter la Trinité, nous pouvons tout de même deviner quelque chose de la communion intime qui existe entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. Sur le visage de Jésus, nous pouvons discerner des traits de ce mystère indicible. En effet, Il est le Fils éternel du Père et il s’est incarné dans le sein de la Vierge Marie "par l’Esprit Saint", comme nous le disons dans le Credo. Au moment de retourner au Père, Il nous a dit : "Je vais vous préparer une place" (Jn 14,2) : nous sommes donc appelés à prendre place au sein de la vie trinitaire. Alors, regardons Jésus : c’est Lui qui nous ouvre la porte du mystère !

Au sein de la Trinité, chaque Personne divine est parfaitement unie aux deux autres, dans une relation d’Amour et de paix. L’Esprit Saint est cet Amour, Il est l’Esprit de communion au sein de la vie divine. Et ce même Esprit nous est donné. Soyons attentifs à sa présence, à ses appels discrets, dans notre prière, dans notre vie quotidienne. Il nous donnera d’enter toujours plus avant dans ce mystère de la vie de Dieu. Il nous aidera aussi à être des artisans de communion et d’unité dans l’Église, dans le monde. Voici le plus beau témoignage que nous pouvons donner de la vie trinitaire : là où nous sommes, vivre l’accueil de nos frères et sœurs, dans le respect de la différence et dans le désir de la communion. Notre vie sera alors un peu " à l’image et à la ressemblance" de la vie trinitaire.

Qu’il est difficile de parler de ce grand mystère ! L’art et la prière viennent à notre secours. Roublev, dans sa fameuse icône, a cherché à représenter les trois anges qu’Abraham a accueillis chez lui (cf. Gn 18). Il est possible d’y voir quelque chose du mystère de la Trinité, à travers les ressemblances et les différences entre les personnages, à travers leurs regards et leurs postures, à travers la paix qui rayonne de cette image, à travers le silence auquel nous nous sentons invités en la contemplant… Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Presque contemporaine de Thérèse de l’Enfant Jésus, Élisabeth de la Trinité (1880-1906) entra à 21 ans au Carmel de Dijon. Son expérience spirituelle fut profondément marquée par le fait que, depuis le jour de notre baptême, la Trinité demeure dans notre cœur : le Père, le Fils et le Saint Esprit désirent que nous vivions toujours en leur présence, dans le rayonnement de leur Amour. Émerveillée par ce mystère, Élisabeth voulut faire de sa vie tout entière une « louange de gloire » de ce Dieu tout Amour.
 
Prière de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (NI 15)
 

Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire Sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

Ô mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Coeur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer... jusqu'à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même », d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m'envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur. Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d'apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

Ô Feu consumant, Esprit d'amour, « survenez en moi » afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, "couvrez-la de votre ombre", ne voyez en elle que le "Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances".

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs. Haut