Vivre avec les saints du Carmel

Le Christ, Roi de l'univers (C) : Luc 23, 35-43

Fra Angelico : le Christ aux outrages

Si nous avions été des contemporains de Jésus, aurions-nous pu imaginer que le Messie qui était attendu comme roi d’Israël, roi de la descendance de David, mourrait sur une croix ? Quand nous entendons l’Évangile retenu pour ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous voyons que ceux qui nomment Jésus "roi" le font d’abord par dérision. Quel mystère ! Jésus n’a pas accepté d’être couronné roi par les foules qui l’acclamaient (cf. Jn 6,15), mais il a accepté d’être appelé roi par moquerie pendant sa Passion… Comme pour nous montrer que s’il est roi, c’est de façon bien différente des puissants de ce monde : il est un roi de douceur et d’humilité, qui ne craint pas de s’abaisser jusqu’à l’extrême pour le salut de ceux qu’il aime… Il l’avait bien dit à Pilate : "Mon royaume n’est pas de ce monde" (Jn 18,36). Mais l’évangéliste Luc nous rapporte de plus les paroles des condamnés qui sont crucifiés en même temps que Jésus. Comme si celui-ci n’était pas rassasié d’injures, voici que l’un d’eux se met à l’invectiver : "Sauve toi toi-même, et nous avec !" Comme il l’avait fait face à ses juges, Jésus ne répond rien. Mais c’est le "bon larron" qui prend la parole pour le défendre : "Lui, il n’a rien fait de mal". La seule personne par qui Jésus ait accepté d’être défendu est un malfaiteur crucifié avec lui. Sans doute celui-ci a-t-il reconnu que l’innocent crucifié à ses côtés était le Sauveur qu’il attendait, et sa prière jaillit : "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne !"

Alors, aurions-nous reconnu la royauté de Jésus sous la couronne d’épines ensanglantant son visage et dans les douleurs du crucifiement ? Surtout, aujourd’hui, reconnaissons-nous la victoire de Jésus à travers les souffrances de nos vies… ou bien ne nous tournons-nous vers lui que quand nous pouvons lui offrir une image de nous-mêmes qui nous convient ? Aimons-nous l’Église, nous investissons-nous dans nos communautés chrétiennes, même quand nous percevons leurs déficiences humaines… ou bien désertons-nous aux premiers manquements des autres, sans nous interroger sur les nôtres ? Savons-nous être solidaires de nos frères et sœurs en humanité qui connaissent des pauvretés de toute sorte, matérielles, spirituelles, psychologiques… ou bien n’aimons-nous les autres que de loin, tant qu’ils ne dérangent pas notre confort personnel ? Profitons de la solennité de ce dimanche pour nous interroger sérieusement. Jésus a choisi de traverser la souffrance et l’échec apparent, de les assumer : avant d’entrer dans son Règne de gloire, il est passé par la défiguration de la croix. Et nous, croyons-nous que nous pouvons suivre Jésus sans marcher sur le chemin où il a lui-même marché ? Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (LT 96 à sa sœur Céline, le 15 octobre 1889)

La vie c'est un trésor... chaque instant c'est une éternité, une éternité de joie pour le ciel, une éternité de voir Dieu face à face, de n'être qu'un avec lui !... Il n'y a que Jésus qui est ; tout le reste n'est pas... aimons-le donc à la folie, sauvons-lui des âmes, ah ! Céline, je sens que Jésus demande de nous deux, de désaltérer sa soif en lui donnant des âmes, des âmes de prêtres surtout, je sens que Jésus veut que je te dise cela, car notre mission c'est de nous oublier, de nous anéantir... nous sommes si peu de chose... et pourtant Jésus veut que le salut des âmes dépende de nos sacrifices, de notre amour, il nous mendie des âmes... ah ! comprenons son regard ! si peu savent le comprendre, Jésus nous fait la grâce insigne de nous instruire lui-même, de nous montrer une lumière cachée !... Céline... la vie sera courte, l'éternité est sans fin... Faisons de notre vie un sacrifice continuel, un martyre d'amour, pour consoler Jésus, il ne veut qu'un regard, un soupir, mais un regard et un soupir qui soient pour lui seul ! Que tous les instants de notre vie soient pour lui seul, que les créatures ne nous touchent qu'en passant... Il n'y a qu'une seule chose à faire pendant la nuit, l'unique nuit de la vie qui ne viendra qu'une fois, c'est d'aimer, d'aimer Jésus de toute la force de notre cœur et de lui sauver des âmes pour qu'il soit aimé... Oh ! faire aimer Jésus ! Haut