Vivre avec les saints du Carmel

Fête du Christ, Roi de l'univers Jn 18,33-37

Le dernier dimanche de l’année liturgique est consacré à la solennité du Christ, Roi de l’univers. Nous avons bien quelques images des rois de la terre, monarques politiques ou idoles de nos sociétés, qui exercent leur pouvoir sur leurs sujets ou sur ceux qui les admirent. Mais quel est le visage du Roi de l’univers que l’Evangile met devant nos yeux ?

C’est le visage douloureux du Seigneur en sa Passion que nous présente l’Evangile de ce dimanche. Non pas un roi triomphant rendant la justice avec autorité, mais un roi humilié, subissant un procès injuste et joué d’avance. Dès le début de l’Evangile de Jean, Jésus avait d’ailleurs bien compris que si les foules admiraient les signes miraculeux qu’il réalisait, elles étaient aussi sur le point de faire de lui leur roi (cf. Jn 6,15). Il avait préféré alors s’enfuir dans la solitude, car son désir n’est pas de régner sur les siens comme un monarque temporel, mais plutôt de régner sur les cœurs comme Roi d’humilité et d’amour. Son désir est d’être accueilli pour la Personne qu’Il est et non pas pour les choses qu’Il donne. Jésus est venu pour nous donner rien moins que sa vie, la Vie qu’Il est Lui-même.

"Mon royaume n’est pas de ce monde" nous dit Jésus aujourd’hui (Jn 18,36). Non, son royaume n’a rien à voir avec ceux des rois de ce monde. Sa couronne est une couronne d’épines est son trône est le bois de la Croix. Prions-le d’ouvrir nos cœurs pour que nous sachions Le suivre sur ce chemin d’abaissement et d’humilité, puisque "le serviteur n’est pas plus grand que son Maître" (Jn 13,16). Demandons-lui aussi de savoir reconnaître les signes de son royaume dans les événements douloureux et parfois incompréhensibles de notre vie.

Thérèse nous accompagne dans notre marche et nous invite à contempler le visage ensanglanté du Roi crucifié, comme elle le fit elle-même dans l’un des moments les plus douloureux de sa vie, celui de la maladie mentale de son père. A sa sœur Céline, qui vit aussi douloureusement qu’elle ce drame familial, Thérèse dévoile le secret de sa propre prière : reconnaître dans la douleur humaine quelque chose de la douleur du Seigneur crucifié, le Roi de la gloire. Espérance dans la nuit et confiance inébranlable dans le Seigneur : ses pensées ne sont pas nos pensées (cf. Is 55,8), son royaume n’est pas de ce monde.
Fr. Anthony-Joseph, ocd
Haut

 
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : lettre 87, à sa soeur Céline (4 avril 1889)

Ma petite Céline chérie, ta lettre a mis une grande tristesse dans mon âme !... Pauvre petit Père ! Non, les pensées de Jésus ne sont pas nos pensées et ses voies ne sont pas nos voies... Il nous présente un calice aussi amer que notre faible nature peut le supporter !... ne retirons pas nos lèvres de ce calice préparé par la main de Jésus...

Voyons la vie sous son jour véritable... C'est un instant entre deux éternités... Souffrons en paix... J'avoue que ce mot de paix me semblait un peu fort, l'autre jour en y réfléchissant, j'ai trouvé le secret de souffrir en paix... Qui dit paix ne dit pas joie, ou du moins joie sentie... Pour souffrir en paix, il suffit de bien vouloir tout ce que Jésus veut... Pour être l'épouse de Jésus, il faut ressembler à Jésus, Jésus est tout sanglant. Il est couronné d'épines !...

Mille ans sont à vos yeux, Seigneur, comme le jour d'hier qui est passé !...

Etant sur les bords du fleuve de Babylone nous nous y sommes assis, et nous avons répandu des larmes en nous y souvenant de Sion... Nous avons suspendu nos harpes aux saules qui sont dans la campagne... Ceux qui nous ont emmenés captifs nous ont dit : "Chantez-nous un cantique agréable entre ceux de Sion"... Comment chanterions-nous les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère ?

Non, ne chantons pas les cantiques du Ciel aux créatures... mais comme Cécile, chantons dans notre cœur un cantique mélodieux à notre bien-aimé !

Le cantique de la souffrance unie à ses souffrances est ce qui ravit le plus son cœur ! Jésus brûle d'amour pour nous... Regarde sa Face adorable ! Regarde ses yeux éteints et baissés ! Regarde ces plaies... Regarde Jésus dans sa Face... Là tu verras comme il nous aime.