Vivre avec les saints du Carmel

Christ, Roi de l'univers (B) : Mt 25, 31-46

Christ (Fra Angelico)

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous célébrons la solennité du Christ, Roi de l’univers. Ce "titre" ne nous est peut-être pas très familier et mérite que nous y arrêtions, à la lumière de la Parole de Dieu choisie pour cette célébration. Que signifie pour nous de dire que le Christ est Roi, Roi de l’univers ? De quelle royauté peut-il bien s’agir ? D’ailleurs, dans la société qui est la nôtre, nous manquons peut-être de références qui nous permettraient de nous représenter de façon juste ce qu’est un roi. Mais ne nous y arrêtons pas trop, car, Jésus nous le dit lui-même par ailleurs : "Mon Royaume n’est pas de ce monde" (Jn 18, 36). Si donc Jésus est Roi, Roi de l’univers, c’est d’une façon bien différente de celle des rois de ce monde. Alors, que nous enseigne à ce propos l’évangile de Matthieu que nous entendons en ce dimanche ?

Pour parler à ses disciples de sa venue dans la gloire, Jésus se compare lui-même à un roi qui juge ses sujets. Mais l’image choisie par Jésus n’est pas seulement celle du triomphe final d’un roi glorieux. En effet, aux justes comme aux méchants, le roi dévoile ceci : lorsqu’ils ont accueilli ou bien rejeté les affamés, les assoiffés, les étrangers, les malades ou les prisonniers, c’est lui-même qu’ils ont accueilli ou rejeté. Quel mystère que celui de ce roi d’humilité qui est présent dans les plus petits ! Alors, profitons de cette grande solennité qui clôture l’année liturgique pour exercer note regard à reconnaître la venue du Seigneur, sa présence parmi nous, spécialement dans l’humilité de tous ceux qui connaissent des situations de faiblesse, de quelque sorte qu’elles soient : infirmités physiques ou psychologiques, difficultés humaines ou professionnelles… Peut-être alors pourrons-nous aussi accepter d’accueillir le Seigneur présent au cœur de nos propres faiblesses. En communion avec tous nos frères et sœurs en humanité, avec les mots de Jésus, nous pourrons alors dire en vérité au Père : "Que ton Règne vienne !" Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms C 27v°-28r°)

J’ai remarqué (et c’est tout naturel) que les soeurs les plus saintes sont les plus aimées, on recherche leur conversation, on leur rend des services sans qu’elles les demandent, enfin ces âmes capables de supporter des manques d’égards, de délicatesses, se voient entourées de l’affection de toutes. On peut leur appliquer cette parole de notre Père St Jean de la Croix : "Tous les biens m’ont été donnés quand je ne les ai plus recherchés par amour-propre." Les âmes imparfaites au contraire, ne sont point recherchées, sans doute on se tient à leur égard dans les bornes de la politesse religieuse, mais craignant peut-être de leur dire quelques paroles peu aimables, on évite leur compagnie. En disant les âmes imparfaites, je ne veux pas seulement parler des imperfections spirituelles, puisque les plus saintes ne seront parfaites qu’au Ciel, je veux parler du manque de jugement, d’éducation, de la susceptibilité de certains caractères, toutes choses qui ne rendent pas la vie très agréable. Je sais bien que ces infirmités morales sont chroniques, il n’y a pas d’espoir de guérison, mais je sais bien aussi que ma Mère ne cesserait pas de me soigner, d’essayer de me soulager si je restais malade toute ma vie. Voici la conclusion que j’en tire : Je dois rechercher en récréation, en licence, la compagnie des soeurs qui me sont le moins agréables, remplir près de ces âmes blessées l’office du bon Samaritain. Une parole, un sourire aimable, suffisent souvent pour épanouir une âme triste ; mais ce n’est pas absolument pour atteindre ce but que je veux pratiquer la charité car je sais que bientôt je serais découragée : un mot que j’aurai dit avec la meilleure intention sera peut-être interprété tout de travers. Aussi pour ne pas perdre mon temps, je veux être aimable avec tout le monde (et particulièrement avec les soeurs les moins aimables) pour réjouir Jésus et répondre au conseil qu’Il donne dans l’Évangile à peu près en ces termes : "Quand vous faites un festin n’invitez pas vos parents et vos amis de peur qu’ils ne vous invitent à leur tour et qu’ainsi vous ayez reçu votre récompense ; mais invitez les pauvres, les boiteux, les paralytiques et vous serez heureux de ce qu’ils ne pourront vous rendre, car votre Père qui voit dans le secret vous en récompensera." Haut