Vivre avec les saints du Carmel

7ème dimanche de Pâques (C) : Jean 17,20-26

La liturgie nous fait entendre ce dimanche la fin du grand discours que Jésus adressa à ses disciples lors du dernier repas qu’il prit avec eux. Et le discours devient prière : Jésus ne s’adresse plus directement aux disciples, mais il s’adresse au Père en priant pour eux. "Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, dit Jésus, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi." Prenons-nous la mesure de ces paroles de Jésus ? Non seulement il a prié pour les disciples qui étaient réunis autour de lui pendant sa vie terrestre, mais il a aussi prié pour tous ses disciples à venir, disciples de tous les temps et de tous les lieux, dont nous sommes !

Et quelle est la prière que Jésus a faite pour nous ? "Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi." C’est la grâce de l’unité que le Seigneur désire pour nous : unité de tous ses disciples, unité de tous les hommes, réunis en son amour. Alors, en ce temps qui nous prépare à la fête de la Pentecôte, invoquons l’Esprit d’unité sur l’Église et sur le monde. Et dans notre quotidien, dans notre famille, dans notre communauté chrétienne, dans nos lieux de travail, bref, dans tous nos lieux de vie, demandons à l’Esprit de nous aider à discerner comment nous allons pouvoir être artisans de cette unité.

En écho à l’Évangile de ce dimanche, écoutons une prière audacieuse que notre amie Thérèse de l’Enfant-Jésus a adressée au Seigneur quelques mois avant de mourir. Désirant recommander au Seigneur tous ceux qui lui avaient été confiés d’une façon ou d’une autre (dans la prière, dans l’accompagnement fraternel), elle n’a rien trouvé de mieux que de s’adresser à lui en reprenant les paroles mêmes de Jésus. Laissons-nous interpeller par cette audace, qui peut-être nous éveillera à une dimension fondamentale de la prière chrétienne : dans le cœur de chacun, c’est l’Esprit Saint lui-même qui « intercède pour nous en des gémissements ineffables » (Rm 8,26). Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms C 33 v° - 34 v°)
 

Depuis que j'ai deux frères et mes petites soeurs les novices, si je voulais demander pour chaque âme ce qu'elle a besoin et bien le détailler, les journées seraient trop courtes et je craindrais fort d'oublier quelque chose d'important... Seigneur, vous le savez, je n'ai point d'autres trésors que les âmes qu'il vous a plu d'unir à la mienne ; ces trésors, c'est vous qui me les avez confiés, aussi j'ose emprunter les paroles que vous avez adressées au Père Céleste le dernier soir qui vous vit encore sur notre terre, voyageur et mortel. Jésus, mon Bien-Aimé, je ne sais pas quand mon exil finira... plus d'un soir doit me voir encore chanter dans l'exil vos miséricordes, mais enfin, pour moi aussi viendra le dernier soir ; alors je voudrais pouvoir vous dire, ô mon Dieu :

"Je vous ai glorifié sur la terre ; j'ai accompli l'oeuvre que vous m'avez donnée à faire ; j'ai fait connaître votre nom à ceux que vous m'avez donnés : ils étaient à vous, et vous me les avez donnés. C'est maintenant qu'ils connaissent que tout ce que vous m'avez donné vient de vous ; car je leur ai communiqué les paroles que vous m'avez communiquées, ils les ont reçues et ils ont cru que c'est vous qui m'avez envoyée. Je prie pour ceux que vous m'avez donnés parce qu'ils sont à vous. Je ne suis plus dans le monde ; pour eux, ils y sont et moi je retourne à vous. Père Saint, conservez à cause de votre nom ceux que vous m'avez donnés. Je vais maintenant à vous, et c'est afin que la joie qui vient de vous soit parfaite en eux, que je dis ceci pendant que je suis dans le monde. Je ne vous prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. Ils ne sont point du monde, de même que moi je ne suis pas du monde non plus. Ce n'est pas seulement pour eux que je prie, mais c'est encore pour ceux qui croiront en vous sur ce qu'ils leur entendront dire. Mon Père, je souhaite qu'où je serai, ceux que vous m'avez donnés y soient avec moi, et que le monde connaisse que vous les avez aimés comme vous m'avez aimée moi-même" (cf. Jn 17,4-24). Haut