Vivre avec les saints du Carmel

7ème dimanche de Pâques (A) : Jean 17,1-11

Christ en Gloire

En ce dernier dimanche avant la Pentecôte, alors que nous venons de célébrer l’Ascension et que le temps pascal touche à sa fin, nous entendons la fin des paroles que le Seigneur Jésus dit à ses disciples le soir de la dernière Cène. Il s’agit de la grande prière que Jésus adresse à son Père, et que l’on appelle habituellement "prière sacerdotale". Dans la section que nous entendons ce dimanche, il est question de la gloire que le Fils a rendue au Père durant son ministère terrestre, et de la gloire que le Père donne au Fils en le ressuscitant d’entre les morts. Cette gloire, c’est la gloire que le Père et le Fils possèdent de toute éternité, c’est la vie même de la Trinité. Et chacun de nous est appelé à entrer dans cette vie trinitaire, par la grâce de l’Esprit Saint : lui qui est le lien d’amour entre le Père et le Fils, il est aussi celui qui nous relie à cette vie de la Trinité. Alors, invoquons-le toujours plus ardemment en cette fin du temps pascal. Le Seigneur Jésus nous dit que la vie éternelle, c’est de connaître le Père et le Fils, de vivre en communion intime avec eux. Cette vie éternelle est déjà en germe aujourd’hui : dans le silence et la discrétion, l’Esprit Saint vient en nous pour nous donner d’en vivre quelque chose, pourvu que nous soyons attentifs à sa présence, à ses passages dans nos vies et dans le monde. Pourvu aussi que nous ayons le désir de sa venue ! Alors ne craignons pas de l’invoquer, de l’appeler comme on appelle la venue d’un ami fidèle : viens, Esprit Saint, donne-nous dès aujourd’hui de vivre une existence renouvelée dans l’amour de Dieu ! Tu demeures en nous depuis le jour de notre baptême : viens nous réveiller pour que nous soyons dès aujourd’hui des témoins de l’Évangile pour notre monde ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Le Ciel dans la foi de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (CF 1-4)
 

"Père, je veux que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés y soient avec moi, afin qu'ils contemplent la gloire que vous m'avez donnée, parce que vous m'avez aimé avant la création du monde." Telle est la dernière volonté du Christ, sa prière suprême avant de retourner à son Père. Il veut que là où Il est, nous y soyons aussi, non seulement durant l'éternité, mais déjà dans le temps qui est l'éternité commencée, mais toujours en progrès. Il importe donc de savoir où nous devons vivre avec Lui pour réaliser son rêve divin. Le lieu où est caché le Fils de Dieu, c'est le sein du Père, ou l'Essence divine, invisible à tout regard mortel, inaccessible à toute intelligence humaine, ce qui faisait dire à Isaïe : "Vous êtes vraiment un Dieu caché." Et pourtant sa volonté c'est que nous soyons fixés en Lui, que nous demeurions où Il demeure, dans l'unité d'amour, que nous soyons pour ainsi dire comme l'ombre de Lui-même.

Par le baptême, dit saint Paul, nous avons été entés en Jésus-Christ. Et encore : "Dieu nous a fait asseoir dans les Cieux en Jésus-Christ afin de montrer aux siècles à venir les richesses de sa grâce." Et plus loin : "Vous n'êtes plus des hôtes ou des étrangers, mais vous êtes de la Cité des saints et de la Maison de Dieu." La Trinité, voilà notre demeure, notre "chez nous", la maison paternelle d'où nous ne devons jamais sortir. Le Maître l'a dit un jour : "L'esclave ne demeure pas toujours en la maison, mais le fils y demeure toujours".

"Demeurez en moi." C'est le Verbe de Dieu qui donne cet ordre, qui exprime cette volonté. Demeurez en moi, non pas pour quelques instants, quelques heures qui doivent passer, mais "demeurez..." d'une façon permanente, habituelle. Demeurez en moi, priez en moi, adorez en moi, aimez en moi, souffrez en moi, travaillez, agissez en moi. Demeurez en moi pour vous présenter à toute personne ou à toute chose, pénétrez toujours plus avant en cette profondeur. C'est bien là vraiment la "solitude où Dieu veut attirer l'âme pour lui parler", comme le chantait le prophète.

Mais pour entendre cette parole toute mystérieuse, il ne faut pas s'arrêter pour ainsi dire à la surface, il faut entrer toujours plus en l'Être divin par le recueillement. "Je poursuis ma course", s'écriait saint Paul ; ainsi nous devons descendre chaque jour en ce sentier de l'Abîme qui est Dieu ; laissons-nous glisser sur cette pente dans une confiance toute pleine d'amour. "Un abîme appelle un autre abîme." C'est là tout au fond que se fera le choc divin, que l'abîme de notre néant, de notre misère, se trouvera en tête à tête avec l'Abîme de la miséricorde, de l'immensité du tout de Dieu. Là que nous trouverons la force de mourir à nous-mêmes et que, perdant notre propre trace, nous serons changés en amour. Haut