Vivre avec les saints du Carmel

6ème dimanche de Pâques (C) : Jean 14,23-29

Nous entendons ce dimanche un nouvel extrait des paroles que Jésus adressa à ses disciples au cours du dernier repas qu’il partagea avec eux. Quelques heures après, peut-être, il était arrêté, condamné et crucifié : ces paroles sont donc un peu comme un grand testament que Jésus laisse à ses disciples avant de s’en aller. Peut-être entrevoit-il une inquiétude dans le cœur des disciples : que vont-ils devenir sans lui ? Pierre l’avait un jour dit au nom de tous : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » (Jn 6, 68). Que deviendront les amis de Jésus après sa mort sur la croix ? Bien sûr, il est ressuscité d’entre les morts et s’est manifesté pendant quarante jours à ses disciples : c’est ce dont nous faisons mémoire depuis le début du temps pascal. Mais au jour de l’Ascension, que nous célébrerons bientôt, « il se sépara d’eux et fut emporté au ciel » (Lc 24,52). C’est ce dont les disciples ont été témoins ; c’est ce que nous vivons nous aussi, dans la foi.

Mais alors, que devenons-nous quand Jésus remonte auprès de son Père ? Eh bien, il a comme voulu répondre par avance à cette question, devinant cette angoisse qui serait la nôtre. Il nous a laissé sa parole, pour que nous puissions nous souvenir de lui, de ce qu’il nous a dit, de ce qu’il nous a demandé, de ce qu’il nous a enseigné. Cette parole de Jésus, elle est d’abord contenue dans les Écritures, à commencer par les Évangiles. Elle se fait aussi entendre par la voix de l’Église, et par la voix de nos frères et sœurs en humanité. Mais serons-nous capables de l’entendre et de la comprendre par nous-mêmes ? Jésus nous a promis un autre Ami pour nous aider à nous souvenir de tout ce qu’il nous a dit, pour nous aider à en vivre tout au long de nos jours : c’est l’Esprit Saint. Lui qui, de toute éternité, est l’Amour du Père et du Fils, le Père l’enverra au nom de Jésus pour qu’il soit avec nous pour toujours. Alors, Jésus ne nous laisse pas seuls quand il remonte auprès du Père. L’Esprit Saint nous aide à garder sa parole et à la mettre en pratique. Alors, s’accomplira la promesse de Jésus : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » Dans notre prière, dans notre méditation, soyons attentifs à cette présence, discrète et silencieuse au plus profond de nous. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Dernière retraite de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (nn. 27-28)
 

"La parole de Dieu, dit saint Paul, est vivante et efficace, et plus pénétrante qu'aucun glaive à deux tranchants: elle atteint jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit, jusque dans les jointures et dans les moelles." C'est donc elle directement, qui achèvera le travail du dépouillement dans l'âme ; car elle a ceci de propre et de particulier, c'est qu'elle opère et qu'elle crée ce qu'elle fait entendre, pourvu toutefois que l'âme consente à se laisser faire.

Mais ce n'est pas tout de l'entendre, cette parole, il faut la garder ! Et c'est en la gardant que l'âme sera sanctifiée dans la vérité, et c'est là le désir du Maître : « Sanctifiez-les dans la vérité, votre parole est vérité. » A celui qui garde sa parole, n'a-t-Il pas fait cette promesse : « Mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure » ? C'est toute la Trinité qui habite dans l'âme qui l'aime en vérité, c'est-à-dire en gardant sa parole ! Et lorsque cette âme a compris sa richesse, toutes les joies naturelles ou surnaturelles qui peuvent lui venir de la part des créatures ou de la part même de Dieu, ne font que l'inviter à rentrer en elle-même pour jouir du Bien substantiel qu'elle possède, et qui n'est autre que Dieu Lui-même. Et elle a ainsi, dit saint Jean de la Croix, une certaine ressemblance avec l'Etre divin.

"Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait." Saint Paul me dit "qu'il opère toutes choses selon le conseil de sa volonté" et mon Maître me demande encore de Lui rendre hommage en cela : "faire toutes choses d'après le conseil de sa volonté". Ne jamais me laisser gouverner par les impressions, par les premiers mouvements de la nature, mais me posséder moi-même par la volonté... Et pour que cette volonté soit libre, il faut selon l'expression d'un pieux écrivain "l'enclore en celle de Dieu". Alors je serai "mue par son Esprit", comme dit saint Paul. Je ne ferai que du divin, que de l'éternel, et, à l'image de mon Immuable, je vivrai dès ici-bas dans un éternel présent. Haut