Vivre avec les saints du Carmel

6ème dimanche de Pâques (B) : Jean 15,9-17

L’évangile selon Jean nous rapporte, dans les chapitres 14 à 17, les paroles que le Seigneur Jésus a adressées à ses disciples au cours du dernier repas qu’il a pris avec eux, au cours de la dernière Cène. Ce grand discours nous révèle donc quelque chose des sentiments qui habitaient le Cœur de Jésus au moment où il allait entrer dans sa Passion, au moment où il allait être séparé des siens. ...Dans la liturgie du temps pascal, nous entendons ces mêmes paroles peu avant l’Ascension, c’est-à-dire peu avant le moment où Jésus retourne auprès du Père où il est allé nous préparer une place. Méditer alors les paroles de Jésus lors de la dernière Cène peut nous aider à saisir comment il ne cesse jamais d’être présent auprès de nous.

"Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour". Le fondement de la relation que nous entretenons avec Jésus, du lien que nous avons avec lui, c’est la relation même que lui, Jésus, a avec le Père. C’est de ce même amour dont il est aimé que Jésus nous aime. Mais qu’est-ce que cela veut dire que de "demeurer" en son amour ? Déjà dimanche dernier, avec l’image de la vigne, Jésus nous appelait à "demeurer" en lui. Demeurer en son amour, c’est peut-être d’abord croire indéfectiblement en cet amour que nul ne peut nous ravir, et qui est la grande lumière de notre vie : l’Amour de Jésus donne sens à nos existences, car il nous ouvre à la vie divine qui, au Ciel, sera notre partage pour toujours. L’Amour de Jésus nous manifeste la bonté immense du Père, qui pose sur nous un regard de bienveillance et de miséricorde. Et demeurer en son amour, c’est aussi, comme Jésus nous le dit lui-même, garder fidèlement ses commandements. Là, il ne s’agit pas d’abord de prescriptions à accomplir, mais plutôt d’orienter toujours plus notre vie vers Dieu et vers les autres, pour pouvoir à notre tour communiquer à ceux que nous rencontrons un reflet de ce Visage du Père qui s’exprime parfaitement dans toute la personne de Jésus.

Puissions-nous, là où nous sommes, dans les grandes choses comme dans les petites choses de nos vies, rayonner autour de nous l’Amour du Seigneur, témoigner de sa présence bienveillante auprès de toute personne. Nous découvrirons alors toujours plus que Jésus demeure présent auprès de nous dans la mesure où nous le laissons se rendre présent aux autres à travers nous. C’est sans doute pourquoi, après nous avoir appelés à demeurer en son amour, Jésus nous commande de nous aimer les uns les autres… Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 

Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms C 34 v°-35 r°)

Depuis longtemps vous m’avez permis d’être audacieuse avec vous, comme le père de l’enfant prodigue parlant à son fils aîné, vous m’avez dit : "Tout ce qui est à moi est à toi". Vos paroles, ô Jésus, sont donc à moi et je puis m’en servir pour attirer sur les âmes qui me sont unies les faveurs du Père Céleste. Mais, Seigneur, lorsque je dis qu’où je serai je désire que ceux qui m’ont été donnés par vous y soient aussi, je ne prétends pas qu’ils ne puissent arriver à une gloire bien plus élevée que celle qu’il vous plaira de me donner, je veux demander simplement qu’un jour nous soyons tous réunis dans votre beau Ciel. Vous le savez, ô mon Dieu, je n’ai jamais désiré que vous aimer, je n’ambitionne pas d’autre gloire. Votre amour m’a prévenue dès mon enfance, il a grandi avec moi, et maintenant c’est un abîme dont je ne puis sonder la profondeur. L’amour attire l’amour, aussi, mon Jésus, le mien s’élance vers vous, il voudrait combler l’abîme qui l’attire, mais hélas ! ce n’est pas même une goutte de rosée perdue dans l’océan !... Pour vous aimer comme vous m’aimez, il me faut emprunter votre propre amour, alors seulement je trouve le repos. O mon Jésus, c’est peut-être une illusion, mais il me semble que vous ne pouvez combler une âme de plus d’amour que vous n’en avez comblé la mienne ; c’est pour cela que j’ose vous demander d’aimer ceux que vous m’avez donnés comme vous m’avez aimée moi-même. Un jour, au Ciel, si je découvre que vous les aimez plus que moi, je m’en réjouirai, reconnaissant dès maintenant que ces âmes méritent votre amour bien plus que la mienne, mais ici-bas je ne puis concevoir une plus grande immensité d’amour que celle qu’il vous a plu de me prodiguer gratuitement sans aucun mérite de ma part.Haut