Vivre avec les saints du Carmel

5ème dimanche de Pâques (C) : Jean 13,31-33a.34-35

Pendant le temps pascal, la liturgie nous donne l’occasion d’entendre à nouveau des extraits du grand discours que Jésus adressa à ses disciples lors du dernier repas qu’il prit avec eux. C’est l’évangéliste saint Jean qui nous l’a relaté. Ce dimanche, nous entendons le Seigneur nous donner ce qu’il appelle lui-même le commandement nouveau : "Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres." Si Jésus peut nous donner ce commandement, c’est qu’il l’a d’abord lui-même vécu jusqu’au bout. En effet, qu’est-ce qui l’a conduit sur le chemin de sa Passion et jusqu’à la mort de la Croix, sinon son amour pour chacun de nous ? Et qu’est-ce que la Bonne Nouvelle du matin de Pâques sinon la victoire de l’amour sur la mort ? Jésus nous a aimés du plus grand amour, et il désire nous communiquer cet amour qui est dans son Cœur, afin qu’à notre tour, nous sachions aimer nos frères et sœurs en vérité.

Mais qu’est-ce qu’aimer ? Peut-on apprendre à aimer ? D’abord, dans notre prière, dans notre méditation des Écritures, nous pouvons regarder Jésus. En découvrant comment il nous a aimés, personnellement, nous découvrirons jusqu’où l’amour peut conduire quelqu’un. Et puis, aimer n’est pas une question de théorie mais de pratique ! Plutôt que de réfléchir à ce que c’est qu’aimer, cherchons dans notre quotidien la façon dont nous allons pouvoir poser des gestes d’amour vis-à-vis de ceux qui nous entourent : les membres de nos familles, humaines et religieuses, les personnes que nous côtoyons dans notre travail, et bien d’autres encore ! Le Seigneur ne nous demande pas d’accomplir des actes extraordinaires, mais d’imprégner d’amour les actes les plus ordinaires que nous pouvons poser. Le témoignage de notre amie Thérèse de l’Enfant-Jésus peut être éclairant pour nous. Écoutons-la : toute carmélite et toute sainte qu’elle fut, les difficultés ne lui ont pas été épargnées. Mais dans son cœur demeurait toujours le désir d’aimer ceux qui l’entouraient. Aimer comme Jésus l’a fait, aimer comme Jésus l’a demandé à ses disciples, aimer chacun pour l’amour de Jésus lui-même… Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms C 15r°-16r°)
 

Me souvenant que la Charité couvre la multitude des péchés, je puise à cette mine féconde que Jésus a ouverte devant moi. Dans l'Évangile, le Seigneur explique en quoi consiste son commandement nouveau. Il dit en St Matthieu : "Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre ami et vous haïrez votre ennemi. Pour moi, je vous dis : aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent." Sans doute, au Carmel on ne rencontre pas d'ennemis, mais enfin il y a des sympathies, on se sent attirée vers telle soeur au lieu que telle autre vous ferait faire un long détour pour éviter de la rencontrer, ainsi sans même le savoir, elle devient un sujet de persécution. Eh bien ! Jésus me dit que cette soeur, il faut l'aimer, qu'il faut prier pour elle, quand même sa conduite me porterait à croire qu'elle ne m'aime pas : "Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? car les pécheurs aiment aussi ceux qui les aiment." (Lc 6,32)

Et ce n'est pas assez d'aimer, il faut le prouver. On est naturellement heureux de faire un présent à un ami, on aime surtout à faire des surprises, mais cela, ce n'est point de la charité car les pécheurs le font aussi. Voici ce que Jésus m'enseigne encore : « Donnez à quiconque vous demande ; et si l'on prend ce qui vous appartient, ne le redemandez pas. » Donner à toutes celles qui demandent, c'est moins doux que d'offrir soi-même par le mouvement de son cœur ; encore lorsqu'on demande gentiment cela ne coûte pas de donner, mais si par malheur on n'use pas de paroles assez délicates, aussitôt l'âme se révolte si elle n'est pas affermie sur la charité. Elle trouve mille raisons pour refuser ce qu'on lui demande et ce n'est qu'après avoir convaincu la demandeuse de son indélicatesse qu'elle lui donne enfin par grâce ce qu'elle réclame, ou qu'elle lui rend un léger service qui aurait demandé vingt fois moins de temps à remplir qu'il n'en a fallu pour faire valoir des droits imaginaires. Si c'est difficile de donner à quiconque demande, ce l'est encore bien plus de laisser prendre ce qui appartient sans le redemander.

O ma Mère, je dis que c'est difficile, je devrais plutôt dire que cela semble difficile, car le joug du Seigneur est suave et léger, lorsqu'on l'accepte, on sent aussitôt sa douceur et l'on s'écrie avec le Psalmiste : J'ai couru dans la voie de vos commandements depuis que vous avez dilaté mon coeur." Il n'y a que la charité qui puisse dilater mon coeur, ô Jésus, depuis que cette douce flamme le consume je cours avec joie dans la voie de votre commandement nouveau... Je veux y courir jusqu'au jour bienheureux où, m'unissant au cortège virginal, je pourrai vous suivre dans les espaces infinis, chantant votre cantique nouveau qui doit être celui de l'Amour. Haut