Vivre avec les saints du Carmel

5ème dimanche de Carême (C) : Jean 8,1-11

...

L’Évangile de ce dimanche nous montre un homme et une femme pris au piège. D’abord, il y a cette femme, qui a été prise en flagrant délit d’adultère. Les scribes et les pharisiens entendent bien lui infliger la lapidation prévue par la Loi. Ils identifient cette femme – probablement tremblante de peur à l’approche de son exécution – à son péché : ils ne prononcent même pas son nom. Dans leur bouche comme dans leur regard, il n’y a que mépris et jugement : elle est une de "ces femmes-là", qui méritent la mort. Le piège de la condamnation va bientôt se refermer sur elle. Et il y a Jésus, à qui l’on pose la question pernicieuse : "Moïse a dit … Et toi, qu’en dis-tu ?", espérant trouver là matière à accusation contre lui … comme si l’accusation portée contre la femme ne suffisait pas ! Approuver la lapidation ou être accusé de désobéissance à la Loi : le piège de la perversion de la parole se refermera-t-il sur Jésus ?

Mais, de même que le démon n’a pas réussi à piéger Jésus pendant les quarante jours de tentation au désert, les scribes et les pharisiens n’y parviennent pas non plus. Jésus brise le piège de la violence et de la haine par son silence et son regard. Quand les adversaires l’interrogent pour la première fois, il se baisse et se met à écrire sur le sol. Geste apparemment insignifiant, attitude de silence qui refuse d’entrer dans la spirale de la violence et des discussions stériles. On persiste alors à l’interroger. Et voici que Jésus renvoie chacun à sa propre conscience, à sa propre histoire : "Celui qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre !" La femme adultère n’est plus un objet de mépris, mais devient comme un miroir en face duquel chacun peut s’interroger : "comment puis-je la condamner, moi qui … ?" Et Jésus se retrouve seul face à la femme. Enfin, il se redresse et lève les yeux vers elle. Lui qui n’a jamais péché, quelle parole va-t-il lui adresser ? "Va, et désormais ne pèche plus !" Dans le regard de Jésus, la femme n’est pas innocente : oui, elle a vraiment péché. Mais elle n’est pas pour autant enfermée, ni identifiée à son histoire malheureuse. Un avenir est possible, et il s’ouvre dans le regard de miséricorde de Jésus, qui ne condamne pas, et qui entraîne vers une vie nouvelle : "Va !"

Alors que le temps de la Passion approche, prenons le temps, dans notre prière et notre méditation, de nous poser sous le regard de Jésus. Comme il l’a dit, il est "la lumière du monde" (Jn 8,12). Demandons-lui alors de nous éclairer sur notre péché, sur ce qui nous sépare de son amour et de l’amour de nos frères et sœurs. Dans sa lumière, nous verrons la vérité de notre vie et nous pourrons découvrir que de toujours à toujours, son amour miséricordieux nous entoure. Toujours, il nous relève et dit à chacun : "Va, et désormais ne pèche plus !" La source de cet amour a jailli sur le bois de la Croix, de son Cœur transpercé : c’est le mystère que nous nous préparons à célébrer pendant la Semaine Sainte, afin d’en recevoir les fruits de grâce dans toute notre vie. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Presque contemporaine de Thérèse de l’Enfant Jésus, Élisabeth de la Trinité (1880-1906) entra à 21 ans au Carmel de Dijon. Son expérience spirituelle fut profondément marquée par le fait que, depuis le jour de notre baptême, la Trinité demeure dans notre cœur : le Père, le Fils et le Saint Esprit désirent que nous vivions toujours en leur présence, dans le rayonnement de leur Amour. Émerveillée par ce mystère, Élisabeth voulut faire de sa vie tout entière une « louange de gloire » de ce Dieu tout Amour.
 
Des Lettres de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (L 224)
 

Il opère toutes choses selon le conseil de sa volonté, par conséquent nous devons tout recevoir comme venant directement de cette main divine de notre Père qui nous aime et qui à travers toutes les épreuves poursuit son but, nous unir plus intimement à Lui. Chère Madame, lancez votre âme sur les flots de la confiance et de l'abandon, et pensez que tout ce qui la trouble et la jette dans la crainte ne vient pas du bon Dieu, car Il est le Prince de la Paix et Il l'a promise aux hommes de bonne volonté. Lorsque vous craignez d'avoir abusé de ses grâces, comme vous me le dites, c'est alors le moment de redoubler de confiance car, dit encore l'Apôtre, "où le péché abonde, la grâce surabonde", et plus loin : "Je me glorifie dans mes faiblesses car alors la force de Jésus-Christ habite en moi". Il est riche en miséricorde, notre Dieu, à cause de son immense amour.

Saint Jean de la Croix dit que nous serons jugés sur l'amour. Cela répond bien à la pensée de Notre Seigneur, Lui qui a dit à Madeleine : "Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé". Chère Madame, si chaque jour nous faisions croître Dieu en notre âme, quelle assurance cela nous donnerait pour paraître un jour devant sa sainteté infinie ! Je crois que vous avez trouvé le secret et que c'est bien par le renoncement que l'on arrive à ce but divin : par lui nous mourons à nous-même pour laisser toute la place à Dieu. Vous souvenez-vous de cette belle page de l'Évangile selon saint Jean où Notre Seigneur dit à Nicodème : "En vérité je te le dis, si quelqu'un ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ?" Renouvelons-nous donc dans l'intérieur de notre âme, dépouillons-nous du vieil homme et revêtons-nous du nouveau, selon l'image de Celui qui l'a créé. Cela se fait doucement et simplement, en se séparant de tout ce qui n'est pas Dieu. Alors l'âme n'a plus ni craintes ni désirs, sa volonté est entièrement perdue en celle de Dieu, et comme c'est ce qui fait l'union, elle peut s'écrier : "Je ne vis plus, c'est le Christ qui vit en moi." Prions bien l'une pour l'autre pendant ce saint temps du Carême, retirons-nous au désert avec notre Maître et demandons-Lui de nous apprendre à vivre de sa vie. Haut