Vivre avec les saints du Carmel

4ème dimanche de Pâques (A) : Jean 10,1-10

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L’Évangile de ce dimanche est tiré du chapitre 10 de saint Jean, dans lequel Jésus se présente lui-même comme étant le "Bon Pasteur" des brebis que sont ceux qui marchent à sa suite. Mais la section que nous lisons aujourd’hui, au tout début de ce chapitre 10, contient un autre "titre" de Jésus, auquel nous sommes peut-être moins habitués : "Je suis la porte des brebis". Le Royaume de Dieu est figuré par une bergerie, un bercail. C’est le lieu de la communion avec Dieu et de la communion entre tous. Et la porte pour y entrer, c’est Jésus lui-même. Au cœur du temps pascal, la Parole de Dieu nous rappelle donc que nous n’avons pas à chercher d’autre chemin : Jésus est venu en notre monde, en notre humanité, il est mort sur la croix, il est ressuscité, afin de nous tracer le chemin qui conduit jusqu’à Dieu. Il a assumé notre humanité afin que nous puissions accéder à la vie divine que le Verbe possède en plénitude depuis toujours : vrai homme et vrai Dieu, Jésus s’est fait pour nous la porte de la Trinité !

Un beau texte de saint Jean de la Croix peut nourrir notre méditation à partir de l’évangile de ce jour. Saint Jean de la Croix s’en prend à certains de ses contemporains, qui se croient très spirituels et très proches de Dieu, mais qui attendent de Dieu des grâces extraordinaires et des révélations spéciales. Jean de la Croix, avec audace, imagine alors la réponse que Dieu le Père pourrait adresser à ces personnes : ils demandent "plus" de révélation, comme si l’Évangile ne suffisait pas. Pourtant, nous ne pourrons jamais recevoir de révélation que Jésus ne nous ait pas déjà donnée, puisqu’il nous a révélé le mystère même de Dieu ! La réponse que Jean de la Croix prête à Dieu le Père est alors bien simple : "Regardez mon Fils, et en lui, vous trouverez tout". Et nous, dans nos difficultés ou nos moments de découragement, levons-nous les yeux vers le Christ, ou bien cherchons-nous des consolations passagères et de bas étage ? Dans nos moments de joie et d’exultation, lui rendons-nous grâce, ou bien nous glorifions-nous en nous-mêmes ? Autrement dit, mettons-nous notre joie et notre espérance en Jésus-Christ notre Sauveur et en lui seul ? Il est la porte de la vie divine, et par là même il nous reconduit toujours au service de nos frères et sœurs en humanité, car il est lui-même sorti de Dieu pour notre salut ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
La Montée du Carmel de Saint Jean de la Croix (Livre II, ch. 22)
 

En disant : "Ce que Dieu, autrefois, a dit à nos pères par ses prophètes de maintes sortes et manières, maintenant, en ces derniers jours, il nous l'a dit en son Fils tout en une seule fois" (He 1,1-2), l'Apôtre explique que Dieu est demeuré comme muet et qu'il n'a plus rien à dire, parce que ce qu'il disait autrefois par parcelles aux prophètes, il l'a dit en entier, en nous donnant le Tout, qui est son Fils.

C'est pourquoi celui qui demanderait maintenant à Dieu ou qui voudrait quelque vision ou révélation, non seulement ferait une sottise, mais ferait injure à Dieu, ne jetant pas entièrement les yeux sur le Christ, sans vouloir quelque autre chose ou nouveauté. Car Dieu pourrait lui répondre de cette manière, disant : "Si je t'ai tout dit en ma Parole, qui est mon Fils, je n'en ai point d'autre que je puisse maintenant te répondre ou te révéler qui soit davantage que cela ; regarde-le seulement parce que je t'ai tout dit et révélé en lui, et tu y trouveras encore plus que tu ne demandes et plus que tu ne saurais souhaiter. Tu veux une parole ou une révélation qui n'est qu'en partie ; et si tu le regardes bien, tu y trouveras tout ; parce qu'il est toute ma parole et ma réponse, toute ma vision et toute ma révélation, par laquelle je vous ai déjà parlé, répondu, tout manifesté et révélé, vous le donnant pour frère, pour compagnon, pour maître, pour prix et pour récompense. Car depuis que je descendis avec mon Esprit sur lui au mont Thabor disant : ‘Voici mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu, écoutez-le’ (Mt 17,5), j'ai cessé toutes ces manières d'instructions et de réponses et lui ai tout remis. Écoutez-le, car je n'ai plus de foi à révéler ni de choses à manifester. Que si je parlais auparavant, c'était en promettant le Christ ; et si l'on m'interrogeait, ce n'était que pour demander et espérer le Christ, où l’on devait trouver toute sorte de bien (comme toute la doctrine des évangélistes et des apôtres le fait maintenant savoir). Mais à présent, qui m'interrogerait de même et voudrait que je lui réponde ou que je lui révèle quelque chose, ce serait, en quelque sorte, me redemander le Christ et me demander plus de foi et dire qu'il y a défaut en celle qui est déjà donnée dans le Christ ; et ainsi, il ferait grande injure à mon Fils bien-aimé ; parce que non seulement en cela il manquerait à la foi, mais l'obligerait à s'incarner à nouveau et à repasser par sa première vie et sa mort. Tu n'as plus rien à me demander, ni à désirer des révélations ou visions de ma part. Regarde-le bien, tu trouveras en lui tout cela déjà accompli et donné et bien plus encore.

Si tu veux que je te dise un mot de consolation, regarde mon Fils, qui m'est si obéissant et soumis pour mon amour et qui est affligé, et tu verras tout ce qu'il te répondra. Si tu veux que je t'explique des choses occultes ou des événements, jette seulement les yeux sur lui et tu y trouveras des mystères très cachés et la sagesse et les merveilles de Dieu qui sont encloses en lui, selon ce que dit mon Apôtre : ‘Dans le Fils de Dieu, tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu sont cachés’ (Col 2,3). Ces trésors de la sagesse seront pour toi beaucoup plus sublimes, plus savoureux et plus utiles que ce que tu veux savoir. Car pour cela le même Apôtre se glorifiait, disant ‘qu'il ne savait autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié’ (1Co 2,2). Et si tu veux encore d'autres visions et révélations divines ou corporelles, regarde-le aussi en son humanité, et tu y trouveras plus que tu ne penses, parce que l'Apôtre dit aussi que ‘toute la plénitude de la divinité demeure corporellement dans le Christ’ (Col 2,9)." Haut