Vivre avec les saints du Carmel

3ème dimanche de Pâques (C) : Jean 21,1-19

L’Évangile de ce dimanche nous montre le Ressuscité se manifestant à ses disciples. D’une façon particulière, il s’adresse à Pierre, interrogeant celui-ci sur l’amour qu’il a pour lui, Jésus : "Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ?" N’est-ce pas effectivement le cœur de la vie de chacun des croyants que nous sommes ? Souvent, chaque jour, nous devrions laisser résonner en nous cette parole du Seigneur, qu’il nous adresse personnellement : "Toi, tel que tu es, m’aimes-tu ?" Un point ne peut manquer de nous frapper dans le dialogue entre Jésus et Pierre : c’est que le Seigneur lui pose trois fois cette question, en des termes à peu près semblables. Pourquoi cette répétition ? Nous pouvons y voir comme un écho du triple reniement de Pierre, et comme une manifestation débordante de la miséricorde du Seigneur. Le triple reniement de Pierre ne peut empêcher la triple demande de Jésus : l’amour est plus fort que la mort. Que cette certitude de la foi nous accompagne durant ce temps pascal où nous célébrons la victoire du Ressuscité ! Nos misères, nos replis sur nous-mêmes n’enferment jamais entièrement notre cœur : toujours nous demeurons capables d’aimer !

Un texte surprenant de la bienheureuse Élisabeth de la Trinité peut accompagner notre méditation et notre prière avec cette page d’évangile. En effet, dans une lettre qui est un peu un testament spirituel, une lettre d’adieu, qu’elle adresse à sa supérieure, quelques semaines avant de mourir, Élisabeth reprend les paroles de Jésus à Pierre en les modifiant quelque peu : le Seigneur nous appelle à l’aimer, il nous demande aussi de nous laisser aimer par lui, de nous laisser aimer de cet Amour de miséricorde que rien ne peut arrêter. Que l’Esprit Saint inscrive cela au plus profond de nos cœurs : rien ni personne ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qu’il nous a manifesté en Jésus-Christ (cf. Rm 8,39) ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Presque contemporaine de Thérèse de l’Enfant Jésus, Élisabeth de la Trinité (1880-1906) entra à 21 ans au Carmel de Dijon. Son expérience spirituelle fut profondément marquée par le fait que, depuis le jour de notre baptême, la Trinité demeure dans notre cœur : le Père, le Fils et le Saint Esprit désirent que nous vivions toujours en leur présence, dans le rayonnement de leur Amour. Émerveillée par ce mystère, Élisabeth voulut faire de sa vie tout entière une « louange de gloire » de ce Dieu tout Amour.
 
Laisse-toi aimer
 

Vous êtes étrangement aimée, aimée de cet amour de préférence que le Maître ici-bas eut pour quelques-uns et qui les emporta si loin. Il ne vous dit pas comme à Pierre : "M'aimes-tu plus que ceux-ci ?" Mère, écoutez ce qu'Il vous dit : "Laisse-toi aimer plus que ceux-ci ! c'est-à-dire sans craindre qu'aucun obstacle n'y soit obstacle, car je suis libre d'épancher mon amour en qui il me plaît ! Laisse-toi aimer plus que ceux-ci, c'est ta vocation, c'est en y étant fidèle que tu me rendras heureux, car tu magnifieras la puissance de mon amour. Cet amour saura refaire ce que tu aurais défait : Laisse-toi aimer plus que ceux-ci."

"Laissez-vous aimer plus que ceux-ci" : c'est comme cela que votre Maître veut que vous soyez louange de gloire ! Il se réjouit d'édifier en vous par son amour et pour sa gloire, et c'est Lui seul qui veut opérer, quand même vous n'auriez rien fait pour attirer cette grâce sinon ce que fait la créature : oeuvres de péchés et de misères... Il vous aime ainsi, Il vous aime "plus que ceux-ci", Il fera tout en vous, Il ira jusqu'au bout : car quand une âme est aimée par Lui à ce point, sous cette forme, aimée d'un amour immuable et créateur, d'un amour libre qui transforme comme il Lui plaît, oh ! que cette âme va loin !

La fidélité que le Maître vous demande, c'est de vous tenir en société avec l'Amour, c'est de vous écouler, de vous enraciner en cet Amour qui veut marquer votre âme du sceau de sa puissance, de sa grandeur. Vous ne serez jamais banale, si vous êtes éveillée en l'amour ! Mais aux heures où vous ne sentirez que l'écrasement, la lassitude, vous Lui plairez encore si vous êtes fidèle à croire qu'Il opère encore, qu'Il vous aime quand même, et plus même : parce que son amour est libre et que c'est ainsi qu'Il veut se magnifier en vous ; et vous vous laisserez aimer "plus que ceux-ci." C'est, je crois, ce que cela veut dire... Vivez au fond de votre âme ! Haut