Vivre avec les saints du Carmel

3ème dimanche de Pâques (A) : Luc 24,13 - 35

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Tout au long du temps pascal, les lectures dominicales de l’Évangile nous rapportent comment Jésus ressuscité s’est manifesté à ses disciples. Mais réalisons-nous vraiment combien cela nous concerne directement, personnellement, dans notre vie de chrétiens du XXIème siècle ? À ce propos, le récit de la rencontre du Seigneur Jésus avec les deux disciples qui cheminaient vers Emmaüs est interpellant : Jésus rejoint ces deux hommes là où ils en sont, dans leur déception et leur affliction. Il leur explique comment les Écritures parlaient de sa venue, et enfin il s’assied à la même table qu’eux et rompt le pain pour eux. Tout cela ressemble fort à ce que nous vivons dans la liturgie de l’eucharistie : même si c’est bien nous qui nous déplaçons physiquement pour aller à l’Église, c’est le Seigneur qui nous y appelle et qui nous y attend, avec l’état d’esprit qui est le nôtre, avec les joies et les soucis qui nous habitent. L’écoute de la Parole nous instruit et nous parle de la venue de Dieu en notre monde, dans notre vie. Enfin, la liturgie eucharistique à proprement parler nous fait le don du Corps et du Sang du Seigneur ressuscité, donnés pour que nous ayons la vie.

À la faveur de ce récit des pèlerins d’Emmaüs, arrêtons-nous plus particulièrement à l’écoute de la Parole. Force est de constater que ce n’est peut-être pas toujours le moment de la liturgie auquel nous sommes le plus attentifs… Et pourtant, c’est la Parole de Dieu qui nous adressée, qui est proclamée à nos oreilles, c’est un lieu éminent de présence du Seigneur ! "Parole du Seigneur", "Acclamons la Parole de Dieu", disons-nous à la fin de ces lectures. Le temps pascal dilate pendant cinquante jours la joie de la Résurrection et il nous oriente vers la Pentecôte, vers le don de l’Esprit que Jésus a promis : demandons alors à l’Esprit Saint de nous apprendre à faire des Écritures notre nourriture, non seulement quand nous l’entendons pendant la liturgie, mais aussi dans notre méditation personnelle. Souvent, la Bible est posée dans les rayonnages de nos bibliothèques. Eh bien, n’hésitons pas à l’ouvrir, à la lire, à nous en nourrir. Sur nos chemins de vie, nous découvrirons alors que par l’Écriture, le Seigneur Jésus vient nous rejoindre. Quand nous nous replions sur nous-mêmes, ressassant nos tristesses comme les deux disciples d’Emmaüs, nous découvrirons que Jésus vient à nous, nous illumine de sa présence et nous envoie annoncer à nos frères et sœurs en humanité qu’Il est vraiment ressuscité ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Dernière retraite, de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (nn. 27-28)
 

"Le Seigneur m'a fait entrer dans un lieu spacieux, Il a eu de la bonne volonté pour moi…" (Ps 17, 20). Le Créateur, en voyant le beau silence qui règne en sa créature, en la considérant toute recueillie en sa solitude intérieure, est épris de sa beauté et Il la fait passer en cette solitude immense, infinie, en ce "lieu spacieux" chanté par le prophète et qui n'est autre que Lui-même : "J'entrerai dans les profondeurs de la puissance de Dieu" (Ps 70, 16). Parlant par son prophète le Seigneur a dit : "Je la conduirai dans la solitude et je lui parlerai au cœur" (Os 2, 14). La voici, cette âme, entrée en cette vaste solitude où Dieu va se faire entendre ! "Sa parole, dit saint Paul, est vivante et efficace, et plus pénétrante qu'aucun glaive à deux tranchants : elle atteint jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit, jusque dans les jointures et dans les moelles." C'est donc elle directement, qui achèvera le travail du dépouillement dans l'âme ; car elle a ceci de propre et de particulier, c'est qu'elle opère et qu'elle crée ce qu'elle fait entendre, pourvu toutefois que l'âme consente à se laisser faire.

Mais ce n'est pas tout de l'entendre, cette parole, il faut la garder ! Et c'est en la gardant que l'âme sera "sanctifiée dans la vérité", et c'est là le désir du Maître : "Sanctifiez-les dans la vérité, votre parole est vérité." À celui qui garde sa parole, n'a-t-Il pas fait cette promesse : "Mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure" ? C'est toute la Trinité qui habite dans l'âme qui l'aime en vérité, c'est-à-dire en gardant sa parole ! Et lorsque cette âme a compris sa richesse, toutes les joies naturelles ou surnaturelles qui peuvent lui venir de la part des créatures ou de la part même de Dieu, ne font que l'inviter à rentrer en elle-même pour jouir du Bien substantiel qu'elle possède, et qui n'est autre que Dieu Lui-même. Et elle a ainsi, dit saint Jean de la Croix, une certaine ressemblance avec l'Être divin. Haut