Vivre avec les saints du Carmel

32ème dimanche du T.O. (C) : Luc 20,27-38

L’évangile de ce dimanche nous rapporte une scène de polémique : des sadducéens, c’est-à-dire des juifs contemporains de Jésus qui ne croyaient pas en la résurrection des morts, viennent interroger celui-ci. Pour le mettre en difficulté à ce sujet, ils font référence à la loi du lévirat, dans le judaïsme : si un homme meurt sans avoir eu d’enfant de sa femme, son parent le plus proche doit épouser la veuve afin de donner une descendance au défunt. Mais le cas qu’ils évoquent a quelque chose de grotesque tant il est excessif : voici une femme qui a eu sept maris successifs, et tous sont morts sans avoir eu d’enfant avec elle ! Après tant de détours, les sadducéens posent enfin la question qui les intéresse : à la résurrection, de qui cette femme sera-t-elle l’épouse, puisqu’elle a eu sept maris ? Autrement dit : comment peut-on prétendre qu’il y a une résurrection des morts, puisque, ni au ciel ni sur la terre, on ne saurait tolérer qu’une femme ait sept maris en même temps !

Comme le raisonnement des sadducéens est tortueux ! Selon Matthieu, le Seigneur Jésus, sans doute désolé d’être confronté à des cœurs et à des esprits aussi compliqués, leur répond : "Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu" (Mt 22,29). D’où vient l’erreur des sadducéens ? Ils ont imaginé que la résurrection à laquelle croyaient les juifs pieux comme le Seigneur Jésus était une suite de la vie terrestre, et du coup, ce qu’ils imaginent est rempli d’incohérences, comme est incohérente cette histoire d’une femme aux sept maris ! Profitons de ce mauvais exemple pour nous interroger nous-mêmes : le mystère de Dieu, et tout ce qui s’y rapporte, sollicite notre foi. Bien sûr, nous ne devons pas hésiter à nous servir de notre intelligence pour chercher à comprendre ce que nous croyons, mais ne nous imaginons pas que nous pourrons percer le mystère de notre foi à l’aide de notre intelligence ou de quoi que ce soit. Humblement, demandons au Seigneur de faire grandir en nous la foi : ce qu’il nous réserve dans l’autre vie, comme ce qu’il opère déjà dans celle-ci est au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Dans notre prière, appelons à notre aide l’Esprit Saint : qu’il nous instruise dans le silence, puisque sans lui, nul ne peut dire "Jésus est Seigneur" (cf. 1Co 12,3). Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms A 46 v° - 47 v°)

Dégagé des scrupules, de sa sensibilité excessive, mon esprit se développa. J'avais toujours aimé le grand, le beau, mais à cette époque je fus prise d'un désir extrême de savoir. Ne me contentant pas des leçons et des devoirs que me donnait ma maîtresse, je m'appliquais seule à des études spéciales d'histoire et de science. Les autres études me laissaient indifférente, mais ces deux parties attiraient toute mon attention, aussi, en peu de mois j'acquis plus de connaissances que pendant mes années d'études. Ah ! cela n'était bien que vanité et affliction d'esprit... Le chapitre de l'Imitation où il est parlé de sciences me revenait souvent à la pensée, mais je trouvais le moyen de continuer quand même, me disant qu'étant en âge d'étudier, il n'y avait pas de mal à le faire. Je ne crois pas avoir offensé le Bon Dieu (bien que je reconnaisse avoir passé là un temps inutile) car je n'y employais qu'un certain nombre d'heures que je ne voulais pas dépasser afin de mortifier mon désir trop vif de savoir...

Depuis longtemps je me nourrissais de "la pure farine" contenue dans l'Imitation, c'était le seul livre qui me fit du bien, car je n'avais pas encore trouvé les trésors cachés dans l'Evangile. Je savais par cœur presque tous les chapitres de ma chère Imitation, ce petit livre ne me quittait jamais ; en été, je le portais dans ma poche, en hiver, dans mon manchon, aussi était-il devenu traditionnel, chez ma Tante on s'en amusait beaucoup et l'ouvrant au hasard on me faisait réciter le chapitre qui se trouvait devant les yeux. A 14 ans, avec mon désir de science, le Bon Dieu trouva qu'il était nécessaire de joindre "à la pure farine du miel et de l'huile en abondance". Ce miel et cette huile, il me les fit trouver dans les conférences de Mr l'abbé Arminjon, sur la fin du monde présent et les mystères de la vie future. Ce livre avait été prêté à Papa par mes chères carmélites, aussi contrairement à mon habitude (car je ne lisais pas les livres de papa) je demandai à le lire.

Cette lecture fut encore une des plus grandes grâces de ma vie, je la fis à la fenêtre de ma chambre d'étude, et l'impression que j'en ressentais est trop intime et trop douce pour que je puisse la rendre... Toutes les grandes vérités de la religion, les mystères de l'éternité, plongeaient mon âme dans un bonheur qui n'était pas de la terre... Je pressentais déjà ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment (non pas avec l'œil de l'homme mais avec celui du cœur) et voyant que les récompenses éternelles n'avaient nulle proportion avec les légers sacrifices de la vie je voulais aimer, aimer Jésus avec passion, lui donner mille marques d'amour pendant que je le pouvais encore... Je copiai plusieurs passages sur le parfait amour et sur la réception que le Bon Dieu doit faire à ses élus au moment où Lui-même deviendra leur grande et éternelle récompense, je redisais sans cesse les paroles d'amour qui avaient embrasé mon cœur... Haut