Vivre avec les saints du Carmel

31ème dimanche du Temps Ordinaire (B) Mc 12,28b-34

L’évangile de ce dimanche nous ramène à l’essentiel : "quel est le premier de tous les commandements ?" (Mc 12,28) La question posée à Jésus par le scribe peut être pour nous une occasion de nous interroger sous le regard du Seigneur : Qu’est-ce qui est premier dans ma vie ? Qu’est-ce qui est premier dans ma relation au Seigneur ? Dans le silence du cœur, nous entendrons alors peut-être la réponse de Jésus à celui qui l’interroge : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force … Tu aimeras ton prochain comme toi-même … " Comme une compagne sur la route, écoutons Thérèse nous rappeler que l’Amour que le Seigneur désire voir en notre cœur n’est autre que son propre Amour, Amour du Père dans l’Esprit, Amour de tout homme qu’il est venu sauver. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut
 
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrit autobiographique C 11 v° - 13 r°

"Cette année, ma Mère chérie, le bon Dieu m'a fait la grâce de comprendre ce que c'est que la charité, avant je le comprenais, il est vrai, mais d'une manière imparfaite, je n'avais pas approfondi cette parole de Jésus : "Le second commandement est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même." Je m'appliquais surtout à aimer Dieu et c'est en l'aimant que j'ai compris qu'il ne fallait pas que mon amour se traduise seulement par des paroles, car : "Ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur ! qui entreront dans le royaume des Cieux, mais ceux qui font la volonté de Dieu." Cette volonté, Jésus l'a fait connaître plusieurs fois, je devrais dire presque à chaque page de son Évangile, mais à la dernière cène, lorsqu'Il sait que le coeur de ses disciples brûle d'un plus ardent amour pour Lui qui vient de se donner à eux dans l'ineffable mystère de son Eucharistie, ce doux Sauveur veut leur donner un commandement nouveau. Il leur dit avec une inexprimable tendresse : Je vous fais un commandement nouveau, c'est de vous entr'aimer, et que comme je vous ai aimés, vous vous aimiez les uns les autres. La marque à quoi tout le monde connaîtra que vous êtes mes disciples, c'est si vous vous entr'aimez.

Comment Jésus a-t-il aimé ses disciples et pourquoi les a-t-il aimés ? Ah ! ce n'était pas leurs qualités naturelles qui pouvaient l'attirer, il y avait entre eux et lui une distance infinie, il était la science, la Sagesse Éternelle, ils étaient de pauvres pêcheurs ignorants et remplis de pensées terrestres. Cependant Jésus les appelle ses amis, ses frères, il veut les voir régner avec Lui dans le royaume de son Père et pour leur ouvrir ce royaume il veut mourir sur une croix car il a dit : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime.

Mère bien-aimée, en méditant ces paroles de Jésus, j'ai compris combien mon amour pour mes soeurs était imparfait, j'ai vu que je ne les aimais pas comme le Bon Dieu les aime. Ah ! je comprends maintenant que la charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s'étonner de leurs faiblesses, à s'édifier des plus petits actes de vertus qu'on leur voit pratiquer, mais surtout j'ai compris que la charité ne doit point rester enfermée dans le fond du cœur : Personne, a dit Jésus, n'allume un flambeau pour le mettre sous le boisseau, mais on le met sur le chandelier, afin qu'il éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Il me semble que ce flambeau représente la charité qui doit éclairer, réjouir, non seulement ceux qui me sont les plus chers, mais tous ceux qui sont dans la maison, sans excepter personne.

Lorsque le Seigneur avait ordonné à son peuple d'aimer son prochain comme soi-même Il n'était pas encore venu sur la terre, aussi sachant bien à quel degré l'on aime sa propre personne, Il ne pouvait demander à ses créatures un amour plus grand pour le prochain. Mais lorsque Jésus fit à ses apôtres un commandement nouveau, son commandement à lui, comme Il le dit plus loin, ce n'est plus d'aimer le prochain comme soi-même qu'Il parle mais de l'aimer comme Lui, Jésus, l'a aimé, comme Il l'aimera jusqu'à la consommation des siècles...

Ah ! Seigneur, je sais que vous ne commandez rien d'impossible, vous connaissez mieux que moi ma faiblesse, mon imperfection, vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes soeurs comme vous les aimez, si vous-même, ô mon Jésus, ne les aimiez encore en moi. C'est parce que vous voulez m'accorder cette grâce que vous avez fait un commandement nouveau. – Oh ! que je l'aime puisqu'il me donne l'assurance que votre volonté est d'aimer en moi tous ceux que vous me commandez d'aimer !...

Oui je le sens lorsque je suis charitable, c'est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j'aime toutes mes soeurs. Lorsque je veux augmenter en moi cet amour, lorsque surtout le démon essaie de me mettre devant les yeux de l'âme les défauts de telle ou telle soeur qui m'est moins sympathique, je m'empresse de rechercher ses vertus, ses bons désirs, je me dis que si je l'ai vue tomber une fois elle peut bien avoir remporté un grand nombre de victoires qu'elle cache par humilité, et que même ce qui me paraît une faute peut très bien être à cause de l'intention un acte de vertu. Haut