Vivre avec les saints du Carmel

2ème dimanche de Pâques (C) : Jean 20,19-31

L’Évangile de ce dimanche nous montre les disciples, après la mort de Jésus : par peur, ils se sont enfermés dans leur maison. De quoi ont-ils peur ? Sans doute d’être persécutés et mis à mort comme le Seigneur. Mais les portes verrouillées ne sont pas un obstacle pour le Vivant : Jésus ressuscité se manifeste à ses disciples et se tient au milieu d’eux. Il vient les rejoindre dans leur détresse et il leur donne la paix de l’Esprit Saint.

Joie et lumière pour nous, au cœur de nos vies ! Celui qui a été crucifié par amour pour nous et qui a été ressuscité par le Père dans l’Esprit d’amour se tient au milieu de nous et nous donne sa paix, comme il le fit pour ses disciples ! La Résurrection du Seigneur, que nous avons célébrée dimanche dernier, et que nous célébrerons d’une façon spéciale pendant tout le temps pascal, ne veut pas dire que tout désormais sera facile dans nos vies. Les douleurs, les échecs, les déceptions, continueront à en faire partie. Mais certains jours d’angoisse et de détresse, notre cœur n’est-il pas un peu comme la maison des disciples : verrouillé de toutes parts, comme si voulions que personne ne puisse nous rejoindre, comme si nous croyions qu’aucun secours ne peut nous venir de nulle part, comme si nous cherchions à nous persuader que nous ne pourrons jamais nous en sortir ? Ouvrons l’oreille de notre cœur : même à ces moments-là, surtout à ces moments-là, Jésus nous dit au plus profond de nous-mêmes : "La paix soit avec vous !" Nos inquiétudes, nos difficultés ne vont pas disparaître, mais le Seigneur ressuscité est désormais présent avec nous, en nous, pour nous aider à traverser toute douleur et en être vainqueur, comme Lui-même a été vainqueur de la mort.

Invoquons alors l’Esprit Saint, que le Seigneur répand en nos cœurs comme il le fit pour ses disciples au soir de la Résurrection : qu’il nous apprenne à vivre dans la présence de Dieu à chaque instant, dans l’action de grâce et la louange pour les merveilles qu’il accomplit en nous ! Nous saurons alors traverser toute détresse dans la paix. Il pourra alors aussi nous envoyer vers nos frères et sœurs en humanité pour être auprès d’eux des messagers de consolation et de réconfort, apportant à tous la Bonne Nouvelle du salut en Jésus ressuscité ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Presque contemporaine de Thérèse de l’Enfant Jésus, Élisabeth de la Trinité (1880-1906) entra à 21 ans au Carmel de Dijon. Son expérience spirituelle fut profondément marquée par le fait que, depuis le jour de notre baptême, la Trinité demeure dans notre cœur : le Père, le Fils et le Saint Esprit désirent que nous vivions toujours en leur présence, dans le rayonnement de leur Amour. Émerveillée par ce mystère, Élisabeth voulut faire de sa vie tout entière une « louange de gloire » de ce Dieu tout Amour.
 
Le Ciel, dans la foi de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (nn. 41-44)
 

"Nous avons été prédestinés par un décret de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté, afin que nous soyons la louange de sa gloire."

C'est saint Paul qui parle ainsi, saint Paul instruit par Dieu Lui-même. Comment réaliser ce grand rêve du Coeur de notre Dieu, ce vouloir immuable sur nos âmes ? Comment, en un mot, répondre à notre vocation et devenir parfaites Louanges de gloire de la Très Sainte Trinité ?

Une louange de gloire, c'est une âme qui demeure en Dieu, qui l'aime d'un amour pur et désintéressé, sans se rechercher dans la douceur de cet amour ; qui l'aime par-dessus tous ses dons et quand même elle n'aurait rien reçu de Lui, et qui désire du bien à l'Objet ainsi aimé. Or comment désirer et vouloir effectivement du bien à Dieu si ce n'est en accomplissant sa volonté, puisque cette volonté ordonne toutes choses pour sa plus grande gloire ? Donc cette âme doit s'y livrer pleinement, éperdument, jusqu'à ne plus vouloir autre chose que ce que Dieu veut.

Une louange de gloire, c'est une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l'Esprit Saint afin qu'Il en fasse sortir des harmonies divines. C'est une âme qui fixe Dieu dans la foi et la simplicité ; c'est un réflecteur de tout ce qu'Il est ; c'est comme un abîme sans fond dans lequel Il peut s'écouler, s'épancher ; c'est aussi comme un cristal au travers duquel Il peut rayonner et contempler toutes ses perfections et sa propre splendeur. Une âme qui permet ainsi à l'Etre divin de rassasier en elle son besoin de communiquer tout ce qu'Il est et tout ce qu'Il a, est en réalité la louange de gloire de tous ses dons.

Enfin une louange de gloire est un être toujours dans l'action de grâces. Chacun de ses actes, de ses mouvements, chacune de ses pensées, de ses aspirations, en même temps qu'ils l'enracinent plus profondément en l'amour, sont comme un écho du Sanctus éternel.

Au Ciel de la gloire les bienheureux n'ont de repos ni jour ni nuit, disant : Saint, saint, saint, le Seigneur Tout-puissant... Et se prosternant ils adorent Celui qui vit dans les siècles.

Dans le ciel de son âme, la louange de gloire commence déjà son office de l'éternité. Son cantique est ininterrompu, car elle est sous l'action de l'Esprit Saint qui opère tout en elle ; et quoiqu'elle n'en ait pas toujours conscience, car la faiblesse de la nature ne lui permet pas d'être fixée en Dieu sans distractions, elle chante toujours, elle adore toujours, elle est pour ainsi toute passée dans la louange et l'amour, dans la passion de la gloire de son Dieu. Dans le ciel de notre âme soyons louanges de gloire de la Sainte Trinité, louanges d'amour de notre Mère Immaculée. Un jour le voile tombera, nous serons introduites dans les parvis éternels, et là nous chanterons au sein de l'Amour infini. Et Dieu nous donnera "le nom nouveau promis au vainqueur". Quel sera-t-il ?... Haut