Vivre avec les saints du Carmel

2ème dimanche de Carême (C) : Luc 9,28-36

En ce deuxième dimanche de Carême, c’est le visage de Jésus transfiguré qui nous est donné à contempler, comme une lumière éblouissante sur la route vers Pâques. ...Que peut nous enseigner la méditation de ce "mystère lumineux" en ce temps de Carême ? D’abord, tout simplement, gratuitement, la Transfiguration nous révèle la beauté du visage de Jésus, qui est le Fils bien-aimé du Père. Alors, prenons le temps dans notre prière de demander à l’Esprit Saint de savoir nous émerveiller de cette beauté qui rayonne sur le visage de Jésus. Quand on aime quelqu’un, voir qu’il est beau ne suffit-il pas à nous réjouir ? Et de plus, la beauté de Jésus est celle à laquelle chacun de nous est appelé. En effet, au jour de notre baptême, le Père lui-même s’est émerveillé de la beauté qu’il désire nous donner, lui qui a alors prononcé sur nous cette même parole : "Tu es mon fils bien-aimé".

Le temps du Carême est le temps qui va nous conduire au combat final de la Passion du Seigneur Jésus, qui aboutira à sa mort sur la Croix. Le soir du Vendredi Saint, c’est le visage défiguré de Jésus crucifié qui sera présenté à notre contemplation. Alors, dès aujourd’hui, que le mystère de la Transfiguration fortifie aussi notre espérance et, au pied de la Croix, alors que tout espoir semblera s’être effondré, avec Marie, nous pourrons reconnaître, dans la personne du Crucifié, le Fils bien-aimé du Père mort pour nos péchés. Nous pourrons alors veiller, dans le silence et la confiance, jusqu’au matin de Pâques.

Ce chemin de prière que nous propose la liturgie du Carême éclaire aussi vivement le quotidien de nos vies. Que de fois nous sommes confrontés, par les rencontres que nous faisons, par les douleurs qui nous sont confiées, par les événements mêmes de nos propres vies, à ce que nous pouvons appeler des défigurations de nos frères et sœurs et de nous-mêmes ! Défigurations du découragement, de la maladie, de la solitude, des blessures de toutes sortes… Que la lumière de la Transfiguration brille dans nos cœurs pour y entretenir la flamme de l’espérance : Jésus est présent dans nos vies ; la lumière de son Amour miséricordieux transfigurera toutes nos ténèbres. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Né en Castille en 1542, Jean de Yepes entre à l’âge de 21 ans chez les Carmes de Medina del Campo. En 1567, il rencontre Thérèse de Jésus qui a fondé cinq ans auparavant le premier Carmel de sa réforme, à Avila. La réforme thérésienne commence à se propager et Jean reconnaît dans le projet de la Sainte Mère ses propres aspirations à une vie de solitude, d’oraison, de pauvreté, de consécration totale au Seigneur pour le service renouvelé de son Église. En 1568, il inaugure la branche masculine de la réforme thérésienne (Carmes "déchaussés"), à Duruelo. Par sa vie et ses écrits, il est le Père du Carmel thérésien, et un guide sûr pour tout homme désirant marcher à la suite du Christ Jésus sur le chemin de l’union à Dieu.
 
Du Cantique spirituel de Saint Jean de la Croix (CSB 36)
 
Réjouissons-nous, Bien-Aimé,
et allons nous voir en ta beauté,
sur la montagne et la colline
d'où jaillit l'eau pure ;
entrons plus avant dans l'épaisseur.
 

L'âme dit : et allons nous voir en ta beauté, ce qui veut dire : faisons en sorte que, par le moyen de cet exercice d'amour, nous parvenions à nous voir "en ta beauté", dans la vie éternelle ; c'est-à-dire que je sois transformée en ta beauté de telle sorte que, étant semblable à toi en beauté, nous nous voyions l'un l'autre en ta beauté, moi possédant ta beauté même, de manière que, nous regardant l'un l'autre, chacun voie dans l'autre sa beauté, l'une et l'autre étant ta seule beauté, moi absorbée dans ta beauté. Et ainsi, je te verrai toi, dans ta beauté, et toi, tu me verras dans ta beauté. Moi je me verrai en toi dans ta beauté et toi tu te verras en moi dans ta beauté. Et ainsi, dans ta beauté je paraîtrai toi-même, et toi tu paraîtras moi-même en ta beauté. Ma beauté sera ta beauté et ta beauté sera ma beauté. Ainsi moi, je serai toi en ta beauté, et toi, tu seras moi en ta beauté, puisque ta beauté même sera ma beauté ; ainsi nous nous verrons l'un l'autre en ta beauté.

Telle est l'adoption des fils de Dieu qui, en vérité, diront à Dieu ce que le Fils lui-même dit, en saint Jean (Jn 17,10), au Père éternel : Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi, lui par essence, parce qu'il est Fils par nature, nous par participation, en qualité de fils adoptifs. Lui, qui est la tête, le dit non seulement pour lui-même, mais pour tout son corps mystique qui est l'Église, laquelle participera à la beauté même de l'Époux au jour de son triomphe, quand elle verra Dieu face à face. C'est pourquoi l'âme demande qu'ils aillent se voir tous les deux, elle et l'Époux, en sa beauté.

L'âme désire entrer dans l'épaisseur et l'incompréhensibilité des jugements et des voies de Dieu parce qu'elle meurt du désir d'entrer plus avant pour les connaître. En effet les connaître en eux-mêmes est une source de jouissance inestimable qui surpasse tout sentiment. (…) Oh ! si l'on parvenait à comprendre qu'on ne peut atteindre l'épaisseur et la sagesse des richesses de Dieu, qui sont multiples, qu'en pénétrant de mille manières dans l'épaisseur de la souffrance, l'âme y plaçant sa consolation et son désir ! Et combien l'âme qui désire pour de bon cette sagesse divine désire d'abord la souffrance pour entrer par elle dans l'épaisseur de la Croix ! En effet, pour entrer dans ces richesses de la sagesse de Dieu, la porte est la Croix. Elle est étroite et peu désirent y entrer ; mais il y en a beaucoup pour désirer les délices dont elle est la source. Haut