Vivre avec les saints du Carmel

29ème dimanche du T.O. (C) : Luc 18,1-8

Thérèse à 8 ans

«Il faut toujours prier sans se décourager » : voilà ce que le Seigneur Jésus voudrait nous faire comprendre dans l’Évangile de ce dimanche. Pour cela, il nous donne une parabole qui n’est pas dépourvue d’humour : un juge qui se moque de Dieu et des hommes accepte de rendre justice à une personne qui l’importune… uniquement pour que celle-ci arrête de lui casser la tête ! Si la persévérance et la patience viennent à bout d’un juge injuste, nul doute que notre prière confiante appellera la miséricorde de Dieu qui nous aime et qui se soucie de nous ! Dieu se soucie de nous, mais est-ce que nous lui confions nos soucis ? Prenons au sérieux cet appel du Christ à la persévérance dans la prière et interrogeons-nous : concrètement, ce mouvement de confiance et d’abandon au Seigneur, dans nos soucis quotidiens, nous est-il familier ?

Mais qu’est-ce que la prière pour nous ? Est-ce que c’est un ensemble de pratiques que l’on accomplit plus ou moins régulièrement ? Ou bien est-ce que c’est une attitude du cœur, qui fait que nous nous remettons avec confiance entre les mains du Père qui nous aime ? C’est cette confiance que le Seigneur désire voir dans notre cœur. Si nous l’entretenons en nous, nos « pratiques » de prière en seront transformées de l’intérieur. Ce ne seront plus des actes posés de façon plus ou moins machinale, mais des actes manifestant la profondeur de notre relation au Seigneur. L’enseignement de notre amie sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus est instructif à ce propos. Elle nous confie ce que c’est que la prière selon elle : "un élan du cœur...". Écoutons-la et demandons au Seigneur de nous faire la grâce de cette simplicité et de cet abandon confiant à Lui. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms C 25 r° v°)

Qu'elle est donc grande la puissance de la Prière ! On dirait une reine ayant à chaque instant libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce qu'elle demande. Il n'est point nécessaire pour être exaucée de lire dans un livre une belle formule composée pour la circonstance ; s'il en était ainsi... hélas ! que je serais à plaindre !... En dehors de l'Office Divin que je suis bien indigne de réciter, je n'ai pas le courage de m'astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant !... et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres... Je ne saurais les réciter toutes et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend... Pour moi la prière, c'est un élan du cœur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au sein de l'épreuve comme au sein de la joie ; enfin c'est quelque chose de grand, de surnaturel qui me dilate l'âme et m'unit à Jésus.

Je ne voudrais pas cependant, ma Mère bien-aimée, que vous croyiez que les prières faites en commun au chœur, ou dans les ermitages, je les récite sans dévotion. Au contraire j'aime beaucoup les prières communes car Jésus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s'assemblent en son nom, je sens alors que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne, mais toute seule (j'ai honte de l'avouer) la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitence... Je sens que je le dis si mal, j'ai beau m'efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n'arrive pas à fixer mon esprit... Longtemps je me suis désolée de ce manque de dévotion qui m'étonnait, car j'aime tant la Sainte Vierge qu'il devrait m'être facile de faire en son honneur des prières qui lui sont agréables. Maintenant je me désole moins, je pense que la Reine des Cieux étant ma Mère, elle doit voir ma bonne volonté et qu'elle s'en contente.

Quelquefois lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu'il m'est impossible d'en tirer une pensée pour m'unir au Bon Dieu, je récite très lentement un "Notre Père" et puis la salutation angélique ; alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois... Haut