Vivre avec les saints du Carmel

28ème dimanche du T.O. (C) : Luc 17,11-19

Thérèse d'Avila

L’Évangile de ce dimanche nous relate une guérison opérée par le Seigneur Jésus. Dix lépreux viennent à lui et le supplient : "Prends pitié de nous !" Que peuvent-ils bien attendre sinon la guérison, la délivrance du mal qui les ronge ? Mystérieusement, le Seigneur leur demande d’aller se montrer aux prêtres, ce qui était prescrit quand il fallait faire constater une guérison. Sans s’interroger sur cette demande surprenante (ils se sont pas encore guéris !), les dix malades se mettent en route. Et voici que sur le chemin, ils sont guéris tous les dix ! Mais un seul revient sur ses pas pour rendre grâce au Seigneur, et en plus, c’est un Samaritain : un étranger, dont on aurait pu s’attendre qu’il ne veuille pas reconnaître qu’un bienfait lui était venu du juif Jésus ! Méditons attentivement cet évangile et, sous le regard du Seigneur, interrogeons-nous sur notre capacité à reconnaître les bienfaits du Seigneur dans notre vie et à lui en rendre grâces. Si souvent, nous pouvons être comme ces lépreux, qui accourent vers Jésus quand ils ont besoin de guérison, et qui "oublient" de venir lui rendre grâce quand ils sont guéris !

La grande réformatrice du Carmel, sainte Thérèse d’Avila, dont nous célébrons la fête le 15 octobre, nous raconte le passage du Seigneur dans sa vie, un peu à la manière du lépreux de l’Évangile. Elle reconnaît la transformation stupéfiante qui s’est opérée en elle depuis qu’elle a laissé le Seigneur entrer en vérité dans sa vie, et elle sait lui en rendre grâce. Tout ce qu’elle possède vient de lui. Sans la grâce de Dieu, c’est-à-dire en ne travaillant qu’avec ses propres forces à elle, elle n’aurait jamais que les mains vides. Écoutons son récit, et que nous soit faite la grâce qu’elle demande pour ceux qui la liront : « qu’ils prennent courage, et qu’ils aient la force de tout quitter complètement pour Dieu ». Oui, détachés du souci égoïste de nous-mêmes, sachons remettre entièrement nos vies au Seigneur, à travers les souffrances et les joies de notre quotidien. Alors, il pourra y agir comme il le veut Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Du Livre de la Vie de Sainte Thérèse d’Avila (ch. 21)

Lorsqu'une âme en arrive là, elle n'a pas seulement le désir de servir Dieu, Sa Majesté lui donne la force de se mettre à l'œuvre. Elle n'envisage rien d'utile à son service qu'elle ne s'élance ; cela n'est rien, car, comme je l'ai dit, elle voit clairement que tout n'est rien, sauf contenter Dieu. Ma peine, c'est de voir que rien n'est à la portée des incapables comme moi. Plaise à Vous, mon Bien, que vienne le jour où je pourrai rembourser un denier de tout ce que je vous dois ; ordonnez, Vous, Seigneur, si c'est votre bon plaisir, que votre servante vous serve quelque peu. Vous, fortifiez mon âme, commencez à la disposer, Bien de tous les Biens, mon Jésus, et ménagez-moi ensuite le moyen de faire quelque chose pour vous, car nul ne supporte de tant recevoir sans rien payer. Coûte que coûte, Seigneur, ne permettez pas que je me présente devant vous avec des mains si vides, puisque la récompense vaudra ce que valent les œuvres. Voici ma vie, voici mon honneur et ma volonté ; je vous ai tout donné, je suis à Vous, disposez de moi à votre gré. Je vois bien, mon Seigneur, le peu dont je suis capable ; mais près de Vous, au sommet de cette tour de guet d'où l'on voit la vérité, si vous ne vous éloignez point, je pourrai tout ; si vous vous éloigniez si peu que ce soit, je retournerai où j'étais, et c'était en enfer.

Je comprenais bien que cela ne provenait pas de moi et que je n'avais rien obtenu par mes efforts, puisque je n'en avais pas même eu le temps. Sa Majesté m'avait donné la force nécessaire par sa seule bonté. Depuis que le Seigneur a commencé à m'accorder la faveur de ces ravissements jusqu'à aujourd'hui, cette force est allée croissant, et dans sa bonté il m'a tenu par la main pour que je ne retourne pas en arrière ; je pense que je ne fais presque rien de moi-même ; c'est ainsi, et je comprends clairement que c'est le Seigneur qui agit. Plaise à Sa Majesté que l'immense largesse avec laquelle elle a traité cette misérable pécheresse obtienne de ceux qui liront ceci qu'ils prennent courage, et qu'ils aient la force de tout quitter complètement pour Dieu. Puisque Sa Majesté paie si bien que dès cette vie même on voit la récompense et le bénéfice qu'obtiennent ceux qui La servent, que sera-ce dans l'autre ? Haut