Vivre avec les saints du Carmel

27ème dimanche du T.O. (C) : Luc 17,5-10

Thérèse au lavoir

Serviteurs quelconques", ou bien, selon les traductions, "simples serviteurs", "serviteurs inutiles" : que sont ces serviteurs dont nous parle le Seigneur ce dimanche ? Ne méritons-nous pas une juste récompense, ne serait-ce qu’un remerciement, pour ce que nous faisons ? Peut-être, mais ce n’est pas cela qui est le plus important, ce n’est pas de cela que nous devons être préoccupés. Le regard de notre cœur doit être tourné vers le Seigneur, de qui nous recevons tout don. C’est Lui qui nous donne d’accomplir ce que nous faisons, et c’est Lui seul qui est le juste juge de nos actes. Nous n’avons donc pas à nous complaire en ce que nous accomplissons. Il nous faut plutôt apprendre à nous décentrer assez de nous-mêmes pour pouvoir agir dans la gratuité et la simplicité du cœur, "simplement" pour l’amour de Dieu et de nos frères et sœurs en humanité. Agir "simplement" ainsi, ce n’est pas si facile : prions l’Esprit Saint de nous inspirer afin que nous recevions de Lui cette transparence du cœur qui nous rendra vraiment généreux.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous raconte qu’elle a aussi connu des combats quant à cela : par exemple, entendre quelqu’un d’autre s’approprier une belle parole qu’elle avait dite… Quelques situations concrètes qui pourraient nous faire sourire, mais qui doivent plutôt nous enseigner la délicatesse de la charité à laquelle le Seigneur nous appelle. À l’exemple de Thérèse et soutenus par sa prière, prenons le temps de regarder notre vie, les relations que nous entretenons avec nos amis, avec ceux qui nous entourent. Ne nous comportons-nous pas souvent comme des propriétaires des dons que le Seigneur nous a faits ? Écoutons le souffle de l’Esprit dans nos vies : Il nous appelle à ouvrir nos mains, pour donner avec une vraie charité ce que nous sommes et ce que nous avons. Nous serons alors libres pour aimer en vérité. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms C 18v° - 19 v°)

Mère bien-aimée, j'écrivais hier que les biens d'ici-bas n'étant pas à moi je ne devrais pas trouver difficile de ne jamais les réclamer si quelquefois on me les prenait. Les biens du Ciel ne m'appartiennent pas davantage, ils me sont prêtés par le Bon Dieu qui peut me les retirer sans que j'aie le droit de me plaindre. Cependant les biens qui viennent directement du bon Dieu, les élans de l'intelligence et du cœur, les pensées profondes tout cela forme une richesse à laquelle on s'attache comme à un bien propre auquel personne n'a le droit de toucher... Par exemple si en licence on dit à une sœur quelque lumière reçue pendant l'oraison et que, peu de temps après, cette sœur parlant avec une autre lui dise comme l'ayant pensée d'elle-même la chose qu'on lui avait confiée, il semble qu'elle prend ce qui n'est pas à elle. Ou bien en récréation on dit tout bas à sa compagne une parole pleine d'esprit et d'à-propos ; si elle la répète tout haut sans faire connaître la source d'où elle vient, cela paraît encore un vol à la propriétaire qui ne réclame pas, mais aurait bien envie de le faire et saisira la première occasion pour faire savoir finement qu'on s'est emparé de ses pensées.

Ma Mère, je ne pourrais si bien vous expliquer ces tristes sentiments de nature, si je ne les avais sentis dans mon cœur et j'aimerais à me bercer de la douce illusion qu'ils n'ont visité que le mien si vous ne m'aviez ordonné d'écouter les tentations de vos chères petites novices. J'ai beaucoup appris en remplissant la mission que vous m'avez confiée, surtout je me suis trouvée forcée de pratiquer ce que j'enseignais aux autres ; ainsi maintenant je puis le dire, Jésus m'a fait la grâce de n'être pas plus attachée aux biens de l'esprit et du cœur qu'à ceux de la terre. S'il m'arrive de penser et de dire une chose qui plaise à mes sœurs, je trouve tout naturel qu'elles s'en emparent comme d'un bien à elles. Cette pensée appartient à l'Esprit-Saint et non à moi puisque St Paul dit que nous ne pouvons, sans cet Esprit d'Amour donner le nom de "Père" à notre Père qui est dans les Cieux. Il est donc bien libre de se servir de moi pour donner une bonne pensée à une âme ; si je croyais que cette pensée m'appartient je serais comme "L'âne portant des reliques" qui croyait que les hommages rendus aux Saints s'adressaient à lui. Je ne méprise pas les pensées profondes qui nourrissent l'âme et l'unissent à Dieu, mais il y a longtemps que j'ai compris qu'il ne faut pas s'appuyer sur elles et faire consister la perfection à recevoir beaucoup de lumières. Les plus belles pensées ne sont rien sans les œuvres. Haut