Vivre avec les saints du Carmel

26ème dimanche du Temps Ordinaire (A) : Mt 21, 28-32

Dans l’évangile de ce dimanche, le Seigneur nous invite à réfléchir à la cohérence de notre vie, à l’adéquation entre ce que nous disons et ce que nous faisons, comme des enfants à qui leur père demande de travailler pour lui. Mais commençons par nous interroger : est-ce bien ainsi que nous voyons notre place dans l’Église ? Estimons-nous que nous avons à accomplir une œuvre, pour l’amour de Dieu et de nos frères ? Car c’est bien le cas : notre vie chrétienne n’est pas qu’un ensemble de quelques pratiques (aussi utiles et louables soient-elles), elle consiste avant tout en un amour dont nous devons témoigner, pour nos frères et sœurs en humanité, et pour le Seigneur, selon le double commandement qui n’en fait qu’un : aimer le Seigneur et aimer son prochain (cf. Mt 22, 37-38). Et cet amour ne consiste pas seulement en des bons sentiments ou en des grandes idées, mais en des actions concrètes mises en œuvre avec courage ! Il ne suffit pas, comme le premier fils de la parabole, de dire "amen" au Seigneur, si nous oublions ce que nous lui avons promis dès que nous achevons nos prières ! Mieux vaut encore le comportement du second fils, qui rechigne à accepter la volonté de son père, mais qui finit par l’accomplir.
Et peut-être qu’une autre invitation du Seigneur peut nous aider à aller encore plus loin : "écouter la parole de Dieu et la mettre en pratique" (Lc 8, 21). La voilà, la béatitude à laquelle le Seigneur nous appelle, celle des amis de Dieu qui désirent de tout leur cœur conformer leurs actes à leurs paroles, les conformer à leurs engagements, les conformer à la Parole du Seigneur, aux appels qu’il ne cesse de nous adresser. Sans doute, nous réaliserons bien souvent que nous ne sommes pas encore parvenus au bout du chemin et que nous ne correspondons pas encore pleinement à ce que le Seigneur veut de nous. Que cette humble prise de conscience ne nous décourage pas, mais stimule notre confiance, car ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu (cf. Mt 19, 26). Que cela suscite aussi notre prière : "Viens Esprit Saint, toi qui, en intercédant pour nous, veut ce que veut le Seigneur ! Esprit de force, suscite en nous le courage qui nous fera vivre en vérité, dans nos paroles et dans nos actes, comme des enfants de Dieu appelés à la sainteté !" Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms A 2r°-3r°)
 
Ouvrant le Saint Évangile, mes yeux sont tombés sur ces mots : "Jésus étant monté sur une montagne, il appela à Lui ceux qu’il lui plut ; et ils vinrent à Lui." (Marc, chap. III, v. 13). Voilà bien le mystère de ma vocation, de ma vie tout entière et surtout le mystère des privilèges de Jésus sur mon âme... Il n’appelle pas ceux qui en sont dignes, mais ceux qu’il lui plaît ou comme le dit Saint Paul : "Dieu a pitié de qui Il veut et Il fait miséricorde à qui Il veut faire miséricorde. Ce n’est donc pas l’ouvrage de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde."(Ép. aux Rom. chap. IX, v. 15 et 16)... Jésus a daigné m’instruire de ce mystère, Il a mis devant mes yeux le livre de la nature et j’ai compris que toutes les fleurs qu’Il a créées sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du Lys n’enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette... J’ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes...
Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés au Lys et aux roses mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d’être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du bon Dieu lorsqu’Il les abaisse à ses pieds, la perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu’Il veut que nous soyons... J’ai compris encore que l’amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l’âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l’âme la plus sublime, en effet le propre de l’amour étant de s’abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des Saints docteurs qui ont illuminé l’Église par la clarté de leur doctrine, il semble que le bon Dieu ne descendrait pas assez bas en venant jusqu’à leur coeur, mais Il a créé l’enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris... En descendant ainsi le Bon Dieu montre sa grandeur infinie. Haut