Vivre avec les saints du Carmel

25ème dimanche du T.O. (C) : Luc 16,1-13

Thérèse et ses soeurs

L’Évangile de ce dimanche a de quoi nous surprendre au premier abord : le Seigneur serait-il en train de nous donner des conseils de gestion financière ? Que peut bien signifier pour notre vie de foi l’histoire de cet homme riche qui a des déboires avec l’un des gérants de ses affaires ? Eh bien, le gérant trompeur fait l’admiration de son maître parce qu’il a été assez habile pour se tirer d’une situation épineuse, et cela en ayant recours à ses bonnes relations. C’est par cela que le Seigneur veut nous instruire : si un gérant malhonnête est capable de se tirer d’affaire grâce à l’aide de ses amis, combien plus, nous, "fils de la lumière", fils de notre Père des cieux et enfants de l’Église, devrions-nous être capables de nous entraider mutuellement pour progresser ensemble sur les chemins de Dieu !

Notre amie sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus avait bien compris cet enseignement du Seigneur. Elle désirait être sainte, elle désirait aimer le Seigneur comme Il veut être aimé… et elle a éprouvé la disproportion qui existait entre les désirs de son cœur et les faibles moyens dont elle disposait. Elle s’est alors tournée vers les saints du Ciel, en qui elle a reconnu les bons amis dont parle le Seigneur dans l’Évangile, et elle leur a demandé de venir à son aide. Écoutons la parole de Thérèse et puis interrogeons-nous nous-mêmes : baptisés, enfants de l’Église, membres de notre paroisse, de nos communautés, réalisons-nous que nous ne marchons pas seuls vers le Seigneur ? Savons-nous nous tourner vers nos frères et sœurs de la terre et du ciel, pour solliciter le secours de leur parole, de leur présence, de leur intercession ? Et à notre tour, sommes-nous disposés à donner de notre temps et de notre prière pour ceux qui peuvent en avoir besoin ? Quelle joie alors quand, parvenus au terme de notre pèlerinage sur la terre, nous nous retrouverons dans la lumière du Seigneur, nous accueillant les uns les autres "dans les demeures éternelles"  ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Du Manuscrit B de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms B 3v°-4v°)
 

Je ne suis qu'une enfant, impuissante et faible, cependant c'est ma faiblesse même qui me donne l'audace de m'offrir en Victime à ton Amour, ô Jésus ! Autrefois les hosties pures et sans taches étaient seules agréées par le Dieu Fort et Puissant. Pour satisfaire la Justice Divine, il fallait des victimes parfaites, mais à la loi de crainte a succédé la loi d'Amour, et l'Amour m'a choisie pour holocauste, moi, faible et imparfaite créature... Ce choix n'est-il pas digne de l'Amour ? Oui, pour que l'Amour soit pleinement satisfait, il faut qu'il s'abaisse, qu'il s'abaisse jusqu'au néant et qu'il transforme en feu ce néant...

O Jésus, je le sais, l'amour ne se paie que par l'amour, aussi j'ai cherché, j'ai trouvé le moyen de soulager mon coeur en te rendant Amour pour Amour. – "Employez les richesses qui rendent injustes à vous faire des amis qui vous reçoivent dans les tabernacles éternels." Voilà, Seigneur le conseil que tu donnes à tes disciples après leur avoir dit que "Les enfants de ténèbres sont plus habiles dans leurs affaires que les enfants de lumière." Enfant de lumière, j'ai compris que mes désirs d'être tout, d'embrasser toutes les vocations, étaient des richesses qui pourraient bien me rendre injuste, alors je m'en suis servie à me faire des amis... Me souvenant de la prière d'Élisée à son Père Élie, lorsqu'il osa lui demander son double esprit, je me suis présentée devant les Anges et les Saints, et je leur ai dit : « Je suis la plus petite des créatures, je connais ma misère et ma faiblesse, mais je sais aussi combien les coeurs nobles et généreux aiment à faire du bien, je vous supplie donc, ô Bienheureux habitants du Ciel, je vous supplie de m'adopter pour enfant, à vous seuls sera la gloire que vous me ferez acquérir mais daignez exaucer ma prière, elle est téméraire, je le sais, cependant j'ose vous demander de m'obtenir votre double Amour. »

Jésus, je ne puis approfondir ma demande, je craindrais de me trouver accablée sous le poids de mes désirs audacieux... Mon excuse, c'est que je suis une enfant, les enfants ne réfléchissent pas à la portée de leurs paroles, cependant leurs parents, lorsqu'ils sont placés sur le trône, qu'ils possèdent d'immenses trésors, n'hésitent pas à contenter les désirs des petits êtres qu'ils chérissent autant qu'eux-mêmes ; pour leur faire plaisir, ils font des folies, ils vont jusqu'à la faiblesse... Eh bien ! moi je suis l'ENFANT de l'Église, et l'Église est Reine puisqu'elle est ton Épouse, ô Divin Roi des Rois... Ce ne sont pas les richesses et la Gloire, (même la Gloire du Ciel) que réclame le coeur du petit enfant... Mais comment témoignera-t-il son Amour, puisque l'Amour se prouve par les œuvres ? Eh bien, le petit enfant jettera des fleurs, il embaumera de ses parfums le trône royal, il chantera de sa voix argentine le cantique de l'Amour... Oui mon Bien-Aimé, voilà comment se consumera ma vie... Je n'ai d'autre moyen de te prouver mon amour, que de jeter des fleurs, c'est-à-dire de ne laisser échapper aucun petit sacrifice, aucun regard, aucune parole, de profiter de toutes les plus petites choses et de les faire par amour... Haut