Vivre avec les saints du Carmel

1er dimanche de Carême (C) : Luc 4,1-13

En ce premier dimanche de Carême, la liturgie nous donne d’entendre le récit de la tentation du Seigneur Jésus au désert. Tentation du Seigneur, comme cela nous semble mystérieux… ...Nous penserions volontiers que rien ne peut l ’atteindre, lui qui est vraiment le Fils de Dieu… Juste après son baptême et juste avant de commencer son ministère public, il semble cependant que Jésus "doive" passer par cette épreuve de la rencontre du démon. Il nous montre ainsi qu’Il a pris en vérité notre humanité, qu’Il a partagé en toute chose la condition humaine qui est la nôtre, avec ses richesses, mais aussi avec ses faiblesses. Il a donc connu l’épreuve et la tentation, comme chacun de nous. Il en a été victorieux, et désire que nous le soyons aussi. Au seuil de ce Carême, le Seigneur ne nous dit pas qu’Il va nous épargner toute épreuve. Il nous dit qu’Il est avec nous dans chaque épreuve que nous vivons, et que si nous luttons en communion avec lui, nous serons vainqueurs comme Il l’a été lui-même.

Notre amie Thérèse de l’Enfant Jésus nous raconte dans ses écrits comment elle a vécu la terrible épreuve de la "nuit de la foi" qu’elle a traversée pendant les derniers mois de sa vie. Lisons avec attention, comme en écho à l’Évangile de ce dimanche, le récit de Thérèse. Il ne s’agit pas pour nous de reproduire son épreuve – ni d’ailleurs celle du Seigneur Jésus – mais d’apprendre à vivre nos propres difficultés, échecs, tentations, déprimes, etc., dans la communion au Seigneur. Thérèse nous montre qu’elle a vécu son épreuve en communion spirituelle avec les souffrances de son temps, dans une confiance inébranlable en la miséricorde de Dieu. Demandons au Seigneur la grâce de tenir debout dans l’adversité, appuyés sur le roc de son Amour et en communion avec toute détresse humaine. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : Manuscrit autobiographique C (4v° - 7v°)
 

Y a-t-il une âme moins éprouvée que la mienne si l'on en juge aux apparences ? Ah ! si l'épreuve que je souffre depuis un an apparaissait aux regards, quel étonnement !... Aux jours si joyeux du temps pascal, Jésus m'a fait sentir qu'il y a véritablement des âmes qui n'ont pas la foi, qui par l'abus des grâces perdent ce précieux trésor, source des seules joies pures et véritables. Il permit que mon âme fût envahie des plus épaisses ténèbres et que la pensée du Ciel si douce pour moi ne soit plus qu'un sujet de combat et de tourment... Cette épreuve ne devait pas durer quelques jours, quelques semaines, elle devait ne s'éteindre qu'à l'heure marquée par le Bon Dieu et... cette heure n'est pas encore venue... Je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens, mais hélas je crois que c'est impossible. Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurité.

Mais Seigneur, votre enfant l'a comprise votre divine lumière, elle vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur et ne veut point se lever de cette table remplie d'amertume où mangent les pauvres pécheurs avant le jour que vous avez marqué... Mais aussi ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses frères : Ayez pitié de nous Seigneur, car nous sommes de pauvres pécheurs !... Oh ! Seigneur, renvoyez-nous justifiés... Que tous ceux qui ne sont point éclairés du lumineux flambeau de la Foi le voient luire enfin... ô Jésus s'il faut que la table souillée par eux soit purifiée par une âme qui vous aime, je veux bien y manger seule le pain de l'épreuve jusqu'à ce qu'il vous plaise de m'introduire dans votre lumineux royaume. La seule grâce que je vous demande c'est de ne jamais vous offenser !...

Je vous parais peut-être exagérer mon épreuve, en effet si vous jugez d'après les sentiments que j'exprime dans les petites poésies que j'ai composées cette année, je dois vous sembler une âme remplie de consolations et pour laquelle le voile de la foi s'est presque déchiré, et cependant... ce n'est plus un voile pour moi, c'est un mur qui s'élève jusqu'aux cieux et couvre le firmament étoilé... Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que je veux croire. Parfois il est vrai, un tout petit rayon de soleil vient illuminer mes ténèbres, alors l'épreuve cesse un instant, mais ensuite le souvenir de ce rayon au lieu de me causer de la joie rend mes ténèbres plus épaisses encore.

O ma Mère, jamais je n'ai si bien senti combien le Seigneur est doux et miséricordieux, il ne m'a envoyé cette épreuve qu'au moment où j'ai eu la force de la supporter, plus tôt je crois bien qu'elle m'aurait plongée dans le découragement... Maintenant elle enlève tout ce qui aurait pu se trouver de satisfaction naturelle dans le désir que j'avais du Ciel... Mère bien-aimée, il me semble maintenant que rien ne m'empêche de m'envoler, car je n'ai plus de grands désirs si ce n'est celui d'aimer jusqu'à mourir d'amour... Haut