Vivre avec les saints du Carmel

11ème dimanche du Temps Ordinaire (C) : Luc 7,36-8,3

Depuis le dimanche de la Pentecôte, qui a clôturé le temps pascal, l’entrée dans le temps ordinaire de la liturgie a été comme estompé par les grandes solennités que nous avons célébrées : le dimanche de la Sainte Trinité, puis celui du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Mais cette fois-ci, nous y sommes : nous retrouvons les dimanches du temps ordinaire, c’est-à-dire la célébration de la Présence de Dieu dans l’ordinaire de nos vies… et ça, c’est extra-ordinaire ! La liturgie va nous rappeler de dimanche en dimanche que Dieu vient à nous par Jésus-Christ, dans le souffle de l’Esprit : Il se soucie de nous et nous envoie vers nos frères et sœurs en humanité pour qu’à notre tour nous nous soucions d’eux. Saint Paul a exprimé cela dans une parole saisissante de sa seconde lettre aux Corinthiens : "Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ : dans toutes nos détresses, Il nous console ; ainsi, nous pouvons consoler tous ceux qui sont dans la détresse, grâce à la consolation que nous recevons nous-mêmes de Dieu" (2 Co 3,4).

Et justement, c’est le visage d’une femme consolée en son humanité par Jésus que l’Évangile nous montre ce dimanche. Nous ne savons rien d’elle, si ce n’est qu’elle est "une pécheresse"… Nous savons surtout qu’elle est méprisée par les autres à cause de son péché… Elle se trouve ainsi doublement isolée : par son péché et par le regard méprisant des autres. Mais voici qu’elle ose venir vers Jésus et accomplir un geste surprenant : elle baigne de ses larmes les pieds de Jésus et elle les essuie avec ses cheveux. Comme si elle avait reconnu que Jésus allait pouvoir l’arracher à sa détresse, elle vient à Lui et Lui exprime comme elle le peut sa confiance en Lui, son amour, son désir de conversion. Et après tant de regards de mépris, après tant de murmures, la merveille se produit : Jésus, Lui, porte sur elle un regard de compassion et de pardon. Il reconnaît l’amour sincère dont elle est capable et Il prononce la parole qui sauve, qui relève : "Tes péchés sont pardonnés… Ta foi t’a sauvée. Va en paix !".

Quelle belle façon pour nous d’entamer ce temps de tous les jours qu’est le temps ordinaire ! Prenons la peine, dans notre prière, dans notre médiation, de regarder notre vie sous le regard du Seigneur, de regarder avec Lui "ce qui ne va pas", les impasses de nos existences dont nous ne parvenons pas à sortir. Exprimons-Lui notre désir de conversion, notre besoin du salut qui vient de Lui. Croyons en son amour et laissons son Esprit ouvrir nos cœurs au pardon qui relève et envoie : "Va en paix !" Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (LT 247 à l’abbé Bellière)
 

Ne croyez pas m'effrayer en me parlant "de vos belles années gaspillées". Moi je remercie Jésus qui vous a regardé d'un regard d'amour comme autrefois le jeune homme de l'Évangile. Plus heureux que lui vous avez répondu fidèlement à l'appel du Maître, vous avez tout quitté pour Le suivre, et cela au plus bel âge de la vie, à 18 ans. Ah ! mon frère, comme moi vous pouvez chanter les miséricordes du Seigneur, elles brillent en vous dans toute leur splendeur... Vous aimez St Augustin, Ste Madeleine, ces âmes auxquelles "Beaucoup de péchés ont été remis parce qu'elles ont beaucoup aimé". Moi aussi je les aime, j'aime leur repentir, et surtout... leur amoureuse audace ! Lorsque je vois Madeleine s'avancer devant les nombreux convives, arroser de ses larmes les pieds de son Maître adoré, qu'elle touche pour la première fois  je sens que son cœur a compris les abîmes d'amour et de miséricorde du Cœur de Jésus, et que toute pécheresse qu'elle est ce Cœur d'Amour est non seulement disposé à lui pardonner, mais encore à lui prodiguer les bienfaits de son intimité divine, à l'élever jusqu'aux plus hauts sommets de la contemplation.

Ah ! mon cher petit Frère, depuis qu'il m'a été donné de comprendre aussi l'amour du Cœur de Jésus, je vous avoue qu'il a chassé de mon cœur toute crainte. Le souvenir de mes fautes m'humilie, me porte à ne jamais m'appuyer sur ma force qui n'est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d'amour. Comment lorsqu'on jette ses fautes avec une confiance toute filiale dans le brasier dévorant de l'Amour, comment ne seraient-elles pas consumées sans retour ? Je sais qu'il y a des saints qui passèrent leur vie a pratiquer d'étonnantes mortifications pour expier leurs péchés ; mais que voulez-vous, "Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père Céleste", Jésus l'a dit et c'est pour cela que je suis la voie qu'Il me trace. Je tâche de ne plus m'occuper de moi-même en rien, et ce que Jésus daigne opérer en mon âme je le lui abandonne. Haut