Vivre avec les saints du Carmel

7ème dimanche du Temps Ordinaire (C) : Luc 6,27-38

Aqui voulons-nous ressembler ? C’est un peu cette question que le Seigneur Jésus nous pose dans l’Évangile de ce dimanche. En effet, il interpelle vivement ceux qui l’écoutent, en leur donnant des conseils qui nous apparaissent comme des paradoxes : "Aimez vos ennemis", "Faites du bien à ceux qui vous haïssent"… Car, dit-Il, si nous n’aimons que nos amis et si nous ne faisons du bien qu’à ceux qui nous aiment, nous nous comportons comme les pécheurs, c’est à eux que nous ressemblons. Et qui sont ces pécheurs dont le Seigneur parle, sinon ceux qui ne se sont pas encore convertis à l’Évangile ? Oh bien sûr, notre vie quotidienne nous montre combien nous sommes pécheurs et ne valons pas mieux que nos frères, combien nous avons toujours besoin de convertir notre cœur, de nous laisser convertir par la miséricorde du Seigneur ! De plus, pouvons-nous penser, aimer véritablement ses amis et faire véritablement du bien à ceux qui nous aiment, ça n’est déjà pas mal !

Mais le Seigneur a plus d’ambition que cela pour nous : le modèle auquel Il souhaite que nous ressemblions, Celui sur qui Il désire que nous ajustions notre comportement, c’est Dieu Lui-même, son Père et notre Père. Lui, "Il est bon pour les ingrats et les méchants", et pas seulement pour les justes. Lui, Il livre son Fils aux mains des pécheurs pour le salut du monde, car ce ne sont pas les bien portants mais les malades qui ont besoin du médecin (cf. Mc 2,17). Ainsi, le Seigneur Jésus nous rappelle-t-il ce que l’Écriture nous enseigne dès le commencement : "Dieu créa l’homme a son image, à l’image de Dieu Il le créa" (Gn 1,27). C’est cette image qu’il est venu restaurer et accomplir en chacun de nous. Laissons-le donc révéler dans nos vies le visage de l’enfant de Dieu que nous sommes devenus au jour de notre baptême ! Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : Manuscrit autobiographique C (17v° - 18v°)
 

Ma Mère, je vais finir de vous expliquer ce que Jésus m'a fait comprendre au sujet de la charité. Je ne vous ai encore parlé que de l'extérieur, maintenant je voudrais vous confier comment je comprends la charité purement spirituelle. Je suis bien sûre que je ne vais pas tarder à mêler l'une avec l'autre mais, ma Mère, puisque c'est à vous que je parle, il est certain qu'il ne vous sera pas difficile de saisir ma pensée et de débrouiller l'écheveau de votre enfant.

Ce n'est pas toujours possible, au Carmel, de pratiquer à la lettre les paroles de l'Évangile, on est parfois obligé à cause des emplois de refuser un service, mais lorsque la charité a jeté de profondes racines dans l'âme elle se montre à l'extérieur. Il y a une façon si gracieuse de refuser ce qu'on ne peut donner, que le refus fait autant de plaisir que le don. Il est vrai qu'on se gêne moins de réclamer un service à une soeur toujours disposée à obliger, cependant Jésus a dit : "N'évitez point celui qui veut emprunter de vous." Ainsi sous prétexte qu'on serait forcée de refuser, il ne faut pas s'éloigner des soeurs qui ont l'habitude de toujours demander des services. Il ne faut pas non plus être obligeante afin de le paraître ou dans l'espoir qu'une autre fois la soeur qu'on oblige vous rendra service à son tour, car Notre Seigneur a dit encore : "Si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir quelque chose, quel gré vous en saura-t-on ? car les pécheurs mêmes prêtent aux pécheurs afin d'en recevoir autant. Mais pour vous, faites du bien, prêtez sans en rien espérer et votre récompense sera grande."

Oh oui ! la récompense est grande même sur la terre… dans cette voie il n'y a que le premier pas qui coûte. Prêter sans en rien espérer, cela paraît dur à la nature, on aimerait mieux donner, car une chose donnée n'appartient plus. Lorsqu'on vient vous dire d'un air tout à fait convaincu : "Ma soeur, j'ai besoin de votre aide pendant quelques heures mais soyez tranquille j'ai permission de notre Mère et je vous rendrai le temps que vous me donnez, car je sais combien vous êtes pressée." Vraiment lorsqu'on sait très bien que jamais le temps qu'on prête ne sera rendu, on aimerait mieux dire : Je vous le donne. Cela contenterait l'amour-propre car donner c'est un acte plus généreux que de prêter et puis on fait sentir à la soeur qu'on ne compte pas sur ses services… Ah ! que les enseignements de Jésus sont contraires aux sentiments de la nature, sans le secours de sa grâce il serait impossible non seulement de les mettre en pratique mais encore de les comprendre. Haut