Vivre avec les saints du Carmel

6ème dimanche du Temps Ordinaire (B) : Marc 1,40-45

"Si tu le veux, tu peux me purifier !" Tel est le cri que lance à Jésus le lépreux dont nous parle l’évangile de ce dimanche. Pour saisir la profondeur et la densité de cette prière, il nous faut d’abord nous rappeler quelle était la condition des lépreux à l’époque de Jésus : la première lecture, tirée du Lévitique nous y aide. La lèpre était considérée comme le signe, d’une souillure intérieure, d’un péché ou d’une impureté morale. C’est pourquoi les lépreux étaient tenus à l’écart, de façon à ce qu’ils ne contaminent pas les autres, et ne portent ainsi pas atteinte à la sainteté du peuple de Dieu. C’est donc un véritable cri de détresse que le lépreux adresse à Jésus : s’il est purifié, il pourra réintégrer la vie sociale "normale". En somme, il pourra redevenir un être humain à part entière. Notons qu’en s’adressant à Jésus, en s’approchant autant de lui, le lépreux brave l’interdit de la Loi. Mais Jésus y consent, puisqu’il lui parle aussi, et même il le touche. Jésus s’est laissé toucher par la souffrance de cet homme, et pour le délivrer de son mal, il touche à son tour celui qui est considéré comme un intouchable, dans tous les sens du terme.

Nous savons bien que la lèpre – et nous pouvons transposer cela à d’autres maladies aux répercussions aussi désastreuses – n’est pas un châtiment divin, ni le signe du péché de celui qui en est atteint. Mais notre cœur, au-dedans de nous, n’est-il pas souillé d’autres sortes d’infections ? Le prophète Jérémie le disait déjà : "Le cœur de l’homme est compliqué et malade ! Qui peut le connaître ? Moi, le Seigneur, qui pénètre les cœurs et qui scrute les reins" (Jr 17, 9-10). Mettons à profit la lecture et la méditation de cet évangile de la guérison du lépreux pour demander au Seigneur sa lumière, qui nous aidera à faire la vérité sur les zones obscures qui nous habitent : duplicités et mensonges, compromissions, motivations biaisées… la liste peut être longue, et chacun peut l’enrichir de façon originale… Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est que comme le lépreux, nous ayons le courage de nommer devant Jésus le mal qui nous habite et nous fait souffrir, et que osions croire qu’il peut nous en délivrer – et que nul autre que lui ne peut le faire : "Dans ta toute-puissance d’amour et de miséricorde, il suffit que tu veuilles me guérir pour que je sois purifié !" Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms A 10)

Souvent nous faisions ensemble des conférences spirituelles, voici un exemple que j’emprunte aux lettres de Maman : "Nos deux chères petites Céline et Thérèse sont des anges de bénédiction, des petites natures angéliques. Thérèse fait la joie, le bonheur de Marie et sa gloire, c’est incroyable comme elle en est fière. C’est vrai qu’elle a des réparties bien rares à son âge, elle en remontre à Céline qui est le double plus âgée. Céline disait l’autre jour : "Comment que cela se fait que le bon Dieu peut être dans une si petite hostie ?" La petite a dit : "Ce n’est pas si étonnant puisque le bon Dieu est Tout-puissant." - "Qu’est-ce que veut dire Tout-puissant ?" - "Mais c’est de faire tout ce qu’Il veut !..."

Un jour Léonie pensant qu’elle était trop grande pour jouer à la poupée vint nous trouver toutes les deux avec une corbeille remplie de robes et de jolis morceaux destinés à en faire d’autres, sur le dessus était couchée sa poupée. – "Tenez mes petites sœurs, nous dit-elle, choisissez, je vous donne tout cela." Céline avança la main et prit un petit paquet de ganses qui lui plaisait. Après un moment de réflexion j’avançai la main à mon tour en disant : "Je choisis tout !" et je pris la corbeille sans autre cérémonie ; les témoins de la scène trouvèrent la chose très juste, Céline elle-même ne songea pas à s’en plaindre (d’ailleurs elle ne manquait pas de jouets, son parrain la comblait de cadeaux et Louise trouvait moyen de lui procurer tout ce qu’elle désirait). Ce petit trait de mon enfance est le résumé de toute ma vie ; plus tard lorsque la perfection m’est apparue, j’ai compris que pour devenir une sainte il fallait beaucoup souffrir, rechercher toujours le plus parfait et s’oublier soi-même ; j’ai compris qu’il y avait bien des degrés dans la perfection et que chaque âme était libre de répondre aux avances de Notre Seigneur, de faire peu ou beaucoup pour Lui, en un mot de choisir entre les sacrifices qu’Il demande. Alors comme aux jours de ma petite enfance, je me suis écriée : "Mon Dieu, je choisis tout". Je ne veux pas être une sainte à moitié, cela ne me fait pas peur de souffrir pour vous, je ne crains qu’une chose c’est de garder ma volonté, prenez-la, car "Je choisis tout" ce que vous voulez !... Haut