Vivre avec les saints du Carmel

5ème dimanche du Temps Ordinaire (B) : Marc 1,29-39

L’évangéliste Marc nous présente ce dimanche une série de brèves séquences dans lesquelles nous voyons Jésus à l’œuvre au début de son ministère public : il guérit la belle-mère de Simon, il guérit de nombreux malades et délivre des possédés, il prie dans la solitude, il s’en va annoncer la Parole à travers toute la Galilée. Les journées de Jésus sont donc bien remplies ! Et ses nuits ne sont pas consacrées qu’à un sommeil bien mérité : il éprouve aussi le désir d’aller prier dans un endroit désert, "bien avant l’aube".

Arrêtons-nous un moment à cela. C’est un peu comme si l’évangéliste voulait nous montrer les deux faces d’une même médaille. D’un côté, Jésus parcourt la Galilée, en faisant le bien : il guérit les malades, il libère ceux que des mauvais esprits retenaient captifs. Et d’un autre côté, nous voyons la source des actions bienfaisantes de Jésus : c’est sa communion intime avec le Père, dans laquelle il se replonge totalement pendant ces moments de prière nocturne. Attention, il ne n’agit pas de "recharger les batteries" pendant ces temps de prière ! Bien plutôt, Jésus manifeste pour nous de façon plus claire ce qu’il vit en permanence, il nous désigne la source de son action, qui est aussi la source de sa compassion pour les souffrances de ceux qu’il rencontre. Cette source, c’est précisément la communion intérieure de Jésus avec le Père ; c’est la communion même de la vie trinitaire que le Fils vit éternellement avec le Père, dans l’Esprit.

Et si, ce dimanche, nous mettions à profit l’écoute de ce passage d’évangile pour nous interroger : et moi, quelle est la source de mes actions ? Dans ma vie familiale, dans ma vie professionnelle, dans les belles choses et les services que j’accomplis – dans la société, dans l’Église – quelle est la source qui me pousse et me fait agir ? Est-ce que je ne m’appuie que sur mes propres forces, que sur mes bons sentiments (et ils sont bien nécessaires !) Ou bien est-ce que je lève aussi les yeux de mon cœur pour me tourner vers celui qui est la source de tout bien : en lui je reconnaîtrai la source de toutes les bonnes œuvres, de lui je recevrai la grâce de les accomplir en vérité, par lui elles recevront une fécondité qui me dépassera toujours. Pour découvrir la source, il faut nous tourner toujours plus vers Dieu qui demeure au plus profond de nous. C’est d’abord dans le silence de la prière que nous le rencontrerons : voilà ce que Jésus nous rappelle par son exemple. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

 
Des Lettres de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité (LT 249 de novembre 1905 à Mme Angles)

Vous souvenez-vous de cette belle page où Jésus dit à son Père "qu’Il lui a donné puissance sur toute chair afin qu’Il lui communique la vie éternelle" ? Voilà ce qu’Il veut faire en vous : à toute minute il veut que vous sortiez de vous, que vous quittiez toute préoccupation, pour vous retirer en cette solitude qu’Il se choisit au fond de votre coeur. Lui, Il est toujours là, encore que vous ne le sentiez pas ; Il vous attend et veut établir avec vous "un admirable commerce", comme nous le chantons dans la belle liturgie, une intimité d’Époux et d’épouse ; vos infirmités, vos fautes, tout ce qui vous trouble, c’est Lui, par ce contact continuel, qui veut vous en délivrer. N’a-t-Il pas dit : "Je ne suis pas venu pour juger, mais pour sauver." Rien ne doit vous paraître un obstacle pour aller à Lui. Ne tenez pas trop compte si vous êtes enflammée ou découragée ; c’est la loi de l’exil de passer ainsi d’un état à l’autre. Croyez alors que, Lui, Il ne change jamais, qu’en sa bonté Il est toujours penché sur vous pour vous emporter et vous établir en Lui. Si, malgré tout, le vide, la tristesse vous accablent, unissez cette agonie à celle du Maître au jardin des Olives, alors qu’Il disait au Père : "S’il est possible faites que ce calice s’éloigne de moi". Chère Madame, cela vous paraît peut-être difficile de vous oublier. Ne vous en préoccupez pas ; si vous saviez comme cela est simple... Je vais vous donner mon "secret" : pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le temple ; c’est saint Paul qui parle ainsi, nous pouvons le croire. Petit à petit l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un petit Ciel où le Dieu d’amour a fixé son séjour. Alors c’est comme une atmosphère divine en laquelle elle respire, je dirais même qu’il n’y a plus que son corps sur la terre, mais que son âme habite au-delà des nuages et des voiles, en Celui qui est l’Immuable. Ne vous dites pas que cela n’est pas pour vous, que vous êtes trop misérable, car c’est au contraire une raison de plus pour aller à Celui qui sauve. Ce n’est pas en regardant cette misère que nous serons purifiées, mais en regardant Celui qui est toute pureté et sainteté. Saint Paul dit qu’"Il nous a prédestinés pour être conformes à son image". Aux heures qui sont plus douloureuses, pensez que le divin artiste, pour rendre son oeuvre plus belle, se sert de ciseau, et demeurez en paix sous la main qui vous travaille. Ce grand apôtre dont je vous parle, après avoir été ravi au troisième Ciel, sentait son infirmité et il s’en plaignait à Dieu qui lui répondit : "Ma grâce te suffit, car la force se perfectionne dans la faiblesse." Voilà, n’est-ce pas, qui est bien consolant ?...

Courage donc, Madame et chère soeur, je vous confie tout particulièrement à une petite carmélite morte à vingt-deux ans en odeur de sainteté qui se nommait Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle disait avant de mourir qu’elle passerait son ciel à faire du bien sur la terre ; sa grâce est de dilater les âmes, de les lancer sur les flots de l’amour, de la confiance, de l’abandon ; elle disait qu’elle avait trouvé le bonheur quand elle avait commencé à s’oublier. Voulez-vous l’invoquer chaque jour avec moi afin qu’elle vous obtienne cette science qui fait les saints, et qui donne à l’âme tant de paix et de bonheur ! Haut