Vivre avec les saints du Carmel

4ème dimanche du Temps Ordinaire: Lc 4,21-30

Depuis deux dimanches, la liturgie nous fait entendre une lecture continue des chapitres 12 et 13 de la 1ère lettre aux Corinthiens, qui culmine aujourd’hui avec la fameuse "hymne à la charité". Ce passage de l’Écriture a été une grande lumière sur la route de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Avec elle, écoutons avec une oreille neuve et un cœur attentif les paroles de l’Apôtre Paul.

Saint Paul nous propose une démarche paradoxale. Il commence par nous dire : "parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur". En effet, il est important dans notre vie de chrétiens, dans notre vie spirituelle, de "chercher le meilleur", d’être attentifs aux désirs que nous portons. C’est d’ailleurs l’Esprit-Saint lui-même qui met en nos cœurs le saint désir de réaliser le projet que le Seigneur a pour chacun de nous. Si nous restons renfrognés dans notre coin, comment pourrons-nous être les disciples et les apôtres dont le Seigneur a besoin dans l’Église et dans le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume ? Chacun de nous a une vocation, qui lui est donnée par le Seigneur lui-même. Dieu attend, Dieu espère, que nous la réaliserons, pour sa joie à lui … et aussi pour la nôtre : quel plus grand bonheur que d’être ce que Dieu nous appelle à être, "ce pour quoi nous sommes faits" ! Alors n’en doutons pas, Dieu nous appelle à de grandes choses. Mais … quoi ?

Voici le paradoxe de ce que nous enseigne Saint Paul ce dimanche : nous devons "chercher le meilleur", entretenir en nous de grands désirs, mais il y a un bien encore supérieur. Ce bien supérieur à tous les autres, c’est la charité, c’est l’amour. Sans amour, les actes les plus héroïques ne servent de rien, sans amour, les dons les plus généreux ne sont d’aucun profit. Si les saints nous enseignent à marcher sur les voies du Seigneur, ce n’est pas d’abord parce qu’ils ont accompli des actes héroïques, mais c’est parce qu’ils ont aimé le Seigneur et leurs frères à travers toute leur vie, à travers toutes leurs activités. Prenant patience et rendant service, ne jalousant pas et ne se gonflant pas d’orgueil, espérant tout et endurant tout … C’est ce que Thérèse a découvert un jour en lisant ces mêmes mots de Saint Paul, et elle nous en fait le récit émerveillé.

A nous aussi, le Seigneur le redit aujourd’hui : ce à quoi Il nous appelle, dans notre existence concrète, c’est la transfiguration de toute notre vie par son Amour. Demandons-lui donc, par l’intercession de Paul et de Thérèse, de savoir accueillir sa grâce, de savoir renouveler notre façon de faire et de penser, afin que chacune de nos actions, à commencer par les plus simples, soient faites avec amour, pour l’amour de Jésus. Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut


 
Des Manuscrits autobiographiques de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Ms B 3 r°v°)
 

Jésus, Jésus, si je voulais écrire tous mes désirs, il me faudrait emprunter ton livre de vie, là sont rapportées les actions de tous les Saints et ces actions, je voudrais les avoir accomplies pour toi…

O mon Jésus ! à toutes mes folies que vas-tu répondre ?... Y a-t-il une âme plus petite, plus impuissante que la mienne !... Cependant à cause même de ma faiblesse, tu t'es plu, Seigneur, à combler mes petits désirs enfantins, et tu veux aujourd'hui, combler d'autres désirs plus grands que l'univers…

À l'oraison mes désirs me faisant souffrir un véritable martyre j'ouvris les épîtres de Saint Paul afin de chercher quelque réponse. Les chapitres XII et XIII de la première épître aux Corinthiens me tombèrent sous les yeux… J'y lus, dans le premier, que tous ne peuvent être apôtres, prophètes, docteurs, etc., que l'Église est composée de différents membres et que l'oeil ne saurait être en même temps la main.

La réponse était claire mais ne comblait pas mes désirs, elle ne me donnait pas la paix… Comme Madeleine se baissant toujours auprès du tombeau vide finit par trouver ce qu'elle cherchait, ainsi, m'abaissant jusque dans les profondeurs de mon néant je m'élevai si haut que je pus atteindre mon but… Sans me décourager je continuai ma lecture et cette phrase me soulagea : "Recherchez avec ardeur les dons les plus parfaits, mais je vais encore vous montrer une voie plus excellente". Et l'Apôtre explique comment tous les dons les plus parfaits ne sont rien sans l'Amour… Que la Charité est la voie excellente qui conduit sûrement à Dieu. Enfin j'avais trouvé le repos… Considérant le corps mystique de l'Église, je ne m'étais reconnue dans aucun des membres décrits par Saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous… La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l'Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l'Église avait un Coeur, et que ce Coeur était brûlant d'Amour. Je compris que l'Amour seul faisait agir les membres de l'Église, que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… Je compris que l'Amour renfermait toutes les Vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux… en un mot, qu'il est Éternel !...

Alors, dans l'excès de ma joie délirante, je me suis écriée : O Jésus, mon Amour… ma vocation, enfin je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'Amour !...

Oui j'ai trouvé ma place dans l'Église et cette place, ô mon Dieu, c'est vous qui me l'avez donnée… dans le Coeur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour… ainsi je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé !!!...

Pourquoi parler d'une joie délirante, non cette expression n'est pas juste, c'est plutôt la paix calme et sereine du navigateur apercevant le phare qui doit le conduire au port… O Phare lumineux de l'amour, je sais comment arriver jusqu'à toi, j'ai trouvé le secret de m'approprier ta flamme.Haut