Vivre avec les saints du Carmel

2ème dimanche du Temps Ordinaire: Jn 2,1-11

Au début du Temps Ordinaire, la liturgie de ce dimanche nous fait entendre l’Évangile de la noce de Cana. Belle occasion pour nous rappeler que, même si nous sommes dans ce temps dit "ordinaire", c’est toujours à la fête de son Amour débordant que le Seigneur Jésus nous invite, et cela autant à travers les solennités du Temps du Noël, du Temps pascal, qu’à travers "l’ordinaire" de tous les dimanches de l’année. Si les temps particuliers nous permettent d’une façon spéciale de faire mémoire, de célébrer, d’accueillir dans notre vie, les grands mystères du Salut (Nativité, Passion, Résurrection), le Temps Ordinaire nous dit "tout simplement" que le Seigneur de Pâques, le Vivant à jamais, est au milieu de nous tous les jours de notre vie ! Accueillons-Le dans la joie !

À la noce de Cana, Jésus se trouve en compagnie de sa mère, et il nous est bon de recueillir de Marie le bel enseignement sur la prière que son attitude renferme. Tout d’abord, c’est sa qualité d’attention que nous remarquons : elle a bien noté que les invités "n’ont pas de vin". Et le vin dont elle parle, ce n’est pas que la boisson, mais c’est aussi la joie sans laquelle nulle fête ne saurait être réussie. Quelle foi, quelle confiance et quelle délicatesse habitent son cœur : elle ne dit pas à Jésus de faire ceci ou cela, elle ne prend pas la place de Dieu qui sait bien quel est le meilleur à faire, elle se contente de présenter au Seigneur le manque. Et avant même que Jésus ne se soit adressé aux serviteurs, convaincue au fond de son cœur qu’Il va agir, elle donne à ceux-ci un précieux conseil : "Faites tout ce qu’Il vous dira". N’est-ce pas le secret de sa propre vie qu’elle leur donne là, elle qui fut en toute chose "la servante du Seigneur" (cf. Lc 1,38) ? Et quand on fait sur le conseil de Marie tout ce que Jésus veut, le Seigneur fait des merveilles et la grâce surabonde : l’eau de la tristesse est changée en vin de la fête !

Demandons à la Vierge Marie de nous obtenir quelque chose de cette délicatesse du cœur qui nous rendra attentifs aux détresses de nos frères, à commencer par les plus proches. Qu’elle nous enseigne aussi cette simplicité dans la prière, cette humilité du cœur, qui nous fera tout attendre du Seigneur. C’est à cette attitude d’abandon et de confiance que nous invite Saint Jean de la Croix dans son "Cantique spirituel". Fr. Anthony-Joseph, ocd Haut

Né en Castille en 1542, Jean de Yepes entre à l’âge de 21 ans chez les Carmes de Medina del Campo. En 1567, il rencontre Thérèse de Jésus qui a fondé cinq ans auparavant le premier Carmel de sa réforme, à Avila. La réforme thérésienne commence à se propager et Jean reconnaît dans le projet de la Sainte Mère ses propres aspirations à une vie de solitude, d’oraison, de pauvreté, de consécration totale au Seigneur pour le service renouvelé de son Église. En 1568, il inaugure la branche masculine de la réforme thérésienne (Carmes "déchaussés"), à Duruelo. Par sa vie et ses écrits, il est le Père du Carmel thérésien, et un guide sûr pour tout homme désirant marcher à la suite du Christ Jésus sur le chemin de l’union à Dieu.
 
Saint Jean de la Croix : du "Cantique spirituel"
 

L'âme ne fait qu'exprimer son affliction et sa peine au Bien-Aimé, car celui qui aime comme il faut n'a pas souci de demander ce qui lui manque ou ce qu'il désire, mais seulement de présenter son besoin afin que le Bien-Aimé fasse comme il lui plaît. C'est ainsi qu'aux noces de Cana, la Bienheureuse Vierge Marie ne demanda pas directement du vin à son Fils bien-aimé, mais lui dit : "Ils n'ont plus de vin" ; c'est ainsi que les soeurs de Lazare ne firent pas demander à Jésus de guérir leur frère, mais de considérer que celui qu'il aimait était malade. Et cela pour trois raisons :

- la première, c'est que le Seigneur connaît mieux que nous-mêmes ce qui nous convient,
- la deuxième, c'est que le Bien-Aimé a plus de compassion quand il voit l'affliction et l'abandon de celui qui l'aime,
- la troisième, c'est que l'âme est mieux protégée de l'amour-propre et de ses vues personnelles en présentant ce qui manque, plutôt qu'en demandant ce qui, à son avis, lui fait défaut.

L'âme ne fait ni plus ni moins maintenant, en exposant ses trois afflictions. C'est comme si elle disait : "Dites à mon Bien-Aimé, puisque je languis et que lui seul est ma santé, qu'il me donne ma santé ; puisque je souffre et que lui seul est ma joie, qu'il me donne ma joie ; puisque je meurs et que lui seul est ma vie, qu'il me donne ma vie". Haut