Y a-t-il une morale chrétienne ?, par Rémi Brague
Je reprends ici des idées qui se trouvent, entre autres, dans un livre récent. La réponse à ma question semble évidente, c'est un "oui !" enthousiaste. Et la question est donc inutile. Je pourrais donc m'arrêter ici. Cependant, il y a quelque chose qui doit nous faire nous arrêter de nous arrêter. L'unanimité est suspecte, car la réponse est donnée dans deux sens : pour en féliciter le christianisme ou pour le lui reprocher.

Premier groupe

Moïse

Commençons par le premier groupe : "le christianisme [...] a introduit dans le monde une morale". Qui parle ici ? M. Homais, l'un des sublimes crétins de Flaubert . Bien des gens en sont restés là. Bien des parents de l'enseignement libre demandent à l'école chrétienne d'inculquer à leurs héritiers de la saine morale - le dogme étant en option, des légendes tout juste bonnes pour des enfants. A l'inverse, dans les pays où il y a des cours de religion au programme des écoles secondaires - la Belgique par exemple - et lorsque les parents veulent en écarter leurs enfants, on leur propose de remplacer le cours de religion par un cours de "morale laïque". Réfléchissons : si l'on peut remplacer l'une par l'autre, cela veut dire, sans jeu de mots, qu'elles occupent la même place. Cela veut dire que le christianisme est une morale, mais une morale non laïque.

Second groupe

Pour les adversaires du christianisme, la "morale judéo-chrétienne" aurait empoisonné le monde, l'aurait culpabilisé, aurait rendu la mort terrible, gâché la belle sérénité païenne. Cet air se joue discrètement depuis la Renaissance (Lorenzo Valla) et le XVIIIe siècle allemand (Lessing, Winckelmann), de façon plus stridente chez Nietzsche. Certes, les historiens n'observent rien de tel, voire établissent le contraire, par exemple que le christianisme est apparu dans le monde antique comme une libération. Mais les gens qui causent dans le poste repassent périodiquement la rengaine. Par opposition à cette morale sévère, voire cruelle (le mot "masochisme" rend ici de bons services), il faudrait défendre une autre morale, humaniste, hédoniste, plus souriante, etc.

On observe le même accord chez les sociologues. Ils partent de l'idée selon laquelle le christianisme perd de son influence sur nos sociétés. Est-ce vrai ? Est-ce définitif ? Supposons que oui. Les uns se demandent alors avec terreur si la morale va subsister, si nos sociétés ne vont pas se démoraliser - aux deux sens du terme d'ailleurs, perdre la morale et perdre le moral. Le camp d'en face répond que l'on n'a nul besoin du christianisme pour avoir une morale. Il peut y avoir une morale non chrétienne, voire carrément athée. Et l'on cite des exemples de "grandes figures morales" antérieures au Christianisme, comme Marc-Aurèle, l'empereur stoïcien, qui a pourtant persécuté les Chrétiens. On dit même de ces gens qu'ils étaient "plus chrétiens" que les chrétiens eux-mêmes. Ainsi, John Stuart Mill dit de Marc-Aurèle était "un meilleur chrétien dans tous les sens de ce mot, sauf le sens dogmatique, que presque tous les souverains ostensiblement chrétiens qui ont régné depuis".

Un troisième groupe

Les deux camps s'accordent sur l'identification du christianisme avec une morale. Les uns garderaient bien la même morale, mais sans la référence chrétienne. Les autres veulent carrément changer de morale, parce que "une certaine morale" serait infectée de christianisme. Une troisième possibilité logique permet de définir un autre groupe. Si les uns veulent la morale sans le christianisme, on pourrait être tenté de garder le christianisme, mais sans la morale. La tentation est aussi vieille que ceux contre lesquels saint Paul devait rappeler que "si tout est permis, tout n'est pas constructif" ("édifiant") (1 Corinthiens 6,12; 10,23), passage sur lequel je reviendrai. Je voudrais ici montrer que ces trois groupes se trompent, mais ont chacun une part de vérité.

L'antidote

Tout d'abord, l'apparence qui fait prendre le christianisme pour une morale n'est pas sans fondement. Quant à l'actualité, l'Eglise a une sorte de monopole involontaire du discours moral. Elle est la seule qui ose parler de certains sujets et dire que certaines pratiques sont bonnes, d'autres mauvaises. Or bien des gens ne supportent même pas que l'on puisse laisser entendre que tout ne serait pas indifférent. Ce que dit le Pape en matière de morale ne fait que rappeler de grosses évidences. Si sa parole fait tant de bruit, c'est aussi parce que tous les autres se taisent. Mais il est le seul à le dire dans le silence assourdissant des "grandes autorités". En clair : il est le seul à ne pas se dégonfler. On a reproché à Pie XII de s'être tu au moment de la Shoah (je n'examine pas ici la légitimité de cette accusation) ; on reproche à ses successeurs de parler pour dénoncer des dangers qui sont au fond assez semblables...

Plus profondément et à plus long terme : en un sens, la morale est un phénomène chrétien, parce qu'il n'y a de morale indépendante que dans le christianisme. Le judaïsme et l'islam sont des lois, le bouddhisme est une sagesse ascétique. Tous trois impliquent une morale. Voire, ils contiennent tout un système de règles que nous classerions dans le droit, la politique, voire le savoir-vivre. Et ce système est partie intégrante de ce que nous appelons "religion". Ce n'est pas le cas dans le christianisme. Le Nouveau Testament ne contient pas de code, pas même en rudiments. Distinguer les règles morales des usages concernant la nourriture et le vêtement n'a rien d'évident.

Pour nous, il est clair qu'il y a d'un côté la morale, de l'autre la religion. C'est parce que nous les distinguons que nous pouvons ensuite, en un second temps, traiter de leurs rapports. Mais cette distinction n'est manifeste ni, avant, dans le judaïsme ni, après, dans l'islam. L'identité juive et musulmane ne distingue pas. Le judaïsme orthodoxe refuse de distinguer des commandements plus ou moins importants : le Décalogue n'est pas plus important que l'interdiction de mélanger des fibres végétales et animales dans un même tissu (Lev 19, 19), etc. Les cinq piliers de l'islam comportent la confession personnelle de l'unicité divine, le commandement social de l'aumône, que l'on peut interpréter comme moral, et des actes de culte (prière, jeûne, pèlerinage). L'idée d'un domaine moral spécifique distingué des actes de culte vient de l'adoption par le christianisme paulinien des idées de nature (physis) et de conscience (syneidèsis) (Romains 2,14-15).

Paradoxe

C'est précisément parce qu'il laisse le domaine moral en dehors de lui que le christianisme peut et doit parler de morale et donc, qu'il ne peut pas ne pas fomenter l'illusion qu'il serait une morale. Pour les autres religions, il suffit de dire : soyez de bons juifs, musulmans, bouddhistes, cela suffira...

Thèse : christianisme et morale sont deux choses différentes. Il faut les garder tous les deux, mais chacun à sa place.

Le christianisme n'est pas une morale. Ce qui ne veut pas dire que les chrétiens seraient immoraux, encore moins qu'ils devraient s'efforcer de l'être. Ils ont à se conformer aux règles de la morale comme ils doivent se conformer aux règles des diverses techniques : un plombier ou un dentiste peuvent être chrétien, le premier s'engage même par contrat à réparer votre lavabo "selon les règles de l'art" et le second est lié par le serment d'Hippocrate, mais il n'y a ni plomberie ni dentisterie chrétienne.

Il faut garder une morale parce que l'homme ne peut rester humain, ni peut-être même, à long terme, continuer à subsister sans ce kit de survie élémentaire que constitue le Tao. La morale n'a pas besoin d'adjectif. Il n'y a pas de morale chrétienne. II n'y a pas non plus de morale laïque, ou quoi que ce soit d'autre. Il y a une interprétation chrétienne et une interprétation laïque, ou autre, de la morale.

Ce domaine moral spécifique n'est pas spécifique aux chrétiens. Il n'est aucun commandement qui ne vaudrait que pour eux. Ce que les chrétiens devraient faire, ils pensent que tous les hommes devraient le faire et s'en trouveraient bien. Le judaïsme distingue les sept commandements adressés aux descendants de Noé, et donc à tous les hommes , et les 613 qui pèsent sur Israël et sur lui seul. L'islam pense que ses préceptes valent pour tout homme, parce que tout homme est appelé à se faire musulman. En attendant, certains commandements ne valent que pour les musulmans : par exemple, le pèlerinage à La Mecque. Le christianisme pense également que tout homme est appelé à devenir chrétien, mais pour lui, les règles morales sont indépendantes de la foi.

Ce qui ne vaut que pour les chrétiens, et même uniquement pour ceux qui le veulent, forme les "conseils". La distinction entre commandements et conseils est classique. Saint Paul distingue les préceptes du Seigneur et les conseils de sagesse (1 Corinthiens 7,25). Il ne s'agit pas de morale, mais de spiritualité. Les conseils se présentent sous la forme hypothétique, presque comme des recettes : si tu veux obtenir tel résultat, alors fais cela. C'est ce que dit Jésus au jeune homme riche : "Si tu veux être parfait..." (Matthieu 19,21). C'est pourquoi la théologie parle des "conseils de perfection".

Le Christ, dans saint Jean, parle de "mes commandements", que les disciples devront garder (15, 10). Il dit même : "Je vous donne un commandement nouveau" (Jean 13,34). Phrase scandaleuse : Moïse a interdit d'ajouter quoi que ce soit à la Torah, ou en retrancher quoi que ce soit (Deutéronome 4,2; 13,1) et le judaïsme postérieur élargit l'interdiction à la Loi orale. Il faut donc s'imaginer le scandale des disciples. Et si Jésus n'était pas en petit comité, il se ferait lapider. Or, le commandement prétendu "nouveau" est en fait une citation de la Torah, précisément Lévitique 19,17. La seule différence étant que l'idiotisme hébraïque (aimer "son prochain") est rendu en grec élégant par le pronom réciproque. Une banalité, donc. Mais ce qui vient ensuite fait une différence : "comme je vous ai aimés". Le contenu du commandement est le même. Mais le contexte est nouveau.

La sortie d'Egypte

Le Décalogue (Exode, 20, 2) commence par un rappel de l'exode comme libération, comme sortie de la maison des esclaves. C'est justement parce que le peuple n'est plus un peuple d'esclaves qu'on peut lui proposer de rester fidèle à sa propre liberté en se conduisant selon le code d'honneur aristocratique : un homme bien élevé, distingué, ne commet pas d'assassinat, de vol, d'adultère, etc. "Noblesse oblige". Le contexte du Décalogue était un exode libérateur ; celui du "nouveau commandement" est un nouvel exode, une Pâque nouvelle qui mène à une libération définitive. Les commandements de l'Ancien Testament, et d'ailleurs toutes les normes humaines, révélées ou non, reçoivent un sens nouveau à partir de cette nouvelle Pâque.

S'il n'y a pas de morale spécifiquement chrétienne, cela veut dire que, en principe, les hommes n'ont pas besoin du christianisme pour savoir ce qu'il convient de faire. J'insiste sur le "en principe", car je ne veux bien entendu pas suggérer que la bonne conduite serait facile à trouver, encore moins évidente. Il en est des lois morales comme des lois de la nature que découvrent les sciences physiques, biologiques, etc. : il est difficile de les trouver, mais nous avons tout ce qu'il faut pour cela dans notre équipement intellectuel. Tout le monde n'est pas savant, mais il n'est pas besoin, pour le devenir, d'une révélation spéciale.

Cela veut dire aussi que les lois morales sont les mêmes pour tous. Il ne faut pas ici se laisser impressionner par le sophisme répandu sur la variété des moeurs d'où on prétend déduire la relativité des normes. L'ethnographie et l'histoire n'ont ici rien à dire. Que certains fassent blanc, les autres noir, ne veut pas dire que tous ont raison de faire ce qu'ils font. Que les lois morales soient les mêmes ne veut pas dire que tout le monde en aurait conscience dans n'importe quelle condition. L'analogie avec les lois physiques peut nous aider là aussi : on n'a pas toujours su que la terre était ronde, on ne le sait que depuis le Ive siècle avant Jésus-Christ, on n'a pas toujours su que la terre tournait autour du soleil, on ne peut le prouver que depuis le XVIIe siècle ; tout le monde ne le sait pas, et personne ne le sait d'emblée. Cela ne reste pas moins vrai.

Pour savoir ce que nous devrions faire, Dieu nous donne tout ce qu'il faut, à savoir la conscience. C'est elle qui décide en dernière instance. D'où le paradoxe de Thomas d'Aquin : si ma conscience me dicte le crime, c'est pour moi un devoir de lui obéir. Mais c'est aussi pour moi un devoir de cultiver ma conscience.

Le problème est que nous ne voyons pas tout de suite que certaines pratiques conduisent à la mort. Plusieurs facteurs compliquent les choses. Nos actions mènent parfois indirectement au mal, à travers des intermédiaires qui dissimulent la logique de nos pratiques. Elles le font parfois à long terme. Il y a alors comme un effet de perspective . Celle-ci nous fait apparaître le soleil qui est lointain comme plus petit que notre main. De la même façon, nous oublions un désavantage futur au profit d'un avantage imminent. Il est donc bon qu'on nous représente la fin de nos actions. La conscience n'est pas une voix abstraite. Elle doit être formée et éduquée, affinée - exactement comme le goût. Dieu nous donne donc tout ce qui la forme, y compris les Prophètes. On pourrait interpréter dans ce sens ce que dit Abraham dans la parabole du mauvais riche : "ils ont Moïse et les Prophètes, qu'ils les écoutent !" (Luc 16,29). Pourquoi faut-il ajouter les Prophètes, si Moïse a déjà tout dit ? Les Prophètes rappellent la Loi. Dieu nous donne la conscience et tout ce qui, au cours de l'histoire, nous en rappelle les exigences oubliées. Beaucoup de gens peuvent être les prophètes de ces règles : parents, amis, auteurs de chevet, saints, et, bien entendu, au premier chef, les prophètes au sens propre, ceux de la Bible.

Où est alors le problème ? Il n'est jamais de savoir ce qui est bien. C'est de le faire, tout court. La question n'est jamais "que dois-je faire ?" P. KolbeEn principe, je peux le savoir. C'est le point de départ de saint Paul : je ne fais pas le bien que je veux, je fais le mal que je ne veux pas (Epître aux Romains 7,15-19).

Exemple du Père Kolbe. Le problème n'était pas de trouver ce qui était bien. En un sens, il raisonne en parfait utilitariste anglais. Comme le faisait d'ailleurs avant lui le Grand Prêtre Caïphe qui dit qu'il vaut mieux qu'un seul homme meure plutôt que tout le peuple (Jean, 11, 50). Ce qu'il reproche aux autres membres du conseil, c'est : "vous ne calculez pas" (logizesthe). Tous deux calculent les avantages. Et ils calculent bien. Et tous nous calculons bien. Nous sommes nous aussi unanimes à penser qu'il vaut mieux qu'un seul meure plutôt que tous. Avec cette petite nuance que nous comprenons par là qu'il s'agit d'un autre. La différence est que le Père Kolbe a accepté que ce "un seul" soit lui-même.

Trois conséquences

La morale n'est pas un ensemble d'interdits. "Tout est permis". Le mot n'est pas de Dostoïewski . Le romancier russe le tenait d'ailleurs lui-même d'une légende bien plus ancienne sur les Assassins. Il est de saint Paul. Cela veut dire : le bien n'est pas bien parce qu'il serait l'objet d'un commandement, le mal n'est pas mal parce qu'il est interdit. C'est au contraire parce que le bien est bien qu'il est commandé, c'est parce que le mal est mal qu'il est interdit. Le bien et le mal valent en eux-mêmes et par eux-mêmes. Tout n'est pas utile (sumpherei), tout "n'apporte pas sa contribution", tout n'édifie pas (oikodomei), "tout n'est pas constructif" (1 Corinthiens, 6, 12; 10, 23).

Dieu ne subit pas de dommage. Il faut en finir avec un prométhéisme imbécile selon lequel faire le mal dérangerait Dieu, serait une affirmation de notre liberté, etc. La seule victime du mal, c'est l'homme lui-même : "on verse des libations à des dieux étrangers, pour me blesser (lehak`is). Est-ce bien moi qu'ils blessent - oracle de YHWH - n'est-ce pas plutôt eux-mêmes, pour leur propre confusion (boshet panim) ?" (Jérémie 7,19). Dieu ne cherche à nous délivrer du mal que dans notre propre intérêt. Thomas d'Aquin : "Dieu n'est offensé par nous que du fait que nous agissons contre notre propre bien ".

Agir bien n'est pas un mérite particulier. Ce n'est pas un mérite que de faire ce qui nous évite des ennuis. On ne félicite pas un enfant de ne pas mettre ses doigts dans la prise, ou, si on le fait, c'est à des fins pédagogiques. C'est pourquoi nous sommes des"serviteurs inutiles" (Luc 17,10). Nous ne méritons pas de récompense. Comme le mot l'indique, une récompense est une compensation, un dédommagement.

Ce qui apparaît comme une récompense, c'est l'approfondissement de la logique de notre action : ayant choisi la vie, nous y entrons. Jésus le dit au Jeune homme riche : "si tu veux entrer dans la vie" (Matthieu 19, 17).

Lisons un passage du petit traité anonyme du IIe siècle A Diognète. C'est une apologie, au sens premier du terme, une défense du christianisme contre les attaques intellectuelles et les persécutions politiques dont il est l'objet.

Une idée de base : il y a des choses que les chrétiens font comme tout le monde il y en a d'autres pour lesquelles ils ne font comme personne d'autre. Paradoxe : ce qu'ils font comme personne d'autre, c'est justement ce que tout le monde devrait faire.

Pour l'auteur, il s'agissait avant tout de distinguer les Chrétiens des Juifs, dont il vient d'être question juste auparavant. Ceux-ci se séparent eux-mêmes des autres nations par la référence à un pays, à une langue, à une manière spéciale de s'habiller - les franges (§ 1-2, p. 62), plus encore par des règles alimentaires (§4). Les chrétiens n'ont rien de tout cela. Et pourtant, "la constitution (katastasis) de leur citoyenneté (politeia) "spirituelle" est digne qu'on s'en étonne et contraire à toute attente" (§4). Plus loin, il est précisé : "Ils obéissent aux usages (nomos) définis, mais par leurs vies propres ils vainquent les usages" (§10, p. 64). Le mot que j'ai traduit ici, selon le contexte, par "usages, coutumes, moeurs" se rend aussi fréquemment par "loi". Les chrétiens transgressent donc les lois, mais dans le sens positif : ils vont plus loin que ce que demandent les lois.

La question est de savoir où passe la limite entre les deux sortes de choses, et de quel côté se trouve la morale. Il est très peu question dans notre passage de ce que nous appellerions de la morale, tout au plus au § 6-7 : pas d'exposition des nouveau-nés, pas de promiscuité sexuelle. Réponse à une accusation assez commune, et récurrente contre tout groupe déviant. Et en même temps, allusion discrète à l'eucharistie (la "table commune"). Rien que d'assez banal, "la moindre des choses", pourrait-on penser. Les chrétiens ne sont pas des athlètes de la morale. Ils ne font que leur devoir. Rémi Brague (12 janvier 2005) Haut