Les homélies

14 juillet : 15ème dimanche ordinaire (Lc 10, 25-37)

Pour mettre Jésus à l'épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question : "Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ?" Jésus lui demanda : "Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ?" L'autre répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même." Jésus lui dit : "Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie."

Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste, dit à Jésus : "Et qui donc est mon prochain ?" Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s'en allèrent en le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l'autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ; il le vit et passa de l'autre côté. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de pitié. Il s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, et les donna à l'aubergiste, en lui disant : "Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai." Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme qui était tombé entre les mains des bandits. ?" Le docteur de la Loi répond : "Celui qui a fait preuve de bonté envers lui." Jésus lui dit : "Va, et toi aussi fais de même."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I - "Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle" ?
    a - Une question qui ne va pas de soi – vie éternelle / lien avec "faire"
    b - Une question qui est la seule qui vaille au monde – de "faire" à "être"
    c - Rôle et importance de la loi, "dans ta bouche et dans ton coeur"
II - De l’amour de la Loi à la loi d’amour
    a - Un prêtre, un lévite – esclavage de la loi – "être pratiquant" ?
    b - Un samaritain – l’hérétique et l’ennemi – libre pour aimer
    c - "Qui est mon prochain" ? du passif à l’actif – universalité du salut
III - Du Samaritain au Christ
    a - Contexte du texte – deux types d’auditeurs : les disciples / les autres
    b - Sous les traits du Samaritain reconnaître le Christ
    c - Lecture chrétienne – l’accomplissement total dans le Christ
Tu as été toi-même ce blessé, et tu as été sauvé par le Christ…
La charité réalise notre identification à l’amour du Christ Sauveur.

30 juin : 13ème dimanche ordinaire (Lc 9, 51-60)

Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. Il envoya des messagers devant lui ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent

dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem.

Devant ce refus, les disciples Jacques et Jean intervinrent : "Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ?" Mais Jésus se retourna et les interpella vivement. Et ils partirent pour un autre village.

En cours de route, un homme dit à Jésus : "Je te suivrai partout où tu iras." Jésus lui déclara : "Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête."

Il dit à un autre : "Suis-moi." L'homme répondit : "Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père." Mais Jésus répliqua : "Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu." Un autre encore lui dit : "Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison." Jésus lui répondit : "Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu."


Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I - Etre libre : aller vers le ciel sans être esclave de la terre
    a - Esclavage des biens de ce monde - argent / avoir / jeune homme riche
    b - Esclavage des liens de ce monde - famille / sang / engendrement
    c - Esclavage des images de ce monde - réputation / pouvoir / statut
II - Etre libre : s’engager résolument dans un combat de conversion
    a - S’affranchir de la puissance d’attraction du péché – se convertir
    b - S’affranchir de mes manques et de mon ignorance – se dépasser
    c - S’affranchir de mon égo pour vouloir aimer Dieu et mon prochain
III - Etre libre : devenir ce pour quoi je suis fait
    a - Je ne suis pas libre du sens profond de ma vie, et de sa question
    b - Je suis libre de la réponse que j’apporte à Dieu par ma vie
    c - Etre libre pour accomplir par moi-même le projet de Dieu en ma vie
Tout donner, du meilleur de moi-même, non pas par une obligation extérieure mais par une nécessité intérieure d’aimer et de mon donner.
Se laisser habiter par l’Esprit Saint, et ainsi ne plus être sujet de la Loi, mais fils et frères dans la lumière du Père. A.R

23 juin : 12ème dimanche ordinaire (Lc 9, 18-24)

Un jour, Jésus priait à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : "Pour la foule, qui suis-je ?" Ils répondirent : "Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité."

Jésus leur dit : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre prit la parole et répondit : "Le Messie de Dieu." Et Jésus leur défendit vivement de le révéler à personne, en expliquant : "Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite." Il leur disait à tous : "Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I - Pourquoi ces questions de Jésus aux disciples ?
    a - Une pédagogie : je ne comprends la réponse que si je me suis d’abord posé la question
    b - Une pédagogie située entre deux faits marquants : la multiplication des pains et la Transfiguration
    c - Une pédagogie progressive : de l’opinion des autres à la mienne propre en Eglise
II - Pourquoi les disciples doivent-ils tenir secret la réponse de Jésus ?
    a - Une réponse décisive : le Messie de Dieu, annoncé depuis toujours
    b - Une réponse qui conduit à l’annonce de la question de la Croix
    c - Une réponse qui ne sera pleinement comprise qu’à la résurrection
III - Pourquoi renoncer à soi-même ? Vie sauvée ? Vie perdue ?
    a - Une réponse personnelle qui engage toute notre personne
    b - Une réponse qui mobilise toute mon énergie à la suite de Jésus
    c - Une réponse qui me libère de moi-même pour me recevoir de Dieu
Il s’agit de passer du "savoir" au "co-naître" avec le Christ.
"Celui qui ne sait s’oublier soi-même ne saura jamais aimer…"

Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même,

qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive.

Homélie du P. A. Duban

 

« Pour vous, qui suis-je ? » La question que Jésus nous pose n’est pas intellectuelle, elle nous engage tout entiers. Beaucoup autour de nous considèrent que Jésus est seulement un grand homme, au même titre non plus que Jean-Baptiste, Elie ou l’un des prophètes, comme répondaient les Israélites il y a 2000 ans, mais que Bouddha ou Martin Luther King. Nous avons la grâce extraordinaire de croire, comme Pierre et les autres apôtres sans doute, qu’il est « le Messie de Dieu », c’est-à-dire le Sauveur. Mais si Pierre a été éclairé par le Père dans son intelligence, il ne comprend pas encore la portée de ses paroles. Il considère le Messie comme le Fils de David, un homme fort qui sera capable de chasser les Romains, mais pas comme le Serviteur Souffrant décrit par Isaïe. Jésus le sait, et c’est pourquoi il défend vivement à ses disciples de le révéler à personne, en expliquant : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Il veut ainsi éviter tout malentendu sur sa véritable identité, mais aussi sur celle de ses disciples. Il dit à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite », ce qui signifie « celui qui veut être mon disciple », « qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive »Méditons sur les trois conditions pour devenir de véritables disciples du Christ : renoncer à nous-mêmes, prendre nos croix chaque jour, et le suivre.

 

« Qu'il renonce à lui-même ». Cette première condition ne va-t-elle pas contre notre désir naturel de nous épanouir et de développer notre personnalité ? Nietzsche et beaucoup d’autres voient la morale chrétienne comme castratrice, une « morale d’esclaves ». En fait, il s’agit non de renoncer à la vie et au bonheur, mais à notre propre volonté. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas de bons juges de ce qui est bon pour nous. Comme les brebis ou enfants qui peuvent se perdre et se faire beaucoup de mal s’ils sont laissés à eux-mêmes, nous avons besoin d’être guidés par un pasteur qui connaît le chemin vers le bonheur et éduqués par un Père qui nous apprend à vivre. Saint Philippe Néri disait chaque jour au réveil : « Seigneur, méfie-toi de Philippe » ! C’est pourquoi nous demandons sans cesse : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Il s’agit non seulement d’éviter le mal, mais aussi de choisir le plus grand bien. Saint Paul exhorte ainsi les Romains : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » (Rm 12,2). Parmi les sept dons de l’Esprit Saint, c’est celui de Conseil, qui parfait la vertu de prudence, qui nous permet de prendre les meilleures décisions.

Le renoncement est nécessaire non seulement parce que notre nature a été blessée par le péché, et que nous sommes parfois attirés par le mal, mais aussi parce que notre nature est limitée et ne cherche pas spontanément à obéir à la volonté divine. La preuve en est que Jésus lui-même a dû combattre parfois pour accepter la volonté de son Père. Ce fut le cas notamment le Jeudi Saint à Gethsémani. Jésus était habité de deux volontés, une humaine et l’autre divine, comme le déclara solennellement le concile de Constantinople III en 681. Après la dernière Cène, Jésus est violemment tenté par Satan de rejeter la volonté de son Père. Pourtant, il lui dit à plusieurs reprises : « Non pas ma volonté, mais la tienne » (Luc 22,42) Jésus n’a pu demeurer fidèle à son Père que grâce à la prière ; les apôtres eux, parce qu’ils se laissèrent dominer par le sommeil alors que Jésus leur avait demandé de prier eux-aussi, furent infidèles… N’oublions jamais ce que Jésus avait déjà dit dans le sermon sur la montagne : «  Il ne suffit pas de me dire : 'Seigneur, Seigneur !', pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21)

 

« Qu’il prenne sa croix chaque jour ». Après avoir discerné la volonté de Dieu, il faut être fidèle pour l’accomplir jusqu’au bout, malgré les croix du quotidien. Jésus n’a pas combattu seulement à Gethsémani, mais aussi tout le lendemain, jusqu’à crier sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mt 27,46). Ces paroles ont beau être tirées d’un psaume qui se termine par un grand cri d’espérance, elles expriment une souffrance terrible. Cette fois, parmi les vertus et les dons de l’Esprit Saint, c’est la force qu’il nous faut demander. Il ne suffit pas d’avoir renoncé à un moment donné à sa volonté propre, il faut refaire ce choix « chaque jour ». Les religieux et religieuses qui ont prononcé leurs vœux, les prêtres qui ont fait des promesses, les hommes et les femmes mariés qui se sont engagés l’un envers l’autre lors d’une célébration solennelle doivent renouveler leurs engagements chaque jour, à l’image de la Vierge Marie qui ne s’est pas contenté de dire « oui » au Seigneur lors de la visite de l’archange Gabriel, mais qui a renouvelé son engagement chaque jour jusqu’à son Assomption. « C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » (Lc 21,19).

 

« Qu’il me suive ». Sous-entendu : « qu’il me suive même et surtout là où il a peur d’aller ». Après avoir souffert la croix, Jésus est descendu aux enfers. Cette spiritualité du Samedi Saint est ignorée de beaucoup de chrétiens. Elle a portant été expérimentée par tous les saints. C’est ce que les mystiques appellent « la nuit de la foi ». A un moment donné, le disciple du Christ se trouve dans les ténèbres. Au-delà de la souffrance de la croix, il ne ressent plus la présence de son Bien-Aimé. La bien-aimée du Cantique des Cantiques s’écrie : « Sur ma couche pendant les nuits, j'ai cherché celui que mon cœur aime ; je l'ai cherché et je ne l'ai point trouvé ». (Ct 3,1) Saint Jean de la Croix a décrit dans le Cantique spirituel cet état qu’il a traversé très profondément. Sainte Thérèse de Lisieux a vécu dans cet état durant les 18 derniers mois de sa courte vie. Elle écrit dans son autobiographie : «  Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurité…La Foi, ce n'est plus un voile pour moi, c'est un mur…Lorsque je chante le bonheur du ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que JE VEUX CROIRE » (Ms.C;5,7). Grâce à ses lettres qui furent publiées après sa mort, on a découvert qu’une autre Thérèse, celle de Calcutta, avait passé la majorité de sa vie dans cette obscurité. « On me dit que Dieu m'aime, et pourtant la réalité de l'obscurité, et de la froideur, et du vide est si vaste, que rien ne touche mon âme », témoigne -t-elle dans une de ces lettres. Dans cette situation, c’est grâce aux dons de crainte et de piété que nous pouvons rester fidèles au Seigneur et continuer à lui faire confiance, aveuglément…

 

Ainsi, frères et sœurs, celui qui veut marcher à la suite du Christ, c’est-à-dire être son disciple, doit accepter de vivre avec lui le mystère pascal, qui passe à travers le Jeudi, le Vendredi et le Samedi Saints. Mais ce cheminement aboutit au dimanche de la Résurrection. Jésus le dit clairement : « celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera ». Si nous voulons « sauver notre vie » en écoutant l’Adversaire qui nous pousse à nous défier de Dieu, nous la perdrons. Nous perdrons la vraie vie, la vie éternelle, qui est la vie divine. Mais si nous acceptons de « perdre » notre vie terrestre en faisant confiance au Messie de Dieu qui nous invite à marcher à sa suite, nous la sauverons. La vérité de ces paroles, seule l’expérience peut nous permettre de l’éprouver. Alors, frères et sœurs, prions les uns pour les autres, afin que l’Esprit Saint insuffle sans cesse en nous ses dons de conseil, de force, de crainte et de piété, et que nous acceptions de mourir chaque jour avec le Christ pour ressusciter chaque jour et à la Parousie avec lui. AMEN.

8 juin : 10ème dimanche ordinaire (Lc 9, 11-17)

Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu'une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l'on transportait un mort pour l'enterrer ; c'était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme.

En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : "Ne pleure pas." Il s'avança et toucha la civière ; les porteurs s'arrêtèrent, et Jésus dit : "Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi." Alors le mort se redressa, s'assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.

La crainte s'empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : "Un grand prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple." Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins.

Eléments de réflexion - P. A. Duban

To be or not to be ? Voici la question qu’Hamlet se pose devant la noirceur de la situation qu’il vit. Etre ou ne pas être ? La vie est parfois tellement difficile et apparemment absurde que certains se sentent acculés à se poser cette question. En même temps, cependant, il existe en tout homme une aspiration profonde à la vie. Comme les végétaux et comme les animaux, nous faisons tout pour la conserver le plus longtemps possible. Contrairement à eux, nous désirons même qu’elle dure éternellement, et c’est pourquoi de nombreuses religions évoquent une vie après la mort. Mais ce désir peut-il être assouvi, ou n’est-il qu’une illusion ? La foi d’Israël a beaucoup évolué dans cette compréhension. Au départ, les auteurs sacrés envisagent le shéol, un lieu où la vie est absente, ou au mieux ressemble à un profond sommeil… Peu à peu la foi en la résurrection se déploie. Alors que dans certaines religions, on offre aux dieux des sacrifices humains pour recevoir d’eux la grâce de la vie, le Dieu d’Israël se révèle comme le Vivant qui offre gratuitement la vie aux hommes. Avant même que le Christ ressuscite, plusieurs personnes sont réveillées du sommeil de la mort. Les lectures de ce dimanche nous en présentent deux, fils uniques de deux veuves : celle de Sarepta dans l’Ancien Testament et celle de Naïm dans le Nouveau…

2 juin : Fête-Dieu(Lc 9, 11b-17)

Jésus parlait du règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Les Douze s'approchèrent de lui et lui dirent : "Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert." Mais il leur dit : "Donnez-leur vous-mêmes à manger." Ils répondirent : "Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons... à moins d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde." Il y avait bien cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : "Faites-les asseoir par groupes de cinquante." Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu'ils distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l'on ramassa les morceaux qui restaient : cela remplit douze paniers.


Eléments de réflexion - P. A de Romanet
I - Être rassemblé par Jésus
    a - Jésus rassemble la foule – Une communauté se constitue
    b - Jésus vient guérir ceux qui en ont besoin – Kyrie – De quoi ai-je besoin ?
    c - Jésus parle du Règne de Dieu – la Parole de Dieu faite homme
II - Être acteur avec Jésus
    a - La nuit / le désert (Exode) – Comment vivre ? - Rester près de Jésus !
    b - "Donnez-leur vous-même à manger !" - Qu’ai-je apporté aujourd’hui ?
    c - "Il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples" - Rôle de l’Eglise
III - Être transformé par Jésus
    a - Une intercession : du Notre Père à Notre Paix. Quelle est SA / ma volonté ?
    b - Une communion – "Puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité" - Un salut que Dieu seul peut     donner
    c - Une transformation – Devenir le Corps du Christ : union spirituelle et lavement des pieds – "Pour la gloire de Dieu et le salut du monde"
Devenir nous aussi pain rompu, donné, partagé : recevoir pour être transformé et se donner soi-même.

26 mai : Sainte Trinité (Jn 6, 12-15)

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître."

Eléments de réflexion - P. A de Romanet

I – Dieu nous offre de connaître son identité, et de découvrir la nôtre
    a - "Dieu" : un nom commun pour tous les hommes. Pluralité ou solitude ?
    b - "Dieu" : un nom propre pour les chrétiens – Révélation dans l’histoire
    c - Une seule nature en trois personnes – mystère au sens chrétien
II – Dieu nous offre d’entrer dans son intimité, et de découvrir la nôtre
    a - Une relation d’amour entre des personnes : Père, Fils et Esprit
    b - Une relation ouverte où nous sommes invités à entrer
    c - Une relation qui est la seule loi de notre nature humaine
III – Dieu nous offre d’accueillir son amour, et d’en vivre en plénitude
    a - Laissez-vous aimer par le Père ! N’ayons pas peur d’être aimés !
    b – Laissez-vous sauver par le Fils ! N’ayons pas peur d’aimer !
    c – Laissez-vous transformer par l’Esprit ! N’ayons pas peur de rayonner l’amour
Nous sommes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu :
-ce que Dieu nous dit de lui-même éclaire ce que nous sommes
- ce que nous expérimentons de nous-même nous donne d’entr’apercevoir le mystère de Dieu.

19 mai : Pentecôte (Jn 14, 15-16. 23b-26)

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Si

vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l'Esprit de vérité. Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé. Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

Eléments de réflexion - P. A de Romanet

I – Un combat dont l’Esprit me donne de mesurer l’enjeu
a - Je suis fait pour vivre dans la lumière de l’Esprit
b - Je suis tenté par les ténèbres et les illusions de ce monde qui passe
c - "Si, par l’Esprit, vous tuez les désordres de l’homme pécheur, vous vivrez…"
II – Un combat dont l’Esprit me donne les armes
a – par les sacrements et la prière de l’Eglise
b - par la prière personnelle
c - par l’amour - Charité - fruit de l’Esprit - "Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole"
III – Un combat dont l’Esprit me donne la victoire
a - l’Esprit triomphe de la chair
b - la liberté triomphe de l’esclavage
c - "Si l’Esprit qui a ressuscité Jésus habite en vous, il vous donnera aussi la vie"

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs  - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la fête de l’Esprit et la fête de l’Eglise. Nous les fêtons ensemble parce qu’ils sont inséparables, comme le manifeste le credo que nous récitons chaque dimanche : je crois en l’Esprit saint, à la Sainte Eglise catholique… La naissance de l’Eglise peut être datée de plusieurs évènements, comme chacun d’entre nous peut célébrer la sienne en remontant à sa conception, à sa venue au monde, ou à son baptême qui l’a fait naître à la vie divine. Si le choix des apôtres et la mort de Jésus sur la croix (avec la mission de maternité donnée à Marie et le percement du côté du Christ d’où jaillissent l’eau et le sang, symboles des sacrements) sont des moments importants, la Pentecôte apparaît néanmoins comme l’événement le plus décisif. Il transforme une bande d’hommes apeurés et repliés sur eux-mêmes en un groupe d’apôtres courageux et missionnaires. Il marque le début de l’évangélisation, avec le baptême « d’environ 3000 personnes » (Ac 2,41). Qui est l’Esprit Saint, qui a fait naître ainsi l’Eglise ? Pour nous parler de la troisième Personne de la Trinité, celle que nous connaissons le moins, saint Luc emploie deux images, qui non seulement rappellent le don de la Loi au Sinaï (sens de la Pentecôte juive), mais qui vont aussi nous éclairer à travers 3 de leurs caractéristiques: le vent d’abord, et le feu ensuite.

« Il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent . » (Ac 2, 2) Pour commencer, l’Esprit Saint peut être comparé au vent. Quelles sont ses caractéristiques ? Premièrement, le vent est libre : comme le dit Jésus à Nicodème, « le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit . » (Jn 3,8) La Pentecôte est célébrée 50 jours après Pâques ; le nombre 50 rappelle les années jubilaires, où les esclaves étaient libérés… Les hommes d’aujourd’hui sont assoiffés de liberté, mais beaucoup se trompent sur sa véritable nature. Ils la confondent avec le libre arbitre, qui permet à chacun d’agir selon ses propres désirs. Parfois, nos propres désirs nous rendent esclaves et malheureux, comme saint Paul l’a écrit au chapitre 7 de son épître aux Romains : « Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas. » (Rm 7, 19) C’est l’Esprit qui nous libère, comme il l’écrit dans le chapitre suivant : « L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils. » (Rm 8, 15 ; 2ème lect.)L’Esprit nous rend libres en nous permettant de devenir ce que nous voulons être au plus profond de nous-mêmes, en dessous des vagues parfois déchaînées de nos passions. C’est pourquoi la Pentecôte, d’abord fête des moissons, est la fête par excellence de la plénitude.

Deuxièmement, le vent rafraîchit, comme nous l’expérimentons parfois durant les jours les plus chauds de l’été. Comme Elie au Sinaï, nous goûtons alors la douceur et la paix de Celui qui vient à nous dans une brise légère. (1 R 19,12) Lorsque nous sommes enfiévrés par nos passions, nous pouvons prier ainsi : « viens, consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort » (séq.).

Troisièmement, le vent communique sa force. Il fait avancer les bateaux et tourner les moulins et les éoliennes. C’est grâce à cette force que les apôtres ont pu sortir du Cénacle où ils étaient reclus depuis 50 jours, et partir annoncer la Bonne Nouvelle jusqu’au bout du monde, et jusqu’au martyre. C’est grâce à cette force aussi que nous pouvons nous-mêmes demeurer fidèles aux commandements du Christ, comme il nous y invite aujourd’hui dans l’évangile.

« Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux. » (Ac 2, 3) L’Esprit peut aussi être comparé à un feu. Quels sont les trois effets du feu ? Premièrement, le feu purifie en détruisant, comme dans la vallée de la Géhenne, à Jérusalem, où l’on jetait toutes les ordures. De même, l’Esprit Saint nous purifie en détruisant en nous nos vices, si nous le voulons : « Car si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir : mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez. » (Rm 8, 13 ; 2ème lect.) N’oublions pas ce que nous avons dit et demandé dans la séquence : « sans ta puissance divine, il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti ; lave ce qui est souillé »

Deuxièmement, le feu éclaire. De même, Jésus a promis à ses disciples : « il vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14,26) Cet enseignement n’est pas celui des savants, mais celui du « père des pauvres » (séq.), qui se fait comprendre par tous. Le miracle des langues, le jour de la Pentecôte, signifie que le disciple qui annonce la Bonne Nouvelle dans l’Esprit parvient à toucher le cœur et l’intelligence de ceux à qui il s’adresse, sans qu’aucune barrière de langue ou de culture puisse l’en empêcher. Saint François connaissait-il l’arabe ? Non, et pourtant il a su communiquer avec le sultan d’Egypte et sinon le convertir, du moins s’en faire un ami…

Enfin, le feu réchauffe. De même, l’Esprit Saint réchauffe nos cœurs parfois glacés par la haine ou le mépris, pour les faire jouir de la chaleur de l’amour. Jésus a fait à ses disciples cette promesse extraordinaire: « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » (Jn 14, 23) Dans le cœur de celui qui accomplit sa volonté, Dieu vient habiter ! Jésus appelle l’Esprit « le Défenseur », parce qu’il nous défend contre l’esprit du mal, l’adversaire qui veut nous empêcher d’aimer et d’accomplir la volonté de Dieu.

Ainsi, frères et sœurs, nous fêtons aujourd’hui l’Eglise et celui qui l’a fait naître, l’Esprit Saint. Certes, le vent et le feu ne suffisent pas à exprimer tout ce qu’il est, comme les autres images concernant les autres Personnes de la Trinité, mais ils nous révèlent certaines de ses caractéristiques. Nous pourrions les compléter par d’autres images : celle de l’eau d’abord, avec laquelle nous avons été baptisés : « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, de toutes vos idoles je vous purifierai. » (Ez 36, 25) Sœur eau, comme l’appelait saint François, est symbole de pureté, comme le feu, et c’est pourquoi après le déluge qui a ravagé la terre au temps de Noé, saint Pierre a prédit qu’« au jour du Seigneur, les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments en feu seront détruits, la terre, avec tout ce qu'on y a fait, sera brûlée. » (2 P 3, 10) L’Esprit Saint peut aussi être représenté comme une colombe, notamment celle qui est venu sur Jésus au moment où il a été baptisé. La colombe, un des rares animaux fidèles dans son couple, symbolise la fidélité de Dieu pour son peuple et réciproquement, ce qui nous renvoie à l’évangile…. Finalement, frères et sœurs, au-delà de toutes ces images, la question essentielle est de savoir quelle place nous donnons à l’Esprit Saint dans nos vies. Vivons-nous de ses sept dons, que nous avons reçus le jour de notre confirmation, c’est-à-dire au moment de notre Pentecôte personnelle ? Le prions-nous chaque jour ? Sommes-nous attentifs à sa présence et à ses suggestions ? Alors que nous allons entrer dans le temps ordinaire, après 90 jours centrés sur le mystère pascal, prions les uns pour les autres afin que nous vivions tous ce temps comme celui de l’Esprit, « père des pauvres ».


28 avril : 5ème dimanche de Pâques (Jn 13, 31-35)

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Juda fut sorti, Jésus déclara : "Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt. Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Je vous le dis maintenant à vous aussi.

Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres."

Eléments de réflexion

I – Aimer, au carrefour de plusieurs sens
    a – Le plaisir – le senti : excellent mais limité (risque égocentré/superficiel)
    b – le sentiment – le ressenti : excellent mais éphémère (fragile/inconstant)
    c – la volonté = désir + décision : du ressenti au consenti – trois plans à articuler
II – Aimer comme Jésus – le bon samaritain
    a – qui est mon prochain ? celui dont je me fais activement proche !
    b – un amour gratuit qui fait le premier pas
    c – un amour en acte, concret, fidèle et sûr
III – Un amour qui vient de Dieu
    a – la charité, nom divin de l’amour – Agapé – amour fraternel oblatif
    b – unité profonde du donner et du recevoir - se recevoir de Dieu - décentrement
    c – au sommet du don, le pardon – indispensable à tout amour authentique
+ Du même mouvement nous accédons au plus profond de nous-même et nous sommes conduits au-delà de nous-même.
+ "Si quelqu’un dit j’aime Dieu et qu’il déteste son frère, c’est un menteur. Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas".
+ le mouvement qui nous porte vers les autres vient de Dieu, de la source de l’amour/agapé/charité – le don est lui-même donné

21 avril : 4ème dimanche de Pâques (Jn 10, 27-30)

Jésus avait dit aux Juifs : "Je suis le Bon Pasteur (le vrai berger)." Il leur dit encore : "Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

Journée Mondiale de prière pour les vocations – "Prêtre, prophète et roi"
I – "Je suis"… dit par Jésus ! dit par moi ?
    a - Jésus est… le pain de la vie, la lumière du monde, la vraie vigne
    b - Jésus est celui qui m’aime, qui me conduit, qui me sauve
    c - Jésus est celui qui me donne d’être moi-même en plénitude… "deviens ce que tu es"
II – "Je suis le Bon Pasteur"… dit par Jésus ! dit par moi ?
    a - "mes brebis écoutent ma voix" - suis-je écoute… ? quid de mes frères
    b - "moi je connais mes brebis" – suis-je en communion ? quid de mes frères ?
    c - "mes brebis me suivent" - libre adhésion de ma vie ? quid de mes frères ?
III- "Je leur donne la vie éternelle"… dit par Jésus ! dit par moi ?
    a - "jamais mes brebis ne périront" - Eucharistie
    b - "personne ne les arrachera de ma main" - Réconciliation
    c - "mon Père et moi nous sommes UN" - Baptême / Confirmation
Deux sacrements fondateurs de la vie :
+ mariage : pour faire un prêtre il faut un Papa et une Maman !
+ ordre : représenter et donner le Christ par toute sa vie
Se laisser entrainer bien au-delà de ses propres projets et capacités.
Ne pas passer à côté de sa propre vie – Que ta volonté soit faite !

Je suis le Bon Pasteur - Homélie du P. A. Duban

« Ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif , la brûlure du soleil ne les accablera plus… Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.» (2ème lect.) Frères et sœurs, comment entrer un jour dans le Paradis décrit par saint Jean dans son Apocalypse et rejoindre ainsi la « foule immense, que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues qui se tiennent debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main » ? La réponse est simple : nous avons besoin d’un pasteur qui connaisse le chemin et puisse nous y conduire. Un seul en est capable : le Christ, qui nous dit aujourd’hui : Je suis le Bon Pasteur qui donne la vie éternelle à mes brebis. Il désire nous mener jusque dans les frais pâturages du Royaume. Sur le chemin, cependant, nous – les brebis – rencontrons deux obstacles qui peuvent nous empêcher de le suivre jusqu’au bout : les mauvais bergers d’abord, qui cherchent à nous conduire ailleurs ; les loups ensuite, qui veulent nous dévorer. Pour suivre le Christ jusqu’au bout, il nous faut donc deux vertus, sur lesquelles nous allons méditer : du discernement pour écouter la voix du vrai berger d’une part, et de la force pour résister aux ennemis déclarés de l’Eglise d’autre part.

Pour commencer, il nous faut du discernement pour écouter la voix du vrai berger. Jésus dit aux Juifs : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. » Un peu plut tôt, il les a mis en garde : « Le berger mercenaire, lui, n'est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas : s'il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s'enfuit ; le loup s'en empare et les disperse. Ce berger n'est qu'un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. » (Jn 10, 12-13) Les mauvais bergers existaient déjà dans l’Ancienne Alliance. Écoutons le prophète Ézéchiel : « parce qu'ils sont bergers pour eux-mêmes au lieu de l'être pour mon troupeau, eh bien […] j'interviens contre les bergers. Je leur reprendrai mon troupeau, je les empêcherai de le conduire. » (Ez 34,7-10)

Notre société regorge de mauvais bergers, qui veulent nous mener vers des paradis artificiels. C’est le cas notamment des idéologues de la théorie du genre, qui luttent pour implanter leurs erreurs et leurs mensonges dans les esprits des enfants dès leur plus jeune âge. Sans le savoir, ils agissent sous l’influence de Satan, qui se déguise en ange de lumière. Cette accusation paraît trop forte ? Souvenons-nous de Jésus, qui dit: « Arrière Satan » non seulement lorsqu’il est tenté dans le désert, mais aussi à Pierre, qui vient de lui faire de vifs reproches après sa première annonce de la Passion (Mt 16,22-23). Pierre croyait sans doute bien faire en incitant Jésus à ne pas ternir sa gloire terrestre, mais en réalité, ses pensées n’étaient pas celles de Dieu, mais celles des hommes, et il constituait ainsi un obstacle sur la route de Jésus. Cela n’a pas empêché celui-ci de le confirmer plus tard dans sa mission de pasteur du peuple de Dieu, comme nous l’avons entendu dimanche dernier : « Pierre, m’aimes-tu ? Pais mes brebis » (Jn 21,15-23). Après avoir su écouter le Père qui lui avait révélé que Jésus était le Messie, Pierre avait écouté le diable… Cet épisode nous montre à quel point la vertu de discernement est importante dans la vie chrétienne. Saint Ignace, le fondateur des jésuites, a reçu un charisme particulier pour discerner les bons des mauvais esprits, c’est pourquoi les Exercices qu’il a écrits peuvent être très utiles lorsque l’on doit prendre des décisions importantes dans la vie. Souvenons-nous de l’adage : « L’enfer est pavé de bonnes intentions » !

Sur le chemin qui conduit au ciel, nous rencontrons de mauvais bergers, mais aussi des loups, qui ne se cachent pas pour nous attaquer. Le discernement ne suffit donc pas, nous avons aussi besoin de force pour leur résister. L’Église a connu des persécutions depuis sa naissance. Le premier martyr, saint Etienne, est lapidé à Jérusalem quelques années seulement après la crucifixion de Jésus. Jusqu’en 313, date de la conversion de l’empereur Constantin, des vagues de persécutions vont déferler sur les chrétiens. Lorsqu’elles cesseront en Occident, elles resurgiront ailleurs, notamment en Asie à partir du XVIIème siècle. Aujourd’hui encore, des chrétiens sont persécutés : selon un sociologue italien, 105 000 chrétiens de toutes confessions ont été tués en 2012[i]. Et 10 % des deux milliards de chrétiens, soit 200 millions de personnes, sont persécutés à cause de leur foi, principalement en Afrique et en Asie[ii]. En France, les persécutions ne sont pas sanglantes, grâce à Dieu, mais elles prennent la forme de moqueries, de mépris, d’empêchement pour monter dans la hiérarchie, etc. Les manifestations contre la loi sur « le mariage pour tous » ont mis en lumière combien l’esprit du monde et l’esprit de l’évangile peuvent être opposés parfois…

Dans ces situations, que faire ? Résister ! Réécoutons saint Jean qui nous décrit la foule immense des élus. Ce qui les caractérise, c’est qu’ils « viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l'Agneau. » (Ap 7,14) Il est étrange de laver ses vêtements non dans l’eau, mais dans le sang ! Être baptisé ne suffit pas pour entrer dans le Royaume de Dieu. Comme Jésus le dit dans le sermon sur la montagne : « Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21) Faire la volonté du Seigneur coûte que coûte, face à des adversaires qui peuvent être extérieurs mais aussi intérieurs, lorsqu’on est fortement tenté. Comme le disait Blanche de Castille à son fils, le futur saint Louis : « je préfèrerais te voir mourir que commettre un péché mortel »… parole que saint Dominique Savio avait reprise à son compte sous la forme : « la mort plutôt que le péché ! » Dans la deuxième lecture, nous avons entendu l’un des nombreux épisodes des Actes des Apôtres où saint Paul a été confronté à l’hostilité des Juifs. Ici, elle a seulement entraîné son expulsion avec Barnabé de la ville d’Antioche, mais parfois, elle s’est transformée en haine radicale et a provoqué des lapidations ou d’autres tentatives de meurtre…

Mais comment faire pour résister ainsi ? Nous sommes tellement fragilisés par nos faiblesses, d’autant plus que nous n’en avons pas toujours suffisamment conscience, comme Simon-Pierre qui avait juré à Jésus de ne pas l’abandonner au moment de la dernière Cène… Alors, faisons confiance au Christ, abandonnons-nous comme de pauvres brebis entre ses mains. Il nous déclare solennellement : mes brebis, «  jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. » Pour résister au mal sous toutes ses formes, ne nous fions pas à nos propres forces, mais au Tout-Puissant lui-même. Par la prière, les sacrements, et une vie de charité, unissons-nous au Christ, qui est lui-même uni à son Père : « Le Père et moi, nous sommes UN. »

Frères et sœurs, rendons grâce au Fils de Dieu qui s’est incarné pour nous mener jusqu’à son Père et nous donner la vie éternelle. Apprenons à l’écouter en nous méfiant à la fois des loups et des mauvais bergers, aussi bien intérieurs qu’extérieurs à nous-mêmes. Cette semaine, prions particulièrement pour les prêtres actuels et à venir, afin que le Seigneur fasse de nous des pasteurs selon son Cœur. Amen.


[i] Massimo Introvigne, au micro de Radio Vatican en déc. 2012
[ii] Voici le « hit-parade » des pays où les chrétiens sont persécutés : Corée du Nord, Afghanistan, Arabie Saoudite, Somalie, Iran, Maldives, Ouzbékistan, Yémen, Irak, Pakistan. Sources : Portes ouvertes (http://www.missionchretienne.net)


7 avril : dimanche de la Misericorde (Jn 20, 19-31)

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : "La paix soit avec vous !" Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau : "La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie." Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : "Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus." Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : "Nous avons vu le Seigneur !" Mais il leur déclara : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !"

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : "La paix soit avec vous !" Puis il dit à Thomas : "Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant." Thomas lui dit alors : "Mon Seigneur et mon Dieu !" Jésus lui dit : "Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu." 1l y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Verrouillés : "Ils avaient peur"
    a- peur de Dieu, des autres et des puissances de ce monde…
    b- peur de la lumière, de soi-même et des ombres de son coeur…
    c- peur qui paralyse, qui désespère, qui divise, qui isole…
II – Libérés : "La paix soit avec vous !"
    a- une démarche de liberté : la re-connaissance de Jésus ressuscité
    b- une démarche qui me libère : je ne suis pas la mesure de ce monde
    c- une démarche qui me rend libre d’accueillir et de donner la vie
III- Envoyés : "Recevez l’Esprit Saint" - "Moi aussi je vous envoie"
    a- être porteur du souffle de l’amour divin : création nouvelle
    b- être porteur de pardon et de réconciliation : re-création
    c- être porteur de paix et d’espérance : pro-création /a-venir
"Heureux ceux qui croient sans avoir vu" : les réalités les plus sublimes de Dieu ne peuvent se voir avec les seuls yeux de ce monde. La Foi/confiance seule nous y introduit. C’est là la vrai bonheur.

31 mars : dimanche de Pâques (Jn 20, 1-9)

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »

Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.

C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

Baptême d'adultes et re-nouvellement du baptême des paroissiens
I – Par notre baptême, en Christ ressuscité, Re-Naître
    a- par le don du baptême, naître-être fils adoptif et bien aimé du Père
    b- par le don du baptême, naître-être frère du Christ Fils de Dieu
    c- par le don du baptême, naître-être temple de l’Esprit du Dieu vivant
II – Par notre baptême, en Christ ressuscité, Re-Vivre
    a- par la grâce du baptême, être vivant-réalisant le meilleur de ce que je porte en mon coeur
    b- par la grâce du baptême, être vivant-libéré du péché qui m’enchaîne et m’asphyxie
    c- par la grâce du baptême, être vivant-nourri pour porter un fruit qui demeure
III- Par notre baptême, en Christ, Re-Susciter
    a- être dans la Foi-Confiance suscitée par le Christ ressuscité
    b- être dans l’Espérance suscitée par le Christ ressuscité
    c- être dans l’Amour-Charité suscité le Christ ressuscité, semence d’éternité
Par la résurrection du Christ, tout est reçu, et tout est à vivre.
Re-naître, Re-vivre, Re-susciter, en un chemin de lumière offert à chacune de nos libertés A.R.

17 mars : 5ème dimanche du Carême (Jn 8, 1-11)

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : "Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ?" Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser.

Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : "Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre." Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : "Femme, où sont-ils donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ?" Elle répondit : "Personne, Seigneur." Et Jésus lui dit : "Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I - "Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve,..."
    a- la Loi : l'adultère, symbole de la rupture d'Alliance avec Dieu
    b- le coeur : celui qui a désiré dans son coeur a déjà commis...
    c- le jugement : c'est Jésus qui est ici visé, pour être condamné
II - "Celui d'entre vous qui est sans péché..."
    a- la Loi : non pas abolie mais accomplie - ne jugez pas...
    b- le coeur : Jésus est miséricordieux pour les scribes et les pharisiens
    c- le jugement : à chacun est laissé le temps d'examiner sa conscience
III- "Va, et désormais ne pèche plus..."
    a- la Loi : Jésus est sans compromission aucune avec le péché
    b- le coeur : Jésus aime le pécheur et déteste le péché
    c- le jugement : Jésus libère cette femme et lui ouvre un avenir
Plus que la loi, il y a la grâce, plus que la justice il y a la miséricorde
"Dieu n'a pas envoyé son fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le

Laissons-nous saisir par le Christ - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, comment devenir des justes ? Etre juste, cela signifie être ajusté à la volonté de Dieu, et ne pas tricher par rapport à sa Loi. Or notre société est caractérisée par la triche, comme un hebdomadaire en a fait sa une récemment : « la France qui triche ». Beaucoup refusent d’obéir non seulement à la loi civile, mais aussi à toutes les autres lois, et en particulier la loi divine. Alors, comment devenir des justes ? A la force du poignet ? Non. La liturgie de ce jour nous répond : en nous laissant saisir par le Christ. Être chrétien, ce n’est pas seulement avoir reçu le baptême et professer le Credo, c’est être uni au Ressuscité. Prenons exemple sur deux personnages hauts en couleurs qui se sont laissés saisir par lui : Marie-Madeleine d’abord, et Saul de Tarse ensuite. Tous deux ont mené une vie radicalement nouvelle après leur rencontre avec le Christ.

Commençons par Marie-Madeleine, que l’évangile offre à nos regards. Nous pourrions nous contenter de l’appeler la femme adultère, mais une longue tradition a unifié ces deux femmes. Nous sommes dans le Temple, le lieu le plus sacré du judaïsme, où demeure le Saint des Saints, avec à l’intérieur les tables de pierre de la Loi de Moïse. Une femme a été prise en flagrant délit d’adultère ; selon la loi de Moïse, elle mérite d’être lapidée. Pour les adversaires de Jésus, voici l’occasion de le prendre au piège : s’il demande l’application de la Loi, il va perdre la confiance du peuple ; s’il la refuse, il manifeste qu’il est un faux-prophète. « Et toi, qu’en dis-tu ? »

Jésus ne se laisse pas prendre au piège. Pour commencer, il se tait, manifestant ainsi sa liberté : rien ne l’oblige à répondre. En traçant des traits sur le sol, il agit aussi à la manière d’un enfant, une manière de manifester qu’il refuse d’entrer dans la perversité des adultes qui sont à ses côtés. Son geste est aussi symbolique : les tables de la Loi de Moïse ont été gravées dans le marbre par le doigt de Dieu, nous révèle l’Ecriture, comme si les cœurs à qui elle s’adressait étaient eux-aussi de pierre. La nouvelle Loi, elle, sera inscrite sur des cœurs de chair, avait prophétisé Jérémie.

Comme on persiste à l'interroger, Jésus se redresse et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. » Cette réponse est géniale : elle renvoie chacun à sa propre conscience. Certes, la femme adultère a péché, mais qui d’entre ses accusateurs est parfaitement en règle avec la Loi ?

Jésus se baisse de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Ainsi, il ne veut juger personne : il n’y aura pas de regard dur ou moqueur de sa part, chacun est mis en situation de se situer librement en face de sa conscience… Et c’est ainsi qu’un petit miracle se produit : ceux qui étaient venus à Jésus pour pouvoir l’accuser se laissent juger eux-mêmes, et par eux-mêmes. Avec un certain humour, Jean souligne que ce sont les plus âgés qui partent les premiers…

Resté seul avec la femme en face de lui, Jésus se redresse pour lui parler. Il veut la libérer, non seulement de ses accusateurs qui voulaient la lapider, mais plus profondément de son péché. Eux étaient pécheurs, mais lui est parfaitement juste, et il a le droit de la condamner. Mais il lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » Un peu plus loin dans l’évangile, il dira : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver. » (Jn 12, 47) Ce n’est qu’à la fin des temps qu’il reviendra pour juger le monde. Pour l’heure, la femme peut partir mener une vie nouvelle. S’il s’agit bien de Marie-Madeleine, nous savons que depuis ce jour où elle a été saisie par le Christ, son amour pour lui ne s’est plus jamais éteint, et qu’elle est même devenue le premier témoin de sa résurrection.

En second lieu, prenons l’exemple de Saint Paul. Au départ, il apparaît comme une sorte d’opposé de Marie-Madeleine : pharisien, éduqué dans le meilleur du judaïsme, il semble irréprochable par rapport à la Loi. Et il cherche à être juste par son obéissance à cette Loi. Cependant, il prend conscience après sa rencontre avec le Christ, sur le chemin de Damas, qu’il était aveugle, et qu’il persécutait des innocents. Il comprend que la justice ne vient pas de soi-même - c'est-à-dire de l’obéissance à la loi de Moïse – « mais de la foi au Christ : c'est la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi », comme il l’écrit aux Philippiens dans le passage que nous venons d’entendre. Nul n’est capable de suivre parfaitement tous les préceptes de la Loi de Moïse. L’essentiel est de se laisser « saisir » par le Christ, afin qu’il nous transforme à son image. La connaissance du Christ est donc le bien qui dépasse tous les autres. A cause de lui, Paul a tout perdu et il considère tout le reste comme des balayures.

Que signifie concrètement se laisser saisir par le Christ, à l’exemple de Paul ? Lui-même nous répond : « Il s'agit de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l'espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d'entre les morts ». La connaissance du Christ n’est donc pas seulement intellectuelle et sentimentale : elle implique un engagement de tout l’être. Notons que Paul évoque en premier et en dernier, dans son énumération, la résurrection : ce n’est qu’en éprouvant la puissance de celle du Christ et en espérant la sienne propre que l’on peut être assez fort pour communier aux souffrances de sa passion et pour reproduire en soi sa mort.

Ce que Paul a vécu sur le chemin de Damas en rencontrant le Ressuscité, chacun d’entre nous est donc appelé à le vivre à sa manière. Pour nous, quels ont été les moments de notre existence où nous avons été saisis par le Christ, où nous avons éprouvé la puissance de sa résurrection ? C’est en nous basant sur nos expériences fondatrices, et en cultivant en nous l’espérance de ressusciter un jour, que nous serons assez forts pour suivre le Christ jusqu’au bout, non pas en claudiquant, mais en courant à l’exemple de saint Paul.

Ainsi, frères et sœurs, Marie-Madeleine et Paul se sont tous deux laissés saisir par le Christ. A partir de cette expérience fondatrice, ils n’ont eu de cesse de le saisir à leur tour : « oubliant ce qui est en arrière, et lancés vers l'avant », ils ont couru « vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut ». Ils sont devenus des justes, non par leur obéissance servile à une Loi, mais par leur amour pour une Personne, qui est le Juste par excellence : le Christ Jésus. La justice dont il est question est celle « qui nous vient de Dieu et qui est fondée sur la foi au Christ » (2ème lect.) Pendant la semaine à venir, cherchons nous-mêmes à le saisir. Oublions ce qui est en arrière, ces souvenirs du passé qui nous entravent : s’il s’agit de péchés que certains ont commis contre nous, pardonnons-leur ; s’il s’agit de péchés que nous avons commis nous-mêmes, allons demander pardon à ceux que nous avons offensés et recevons le sacrement de la réconciliation. Alors, nous serons libres pour nous lancer vers l’avant à la recherche du Christ. Parce que « celui qui cherche trouve », nous le trouverons partout, en particulier dans la prière, dans les sacrements, dans l’apprentissage de l’Ecriture et de la Tradition, et dans nos prochains qui auront besoin de nous. Alors, Dieu nous sanctifiera un peu plus chaque jour, et nous goûterons le bonheur de Lui être unis. AMEN.

10 mars : 4ème dimanche du Carême (Luc 15, 1-3 11-32)

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : "Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux !" Alors Jésus leur dit cette parabole : "Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.' Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.'

Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...' Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête.

Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : 'C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé.'

Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua : 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !' Le père répondit : 'Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I - Le drame du péché ne se comprends que dans le lien Père/Fils
    a- un fils qui moralement tue son Père, dont pourtant il reçoit tout
    b- un fils qui va jusqu'au bout de ses désirs - "ni Dieu ni maître"
    c- un fils qui se retrouve comme un sous-homme, fixé sur son ventre
II - La merveille du pardon du Père qui veut que tous ses fils aient la vie
    a- un Père dont le coeur n'est qu'espoir et miséricorde
    b- un Père qui redonne à son fils sa pleine dignité, sans questions
    c- "Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie"
III - La souffrance d'un frère ignorant de l'amour dont il est aimé
    a- un frère jaloux et en colère, qui dénonce et qui s'exclut
    b- un frère/ un fils qui est resté étranger à la réalité du coeur de son Père
    c- "Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie"
Drame de refuser à Dieu d'être un Père de pardon
Drame de refuser d'avoir besoin de ce pardon
Drame de refuser à Dieu de pardonner nos frères
Il faut toujours partir de Dieu, du Vrai, du Bien, du Beau... dont le péché est privation.
Se convertir c'est entrer dans la joie de Dieu...

3 mars : 3ème dimanche du Carême (Luc 13, 1-9)

Un jour, des gens vinrent rapporter à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice. Jésus leur répondit : "Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière." Jésus leur disait encore cette parabole : "Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : 'Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ?'

Mais le vigneron lui répondit : 'Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.'"

Eléments de réflexion

I - "Si vous ne vous convertissez pas..." urgence de la conversion de chacun
    a- considérer le mal non pas tant matériellement que spirituellement
    b- considérer le mal non pas tant chez les autres qu'en moi-même
    c- considérer le mal dans sa puissance de destruction et de séparation
II - "Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir..." patience de Dieu
    a- accomplir ma vocation en ce monde, pas à pas
    b- accomplir ce monde dont je suis solidaire, jour après jour
    c- accomplir le plan d'amour de Dieu - urgence de l'amour
III - "Sinon tu le couperas..." Jugement pour tous
    a- bonté et miséricorde de Dieu envers le pécheur
    b- horreur et répulsion de Dieu envers le péché
    c- force et exigence de l'amour - ni fruit absent ni fruit pourri !
Liberté - responsabilité - conversion - c'est aujourd'hui le jour du salut !

Offrons-nous à l’Amour Miséricordieux - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, le premier jour du Carême, au moment où nous avons reçu des cendres sur nos fronts, nous avons entendu cette parole : « Convertissez-vous et croyez à l’évangile ». Cet appel à la conversion, qui va nous accompagner tout au long du Carême, retentit de manière particulièrement forte aujourd’hui. Entendons-le en nous posant 2 questions. D’abord, pourquoi nous convertir ? Ensuite, comment y parvenir ? Une raison fondamentale de nous convertir, c’est que nous pouvons mourir à n’importe quel moment, et que nous devons être prêts à rencontrer Celui qui nous jugera. Quant à la meilleure manière de nous convertir, c’est en contemplant Celui qui s’est révélé à nous comme le Dieu plein d’amour et de miséricorde, et en nous offrant à son Amour miséricordieux.

Pour commencer, pourquoi nous convertir ? Parce que la mort peut nous surprendre à tout moment, et que nous devons y être prêts. Les sages de l’Antiquité disaient déjà : « philosopher, c’est apprendre à mourir ». Pour nous, chrétiens, cette maxime est parfaitement vraie, nous la recevons le jour même de notre baptême. Toutes nos petites morts nous préparent à la mort ultime. La vie sur terre n’est pas répétable à l’infini, comme le croient les adeptes de la réincarnation. Elle est un moment unique, pendant lequel chacun de nos actes revêt un poids d’éternité. Après l’examen final qui clôturera notre vie, nous ne pourrons pas redoubler. Le jour de notre mort, nous rencontrerons le Seigneur, qui est un juste Juge. Certes, il n’y a pas que deux résultats possibles, le Paradis et l’Enfer ; il y a aussi le purgatoire, qui sera l’apanage de tous ceux qui ne seront pas parvenus totalement convertis devant le Seigneur. Cette optique est consolante, car elle nous rappelle que Dieu veut tous nous accueillir dans son Royaume, et qu’Il donnera à ceux qui le désireront ce temps de purification pour parvenir totalement purs devant Lui. Cependant, le purgatoire est un temps de souffrance, la souffrance de celui qui prend conscience qu’il est invité à des noces et qu’au lieu de ses habits de fête, il est encore vêtu d’habits vulgaires et sales. Il lui faut attendre passivement que l’Esprit d’Amour de Dieu le lave à grandes eaux et l’orne des plus belles vertus. Alors, pourquoi donc attendre ? Pourquoi ne pas se préparer dès aujourd’hui à la rencontre avec Dieu, comme si nous allions mourir ce soir ? Sainte Marie Madeleine l’avait bien compris, elle qui avait frôlé la mort le jour où certains avaient voulu la lapider dans le temple. On la représente souvent contemplant une tête de mort… ce n’est pas morbide, c’est au contraire parfaitement sain.

Centrons-nous maintenant sur les textes de ce dimanche, et d’abord sur l’évangile de Luc. Jésus nous avertit clairement : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux », comme les Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice, ou encore comme les dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé. Ces personnes sont mortes soudainement, sans avoir pu se préparer. Jésus ne dit pas pourquoi elles sont mortes à ces moments-là. Que la responsabilité directe soit imputable aux hommes, comme dans le premier cas, ou à une catastrophe naturelle, comme dans le second, c’est le secret de Dieu, il précise seulement qu’elles n’étaient pas plus coupables que les autres. Ce qui est sûr, c’est que tous seront jugés par le Seigneur. La question sera alors : « Quels fruits avez-vous porté ? » Souvenons-nous de ces autres paroles de Jésus : on reconnaît un arbre à ses fruits (Mt 7,17-18). Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, et inversement. Parmi les bons fruits que le Seigneur espère nous voir porter, il y a la figue, à la fois douce, savoureuse et nourrissante. Dans l’Ecriture, elle est le symbole d’une vie fécondée par la Parole de Dieu. Dans la parabole de l’évangile, le maître du terrain est prêt à couper le figuier qui ne porte pas de fruit pendant trois années de suite. Non seulement il est inutile, mais même il est néfaste, car il épuise le sol. L’homme qui vit loin de Dieu créé son propre malheur, mais aussi celui des autres. Pourtant, le vigneron demande à son maître de la patience : « Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.» Comment ne pas songer au Christ, qui a exercé son ministère pendant trois années, et qui a bêché en mettant le fumier de nos péchés autour de l’arbre de la croix ? Pour certains, cette preuve ultime de l’amour de Dieu pour nous peut être source de conversion, comme ce fut le cas pour le centurion qui s’écria en voyant Jésus mourir : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15,39). Mais pour ceux qui restent insensibles devant un tel acte, il n’y a plus rien à espérer, car Dieu ne peut rien faire de plus pour eux. L’arbre de leur vie peut être coupé.

Ainsi, frères et sœurs, nous sommes appelés à nous convertir pour être prêts à rencontrer le Juge de l’univers à tout moment. Mais comment nous convertir ? A la force du poignet, en devenant des champions de l’ascèse ? Certes, l’ascèse est bonne en elle-même, mais elle est seconde par rapport à l’accueil de la grâce. Le plus important, c’est d’apprendre à connaître toujours mieux le Dieu qui s’est révélé à nous. Il n’est pas un Dieu cruel qui souhaiterait notre mort comme les dieux incas à qui on sacrifiait des milliers d’enfants et de prisonniers pour s’attirer leurs bonnes grâces. Le Dieu qui se révèle à Moïse est proche de l’homme, particulièrement de celui qui souffre : « J'ai vu, oui, j'ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances ». Et Il décide de descendre « pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselant de lait et de miel ». Cette descente de Dieu au milieu des siens, c’est déjà l’incarnation qui est en germe. Ce Dieu si proche de nous, Il est prêt non seulement à nous soulager de nos misères, mais aussi à nous pardonner de tous nos péchés, comme nous l’avons dit avec le psaume : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ».

Que faire devant un tel Dieu ? nous offrir à son Amour miséricordieux. Prenons exemple sur la petite Thérèse, qui s’y était offerte le 9 juin 1895, fête de la sainte Trinité. Elle écrivit ensuite : "Ah! depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, il me semble qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme et n’y laisse aucune trace de péché, aussi je ne puis craindre le purgatoire." Un peu plus loin, elle ajoute : "Le Feu de l’Amour est plus sanctifiant que celui du purgatoire." (a 84v) S’offrir ainsi à l’Amour miséricordieux, n’est-ce pas réservé à une élite ? Loin de là ! Thérèse écrivait aussi : « ce qui plaît à Jésus, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa Miséricorde. Voilà mon seul trésor. ~ Pour aimer Jésus, être sa victime d’amour, plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant. » (lt 197) Et deux mois avant sa mort, elle confiait : "On pourrait croire que c’est parce que je n’ai pas péché que j’ai une confiance si grande dans le bon Dieu. Dites bien, ma Mère, que, si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent" (cj 11.7.6)

Ainsi, frères et sœurs, nous sommes appelés à nous convertir. La raison nous déclare que nous devons nous préparer à mourir un jour. La Foi nous révèle que nous rencontrerons alors notre Seigneur, qui est à la fois juste et miséricordieux. A l’exemple de la petite Thérèse, offrons-nous à son Amour Miséricordieux. Offrons-Lui humblement nos pauvretés, nos souffrances et même nos péchés. Alors, le feu de son Amour nous purifiera chaque jour davantage, et nous parviendrons devant Lui aussi purs et resplendissants que l’or passé au creuset. Le trésor de notre cœur sera rempli des figues douces et savoureuses de nos bonnes actions. AMEN.


24 février : 2ème dimanche du Carême (Luc, 9,28b-36)

Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu'il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d'une blancheur éclatante. Et deux hommes s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem.

Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s'en allaient, quand Pierre dit à Jésus : "Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie." Il ne savait pas ce qu'il disait.

Pierre n'avait pas fini de parler, qu'une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu'ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : "Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi, écoutez-le."

Quand la voix eut retenti, on ne vit plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et, de ce qu'ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là.

Eléments de réflexion

I – Ni adoration ni mépris d’un corps assumé par le Christ
    a – splendeur de notre corps, non pas appendice mais partie intégrante
    b – culture idolâtrique du corps, détourné en objet de consommation
    c – glorification de Dieu par notre corps – la beauté vient de la relation
II – Maîtrise et unité de notre corps à la suite du Christ
    a – corps et esprit en une dynamique de liberté, vers le haut ou le bas ?
    b – choisir ou renoncer : pas de vie de l’esprit sans un sacrifice de la chair
    c – le péché divise – la charité unifie – la beauté vient de l’unité
III- Transfiguration et résurrection de notre corps préfiguré par le Christ
    a – une transfiguration fruit de la prière – Jésus et tous les saints
    b – une transfiguration qui est lumière intérieure et non spots extérieurs
    c – une transfiguration qui annonce la résurrection – la beauté vient de la grâce
Suis-je prêt à me laisser saisir corps et âme par le mystère de Dieu pour devenir lumière ?

Il fut transfiguré devant eux - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, que faire lorsque nous éprouvons le poids de notre finitude, avec son lot de difficultés qui pourraient nous pousser vers la déprime, le désespoir, la révolte ? Espérer. Voilà l’une des vertus dans laquelle le Seigneur veut nous faire grandir durant ce Carême. Alors que nous nous sommes engagés dans le combat pour la conversion il y a dix jours, et que le Christ nous a montrés dimanche dernier qu’il nous était possible d’en sortir vainqueurs avec lui, peut-être avons-nous déjà essuyé quelques échecs qui pourraient nous faire douter de cette victoire. Aussi le Seigneur nous rappelle-t-il aujourd’hui le but de notre marche à travers le désert : la résurrection. Le Christ transfiguré l’anticipe sur le Thabor, qui signifie « nombril », c’est-à-dire le lieu où il révèle son identité la plus profonde. Les 3 p du Carême (prière, partage et privations) doivent nous conduire jusqu’au P de la Pâques, qui signifie Passage : passage du péché à la sainteté, et de la mort à la vie. Un jour nous aussi, après bien des carêmes, nous réaliserons notre grand Passage, et nous serons transfigurés : en tant que « citoyens des cieux » en effet, « nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance qui le rend capable aussi de tout dominer. » (2ème lect.) Comment nous préparer à ce grand Passage, et d’abord à tous les passages que nous avons à effectuer durant nos vies ? En écoutant le Fils de Dieu qui, le premier, a effectué ce Passage, comme nous allons le voir dans l’évangile.

L’événement que nous venons d’entendre, relaté par les trois évangiles synoptiques, se situe environ huit jours après la confession de foi de Pierre à Césarée. Après s’être écrié « tu es le Messie» (Mc 8,29), le chef des apôtres s’est fait reprendre fermement par Jésus, à qui il avait reproché vivement de casser le moral des troupes en annonçant sa Passion à venir. Et Jésus a ajouté : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera. » (Mc 8, 34-35) Nous pouvons imaginer le désarroi et les doutes qui ont dû agiter les Douze. Ainsi, celui qu’on attendait comme libérateur d’Israël allait souffrir et mourir ? Ils sont dans la « nuit de la Foi », une expression chère aux mystiques parce qu’ils l’ont tous traversée. Le sommeil accablant qui les saisit sur le Thabor[i] symbolise cette nuit pendant laquelle Dieu travaille leurs cœurs[ii].

Comme saint Luc l’a noté, c’est pendant qu’il prie que Jésus est transfiguré. La prière est le moment où l’homme cesse de se situer dans le faire pour passer dans l’être et dans le laisser-faire. Jésus a beau être pleinement homme, il est aussi une Personne divine, comme le concile de Chalcédoine l’a déclaré solennellement en 451. Sur le Thabor, il révèle à Pierre, Jacques et Jean qui il est réellement. La blancheur éclatante de ses vêtements symbolise sa divinité[iii], et c’est pourquoi nous revêtons un vêtement blanc le jour de notre baptême. Pourquoi avoir choisi ce moment et ces trois apôtres pour se révéler ainsi ? Parce que la Passion est proche, comme il l’a annoncé à Césarée, et que ces trois mêmes apôtres seront bientôt avec lui sur un autre mont - celui des Oliviers où se situe le jardin de Gethsémani - au moment où il sera non plus trans- mais dé-figuré par l’angoisse… Ce jour-là, ils auraient pu se souvenir du Thabor pour garder leur courage, mais ils ne verront même pas le visage angoissé et suant le sang de leur maître, car ils dormiront à nouveau. Ce sommeil-là, contrairement à celui du Thabor, sera celui de leur péché, car Jésus leur aura demandé auparavant de veiller…

Pourquoi Moïse et Elie sont-ils présents ? D’abord parce que, selon la Loi, il fallait que deux personnes soient présentes pour rendre un témoignage à quelqu’un. De plus, ils représentent respectivement la Loi et les Prophètes, soit les deux grandes parties de l’Ancien Testament : tout ce qu’ils ont dit et fait était destiné à préparer la venue du Christ. Enfin, ils ont vécu comme Jésus un jeûne de 40 jours, et ils font partie des quelques personnages de l’Ancienne Alliance à avoir presque vu Dieu (Moïse de dos[iv], et Elie s’est voilé le visage devant lui dans la brise légère[v]). Désormais, ils peuvent s’entretenir avec lui face à face. Jésus est le nouveau Moïse, qui nous donne la Loi des Béatitudes, et le nouvel Elie (à la suite de Jean Baptiste), qui nous appelle sans cesse à la conversion, comme nous l’avons entendu dimanche dernier. Il est le Visage et la Parole du Père.

Pourquoi Pierre veut-il dresser trois tentes ? Parce qu’il aimerait que cet événement dure toujours. Après avoir traversé une nuit de la foi, il jouit maintenant de la lumière divine qui l’éclaire et le réchauffe. Mais c’est alors que survient une nuée, qui rappelle celle qui accompagnait la tente de la rencontre dans le désert, et que la voix du Père se fait entendre. Comme au jour du baptême, elle redit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé.» (Mc 9, 7) Mais elle ajoute cette fois : « Écoutez-le. » Écoutez celui qui vient de vous annoncer qu’il lui faudrait passer par la souffrance et la mort avant de ressusciter. N’ayez pas les pensées des hommes, ne soyez pas du côté de Satan, celui qui veut contrecarrer les projets divins (cf Mc 8,33)…

Après avoir ainsi soutenu une nouvelle fois son Fils, le Père disparaît, ainsi que Moïse et Elie. Jésus reste seul avec ses apôtres. C’est ainsi que s’accomplit toute vocation humaine. Même si Dieu manifeste son soutien à ses envoyés, Il les laisse assumer leurs missions dans le clair-obscur de leurs vies quotidiennes. C’est pourquoi Jésus redescend de la montagne, afin d’y retrouver l’immense foule des hommes souffrants et égarés qu’il est venu sauver. Pourquoi saint Luc précise-t-il que « les disciples gardèrent le silence et, de ce qu’ils avaient vu, ils ne dirent rien à personne à ce moment-là »? Parce que leur maître leur a défendu de le faire « avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. » (Mc 9,9) Sans le mystère de la croix qu’il leur a annoncé, celui de la transfiguration risque d’être interprété comme un simple prodige… Les trois apôtres ont eux-mêmes eu du mal à le comprendre, eux qui se demandaient « entre eux ce que voulait dire : “ressusciter d'entre les morts” » (Mc 9, 10)

Ainsi, frères et sœurs, le Père dit à chacun d’entre nous : « Écoutez mon Fils ». Ne l’écoutez pas seulement lorsqu’il vous promet le bonheur, mais aussi lorsqu’il vous appelle à prendre votre croix pour le suivre. Prenons exemple sur Abraham. Alors que Dieu lui avait promis une grande terre et une postérité nombreuse, il s’est retrouvé d’abord dans un pays où sévissait la famine et toujours sans enfant… Pourtant, il ne s’est pas révolté, et il « eut foi dans le Seigneur » qui renouvelait sa promesse. Estimant « qu’il était juste », c’est dans son sommeil, signe des ténèbres de l’incompréhension dans laquelle il demeurait fidèle au Seigneur, que Celui-ci s’est manifesté et a conclu une alliance avec lui (1ère lect.). Parce qu’il a accepté d’écouter Dieu jusqu’au bout, Abraham a été comblé de ses bénédictions. Pendant ce Carême, soyons nous aussi à l’écoute du Seigneur : prenons le temps de méditer sa Parole et de la laisser résonner dans le silence de notre cœur. Acceptons de marcher dans la direction que le Seigneur nous aura indiquée, même si elle nous semble obscure, sûrs qu’Il ne nous abandonnera pas. Et si notre marche devient trop difficile, souvenons-nous de tous les « Thabor » que nous avons vécus : lors d’un moment de prière, de notre profession de Foi ou de notre confirmation, d’une eucharistie, d’un grand rassemblement comme le Frat ou les JMJ… Le souvenir de ces rencontres avec le Seigneur nous transfigurera à nouveau, et nous serons fortifiés pour redescendre dans les plaines de nos vies quotidiennes. AMEN.

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[i] Lc 9,32

[ii] Dans la bible, le sommeil est souvent associé à cette action de Dieu en profondeur : c’est pendant le sommeil d’Adam qu’Il crée Eve (Gn 2), pendant le sommeil d’Abraham qu’il établit une alliance avec lui (Gn 15, 1ère lect.)…

[iii] Cf les anges vêtus de blanc au moment de la résurrection (Jn 20,12)

[iv] Ex 33,18-33

[v] 1R19,12-13


17 février : 1er dimanche du Carême (Luc 4, 1-13)

Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre. »

Le démon l'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras. »

Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : « Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

- Une composition théologique et non pas historique
- Jésus est l’objet d’un conflit entre l’Esprit Saint et Satan
- 40 ans de l’Exode / 40 jours pour Jésus – sens biblique de la tentation : non pas une invitation au péché mais une épreuve de vérité pour ma liberté
I – La tentation de l’Avoir = Défi-Orgueil / Confiance-Humilité
    a – la manne (Ex 16) – « ordonne à cette pierre de devenir du pain » (Cf Mt 3,9)
    b – le plaisir, les instincts – Freud – esclavage / déterminisme de nos appétits
    c – être homme : ouverture spirituelle. Jésus s’oppose doublement à Satan : au lieu d’ordonner, il obéit, il s’identifie à « tout homme »
II – La tentation du Pouvoir = Défi-Orgueil / Confiance-Humilité
    a – les idoles (Ex 32 – veau d’or) – « si tu te prosternes devant moi… »
    b – la matière, la puissance temporelle – Marx – totalitarisme de la créature
    c – être fils : se soumettre humblement à son Père – « adorer Dieu seul »
III- La tentation de la Gloire = Défi-Orgueil / Confiance-Humilité
    a – les prodiges (Ex 17) – « ils te porteront sur leurs mains »
    b – mise au défi de Dieu – Nietzsche – athéisme, par-delà le bien et le mal
    c – être croyant : « tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu » - confiance absolue au Père au-delà des épreuves.
+ Satan : une part de vrai tirée de l’Ecriture, détournée de son sens profond
+ Jésus ne discute jamais les arguments, il cite l’Ecriture dans sa rectitude
+ Drame de la perversion de ce qu’est Dieu. Et moi ? Quel est mon Dieu ? Comment est-ce que je veux lui ressembler ? Est-ce que je le tente ? A quels signes suis-je décidé à le reconnaître ?
Attention : nous risquons de devenir le Dieu que nous imaginons, au lieu de nous modeler sur celui qui se révèle à nous en Jésus-Christ.
La prière, la pénitence et le partage, balises sur le chemin de la confiance et de l’humilité, lieux d’accueil de l’Esprit Saint qui seul triomphe du péché.

3 février : 4ème dimanche du T.O. 5 (Luc 4, 21-30)

Dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe, Jésus déclara : "Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit." Tous lui rendaient témoignage ; et ils s'étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. Ils se demandaient : "N'est-ce pas là le fils de Joseph ?" Mais il leur dit : "Sûrement vous allez me citer le dicton : 'Médecin, guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays !'"

Puis il ajouta : "Amen, je vous le dis : aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays. En toute vérité, je vous le déclare : au temps du prophète Élie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie n'a été envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien vers une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien."

A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Conjuguer une personne
    a – la vie chrétienne n’est pas dans le savoir pour lui-même
    b – la vie chrétienne n’est pas dans le faire pour lui-même
    c – la vie chrétienne est la suite d’une personne : Jésus
II – Conjuguer en personne
    a – l’amour est ce qui fonde la Trinité Divine
    b – l’amour est ce qui fonde mon identité
    c – l’amour est ce qui me déploie comme personne en relation : Je
III- Conjuguer ma personne
    a – l’amour est dans le don, le pardon et l’offrande
    b – l’amour est au coeur de la Foi et de l’Espérance
    c – l’amour a un nom propre qui se conjugue avec le mien : mon identité/charité
Connaître et aimer indissociablement liés sur cette terre.
Connaître et aimer éternellement liés pour toujours – Charité : nom divin de l’amour.

20 janvier : 2ème dimanche du T.O. (Jn 2, 1-11)

Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples. Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : "Ils n'ont pas de vin." Jésus lui répond : "Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue." Sa mère dit aux serviteurs : "Faites tout ce qu'il vous dira."

Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs ; chacune contenait environ cent litres. Jésus dit aux serviteurs : "Remplissez d'eau les cuves." Et ils les remplirent jusqu'au bord. Il leur dit : "Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas." Ils lui en portèrent. Le maître du repas goûta l'eau changée en vin. Il ne savait pas d'où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l'eau. Alors le maître du repas interpelle le marié et lui dit : "Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant."

Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Une présence à nos libertés – Le Christ est le centre
    a – suis-je prêt à inviter le Christ au tout de ma vie ?
    b – est-ce-que j’expérimente la réalité de cette constante présence ?
    c – Dieu est-il ma joie comme il veut que je sois la sienne ?
II – Une présence à nos manques – L’Eglise conduit au Christ
    a – Marie, figure de l’Eglise, attentive aux besoins des hommes
    b – Marie, mère de Jésus, intercède pour nous : "ils n’ont plus de vin"
    c – Marie, mère des hommes, nous indique la voie : "Faites tout ce qu’il vous dira…"
III- Une présence transformante – La nouvelle et éternelle Alliance
    a – du manque à la prodigalité transformante des temps messianiques
    b – des ablutions rituelles à l’intime conversion des coeurs
    c – me reconnaître comme l’épouse non nommée de cette noce
Jésus en révélant ici son identité révèle la puissance transformante de sa présence. N’hésitons pas à inviter le Christ chez nous pour nous laisser transformer par lui, afin qu’un jour il nous accueille chez lui pour le festin des noces éternelles.

13 janvier : baptéme du Seigneur (Lc 3, 15-16; 21-22)

Le peuple venu auprès de Jean Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Messie. Jean s’adressa alors à tous : "Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu."

Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : "C’est toi mon Fils bien aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour".

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

Icône du baptême du Christ : voir l’Esprit, entendre la voix du Père
I – "C’est mon fils bien-aimé" : un témoignage
    a – La Trinité nous révèle l’identité de Jésus
    b – Jésus nous révèle l’identité du Père et de l’Esprit Saint
    c – Le témoignage, acte de vérité, est toujours en faveur de quelqu’un d’autre que de celui qui témoigne
II – "C’est toi, mon fils bien-aimé" : l’identité de Jésus
    a – Au coeur de l’Evangile , la révélation constante d’une même identité
    b – Il faudra du temps pour que les apôtres de Jésus comprennent son identité
    c – Suis-je au début, au milieu ou à la fin de l’Evangile dans ma propre compréhension : en d’autres termes est-ce que cette vérité change quelque chose en profondeur dans ma vie ?
III- "C’est toi, mon fils bien-aimé" : ma propre identité
    a- Mon baptême : un rite au passé, ou une identité au présent ?
    b- Chrétien : à la fois un nom et une mission. "Nous ne pouvons pas nous dire enfant de Dieu si nous ne gardons pas ses commandements". Nous ne pouvons témoigner que de ce que nous vivons.
    c- Y a-t-il correspondance entre ce que je vis et ce que je suis ? Quelle est ma véritable identité ?
Réaliser notre identité : par notre intelligence, par notre coeur, par nos mains. C’est bien de chacun de nous que le Père des Cieux veut parler lorsqu’il déclare : "C’est toi, mon fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour." A.R.

6 janvier : épiphanie du Seigneur (Mt 2, 1-12)

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui."

En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : "À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple."

Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l'étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : "Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui." Sur ces paroles du roi, ils partirent.

Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant. Quand ils virent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Eléments de réflexion - P. A de Romanet

I – La splendeur de la Vérité
    a – mon âme a soif du Dieu vivant – aller au fond de soi-même
    b – ma conscience, mon intelligence et mon expérience me guident
    c – ma rencontre avec le Dieu vivant passe toujours par Jérusalem
II – La question de la liberté
    a – les prêtres : ils savent, ils transmettent, mais ils ne bougent pas
    b – Hérode : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu – jusqu’à la mort
    c – les Mages : adoration, offrande, et grande joie – vers la vraie vie
III- La lumière de l’universalité
    a- universalité du salut pour tous les peuples de la terre
    b- universalité du salut pout toutes les dimensions de ma vie
    c- universalité du salut m’invitant à quitter mes étroitesses pour m’ouvrir à plus grand que moi, à mes frères et à Dieu
"Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin…" : la rencontre du Christ ne peut pas ne pas provoquer une amorce de conversion. Suis-je une étoile sur la route de mes frères ? A.R.

Ils repartirent par un autre chemin… - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, avons-nous soif de Dieu ? Jusqu’où va notre désir de Lui ? Est-il plus fort que tous nos autres désirs ? Nous venons de célébrer la naissance du Sauveur, mais cet événement peut nous sembler loin de nous, à la fois dans le temps et dans l’espace. Ce dimanche, l’Evangile nous donne l’exemple de 3 hommes qui sont venus de loin, eux aussi, pour rencontrer la lumière du monde. Les mages ont quitté leur confort et leurs habitudes pour partir à la suite de l’étoile qui s’était levée. Prenons exemple sur ces hommes, et suivons les nous-mêmes pour parvenir avec eux jusqu’à l’enfant-Dieu. Dans une première partie, nous verrons comment ils sont parvenus à le trouver. Puis, dans un second temps, nous observerons comment ils l’ont honoré.

Comment les mages sont-ils parvenus jusqu’à la crèche ? Avant tout, ils étaient animés d’un grand désir, celui de connaître la Vérité. Forts de ce désir, ils se sont servis pleinement de leur raison. En bons astronomes, ils ont étudié le ciel pour y découvrir les lois de l’univers. En découvrant une étoile qu’ils ne connaissaient pas, ils ont compris que son apparition dans le ciel était un signe des temps qui signifiait un grand évènement sur la terre. Au courant aussi sans doute de l’attente du messie qui animait le peuple juif, ils ont pu parvenir jusqu’à Jérusalem. Mais ils n’auraient pas pu aller plus loin, s’ils n’avaient pas été aidés par les chefs des prêtres et les scribes. Eux connaissaient les Ecritures, et se souvenaient de la prophétie de Michée : « Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple. » Ils ont permis aux mages de parvenir au but, mais eux-mêmes sont restés à Jérusalem. Au lieu de se réjouir et de les suivre, ils ont été « pris d’inquiétude », avec Hérode et « tout Jérusalem ». Contrairement aux mages, qui étaient partis dans la nuit, ils étaient trop enfermés dans leurs certitudes. Le Sauveur venait les déranger. Seuls les bergers, des marginaux de la société, s’étaient déplacés. Et puis, n’y avait-il pas aussi la peur de perdre le privilège de l’élection, en voyant des païens venir se prosterner devant le Messie ? La peur d’Hérode, qui le portera à faire périr tous les enfants de moins de 2 ans lorsqu’il découvrira qu’il aura été trompé, est partagée par tous les habitants de la capitale. Son geste préfigure le massacre annuel de millions d’Innocents dans le sein de leur mère, dont la venue inquiète leurs parents…

Ainsi, la raison et la Foi doivent toujours travailler ensemble. Jean-Paul II écrivait dans Fides et Ratio : « La Raison et la Foi sont les deux ailes de la Vérité ». C’est le même Esprit qui pousse l’homme vers la Vérité dans le domaine de la science et dans celui de la Foi. La première explique le comment, la seconde nous éclaire sur le pour quoi. Elles sont complémentaires, et non pas concurrentes. La raison sans la Foi produit le rationalisme asséchant de certains scientifiques. Au XIXème siècle, beaucoup pensaient que la science était en mesure de tout expliquer, et que la Foi était devenue inutile. En fait, on s’est aperçu au XXème siècle – notamment avec la mécanique quantique - que la raison à elle seule est incapable de tout saisir. Inversement, la Foi sans la raison - une déviance, qu’on appelle fidéisme, qui a marqué la France au XVIIème siècle - est elle-aussi incapable de nous conduire à la Vérité tout entière.

Les chefs des prêtres et les scribes de l’Évangile, eux, n’écoutent ni la voix de la raison, ni celle de la foi : ils sont sourds des deux oreilles... Karl Barth, un théologien protestant, cherchait à se rapprocher de Dieu « le journal dans une main et la Bible dans l’autre ». Et nous, frères et sœurs, sommes-nous attentifs aux signes que le Seigneur nous donne pour connaître sa volonté ? Nous servons-nous de nos deux oreilles, ou de nos deux ailes, la Raison et la Foi, pour nous approcher de la Vérité ?

Une fois parvenus au but, observons la réaction des mages. Pour commencer, quand ils virent l'étoile s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant, ils « éprouvèrent une très grande joie ». Cette joie est le signe de la présence de l’Esprit Saint… Est-ce lui, l’étoile qui les a guidés ? Car comment une étoile matérielle aurait-elle pu indiquer l’emplacement d’une maison ? Puis, «en entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. » Le mot « maison » employé ici est étrange, puisque l’on sait que Marie a accouché dans une étable. Matthieu n’était-il pas au courant ? Si, bien-sûr, mais il emploie ici un terme symbolique, qui représente l’Eglise, à la fois le bâtiment de pierre, mais aussi la communauté des chrétiens. C’est dans l’Eglise que l’on parvient au but et que l’on découvre le Sauveur. Les mages tombent à genoux et se prosternent devant l’enfant. En grec, le terme employé ici signifie aussi « adorer ». Ils lui offrent 3 biens très précieux. L’or était l’apanage des rois, seuls assez riches pour s’en procurer ; ils ne l’ont pas offert à Hérode, qui a utilisé son pouvoir non pour servir les autres, mais pour se servir lui-même. Si la Tradition parle des « rois » mages, c’est pour signifier qu’eux-mêmes en méritaient le titre. L’encens était utilisé par les prêtres pour signifier la prière des fidèles qui montait vers Dieu. La myrrhe servait à embaumer les défunts, et évoquait les prophètes qui avaient été persécutés à cause de leurs messages. Après avoir offert ces biens, les mages « avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, regagnèrent leur pays par un autre chemin. » Ils savaient que le roitelet de Judée voulait faire périr le Grand Roi de l’univers…

Ainsi, les mages ont été les premiers bénéficiaires de la prophétie d’Isaïe que nous avons entendu tout à l’heure : « Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi » (1ère lect.), « les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. » (id.) Ils ont été les premiers à pénétrer le mystère proclamé par saint Paul : « Ce mystère, c'est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile. » (2ème lect.) Venus à Bethléem à l’aide de leur Raison et de la Foi des scribes, les mages en repartent « par un autre chemin ». Voilà un dernier symbole, qui signifie cette fois la conversion. Rencontrer le Seigneur, Roi de l’Univers, Grand-Prêtre et Prophète du Très-Haut, ne peut laisser l’homme inchangé. Le cœur rempli de Lumière et d’Amour, nous pouvons être sûrs qu’ils ont transmis cette Lumière et cet Amour partout où ils ont été ensuite. Ils sont devenus eux-mêmes signes pour les autres païens… Et nous, frères et sœurs, savons-nous prendre le temps d’adorer le Seigneur présent dans l’Eucharistie ? Cherchons-nous à devenir signes pour tous ceux qui cherchent le Sauveur, même de façon confuse ?

Ainsi, les mages étaient animés d’un grand désir de la Vérité. Ils ont été attentifs aux signes des temps, se sont mis en chemin pour chercher la Vérité de tout leur cœur, et ont su se prosterner devant un enfant qui ressemblait à tous les autres, et qui dirait un jour : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Comme eux, nous qui avons pris la peine de venir à l’église aujourd’hui, nous allons pouvoir adorer le Seigneur qui va se donner à nous dans l’hostie consacrée. Et lorsque nous repartirons, plaise à Dieu que ce soit par un autre chemin que celui par lequel nous sommes venus, c’est-à-dire avec des cœurs convertis qui puissent rayonner autour de nous de la lumière du Christ. Pour manifester cette conversion, frères et sœurs, je vous invite cette semaine à une double démarche. D’une part, la lecture de l’encyclique Fides et Ratio - disponible sur internet – nourrira votre raison et votre foi. D’autre part, un temps d’adoration devant le Saint Sacrement vous donnera beaucoup de joie, et vous en repartirez avec un cœur nouveau, prêt à témoigner de l’Amour du Seigneur pour vous et pour tous les hommes.

23 décembre : 4ème dimanche de l'avent (Luc 1, 39-45)

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : "Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi. Heureuse, celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

La Parole de Dieu : Promesse, Confiance, Accomplissement
I – Promesse/Révélation de la Parole de Dieu
    a – une parole-promesse qui met en route en hâte Marie, figure de l’Eglise
    b- une parole-confiance qui habite Elisabeth, figure de la Première Alliance
    c- une parole-accomplissement qui énonce qui est Marie et qui est son enfant
II – Confiance/Fécondité de la Parole de Dieu
    a – une parole-promesse d’une volonté qui toujours nous précède
    b- une parole-confiance qui nous engendre dans la foi-confiance
    c- une parole-accomplissement qui porte du fruit au-delà de toutes nos attentes
III- Accomplissement/Puissance de la Parole de Dieu
    a- une parole-promesse emplie de l’Esprit Saint – anticipation de la Pentecôte
    b- une parole-confiance / fécondité de bénédiction et de joie – allégresse
    c- une parole-accomplissement / puissance de salut qui vient à notre rencontre
Béatitude de Marie qui est appelée à être aussi la nôtre : "Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur". Nous n’avons pas à inventer le sens de nos vies mais à accomplir une parole, une confiance, une révélation qui nous est faite. "Que ta volonté soit faite, soit faîte, soit fête…"

16 décembre : 3ème dimanche de l'avent (Luc 3, 10-18)

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : "Que devons-nous faire ?» Jean leur répondait : "Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même !"

Des publicains (collecteurs d'impôts) vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : "Maître, que devons-nous faire ?" Il leur répondit : "N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé."

A leur tour, des soldats lui demandaient : "Et nous, que devons-nous faire ?" Il leur répondit : "Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde."

Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n'était pas le Messie. Jean s'adressa alors à tous : "Moi, je vous baptise avec de l'eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas."

Par ces exhortations et bien d'autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I - Joie première : la présence du Seigneur
    a - présence du Seigneur en notre monde
    b- présence du Seigneur en notre cœur
    c- présence du Seigneur en son Eglise
II - Tristesse seconde : être si peu présent au Seigneur
    a - notre volonté est partagée - Cf. régime alimentaire : et/ou
    b- notre difficulté à partager - peur de s'appauvrir : donnez le double !
    c- notre cœur est partagé - incohérence, trouble, malaise...
III- Joie actuelle et éternelle : vivre au présent de l'Esprit Saint
    a- passage du baptême de l'eau à celui de l'Esprit Saint – Deuxième baptême
    b- passage de l'avoir à l'être, du naturel au surnaturel
    c- passage du présent à l'éternel, par la grâce de Dieu
La joie ne se conquiert pas, elle se reçoit. Seul l'Esprit du Seigneur peut nous renouveler, nous unifier, nous libérer, nous faire renaître.
Notre joie est de devenir ce que nous sommes, en accueillant la grâce du salut par la conversion de notre être.

9 décembre : 2ème dimanche de l'avent (Luc 3, 1-6)

L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d'Iturée et de Traconitide, Lysanias, prince d'Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : "A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu".

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – L’an quinze du règne de l’empereur Tibère…
    a – Dieu se dit dans l’histoire des hommes, Histoire / Géographie / Pouvoirs
    b – Dieu se dit dans mon histoire aujourd’hui. Grandeur de Jean-Baptiste
    c – ma vie est-elle une histoire sainte ? Rien n’est profane en nos vies
II – La Parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean
    a – se désencombrer de soi-même et du monde
    b – prendre les moyens de redresser nos passages tortueux
    c – avoir faim et soif de la Réelle Présence et de la Parole de Dieu.
III – Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés
    a – veux-tu guérir ? Veux-tu vivre ? Veux-tu être sauvé ?
    b – es-tu résolu à avancer sans tes béquilles, sans ton boulet ?
    c – es-tu prêt à entrer dans une dynamique de pardon ?
Que le Seigneur nous donne assez d’humilité pour accueillir sa parole et la mettre en pratique. C’est ainsi que chacun verra le salut de Dieu. Viens Seigneur Jésus!

Préparez le chemin du Seigneur - Homélie du P. A. Duban

« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route ». Frères et sœurs, cet appel de Jean Baptiste s’adresse à chacun d’entre nous. Il est un appel à la conversion. Cela peut nous surprendre, car nous pensons peut-être que la conversion concerne seulement le Carême. En réalité, n’oublions pas deux choses. D’abord, c’est chaque jour que nous sommes appelés à nous convertir, car nous sommes continuellement poussés par des forces, aussi bien extérieures qu’intérieures à nous-mêmes, à nous détourner de Dieu. D’autre part, si le Carême est le temps privilégié pour se convertir à plus de Charité, l’Avent est le temps privilégié pour se convertir à plus d’Espérance. Quelle Espérance ? Celle d’une rencontre avec Celui qui est venu, qui viendra et qui vient à nous chaque jour. Pour ne pas rater cette rencontre, nous avons vu dimanche dernier qu’il nous fallait passer de la peur du monde à la crainte de Dieu. Parce que nous craignons d’offenser Celui que nous aimons, nous sommes tenus en éveil. Les lectures de ce jour vont nous permettre de mieux comprendre les pièges que nous devons éviter, et qui peuvent nous empêcher d’avancer sur le chemin de la rencontre avec Dieu, et de « voir son salut » (évangile). Jean Baptiste les énumère sous une forme imagée, qu’il reprend au prophète Isaïe, qui écrivit au moment de l’exil à Babylone et qui avait déjà été repris par Baruc (1ère lecture) : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ». Au sens littéral, ces paroles signifient que Dieu bâtira une route qui permettra aux exilés à Babylone de revenir à Jérusalem, à travers le désert : ils l’avaient traversé « à pied, emmenés par les ennemis », ils le retraverseront dans la joie, « portés en triomphe » par Dieu lui-même, « comme sur un trône royal ». Essayons d’interpréter ces paroles sur un plan spirituel, comme 3 invitations à nous convertir à plus d’Espérance.

« Tout ravin sera comblé ». Les ravins, ce sont toutes nos misères, pas seulement matérielles, mais aussi physiques, psychologiques et spirituelles. Elles peuvent nous pousser à désespérer. Selon saint Thomas d’Aquin, c’est le plus grave de tous les péchés. En effet, d’une part, il ne s’oppose pas à une vertu seulement humaine, mais théologale, comme l’infidélité s’oppose à la foi et la haine s’oppose à l’amour. D’autre part, « le désespoir est plus périlleux, car c'est par l'espérance que nous nous détournons du mal et que nous commençons à rechercher le bien. C'est pourquoi, lorsque l'espérance a disparu, les hommes, sans aucun frein, se laissent aller aux vices et abandonnent tout effort vertueux […] Et Saint Isidore déclare: ‘’Commettre un crime c'est la mort de l'âme; mais désespérer, c'est descendre en enfer’’ » (II-II, q.20, art.3).

Un exemple très parlant de désespoir est celui de Judas. Judas n’a pas commis un péché plus grave que Pierre. Le premier a trahi, le second a renié. Mais alors que Pierre a cru en la miséricorde de Dieu et a su accueillir son pardon, Judas a mis fin à son existence. Pierre s’est relevé de sa chute, alors que Judas est resté à terre. Sainte Thérèse d’Avila écrivait très justement : « La sainteté, ce n’est pas de ne jamais tomber, mais de toujours se relever ». Plus on est saint, plus on est humble, et plus vite on se relève, car on ne s’appuie pas d’abord sur ses propres forces, mais sur celles du Seigneur.

« Toute montagne et toute colline seront abaissées ». Les montagnes et les collines symbolisent nos présomptions. A l’autre extrême du désespoir, la présomption tue en nous l’Espérance. Elle est de deux sortes, qui se réfèrent toutes deux à un objectif qui nous dépasse : la première nous fait croire que nous pouvons atteindre cet objectif par nos propres forces seulement ; la seconde nous fait croire que Dieu va nous donner d’atteindre l’objectif parce que nous le méritons. Dans les deux cas, la présomption est liée à un manque d’humilité et de crainte de Dieu.

Dans les évangiles, la présomption est illustrée par les Pharisiens, qui croient qu’ils se sauvent eux-mêmes par leur observation minutieuse de tous les commandements de la Loi. Dans la parabole du Pharisien et du Publicain, Jésus déclare que c’est le second qui repart justifié du temple, parce qu’il a prié avec humilité, contrairement au premier.

« Les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ». Les passages tortueux et les routes déformées représentent nos vices, qui tuent eux aussi l’Espérance. Dans la Somme théologique, saint Thomas énumère sept péchés capitaux, en précisant qu’il s’agit plutôt de vices, c’est-à-dire d’habitudes mauvaises dont découlent les péchés (le mot capital vient de caput, tête en latin). Il s’agit de l’acédie (ou paresse spirituelle), l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie.

Dans son évangile, saint Luc écrit que Marie Madeleine a été libérée de sept démons (Lc 8,2), qui représentent sans doute ces sept péchés capitaux. Ils vont souvent ensemble, car ils se développent dès lors que l’on s’éloigne de Dieu, comme de mauvaises herbes lorsqu’on s’éloigne de la lumière.

Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous invite aujourd’hui à nous convertir, c’est-à-dire à préparer sa route dans nos cœurs. Il est venu, il reviendra, il vient sans cesse, mais sommes-nous prêts à l’accueillir, et même à aller à sa rencontre, comme Zachée qui est « vite » descendu de son arbre et a reçu Jésus chez lui « avec joie » (Lc 19,1-10)? Cette semaine, allons recevoir le sacrement de réconciliation, qui nous sera notamment proposé demain soir dans une démarche communautaire. Et pour que ce sacrement porte du fruit, préparons-le avec un bon examen de conscience, à la lumière des paroles du prophète Isaïe. Quand ai-je désespéré et baissé les bras à la vue de mes misères? Quand ai-je fait preuve de présomption, me fiant à mes propres forces seulement ou croyant mériter le secours de Dieu ? Quand ai-je commis un des sept péchés capitaux ? Cet examen de conscience ne doit pas m’accabler, mais au contraire me préparer à renaître. Ce temps de l’Avent n’est pas destiné seulement à faire mémoire de la naissance du Sauveur il y a 2000 ans, ce que nous ferons uniquement le 25 décembre, mais aussi et surtout à le faire naître en nous chaque jour un peu plus. Pour cela, prions le Saint Esprit, dont Jean Baptiste a annoncé la venue après son appel à la conversion, comme nous l’entendrons dimanche prochain. Devant la tentation du désespoir, qu’il renouvelle en nous le don de force. Devant la tentation de la présomption, qu’il renouvelle en nous le don de crainte. Devant la tentation des péchés capitaux, qu’il renouvelle en nous ses sept dons. Alors, nous pourrons vivre pleinement dans l’Espérance de la rencontre avec le Seigneur, et nous serons comblés de la joie de Gaudete, que nous célébrerons dimanche prochain également, car la l’Esprit Saint et la joie sont deux compagnons inséparables.

25 novembre : 34ème dimanche du TO (Jn 18, 33-37)

Lorsque Jésus comparut devant Pilate, celui-ci l'interrogea : "Es-tu le roi des Juifs ?" Jésus lui demanda : "Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d'autres te l'ont dit ?" Pilate répondit : "Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ?"

Jésus déclara : "Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici." Pilate lui dit : "Alors, tu es roi ?" Jésus répondit : "C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Une royauté qui vient de Dieu
    a – le Christ est la clef de voute de la création. – “l’alpha et l’omega”
    b – le Christ est le vainqueur du mal et de la mort – autorité sans égale
    c – le Christ est le premier né d’un monde nouveau
II – Une royauté de service
    a – un roi qui n’est pas de ce monde, sans palais, ni faste, ni armée
    b – un roi qui donne sa vie comme témoin de la Vérité
    c – un roi qui offre sa Parole à tout homme qui ouvre son coeur
III – Une royauté éternelle
    a – le souverain des rois de la terre – tout vient de lui – “Il est”
    b – le souverain Pasteur des âmes – “il a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père”
    c – le souverain sauveur/juge de tous – “il vient” – Liberté de chacun
“Règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix” (Préface de la fête du Christ Roi)
+ soyons fiers de notre Roi
+ honorer le Christ Roi c’est écouter sa voix et y conformer notre vie, c’est servir Dieu et ses frères, par amour de lui
+ la venue du Royaume exige de chacun un conversion radicale

18 novembre : 33ème dimahche du TO (Marc 13, 24-32)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : "En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel.

Que la comparaison du figuier vous instruise : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l'été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père."

Eléments de réflexion - Père A. de Romanet

I – N’ayons pas peur de ce monde qui passe
“En ces temps-là, après un terrible détresse…”
    a – ce monde visible est voué au chaos et à la perdition
    b – radicale fragilité, pauvreté et impuissance de l’homme
    c – "le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas"
II – N’ayons pas peur de ce monde qui vient
“Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées…”
    a – entre ceux qui au nom de la religion annoncent la fin imminente de ce monde, et ceux qui au nom de ce monde    annoncent la fin des religions…
    b – attendre le salut de Dieu ou de soi-même ? écoute ou orgueil ?
    c – le retour glorieux du Christ est une bonne nouvelle de salut
III – Inquiétons-nous de nous-même, pour aujourd’hui
    “Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte”
    a – “la venue du Fils de l’homme” : c’est sa Pâque que Jésus annonce
    b – notre horizon de chrétien est celui de notre propre Pâque
    c – la fin de chaque homme récapitule celle de toute l’humanité
+ Jésus a mené pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté.
+ Le triomphe final du Christ et le rassemblement des élus sont des évènements spirituels qui échappent à l’histoire comme à la géographie ou à la cosmologie.
+ c’est aujourd’hui le jour du salut

Après une terrible détresse, on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées

Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, que faire lorsque nous sommes dans la détresse ? lorsque nous avons perdu un être cher ? lorsque nous sommes malades ? lorsque nous sommes au chômage, ou en conflit avec des proches ? Alors que nous serions tentés de désespérer, le Seigneur nous appelle aujourd’hui à l’attitude exactement inverse, c’est-à-dire à espérer. L’Espérance est la deuxième vertu théologale, plus haute encore que la Foi et juste au dessous de la Charité. Alors que nous achevons aujourd’hui et dimanche prochain l’année liturgique avec des récits de type apocalyptique, c’est-à-dire de révélation, c’est cette vertu qui est mise à l’honneur. Le Catéchisme de l’Église Catholique la définit comme « la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit » (§1817). Sur quoi repose l’Espérance chrétienne ? Sur les promesses de Dieu pour l’avenir, sur les actions qu’Il a accomplies dans le passé, et sur celles qu’Il continue d’accomplir dans le présent.

Pour commencer, notre Espérance repose sur les promesses de Dieu. Celles transmises par les prophètes de l’Ancien Testament, d’abord. Daniel, en particulier, considéré par les Juifs comme l’un des 4 grands prophètes, reçut des visions de style apocalyptique, notamment celle que nous venons d’entendre : « en ce temps-là, il y aura un temps de détresse comme il n'y en a jamais eu depuis que les nations existent. Mais en ce temps-là viendra le salut de ton peuple, de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu » (1ère lect.). Et il annonce la résurrection de beaucoup « qui dormaient dans la poussière de la terre … : les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles ». Avec ses disciples, Jésus reprend ce style apocalyptique : « en ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. » Et comme Daniel l’avait fait également (Dn 7), il annonce qu’un mystérieux personnage, le Fils de l’homme, viendra « sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel. » Ce Fils de l’homme, c’est Jésus lui-même, qui a préféré cette expression à toutes les autres pour parler de lui-même. Elle est en effet celle qui manifeste le plus la dimension de combat eschatologique liée à sa mission. Un jour, le mal sera définitivement vaincu.

Mais comment être sûrs que les paroles divines se réaliseront ? Pour fonder notre Espérance en l’avenir, regardons les actions accomplies par Dieu dans le passé. Toute l’histoire du salut témoigne que le Seigneur est Tout-Puissant d’Amour. Alors qu’Abraham et Sara étaient âgés et stériles, Il leur donna un fils, Isaac. Alors que le peuple hébreu était opprimé par le pharaon, et que les actions de Moïse paraissaient avoir aggravé la situation, Il les délivra « par sa main puissante et son bras étendu ». On pourrait multiplier les exemples. Mais c’est surtout avec son Fils que Dieu révèle que son Amour est plus puissant que le mal. Après avoir vaincu Satan dans le désert, le Christ a guéri les malades et chassé les démons. Et surtout, il a vaincu le péché en offrant sa vie en sacrifice, comme l’écrit l’auteur de l’épître aux hébreux : « dans l'ancienne Alliance, les prêtres étaient debout dans le Temple pour célébrer une liturgie quotidienne, et pour offrir à plusieurs reprises les mêmes sacrifices, qui n'ont jamais pu enlever les péchés. Jésus Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu » (2ème lect.). Jésus ne s’est pas laissé vaincre par le mal. A Gethsémani, il dit : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Mt 26,39) Puis, sur la croix, alors qu’il connaît la détresse la plus extrême, au point de crier d'une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mt 27,46), il ajoute : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font. » (Lc 23,34) En mourant, Jésus manifeste ce qu’il avait déclaré à ses disciples durant la dernière Cène : « Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde. » (Jn 16,33)

Notre Espérance dans les promesses de Dieu pour l’avenir repose sur les actions qu’Il a accomplies dans le passé, mais aussi sur celles qu’Il accomplit dans le présent. D’abord, contemplons la nature, comme le Christ nous y invite: « Que la comparaison du figuier vous instruise : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l'été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte ». Alors que nous entrerons bientôt dans l’hiver, nous savons qu’il sera suivi par le printemps, et ensuite par l’été. Ensuite, nous pouvons voir dans notre monde des hommes et des femmes dont la manière de vivre témoigne que Dieu est proche, car Il transparaît à travers eux. Alors, lorsque nous regardons la réalité d’aujourd’hui, avec toutes ses guerres et toutes ses atrocités, prenons conscience qu’elles constituent le prélude au retour du Christ et à l’établissement définitif de son Règne, où les élus pourront jouir de la lumière de la Vérité et la chaleur de l’Amour, dans un été qui ne finira jamais. Les paroles apocalyptiques, celles des prophètes comme celles du Christ, décrivent notre monde actuel. En réalité, la fin des temps a commencé avec la mort et la résurrection du Christ. Alors, au lieu de nous désespérer de tous les signes inquiétants que nous voyons autour de nous, nous devrions nous redresser et  relever la tête « car notre rédemption approche. » (Lc 21,28). Quand aura lieu cette rédemption ? Jésus répond : « quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père »… Ce qui importe donc, c’est d’être prêts et de veiller, comme il nous le redira plusieurs fois pendant l’Avent dans lequel nous allons bientôt entrer !

Ainsi, frères et sœurs, lorsque nous sommes dans la détresse, ne désespérons pas. Toutes les épreuves auxquelles nous sommes confrontés personnellement ou auxquelles nous assistons autour de nous sont comme les préludes de la Parousie. « Le mal qui ne nous tue pas nous rend plus fort », écrivait Nietzsche. Cet appel à l’espérance de la part d’un non-croyant, nous avons pu l’expérimenter nous-mêmes. Parfois, nous avons été tentés de baisser les bras, mais nous avons eu le courage de redresser la tête, et nos difficultés ont fini par s’estomper. Pourquoi James Bond, qui vient de fêter ses 50 ans, est-il toujours aussi populaire? Parce qu’en face des pires épreuves, il ne se laisse jamais abattre. C’est aussi ce qui explique le succès du Seigneur des anneaux ou d’Harry Potter… De même, dans l’un des meilleurs films de tous les temps, La vie est belle de Frank Capra, le héro James Stewart est tellement éprouvé qu’il est sur le point de mettre fin à ses jours ; mais grâce à l’intervention de son ange gardien, il retrouve l’Espérance, et sa situation devient finalement meilleure qu’au départ, comme celle de notre ami Job… Alors, lorsque nous serons éprouvés jusqu’à la détresse, frères et sœurs, tournons-nous vers le Fils de l’homme, le vainqueur de toutes les formes de mal, et combattons avec lui, dans l’Espérance d’être un jour accueillis par lui dans son Royaume, celui de l’été éternel.


11 novembre : 32ème dimanche du TO (Mc 12, 38-44)

Dans son enseignement, Jésus disait : "Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés."

Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes.

Jésus s'adressa à ses disciples : "Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – “Méfiez-vous des scribes qui aiment les premiers rangs”
    a – Terrible contre-témoignage : enseigner une chose et faire son contraire
    b – Terrible anesthésie : “faire la charité” bien mesurée en s’imaginant “acheter son salut”
    c – Terrible illusion : être fasciné par les Eminences et autres Excellences
II – “Tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence”
    a – Les biens d’absolue nécessité / de confort / de superflu
    b – “N’est-ce pas être voleur que de s’approprier ce que vous n’avez reçu que pour le distribuer ?”
    c – Il ne s’agit pas de “faire la charité” mais de “vivre la fraternité”.
III – “Elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre"
    a – Non seulement la veuve n’a rien mais elle se sait rien
    b – Une veuve au plus près du sacrifice total du Christ : elle a tout donné
    c – Comment pouvons-nous accueillir en vérité le don total de l’Eucharistie si nous hésitons à donner sans esprit de retour ?
Prière de S. Ignace de Loyola : “Tout ce que j’ai et possède, Seigneur, tu me l’as donné. A toi je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ta volonté. Donne-moi seulement de t’aimer avec ta grâce. Ainsi je suis assez riche et ne demande rien de plus”..

Heureux les pauvres de cœur - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, quelle était la première béatitude dans l’évangile de la Toussaint que nous avons entendu il y 10 jours ? Bravo à ceux qui s’en souviennent. La première béatitude, c’est: « Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5,3). Elle est placée en premier parce qu’elle est la porte d’entrée pour le Royaume dans lequel toutes les autres béatitudes pourront être vécues : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume de Dieu est à eux ». Qui sont les pauvres de cœur ? Ce ne sont pas les méchants, ceux qui n’ont pas de cœur, comme une jeune de l’aumônerie me l’a dit un jour. Ce sont ceux qui réalisent que tout ce qu’ils possèdent, et même tout ce qu’ils sont, vient de Dieu. Ils sont conscients que toutes leurs richesses sont des dons qu’ils ont reçus. Même si j’ai contribué par mes efforts à acquérir ces richesses, je n’ai pu le faire que grâce à mon corps, mon intelligence, ma volonté, ma mémoire, toutes mes facultés que j’ai reçues du Seigneur. Si je suis pauvre de cœur, je suis donc capable de tout Lui donner ou redonner, c’est-à-dire que je peux lui offrir ma vie en sacrifice. Sacrifier, du latin « sacrum facere », signifie « faire sacré ». En ce jour où nous commémorons l’Armistice de 1918, souvenons-nous des millions d’hommes qui ont sacrifié leurs vies sur l’autel de la patrie. Même s’ils l’ont fait pour servir les intérêts de politiciens qui les ont utilisés pour obtenir gloire ou richesses, nous pouvons admirer leur dévouement personnel. De même, nous pouvons admirer les deux veuves que nous présentent les textes de ce dimanche. Encore aujourd’hui, le veuvage est parfois synonyme de situations difficiles. Mais dans le passé, lorsqu’il n’y avait pas de sécurité sociale, il s’accompagnait presque toujours de la misère. Eh bien, dans leurs situations précaires, la veuve de Sarepta et celle de l’évangile ont goûté la béatitude des pauvres de cœur, et elles ont offert leur personne et leur vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu (cf Rm 12,1). Parce qu’elles attendaient TOUT de Dieu, elles ont été capables de TOUT lui donner. A leur école, méditons maintenant sur la pauvreté de cœur et sur le sacrifice.

Pour commencer, réfléchissons sur la pauvreté de cœur, et sur la façon de l’acquérir. Elle repose avant tout sur la Foi. En hébreu, l’expression « je crois », le mot « amen » que nous disons si souvent, a la même racine que le mot « rocher ». Lorsque je dis « amen »ou « je crois », je m’appuie sur un rocher inébranlable, Dieu lui-même. Nous l’avons dit tout à l’heure en récitant le psaume : « Heureux qui s'appuie sur le Dieu de Jacob, qui met son espoir dans le Seigneur son Dieu, lui qui a fait le ciel et la terre. Il garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain » (Ps 145). Oui, celui qui s’appuie sur Dieu n’a rien à craindre. La veuve de Sarepta utilise le reste de sa farine et de son huile pour faire une galette pour le prophète Elie. La veuve de l’Evangile donne tout ce qu’elle possède pour embellir le Temple. Ces deux femmes prennent donc le risque de mourir. Mais il ne s’agit pas de suicides : toutes deux croient que Dieu ne les abandonnera pas, elles Lui font confiance.

Notre société est aux antipodes de la pauvreté de cœur. Elle nous pousse au contraire à nous enrichir et à nous élever par nos propres forces, et à nous assurer contre tous les aléas possibles. C’est de là que surgissent les conflits, comme ce fut le cas en 1914. Dans son épître, saint Jacques écrit : « D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? N’est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n’obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre. » (Jc 4,1-2) Les pauvres de cœur, les anawim de l’Ancien Testament, sont des doux et des artisans de paix, parce qu’ils savent que « Dieu seul suffit », comme l’écrira sainte Thérèse d’Avila. C’est pourquoi Jésus a dit que le Royaume des cieux leur appartient : ils ne sont pas intéressés par la richesse et la gloire humaines, ils possèdent déjà beaucoup mieux que cela.

Les pauvres de cœur, parce qu’ils attendent tout de Dieu, sont aussi capables de tout lui donner. C’est le sens du sacrifice, qui consiste à rendre sacrées nos actions. Si elles sont accomplies dans l’amour, toutes peuvent devenir sacrées. Ramasser une aiguille avec amour a plus de valeur aux yeux de Dieu que d’accomplir des prodiges avec orgueil. Les prophètes d’Israël ont dénoncé l’illusion de l’homme qui croit mériter les faveurs de Dieu en lui offrant des sacrifices. Après avoir condamné les sacrifices humains, ils ont révélé progressivement ce que Dieu attendait véritablement de l’homme : « C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices » (Mt 9, 13), entendus ici au sens des sacrifices d’animaux. Car Dieu agrée bien certains sacrifices : « Accueille-nous avec notre âme brisée et notre esprit humilié, comme si nous présentions un holocauste de béliers et de taureaux, un sacrifice de milliers d'agneaux gras. » (Dn 3, 39) Ou encore : « Se montrer charitable c'est faire une oblation de fleur de farine, faire l'aumône c'est offrir un sacrifice de louange. » (Si 35, 2)

En offrant à Elie son huile et sa farine, la veuve de Sarepta offre un sacrifice « d’agréable odeur » à Dieu. Il en est de même avec la veuve de l’évangile. Son geste est d’autant plus parlant qu’elle l’accomplit pour embellir le Temple où l’on offrait chaque jour à l’époque des sacrifices. Bientôt, il n’y aura plus de Temple, car Jésus va offrir à son tour le plus beau des sacrifices : dans l’évangile de Luc, cet épisode précède immédiatement le discours eschatologique où Jésus annonce la destruction du Temple, avant d’entrer dans sa Passion. Comme l’écrit l’auteur de l’épître aux hébreux, « c'est une fois pour toutes, au temps de l'accomplissement, qu'il s'est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice » (2ème lect.).

Ainsi, frères et sœurs, les veuves de Sarepta et du Temple nous enseignent le sens de la première béatitude et du sacrifice. Notre société, elle, ressemble plutôt aux scribes attirés par la richesse et la gloire humaine, et qui « dévorent les biens des veuves ». Autour de nous cependant, si nous savons regarder comme le Christ ou comme le Petit Prince, c’est-à-dire avec les yeux du cœur, nous pourrons admirer des personnes qui ressemblent à nos deux veuves, et qui passent inaperçues aux yeux du monde. Un proverbe dit : « le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit ». Dans le Festin de Babette, une femme dépense toute sa fortune pour préparer un repas de fête pour les membres de la communauté qui l’a accueillie. Grâce à ce sacrifice, elle permet la réconciliation entre eux, et la guérison de certains cœurs. Nous-mêmes, sommes-nous comme les scribes qui cherchaient à faire le bien pour se faire remarquer et en ne donnant que de leur superflu, ou sommes-nous prêts à tout donner, pour la gloire de Dieu et le salut du monde ? « Celui qui n’a pas tout donné n’a rien donné », disait la petite Thérèse, et aussi Georges Guynemer, le célèbre aviateur français mort au combat en 1917… Nous pouvons donner non seulement de l’argent, mais aussi notre temps, notre énergie, notre écoute. Saint François d’Assise a sacrifié son confort, saint Paul sa réputation, saint Maximilien Kolbe sa vie. Ils ont été fous aux yeux du monde, mais « la folie de Dieu est plus sage que l’homme » (1 Co 1,25)… Demandons à la Vierge Marie, veuve elle-aussi après la mort de saint Joseph, et qui a accepté de « sacrifier » son Fils, d’intercéder pour nous afin qu’avec des cœurs de pauvres, nous acceptions de TOUT donner au Seigneur et à nos frères de la terre.

4 novembre : 31ème dimanche du TO

Un scribe s'avança vers Jésus pour lui demander : "Quel est le premier de tous les commandements ?" Jésus lui fit cette réponse : "Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là." Le scribe reprit : "Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l'Unique et qu'il n'y en a pas d'autre que lui. L'aimer de tout son coeur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices." Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : "Tu n'es pas loin du royaume de Dieu." Et personne n'osait plus l'interroger.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Une relation décisive
    a – une étude passionnée de la Parole de Dieu – “De quel amour j’aime ta loi ”
    b – la nécessité des commandements pour nous guider – “car c’est toi qui m’enseignes ”
    c – articuler amour et commandement par la volonté du coeur
II – Une relation triangulée
    a – un indispensable amour de soi ; parce que Dieu m’aime – “auto-estime”
    b – un indispensable amour de l’autre ; parce que Dieu l’aime – le prochain
    c – un indispensable amour de Dieu ; parce qu’il est Dieu - plénitude
III – Une relation à articuler
    a – s’aimer soi-même sans aimer Dieu ni ses frères : enfermement
    b – aimer l’autre me met toujours sur le chemin du Seigneur : ouverture
    c – aimer Dieu me donne d’aimer mon prochain et moi-même en vérité
L’homme n’est pleinement lui-même que s’il cultive ces trois dimensions de l’amour. S’il ne vit qu’un aspect, il est une ligne ; s’il en vit deux, il est une surface ; mais s’il vit les trois facettes de l’amour, alors, il est un volume, et en définitive pleinement lui-même ! Puissance de l’incarnation !


28 Octobre : 30ème dimanche du TO (Marc 10, 35-45)

Tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route. Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : "Jésus, fils de David, aie pitié de moi !" Beaucoup de gens l'interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : "Fils de David, aie pitié de moi !"

Jésus s'arrête et dit : "Appelez-le." On appelle donc l'aveugle, et on lui dit : "Confiance, lève-toi ; il t'appelle." L'aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Jésus lui dit : "Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Rabbouni, que je voie." Et Jésus lui dit : "Va, ta foi t'a sauvé."

Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Comme il est difficile de reconnaître son aveuglement
    a – aveuglement du coeur qui empêche de discerner l’essentiel
    b – aveuglement des disciples de Jésus et de la foule
    c – aveuglement de notre monde ployant sous le poids de ses images
II – Le moins aveugle de tous : Bartimé, le non-voyant
    a – la pauvreté dérange et interpelle – faire taire ou s’approcher ?
    b – la pauvreté convoque à la vérité, à l’intercession, à l’action de grâce
    c – la pauvreté offre la transparence d’un coeur désencombré de son ego
III – L’unique essentiel : voir en vérité qui est Jésus
    a – “Que veux-tu ?” Avons-nous soif du Dieu vivant ? Vouloir intensément…
    b – Kyrie – Profession de Foi – Résurrection – Baptême – Salut
    c – Jésus en guérissant nous met debout, et ouvre à la liberté
N’ayons pas peur de venir à la lumière, tels que nous sommes
Se laisser saisir par Jésus, avec toutes nos blessures
Jésus ne cesse de passer dans nos vies - Emmaüs

Rabbouni, que je voie ! - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, sommes-nous capables de voir ? Bien sûr, je ne parle pas de la vision physique, mais de la vision spirituelle. Sommes-nous capables de voir la vérité ? de voir le chemin qui nous conduit vers Dieu ? Si nous sommes lucides, nous pouvons répondre que nous ne le sommes pas. Jésus déclare ainsi aux pharisiens, après avoir guéri l’aveugle-né : "Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !” votre péché demeure." (Jn 9, 41) Seul l’orgueil peut nous empêcher de reconnaître notre cécité. Les saints, au contraire, en étaient pleinement conscients, et ils demandaient à Dieu de les éclairer. "Je veux voir Dieu" est le cri qui résume toute la vie de sainte Thérèse d’Avila. Toute la vie chrétienne peut être appelée voie d’illumination. C’est d’ailleurs l’un des noms qui était donné au baptême, dans les premiers siècles. Comment voir Celui qui nous a créés ? Comment voir le chemin qui nous conduit vers Lui ? Pour nous y aider, ouvrons grands les yeux de nos esprits pour contempler l’aveugle Bartimée, dans la scène très imagée que nous venons d’entendre. Cet homme, que les trois évangiles synoptiques ont évoqué, est une parfaite image du disciple (à tel point que sa guérison est lue à tous les catéchumènes lors de l’étape du dernier scrutin). Au départ, il est aveugle, mendiant et assis. A la fin, il est voyant, libre et il marche. Il est prêt à quitter Jéricho, la ville du monde la plus basse (-250m) et la plus ancienne (près de 8000 ans avant Jésus Christ) pour suivre Jésus vers Jérusalem, la ville où réside le Temple de Dieu. Autrement dit, il est le symbole de l’homme ancien renouvelé par le Christ. Le mot employé pour l’inviter à se lever, "égeiré", signifie également "ressuscite"…  Comment cette résurrection a-t-elle été possible ? D’abord parce que Bartimée est un homme de désir. Ensuite, parce qu’il est un homme de Foi.

Pour commencer, Bartimée est un homme de désir. Il aurait pu s’habituer à sa situation d’aveugle et de mendiant, et se recroqueviller sur lui-même. Au contraire, il est aux aguets, et se sert pleinement des sens qui lui restent, en particulier l’ouïe. Il a entendu parler, souvent sans doute, de Jésus de Nazareth, et il a placé en lui son Espérance. Apprenant qu’il est à Jéricho, il comprend que c’est la chance de sa vie qui se présente. Mais comme la foule est nombreuse, il pourrait être intimidé et ne pas vouloir faire de vagues. Au contraire, il se met à crier : "Jésus, fils de David, aie pitié de moi !" Comme il pouvait s’y attendre, beaucoup de gens l'interpellent vivement pour le faire taire. C’est ainsi que l’on a tendance à traiter les marginaux, les petits. Souvenons-nous des disciples, qui écartèrent vivement les enfants qu’on approchait de Jésus (Mc 10,13). Cela parait d’autant plus justifié ici, que la scène a lieu à proximité du palais d’Hérode (dont des vestiges ont été retrouvés par des archéologues), avec sans doute des soldats romains dans les alentours, et que ceux qui troublaient la "pax romana" risquaient très gros. Mais Bartimée ne se laisse pas intimider, et il crie de plus belle : «Fils de David, aie pitié de moi !" Son cri répété est l’expression d’un désir immense. Il rejoint l’exhortation de Jérémie à son peuple en exil : "Faites résonner vos louanges et criez tous : "Seigneur, sauve ton peuple, le reste d'Israël !"
Et nous, frères et sœurs, de quoi souhaitons-nous être guéris par le Seigneur ? "L’homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu", disait le curé d’Ars. N’ayons pas peur de reconnaître nos blessures, nos fragilités, car c’est par elles que le Seigneur peut nous transformer …
Le cri de Bartimée n’est pas seulement l’expression de son désir, mais aussi de sa Foi. C’est ce que manifeste la seconde partie de l’évangile. Pour commencer, Jésus s'arrête et dit : "Appelez-le." Pourquoi ne le fait-il pas taire, comme il a fait taire les démons, qui savaient qu’il était le messie ? Parce qu’il n’est plus temps de cacher son identité, il se dirige vers Jérusalem, où il va souffrir sa passion, mourir et ressusciter, comme il l’a annoncé trois fois dans les épisodes précédents de l’évangile. Mais alors, pourquoi Jésus ne va-t-il pas directement voir Bartimée, ou ne l’appelle-t-il pas lui-même ? Parce que le Seigneur agit par la médiation des hommes. C’est le rôle même de l’Eglise, qui est "le sacrement universel du salut" (LG 48). C’est bien ce rôle que jouent ici ceux qui appellent l’aveugle, lui disant trois mots essentiels de la Foi : "Confiance, lève-toi, il t'appelle." Le premier - "tharsei" - pourrait plutôt être traduit par "courage", le deuxième -"égeiré" (nous l’avons vu), par "ressuscite", et le troisième -"phonei" - suggère une vocation.  Ce sont trois verbes dynamiques, qui manifestent que les appels de Dieu nous fortifient et nous mettent en mouvement.
A cet appel, Bartimée répond d’une manière admirable. Il "jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus." Le manteau, dans la bible, est le symbole de la puissance de l’homme, et il est aussi, pour un aveugle, son unique richesse. Bartimée ne craint pas de le jeter, et son enthousiasme le fait bondir comme un poulain  (cf Ps 28). Cet abandon suggère une rupture avec son passé, et rappelle aussi le geste que réalisaient les nouveaux baptisés au temps de Marc, avant de revêtir un vêtement blanc.
"Que veux-tu que je fasse pour toi ?" Jésus sait très bien ce à quoi Bartimée aspire, mais il veut affermir son désir, et l’inscrire dans une relation personnelle avec lui. La réponse est simple et belle : "Rabbouni, que je voie." Rabbouni est le mot que Marie-Madeleine emploiera elle-aussi (cf Jn 20,16), et qui signifie "mon maître", avec une dimension particulière de respect. Bartimée ne s’adresse pas à un guérisseur quelconque, mais à celui en qui il a reconnu le "fils de David" et qu’il considère comme son maître. Il est donc entré dans une relation de Foi. C’est pourquoi Jésus peut lui répondre : "va, ta foi t'a sauvé." Et la preuve que Bartimée est devenu un disciple de Jésus, c’est qu’il le suit sur la route… Jacques et Jean, qui voulaient siéger avec Jésus dans sa gloire (cf dimanche dernier), étaient aveugles sans le savoir. Lui, maintenant qu’il a ouvert les yeux sur le Christ, marche.

Frères et sœurs, Bartimée fait partie des quelques personnages admirables que les évangiles nous présentent. Alors que les apôtres sont encore aveugles sur la véritable mission de Jésus, comme les péricopes des dimanches précédents l’ont manifesté, cet homme pauvre par excellence fait preuve d’un courage et d’une lucidité extraordinaires. C’est l’occasion pour nous de nous demander quelle est la force de notre désir et la clarté de notre Foi, comme nous l’avons peut-être déjà fait dimanche dernier en méditant sur Jacques et Jean, dont le désir de siéger à la droite de Jésus dans sa gloire était grand, lui aussi, même s’il devait être purifié… Nos frères chrétiens orthodoxes ont été tellement marqués par le cri de Bartimée, qui est presque semblable à celui du publicain monté au Temple, que certains récitent continuellement une prière litanique que le Récit d’un pèlerin russe a rendue célèbre : "Jésus, fils de David, aie pitié de moi, pécheur". Nous-mêmes, au début de chaque célébration eucharistique, nous crions trois fois "kyrie eleison", même si ces mots sont parfois traduits en français. Les chantons-nous de tout notre cœur ? Jeudi, lors de la fête de la Toussaint, nous entendrons la béatitude : "Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu". Pour bien préparer cette fête, prenons conscience de nos cécités, et demandons au Seigneur de purifier nos cœurs afin que nous puissions le voir, et de nous donner la force de le suivre. AMEN.


21 Octobre : 29ème dimanche du TO (Marc 10, 35-45)

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : "Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande." Il leur dit : "Que voudriez-vous que je fasse pour vous ?" Ils lui répondent : "Accorde-nous de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire." Jésus leur dit : "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ?" Ils lui disaient : "Nous le pouvons."

Il répond : "La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées." Les dix autres avaient entendu, et ils s'indignaient contre Jacques et Jean.

Jésus les appelle et leur dit : "Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous : car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Siéger dans la gloire, une ambition légitime !
    a – Ambition : légitime et nécessaire. Jacques et Jean ont perçu que l’accomplissement de leur vie passe par Jésus
    b – Indignation des dix autres : jalousie, impuissance, frustration ?
    c – Conversion : servir Dieu ou le mettre à notre service ? En rester à une réflexion humaine sur le pouvoir, ou accueillir la Révélation
II – Pouvoir-service ou pouvoir-domination / de Dieu / de l’homme ?
    a – L’homme se laisse duper par l’image mensongère d’un dieu de puissance-domination qu’il veut égaler (Gn 3). L’homme se rend esclave de la mort quant il projette sur Dieu sa propre envie de dominer. D’où le péché, et la souffrance
    b – La clef de tout : la personne de Jésus, qui ne cherche jamais à dominer et qui ne peut violer les libertés dont il est la source
    c – Le tout-puissant payant le prix du sang en rançon ? Comment libérer un esclave qui s’est lui-même enchaîné sans violer sa liberté ? La Croix montre à la fois le problème et la solution
III – Les plus grandes figures humaines sont les plus humbles
    a – Mère Teresa : 150 cm et 40 kg de passion enflammée pour le Christ
    b – Jean-Paul II : serviteur des serviteurs. Dieu a choisi ce qui est faible…
   c – Marie : l’humble servante, la nouvelle Eve, la Mère des vivants. “Il renverse les puissants de leur trône et élève les humbles”
“Seigneur Jésus, apprenez-nous à être généreux, à vous servir comme vous le méritez, à donner sans compter, à combattre sans souci des blessures, à travailler sans chercher de repos, à nous dépenser sans attendre d’autre recompense que celle de savoir que nous faisons votre sainte volonté.” (S. Ignace de Loyola)

Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous - Homélie du P. A. Duban

Frères et sœurs, quelle est notre plus grand désir, notre ambition pour notre vie ? Aujourd’hui, le Christ, en répondant à Jacques et Jean, les "fils du tonnerre", nous appelle à être des hommes et des femmes de grand désir. Certes, celui des deux frères est à purifier : "Accorde-nous de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire." (Mc 10, 37) Leur demande témoigne qu’ils n’ont pas compris le sens de la messianité de Jésus : ils la voient d’une façon trop terrestre, s’attendant à ce que leur Maître devienne roi sur Israël comme David mille ans plus tôt. Leur incompréhension est d’autant plus "choquante" que Jésus vient, dans le passage précédant immédiatement, de leur annoncer pour la troisième fois sa Passion et sa mort à venir.  Les dix autres s’indignent donc à juste titre, mais il est probable qu’eux-mêmes partagent la même incompréhension et les mêmes désirs. Comment Jésus réagit-il ? Loin de se mettre en colère ou de désespérer de ses disciples, il profite de l’occasion pour les enseigner. Il n’étouffe pas leur désir, mais le purifie. Vous voulez partager ma gloire ? Vous avez raison, mais vous vous trompez sur sa nature et sur le chemin pour y parvenir. Ma gloire n’est pas terrestre mais céleste, et vous ne pourrez la partager avec moi qu’en acceptant la souffrance, et en vous mettant au service de vos frères. Réfléchissons maintenant sur le sens de la souffrance et du service auxquels le Christ nous appelle.


"Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ?" Cette double demande peut être traduite ainsi : acceptez-vous de souffrir avec moi ? La coupe rappelle ici la coupe d’amertume, ce breuvage répugnant et dur à avaler : "Le Seigneur tient en main une coupe où fermente un vin capiteux ; il le verse, et tous les impies de la terre le boiront jusqu'à la lie." (Ps 75, 9) Le baptême, lui aussi, implique la souffrance, puisqu’il s’agit de plonger dans la mort avant de renaître. Jacques et Jean répondent à Jésus sans trop saisir la portée de leurs paroles : "nous le pouvons". Jésus leur annonce que c’est bien ce qui leur arrivera. Jacques sera le premier apôtre martyrisé, en 44 sur décision d’Hérode (Ac 12,2). Quant à Jean, il ne fut pas martyrisé mais persécuté et exilé.  Mais avant d’en arriver là, ils s’enfuiront au moment de la Passion. Sur la croix, Jésus ne sera entouré d’aucun de ses apôtres ; à sa droite et à sa gauche, sur son "trône de gloire", il n’y aura que deux malfaiteurs, dont l’un l’accompagnera le jour-même dans le Paradis.

Pourquoi les disciples ont-ils eu tant de mal à accepter le message de la souffrance de Jésus ? Parce que les Juifs attendaient un messie glorieux, le fils de David annoncé par les prophètes. Peu d’entre eux avaient compris le message du prophète Isaïe, annonçant un mystérieux serviteur souffrant dans cinq poèmes. Nous en avons entendu un extrait tout à l’heure : "A cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu'il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés." (Is 53, 11) Aujourd’hui encore, les Juifs ne sont pas tous d’accord sur l’identité de ce personnage, mais la plupart voient en lui la personnification d’Israël tout entier, comme Alexandre Adler nous l’avait dit dans la synagogue de la rue Copernic l’an dernier. Pour nous chrétiens, Jésus est à la fois le roi glorieux de l’univers et le serviteur de Dieu qui nous a sauvés en passant par la souffrance. Il est aussi le "grand prêtre par excellence" (2ème lecture), qui intercède pour nous aujourd’hui encore auprès de son Père. Il peut le faire parce qu’il "n'est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l'épreuve comme nous, et il n'a pas péché." (He 4, 15)


Ainsi, le disciple du Christ doit être prêt à souffrir. Mais il ne s’agit pas de tomber dans le masochisme ou le dolorisme, comme à certaines époques où un esprit janséniste régnait dans l’Église.  La souffrance n’est pas un but, mais une conséquence de la voie que nous choisissons, qui est celle de l’amour. Parce que "nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité" (1 Jn 3, 18), celui-ci s’exprime de manière privilégiée dans le service du prochain. Comme il y a quelques semaines, après que les disciples avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand, Jésus renouvelle son message : "Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous."  Une fois de plus, nous constatons que l’évangile va à contre-courant de l’esprit du monde. Jésus dénonce ici une des idoles les plus adulées, le pouvoir. Au lieu de le rechercher, ses disciples doivent être serviteurs ("diakonos" en grec, "ministres" en latin) et même esclaves ("doulos" en grec). Ce second terme ajoute au premier la notion de dépendance : l’esclave accepte de ne pas décider lui-même du service qu’il doit accomplir. Et Jésus va jusqu’à dire : "de tous" ! Quelle folie, à vues humaines !

Comment répondre à une telle demande ? En prenant exemple sur celui qui nous la pose. Jésus conclue ainsi son discours : "car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude." (Mc 10, 45) Lui qui est le roi de l’univers, il n’a pas cessé de nous servir. Au moment de la dernière Cène, le lavement des pieds en a été le symbole. Mais c’est sur la croix que Jésus nous a servis de manière suprême. Que pouvait-il faire de plus pour nous que de nous sauver de la mort ? Le mot "rançon" est très fort, et renvoie à celui d’ "esclave". De qui le Christ nous a-t-il libérés ? Du péché, de Satan, de la peur de la mort... Saint Paul écrit aux Romains : "Maintenant que vous avez été libérés du péché et que vous êtes devenus les esclaves de Dieu, vous y récoltez la sainteté, et cela aboutit à la vie éternelle." (Rm 6, 22) Et l’auteur de l’épître aux Hébreux ajoute : "par sa mort, Jésus a pu réduire à l'impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le démon, et il a rendus libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d'esclaves." (He 2, 14‑15) C’est parce qu’il a payé très cher notre rançon, et parce qu’il sait que cela nous rend libres et heureux, que le Christ peut nous demander de devenir nous-mêmes esclaves de Dieu et les uns des autres.


Ainsi, frères et sœurs, nous pouvons remercier les fils de Zébédée pour leur demande. Grâce à eux, nous savons que le Seigneur nous appelle tous à une vocation très haute, celle de la sainteté, qui nous permettra de partager sa gloire dans le ciel. Mais il nous enseigne aussi  que le chemin pour y parvenir est celui de la souffrance et du service. Pendant cette semaine qui va nous rapprocher de la grande fête de tous les saints, pourquoi ne pas relire la vie du bienheureux Jean-Paul II, dont nous célèbrerons la fête demain ? Karol Wojtyla, en tant que pape, était "serviteur des serviteurs de Dieu», et il n’a pas refusé de souffrir, surtout durant les dernières années de sa vie. Tous les saints ont traversé des épreuves, et tous se sont mis au service de Dieu et de leurs frères. En acceptant de renoncer à la liberté d’agir selon leurs propres désirs pour devenir esclaves de l’Esprit Saint, ils sont parvenus à goûter la liberté souveraine des enfants de Dieu. Par leur intercession, en particulier celle de Jacques, de Jean et de JPII, que Dieu nous rende libres par rapport à l’esprit du monde.

14 Octobre : 28ème dimanche du TO (Marc 10, 17-30)

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : "Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" Jésus lui dit : "Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d'adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère." L'homme répondit : "Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse." Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer. Il lui dit : "Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi." Mais lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : "Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu !" Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : "Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu." De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : "Mais alors, qui peut être sauvé ?" Jésus les regarde et répond : "Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu."

Pierre se mit à dire à Jésus : "Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre." Jésus déclara : "Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des soeurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, soeurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Un immense désir qui conduit vers Dieu par le Christ
    a – question universelle et décisive de la plénitude du sens de la vie
    b – une rencontre et un attrait décisif pour la personne de Jésus
    c – "Dieu seul est bon". Il est le modèle de l’être et de l’agir de l’homme
II – “Tu connais les commandements” : indispensables et insatisfaisants
    a – un lien étroit entre la vie éternelle et l’obéissance aux commandements
    b – les commandements sont au fondement de la dignité de l’homme, de ses droits et devoirs fondamentaux, en une réciprocité où en respectant l’autre je me respecte moi-même
    c – face à la loi l’homme mesure son impuissance et son insatisfaction
III – Le chemin de la perfection : du légalisme à l’amour
    a – l’amour appelle aux exigences les plus hautes – route ouverte à l’infini
    b – passer de la réciprocité au décentrement : vouloir d’abord le bien de l’autre
    c –Jésus est la loi vivante personnifiée – amour du prochain (vends et donne-le aux pauvres) et amour de Dieu (viens et suis-moi)
+ Les commandements, et l’invitation faite par Jésus, sont au service d’une unique charité qui tend spontanément à la perfection dont Dieu seul est la mesure. + Non pas moralisme étriqué mais plénitude de vie et d’amour.
+ Suivre le Christ est le fondement essentiel et original de la morale chrétienne.
+ Un appel qui dépasse les seules forces humaines, et ne peut se vivre qu’avec la grâce et l'Esprit du Seigneur.

Viens et suis-moi - Homélie du P. A. Duban

"Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?» (Mc 10,17) L’homme qui pose cette question à Jésus a compris l’essentiel ; il désire ce que tout homme désire au fond de soi : la vie éternelle. Les animaux cherchent instinctivement à conserver la vie le plus longtemps possible, mais l’homme aspire à davantage. Qu’est-ce que la vie éternelle ? Ce n’est pas seulement la vie qui ne finit pas, car l’existence peut être tellement insupportable, dans certaines situations, que certains cherchent même à y mettre fin. Elle peut aussi être insipide, ou futile. La vie éternelle, c’est celle qui comble l’homme, donnant à chaque instant une valeur inestimable, inoubliable. En un mot, c’est la vie même de Dieu. L’homme de l’évangile a donc bien raison de demander à Jésus le moyen de recevoir cette vie "en héritage",car elle est le plus beau don que Dieu peut léguer à ses enfants.  Le Christ lui répond en deux temps, qui correspondent aux deux étapes qui nous acheminent vers la vie divine. Pour commencer, il lui rappelle les commandements donnés par Dieu à Moïse sur le Sinaï. Ensuite, il l’invite à aller plus loin et à tout quitter pour le suivre.

Pour commencer le chemin vers la vie éternelle, il faut pratiquer les commandements du Décalogue. Ils constituent de fait, selon saint Augustin, "un commencement de liberté". Alors que beaucoup des préceptes reçus par Moïse sont devenus caduques avec le Christ, ceux du Décalogue sont toujours valables, car ils expriment la loi naturelle, inscrite dans notre humanité.  Ceci explique que toute la partie morale du Catéchisme de l’Église Catholique est basée sur eux. Avant de les rappeler à son interlocuteur, Jésus lui répond : "Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul." (V. 18) De cette manière, il suggère que le premier pas à effectuer est de placer Dieu à la première place, et de l’honorer. Il rassemble ainsi les trois premiers commandements, ceux qu’on appelle de la première table : ne pas avoir d’autre Dieu que le Seigneur, ne pas prononcer son Nom à faux, et lui rendre un culte le jour du sabbat. Sans cette première table, la seconde devient un pur humanisme qui peut s’avérer finalement déshumanisant, comme l’expérience du communisme le manifeste.
Venons-en à cette seconde table. Jésus rappelle chacun de ses commandements, en plaçant celui qui demande d’honorer ses parents non en premier mais en dernier, peut-être pour établir une gradation entre les uns et les autres, de plus en plus difficiles à réaliser : ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, ne pas voler, ne pas porter de faux témoignage, ne faire de tort à personne, honorer son père et sa mère. Ce dernier est le plus exigeant car il est le seul positif, ouvrant donc à une infinité de possibles.
La vie éternelle commence donc par l’obéissance à la loi naturelle, c’est-à-dire à ce que nous sommes. Dans la vie spirituelle, avant de parvenir aux voies illuminative puis unitive, il faut passer par la voie purgative. Les Hébreux sortis d’Égypte avaient été libérés de Pharaon, mais pas de leurs penchants mauvais qui les rendaient bien plus profondément esclaves. Les 40 ans dans le désert devaient leur permettre de parvenir à la vraie liberté, condition nécessaire pour jouir ensuite pleinement de la terre Promise. Le désert est d’ailleurs un lieu propice pour se convertir, et c’est là qu’un certain Charles de Foucauld commença à regretter sa vie antérieure dissolue.

Pour jouir de la vie éternelle, l’obéissance aux dix commandements est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Constatant que son interlocuteur la remplit, Jésus l’invite à passer à l’étape suivante. Pressentant sans doute qu’il va lui être difficile de le faire, posant alors son regard sur lui, il se met à l'aimer. (cf V. 21) Quelle délicatesse de la part du Christ!  Il ne lance pas son invitation d’une manière froide et anonyme, comme on parle à une foule, mais en proposant à l’homme riche d’entrer dans une relation personnelle et amicale. Seulement alors, il lui dit : "Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi." (V. 21) Seule l’amitié avec le Christ, le Vivant par excellence (cf Ap 1,18),  est source de vie éternelle. Mais cette amitié n’est possible que si le cœur de l’homme est libre de tout autre attachement. L’interlocuteur de Jésus ne l’est pas, car il renonce à suivre Jésus à cause de ses "grands biens". Résultat : "il devint sombre et s'en alla tout triste"… Quel gâchis ! Cet homme passe à côté du "trésor" véritable, celui que le Christ lui promettait dans le ciel ! Saint Antoine, pour sa part, en entendant cet évangile, quitta tout pour suivre le Christ dans le désert…
Cela signifie-t-il que la richesse empêche de recevoir en héritage la vie éternelle ? En fait, ce n’est pas la richesse elle-même qui constitue l’obstacle, mais l’attachement désordonné à celle-ci. Cependant, il faut bien reconnaître que cet attachement est difficile à éviter. Jésus va jusqu’à affirmer qu’il «est plus facile à une chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu." (V. 25) Contrairement à d’autres circonstances, les disciples font alors preuve d’un véritable à-propos en se demandant entre eux, déconcertés: "Mais alors, qui peut être sauvé ?" (V. 26) Ils ont bien compris que tout homme possède des richesses, qu’elles soient matérielles, affectives, intellectuelles. Même Saint François d’Assise, le poverello, perdit momentanément la paix et la joie, lorsqu’il vit son ordre être guidé par d’autres dans une direction qu’il n’avait pas voulue…La réponse de Jésus rappelle la Parole de Dieu à Sara (Gn 18,14), et à Marie (Lc 1,37), annonçant à toutes les deux leur maternité prochaine : "Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu.» (V. 27) Dieu seul est capable de nous donner la liberté parfaite.
La déclaration de Pierre, qui ressemble à une question ("voilà que nous avons tout quitté pour te suivre"), est elle-aussi fort à-propos, et peut nous aider à nous détacher de nos biens pour suivre le Christ.  Jésus, de manière très solennelle, lui répond: "Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle." (V. 29‑30) Autrement dit, nous n’avons pas à avoir peur de renoncer à nos biens, matériels ou affectifs, car le Seigneur nous comblera de biens, "en ce temps déjà", avant de nous offrir la vie éternelle "dans le monde à venir". Contrairement aux autres synoptiques, Marc ajoute "des persécutions". Pourquoi ? Parce que, pour les amis du Christ, elles constituent des biens véritables. Souffrir avec le Christ est une source de grand bonheur, comme la dernière béatitude (Mt 5,11-12) et les saints en ont témoigné.

Ainsi, frères et sœurs, n’ayons pas peur de répondre aux appels du Christ. Ne partons pas sombres et tristes, quand il veut nous combler de sa joie. Imitons l’auteur du livre de la Sagesse: "j'ai prié, et l'intelligence m'a été donnée, j'ai supplié, et l'esprit de Sagesse m'est venu. Je l'ai préférée aux sceptres et aux trônes et j'ai tenu pour rien la richesse en comparaison d'elle.» (Sg 7, 7‑8) Et cette semaine, pourquoi ne pas lire ou relire l’encyclique Veritatis Splendor, dans laquelle Jean-Paul II expose la morale catholique à partir de l’évangile du jeune homme riche ?


7 octobre 2012 : 27ème dimanche du TO (Marc 10, 2-10)

Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient : "Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?" Jésus dit : "Que vous a prescrit Moïse ?" Ils lui répondirent : "Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation."

Jésus répliqua : "C'est en raison de votre endurcissement qu'il a formulé cette loi. Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !"

De retour à la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur répond : "Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère."

On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher ; mais les disciples les écartaient vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : "Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas." Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – La vie / l’amour nécessite l’eau : arroser = parler
    a – l’homme et la femme sont des êtres de relation / Livre de la Genèse / Trinité
    b – la parole : le propre de l’homme à la ressemblance de Dieu / Le Verbe fait chair
    c – un soir par mois : le "devoir de s’asseoir"
II – La vie / l’amour nécessite le soleil : la lumière = prier
    a – nous sommes faits pour Dieu bien avantage que pour notre conjoint
    b – vouloir aimer son conjoint plus que soi-même
    c – une minute par soir : la prière conjugale
III – La vie / l’amour nécessite l’élimination / purification : la taille = pardonner
    a – face à l’absolu de l’amour le drame de l’absence d’amour (le “péché”)
    b – aimer l’autre pour lui-même, jusque dans ses refus d’aimer
    c –une fois par mois ? par trimestre ? par an ? c’est-à-dire chaque jour, la grâce du sacrement du mariage se vit au quotidien, en lien intime avec les autres sacrements.
Le processus qui conduit à un mariage réussi est le même que celui qui conduit à la sainteté : la perfection est à la fin, pas au début…

30 sept. 2012 : 26ème dimanche du TO (Marc 9, 38-43.45.47-48)

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : "Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent." Jésus répondit : "Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n'est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer. Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas. Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.

Si ton oeil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Nul n’est propriétaire ni de la Vérité ni de l’Esprit Saint

    a – Tendance à vouloir s’approprier les réalités matérielles et spirituelles

    b – Les chrétiens ne sont pas “propriétaires de la Vérité”. Contre témoignage de l’orgueil spirituel et de la bonne conscience satisfaite v/s humilité

    c – La Vérité est une personne, le Christ – non pas "à chacun sa vérité"

II – Le Royaume de Dieu est beaucoup plus vaste que l’Eglise visible

    a – Dieu voit toujours le fond des coeurs – “Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu”

    b – Aucune exclusivité ni de l’Esprit Saint ni de la conscience

    c – L’Eglise : partie émergée de l’iceberg – Dieu veut le salut de tous

III – Nécessité absolue de l’Eglise visible pour le salut du monde et de chacun

    a – On ne peut pas prétendre s’unir à Jésus en refusant consciemment de s’insérer dans son Eglise. L’Eglise, Corps du Christ

    b – Universalité de la prière de l’Eglise et de toute vraie prière

    c – Drame d’éloigner quelqu’un de l’Eglise – Drame de s’éloigner du Seigneur

Force des paroles de Jésus. Gravité du péché qui conduit à la mort.Urgence de la conversion, besoin de la grâce de Dieu, et de son Eglise. Sévérité et intensité de paroles de Jésus, à la mesure de l’amour passionné qu’il porte à chacun.

Ne nous trompons pas de combat ! - Homélie du P. A. Duban

"Quand je me regarde, je me désole. Quand je regarde les autres, je me console". Cette parole humoristique révèle une tendance très forte dans le cœur de l’homme : celle de juger les autres et de se considérer comme meilleur qu’eux. Ce jugement de l’autre et cette complaisance par rapport à soi-même, Jésus les a dénoncés :   "Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ?" (Mt 7, 3) Dans l’évangile de ce dimanche, Jean fait preuve de ce sectarisme : il veut empêcher d’agir celui qui chasse les esprits mauvais sans faire partie du groupe des disciples. Il est atteint d’une maladie à la fois grave et très répandue, celle de la jalousie. Quelque temps plus tôt, juste après l’épisode de la Transfiguration, lui et les autres disciples ont cherché à chasser un esprit mauvais, et ils n’ont pas réussi (cf Mc 9,18). Et voilà que cet homme, qui n’a pourtant pas reçu autant d’enseignements du Maître, y parvient ! La réaction de Jean ressemble à celle de Josué, qui voulait arrêter Eldad et Medad de prophétiser parce qu’ils n’étaient pas venus à la tente de la Rencontre et avaient pourtant reçu l’Esprit du Seigneur. Moïse avait manifesté son humilité et sa largeur de vue en répondant : "Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! puisse tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé leur donnant son Esprit !" (Nb 11, 29) De manière semblable, Jésus répond à Jean : "Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. Qui n'est pas contre nous est pour nous." Mais Jésus va plus loin que Moïse : après avoir invité ses disciples à la magnanimité (étymologiquement, à agrandir leur âme), il les exhorte à déplacer le combat : ce n’est pas contre les autres qu’il faut lutter, mais contre toutes les tendances qui vous empêchent vous-mêmes de vivre pleinement selon l’évangile, et qui poussent les autres à faire de même. Voyons maintenant ce que signifient ces deux attitudes auxquelles le Seigneur nous invite également, d’abord l’ouverture aux autres, ensuite la lutte contre le péché.


"Celui qui n'est pas contre nous est pour nous." Pour commencer, le Christ veut élargir notre cœur. A Nicodème, il avait déclaré : "Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va." (Jn 3, 8) L’homme a tendance à s’enfermer dans des opinions rigides et sectaires. La tentation de juger les autres guette tous les hommes, mais surtout les croyants, précisément parce qu’ils croient posséder la Vérité. C’est particulièrement vrai à notre époque, qui a érigé les déesses relativisme et tolérance sur un piédestal. "Chacun fait ce qui lui plaît et pense ce qu’il veut", voilà quel pourrait être son "évangile". Nous les croyants, nous ne pouvons certes pas accepter certaines manières d’agir et de penser, mais nous devons aussi reconnaître ce qui est bon dans notre société, et dans le cœur des personnes que nous rencontrons, croyants ou non-croyants. Nous devons juger les actes et les paroles, mais sans juger les cœurs, car seul le Seigneur en est capable, lui qui "mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et fera paraître les intentions secrètes » (1 Co 4,5) lors de son retour. Comme l’ont souligné les pères du concile Vatican II, dans la constitution Gaudium et Spes : "puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, l'Esprit-Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal" (§22). L’Eglise ne possède pas la Vérité, qui est le Christ, elle cherche à l’écouter et à la faire. Plutôt que "hors de l’Eglise point de salut", nous devrions affirmer "hors de l’Eglise point de Sauveur", conscients de nos propres errances.


En plus de nous appeler ainsi à ne pas rejeter les autres, le Seigneur nous indique en plus notre véritable ennemi : c’est le péché, et tout ce qui y conduit. Chaque année à la vigile pascale, reprenant les promesses de notre baptême, nous professons non seulement notre Foi, mais aussi notre engagement à rejeter Satan, le péché, et tout ce qui y conduit. Blanche de Castille avait éduqué son fils, le futur saint Louis, selon le principe : "plutôt mourir que pécher".Saint Jacques, d’une façon extraordinairement virulente, a condamné le comportement de certains riches, apparemment membres de la communauté chrétienne :  "Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites [...] Des travailleurs ont moissonné vos terres, et vous ne les avez pas payés [...] Vous avez recherché sur terre le plaisir et le luxe, et vous avez fait bombance pendant qu'on massacrait des gens." (2ème lect.) Avant lui, c’est Jésus lui-même qui a fait preuve du plus grand radicalisme, avec une parole encore plus dure : "Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer." Lorsqu’un membre d’un corps est gangrené, il faut le couper pour éviter que le corps entier ne soit contaminé et ne meurt. De même, lorsque nous péchons, nous contaminons le Corps entier de l’Eglise, surtout les membres les plus fragiles, les "petits" dans la Foi. C’est pourquoi le Christ nous exhorte : "si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. [...] Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. [...] Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le". Car il vaut mieux entrer manchot, estropié ou borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tous ses membres dans la géhenne,  "là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas.» Dans notre société de consommation qui nous sollicite sans cesse, nous sommes appelés non à nous estropier, mais à jeûner de nos différents sens.

Dans ce combat radical contre le péché, prenons exemple sur les saints, en particulier ceux que nous allons fêter cette semaine, Thérèse de Lisieux demain, et François d’Assise jeudi. Tous deux ont fait preuve de la même fermeté et du même courage pour lutter contre le péché. Thérèse parvint à demeurer toujours souriante avec une sœur âgée et infirme qui ne manifesta longtemps que de la mauvaise humeur, avant de se laisser gagner par la charité de sa jeune sœur et de lui sourire à son tour. Quant à François, un jour où il était assailli par les tentations de la chair, il s’était jeté dans un buisson d’épines, comme l’avait fait saint Benoît avant lui, ce qui l’avait finalement délivré.


Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous appelle à savoir reconnaître et accueillir son Esprit qui "souffle où il veut", et à rejeter l’esprit du mal, avant tout en nous-mêmes. Il nous invite à nous réjouir de son action dans le cœur de nos frères, croyants ou non, et à tout faire pour ne pas les détourner de lui, particulièrement s’ils sont des "petits" dans la foi. Cette semaine, exerçons-nous sur ce double registre. D’abord, apprenons à nous émerveiller des bonnes actions de nos frères humains, en ayant assez d’humilité pour les considérer supérieurs à nous-mêmes (cf Ph 2, 3) et en prenant à notre compte " tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges.» (Ph 4, 8) En même temps, apprenons à haïr tout ce qui nous pousse à pécher. Si ton ordinateur ou ta télé t’entraînent au péché, parce qu’ils te font veiller trop tard et manquer de sommeil, ou parce qu’ils te poussent à regarder de mauvaises images, ou encore parce qu’ils t’éloignent de tes proches, et si tu ne parviens pas à les utiliser de façon raisonnable, donne-les ou jette-les ! Si une de tes collègues de travail te pousse – même à son insu - à entretenir de mauvais désirs, demande ta mutation dans un autre service ! Puisque Dieu vomit les tièdes (cf Ap 3,16), demandons-Lui d’attiser en nous le feu de son Esprit, un feu qui nous éclairera sur la beauté du monde et qui brûlera nos péchés. AMEN.


23 sept. 2012 : 25ème dimanche du TO (Marc 9, 30-37)

Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu'on le sache. Car il les instruisait en disant : "Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera." Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l'interroger. Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demandait : "De quoi discutiez-vous en chemin ?" Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.

S'étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous." Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d'eux, l'embrassa, et leur dit : "Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille ne m'accueille pas moi, mais Celui qui m'a envoyé."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Dieu serait-il impuissant ?
    a – réalité de la puissance du mal, des ténèbres et de la mort
    b – un Dieu d’amour et de bonté peut-il co-exister avec le mal et la mort ?
    c – idées s’agitant à la folie sans le Christ lumière de nos vies
II – Dieu puissant au point de nous avoir créés libres
    a – liberté authentique et vertigineuse de l’homme
    b – qui de Dieu ou de mon Ego aura la première place ? (Gn.3)
    c – Dieu EST. Le mal est ce qui N’EST PAS
III – Force du combat spiritual qui parcourt chacune de nos vies
    a – nous cèdons au péché tout en sachant qu’il nous détruit !
    b – l’Esprit du Seigneur ou l’esprit du monde ? Etre ou avoir ?
    c – un choix évident qui n’est pas facile pour autant
De ce combat vital qui nous enserre le Christ ressuscité est vainqueur pour toujours. Il ne nous en exonère pas. Il nous offre avec lui d’en triompher.

Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous

Homélie du P. A. Duban

Il y a quelques semaines, frères et sœurs, la planète a vibré aux exploits des athlètes des Jeux Olympiques.  Pour la plupart d’entre eux, l’objectif était le même : être le premier. Cet esprit de compétition qui les animait n’est pas mauvais, au contraire : il leur a permis de progresser et de faire fructifier les talents naturels que Dieu leur a donnés. De même, vouloir être le premier en classe, ou la première entreprise sur un marché, peut procéder d’un désir sain, contrairement à l’idéologie communiste qui cherchait à créer un monde parfaitement égalitaire en empêchant les talents de s’exprimer. Cependant, il faut reconnaître que le désir d’être le premier procède parfois d’un mauvais esprit : il s’agit alors d’acquérir du pouvoir pour dominer les autres ou de la richesse pour assouvir ses instincts de plaisir. Saint Jacques a parfaitement décrit les conséquences de ce genre de désirs : "D'où viennent les guerres, d'où viennent les conflits entre vous ? N'est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n'obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n'arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre." (2ème lect.) Ces mauvais instincts sont profondément inscrits dans le cœur de l’homme, comme l’ivraie dans les champs. Même les croyants peuvent les voir surgir en eux, comme l’évangile en témoigne aujourd’hui : alors que Jésus vient d’annoncer sa Passion et sa mort pour la deuxième fois, ses disciples ne trouvent rien de mieux que de discuter entre eux "pour savoir qui était le plus grand." (Mc 9, 34) Alors, comment être délivrés de ces mauvais instincts ? Faut-il étouffer en nous tout désir, tout simplement, comme le bouddhisme nous y invite ? Le Christ nous propose une autre voie, qui conforte au contraire notre désir de vivre, et même d’être le premier : "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous." (Mc 9, 35) Voyons ce que signifient chacune de ces deux invitations, d’abord à l’humilité (être le dernier de tous), ensuite à la charité (être le serviteur de tous).


Pour commencer, le Christ nous invite à l’humilité : "si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous". Cette vertu essentielle, qui constitue le fondement de la vie spirituelle, est à la fois mal perçue par le monde, et mal comprise même par certains chrétiens. Elle est mal perçue par le monde, parce qu’elle ne possède pas le rayonnement d’autres vertus comme la force et le courage. Elle est aussi mal comprise par certains, qui en font un synonyme de dépréciation de soi et de pusillanimité. En réalité, l’humilité, qui vient du latin "humus, terre", signifie simplement ne pas oublier qui nous sommes : de pauvres pécheurs, comme nous le disons à la Vierge à la fin de l’Ave Maria. "L’orgueil est le commencement de tout péché" (Si 10,13) parce qu’il nous trompe sur nous-mêmes. Il nous fait oublier d’abord notre condition de créatures. C’est par un tel mensonge, "vous serez comme des dieux" (Gn 3, 5), que le serpent de la Genèse a tenté Eve. L’orgueil nous empêche également de reconnaître notre péché : après avoir commis l’adultère et le meurtre, le roi David ne s’était pas repenti, jusqu’au jour où le prophète Natan dessilla ses yeux.

Finalement, on peut définir l’humilité comme l’a fait sainte Thérèse d’Avila de manière laconique : "L’humilité, c’est la vérité". C’est ainsi que le Christ, qui n’est ni une créature, ni un pécheur, est parfaitement humble. Il est capable d’affirmer à ses adversaires : "Amen, amen, je vous le dis : avant qu'Abraham ait existé, moi, JE SUIS." (Jn 8, 58) Pourtant, il a toujours choisi la dernière place, refusant par exemple la royauté que la foule voulait lui conférer après la multiplication des pains (Jn 6,15).


En second lieu, le Christ nous invite à la charité : "si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le serviteur de tous." Si l’humilité est la base de notre édifice spirituel, la charité en est l’accomplissement. "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit"  et "tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Mt 22, 37‑39), voilà le plus grand commandement. Ce commandement est bien concret, et s’exprime notamment dans le service du prochain, comme Jésus lui-même nous l’a révélé dans la parabole du bon samaritain et dans le lavement des pieds de la dernière Cène.

Alors que le prochain de la parabole est un homme blessé sur le chemin, Jésus tourne aujourd’hui notre regard dans une autre direction : celle d’un enfant. "Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d'eux, l'embrassa, et leur dit : “Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille ne m'accueille pas moi, mais Celui qui m'a envoyé.”" (Mc 9, 36‑37) L’enfant représente l’être fragile par excellence, celui qui a besoin des autres pour vivre. C’est donc d’abord par rapport aux plus fragiles que notre charité doit s’exercer : les enfants, mais aussi les pauvres, les handicapés, les blessés en tous genres…

Prenons exemple sur les saints, et en particulier sur celui que nous fêterons jeudi prochain : Vincent de Paul. Depuis sa conversion lorsqu’il était jeune prêtre, il ne cessa plus de servir les plus fragiles : non seulement les pauvres qui étaient très nombreux à son époque, ravagée par les guerres et les conflits évoqués par saint Jacques, mais aussi les enfants abandonnés, sans oublier les âmes qu’il fallait éclairer et confesser… Notre époque ressemble étrangement à la sienne : il y a toujours des pauvres matériellement et spirituellement, mais aussi des enfants qu’on tue dans le sein de leur mère, des personnes âgées ou malades dont on cherche à se débarrasser…  Vers qui le Christ veut-Il nous envoyer ?


Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur ne nous demande pas d’étouffer nos désirs de grandeur, mais de les purifier par l’humilité et par la charité.  En nous faisant les derniers de tous et les serviteurs de tous, nous deviendrons les premiers aux yeux de Dieu. Certes, ce choix va contre celui du monde, qui nous dresse les uns contre les autres en nous faisant croire qu’il faut écraser l’autre pour prendre sa place. Dans Le diable s’habille en Prada, Meryl Streep incarne une femme qui a atteint le sommet de la puissance et de la gloire dans le domaine de la mode, mais qui s’est appauvrie en humanité et n’a rien su construire dans le domaine de sa vie privée. Son assistante, lorsqu’elle réalise qu’elle est en train de prendre le même chemin, y renonce pour retrouver ses vrais amis et commencer à exercer le véritable métier qu’elle aime, celui de journaliste. En choisissant la voie de l’humilité et du service, nous renonçons aux séductions du monde et de Satan, mais c’est pour goûter le bonheur des enfants de Dieu. Certes, cette voie nous fragilise nous-mêmes, mais c’est pour nous l’occasion de nous remettre avec confiance entre les mains du Père. Alors, non seulement nous n’avons rien à craindre, car le Seigneur veille sur nous plus que sur les moineaux du ciel (cf Mt 10,29), mais nous recevrons la grâce insigne d’être servis par Lui : "Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour." (Lc 12, 37) Cette semaine, faisons-nous les derniers de tous et les serviteurs de tous, et laissons-nous servir par le Seigneur !


16 sept. 2012 : 24ème dimanche du TO (Marc 8, 27-35)

Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait : "Pour les gens, qui suis-je ?" Ils répondirent : "Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes." Il les interrogeait de nouveau : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre prend la parole et répond : "Tu es le Messie."

Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne. Et, pour la première fois il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.

Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : "Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes." Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera."


Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – La douleur, la souffrance et l’amour
    a – distinguer la douleur (physique) de la souffrance (morale)
    b – nous ne souffrons que par ceux et pour ceux que nous aimons
    c – un appel à aimer chaque homme comme un frère, et à m’en rendre vulnérable
II – La Croix : l’amour mis à mort par le péché
    a – le Christ ne nous sauve pas par ses douleurs mais par sa souffrance
    b – ce qui pèse sur les épaules du Christ c’est le péché du monde : tous les refus d’aimer de tous les hommes de tous les temps
    c – un combat effroyable entre l’amour et sa négation. Le manque d’amour asphyxie le Christ, lui qui ne porte pas la culpabilité de la faute mais la conséquence de la faute : la peine radicale du péché qui est séparation d’avec Dieu
III – La gloire : l’amour vainqueur de la mort pour toujours
    a – la Croix, paroxysme de la souffrance injuste de l’innocent
    b – la Croix, lieu de retournement de l’histoire, du non au oui
    c – le Christ nouvel Adam, homme nouveau. De la mort à la vie.
  • N’ayons pas peur de la Croix, elle est l’expression de notre salut.
  • N’ayons pas peur de la souffrance, elle exprime en creux l’amour.
  • N’ayons pas peur de la gloire, c’est celle d’un Roi d’humilité vainqueur de la mort pour toujours. Faire de notre vie un signe de la Croix.

Pour vous, qui suis-je ? - Homélie du P. A. Duban

"Pour vous, qui suis-je ?" Voici la question essentielle que Jésus pose à ses disciples et qu’il pose à chacun d’entre nous.  Elle conditionne toute notre vie de foi et donc notre vie tout court. Jésus est-il pour nous un ami si cher que nous soyons prêts à souffrir pour lui et avec lui, ou n’est-il qu’un personnage lointain que nous croyons être le Fils de Dieu parce que nous l’avons appris au catéchisme mais avec qui nous n’entretenons aucune relation d’intimité ? Dans l’évangile de ce dimanche, le Christ veut faire grandir notre amour pour lui, d’abord en éclairant notre intelligence, ensuite en fortifiant notre volonté. Ecoutons-le nous révéler dans un premier temps sa véritable identité, et dans un second temps celle du véritable disciple.


"Pour vous, qui suis-je ?" Lorsque Jésus pose la question à ses disciples, il les accompagne depuis de longs mois. Ils ont pu l’écouter, le voir réaliser des miracles, manger avec lui… Pour les gens, il est maintenant considéré comme un prophète, au même titre qu’Elie ou Jean Baptiste. Mais eux, qui le côtoient de plus près parce qu’ils ont tout quitté pour le suivre, que croient-ils ? Pierre répond, sans doute au nom de tous : "Tu es le Messie".  Jésus est plus qu’un simple prophète, il est envoyé par Dieu pour sauver son peuplei.

En entendant cette réponse, Jésus doit être satisfait.  D’ailleurs, dans l’évangile de Matthieu parallèle à celui de Marc que nous venons d’entendre, il félicite Pierre pour cette réponse, que son propre Père lui a révélée.  Cependant, il défend alors vivement à ses disciples de parler de lui à personne. Pourquoi cette injonction ? Parce que dans l’esprit des juifs de l’époque, le messie doit être un personnage puissant et glorieux, un roi à l’image de David qui chassera les romains de leur territoire.  Or, telles ne sont pas l’identité et la mission de Jésus.  Lui est venu non pour libérer les juifs de l’oppresseur étranger, mais pour sauver tous les hommes du péché. Comme seule arme, il ne possède que sa Parole.  Non seulement il ne fera violence à personne, mais il subira lui-même la violence. Le prophète Isaïe l’avait annoncé de manière saisissante, à tel point qu’on l’appelle parfois le 5ème évangéliste.  "Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe". Les quatre chants qui décrivent le serviteur souffrant sont bien loin de l’image glorieuse du messie davidique, et il semble que beaucoup de juifs l’interprétaient comme l’image du peuple souffrant, par exemple lors de l’exil à Babylone.

Conscient de tout cela, Jésus préfère cacher encore son identité messianique à la foule, et en éclairer le sens pour ses disciples. "Pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite". Il se nomme ici Fils de l’homme, allusion à un personnage du livre de Daniel à qui il est remis la royauté, mais au prix d’un combat acharné avec les forces du mal.


Qui est le véritable disciple ? Jésus nous le révèle également, après avoir entendu la réaction de ses disciples. Pour Pierre, son discours est inacceptable. Jésus casse le moral des troupes ! Aussi se permet-il de lui faire de vifs reproches.  Mais Jésus réagit tout aussi vivement, et il interpelle Pierre en prenant soin que la scène se passe aux yeux des disciples, car ils sont tout aussi concernés : "Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes". C’est l’Adversaire qui cherche à tenter Jésus comme il l’a fait au désert, et à le détourner de sa mission. Pierre est encore fragile dans sa foi : après avoir parlé sous l’inspiration de Dieu, il s’est fait le porte-parole de son plus grand ennemi…

Pour enfoncer le clou, Jésus appelle la foule et ajoute : "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera. » Cette parole corrobore ce qu’il avait déjà dit dans le sermon sur la montagne : "Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux." (Mt 7, 21) Il ne suffit donc pas d’avoir la Foi pour être sauvés. Il faut encore que cette Foi soit vivante. Aussi saint Jacques peut-il écrire : "celui qui n'agit pas, sa foi est bel et bien morte» (2ème lect.)ii

Et nous, frères et sœurs, notre foi en Jésus Christ est-elle vivante ? Sommes-nous prêts à souffrir pour lui ? Pierre s’est fait reprendre par Jésus à Césarée de Philippe. Au moment de la Passion, il le reniera une seconde fois en refusant de se reconnaître comme son disciple. Mais après la résurrection, lorsque Jésus lui demandera : "Pierre, m’aimes-tu ?", il sera capable de répondre : "Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime." (Jn 21, 17) Et surtout, quelques années plus tard à Rome, il sera capable de lui donner sa vie. Et c’est bien cela que le Seigneur nous demande : la foi, sans amour, ne peut pas nous sauver. La preuve, c’est que les démons eux-mêmes ont la foi, ils ont même reconnu bien avant les hommes que Jésus était le Fils de Dieu. Notre foi doit être pleine d’amour,  un amour tel que nous soyons capables de renoncer à nous-mêmes pour le suivre. "C’est sur la croix que Jésus reconnaît ses vrais amis", disait Marthe Robin. C’est le sens de la Croix glorieuse, la fête que nous avons célébrée vendredi.


En conclusion, pourquoi ne pas prendre Pierre pour modèle ? Comme lui à Césarée, ma Foi n’est sans doute pas encore assez vivante, assez animée par l’amour. Alors, pourquoi ne pas me rapprocher du Christ, pour qu’il devienne pour moi un ami de plus en plus cher ? Pour cela, pourquoi ne pas prier davantage, en méditant sur les évangiles qui me donnent à connaître Jésus ? Pourquoi ne pas profiter davantage des sacrements, qui me permettent de recevoir sa grâce et affermissent ainsi ma volonté ? Cette semaine, et les mois qui viennent, prenons le temps de nous rapprocher du Christ. Alors, notre Foi sera assez vivante pour que nous renoncions à nous-mêmes et que nous prenions notre croix pour le suivre jusqu’au bout, et pour pouvoir ainsi jouir avec lui de la vie éternelle. AMEN.

9 sept. 2012 : 23ème dimanche du TO (Marc 7, 31-37)

Jésus quitta la région de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.

On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui. Jésus l'emmena à l'écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : "Effata !", c'est-à-dire : "Ouvre-toi !" Ses oreilles s'ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement.
Alors Jésus recommanda de n'en rien dire à personne ; mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient. Très vivement frappés, ils disaient : "Tout ce qu'il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – Dieu fait homme en Jésus-Christ : le Fils sacrement du Père
    a – double dimension : un geste concret, une parole de bénédiction
    b – double nature du Christ : vrai Dieu et vrai homme – nouvelle alliance
    c – double réalité : incarnation et divinisation
II – Dieu fait tout pour l’homme et rien sans lui
    a – puissance de Dieu à l’oeuvre efficacement dans le monde
    b – puissance à accueillir – place décisive de la réponse de l’homme
    c – puissance de libération à vivre au présent personnellement
III – Unité et cohérence de nos vies, en Esprit et en vérité
    a – unité des sept sacrements, déploiement de la même grâce
    b – unité indissociable des sacrements – jamais l’un sans les autres
    c – unité de nos existences, de nos sens, de nos corps et esprits
  • Le Seigneur fait justice aux opprimés, aux affamés il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés ;
  • Le Seigneur me fait justice quand je suis opprimé, le Seigneur me donne le pain dont j’ai faim, le Seigneur me délie lorsque je suis enchaîné ;
  • Je fais justice aux opprimés, aux affamés je donne le pain, je délie les enchaînés ;
  • Je fais justice au Seigneur par la justice que je rends à cet opprimé, c’est au Seigneur que je donne le pain en le donnant à cet affamé, c’est le Seigneur que je délie en déliant cet enchaîné.
Notre vraie grandeur est dans le fait que Dieu nous appelle à lui ressembler.

2 sept. 2012 : 22ème dimanche du TO (Marc 7, 1-8.14-15.21-23)

Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées. — Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s'être aspergés d'eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d'autres pratiques : lavage de coupes, de cruches et de plats.

Alors les pharisiens et les scribes demandent à Jésus : "Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas sans s'être lavé les mains." Jésus leur répond : "Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l'Écriture : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu'ils me rendent ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes."

Puis Jésus appela de nouveau la foule et lui dit : "Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l'homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur."

Il disait encore à ses disciples, à l'écart de la foule : "C'est du dedans, du coeur de l'homme, que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l'homme impur."

Eléments de réflexion - P. A. de Romanet

I – "Ecoutez-moi tous, et comprenez bien"
    a – bien distinguer ce qui vient de Dieu et ce qui vient des hommes
    b – des rites utiles et bons, mais sans cesse à convertir
    c – universalité radicale de l’Evangile contre tout enfermement de Dieu et de nous-même par nos cultures et nos traditions
II – "Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur"
    a – Jésus nous libère d’une vision négative du corps et de la matière
    b – Jésus nous libère d’une vision magique du corps et de la matière
    c – Jésus nous libère des spiritualités frelatées sans cesse renaissantes : cf la scientologie aujourd’hui : une purification sans conversion
III – "Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur"
    a – de la pollution physique à la pollution morale : avoir le courage d’aller à la racine, le coeur de l’homme qui possède la liberté
    b – par où commencer ? par mon proper Coeur ! examen de conscience
    c – l’écologie familiale, première mise en application, rôle du pardon
Etre croyant et pratiquant : pratiquant des rites ou de l’Evangile ? Tenir moins à la pratique du rite qu’à la mise en pratique de la Parole de Dieu. Tenir non pas tant à paraître chrétien qu’à l’être en vérité.
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