Les homélies

26 juin : Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ (Jn 6, 51-58)

Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons, Jésus disait : "Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie." Les Juifs discutaient entre eux : "Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ?"
Jésus leur dit alors : "Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi.
Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement."

Eléments de réflexion

I- Reconnaître ma faim de salut – unité de l’Alliance
    a – Manne – reconnaître ma pauvreté et mon illusoire suffisance
    b – Multiplication des pains – reconnaître ma faim – faim de rien ?
    c – "Moi je suis le pain vivant" - reconnaître mon Seigneur – alliance du sang
II – Reconnaître l’origine du salut – unité du Christ
    a – Un pain qui est donné par l’offrande de Jésus
    b – Un pain qui appelle l’offrande de ma vie
    c – Un pain qui m’offre de ne plus faire qu’un avec l’offrande du Christ
III – Reconnaître l’accomplissement du salut – unité de ma vie
    a – Confiance et humilité dans l’eucharistie dominicale
    b – Confiance et humilité du lavement des pieds au quotidien
    c – Confiance et humilité de la confrontation de ma vie à l’Evangile
Le Christ peut seul étancher notre soif de plénitude.
"Comme ce pain se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité". A.R.

19 juin : Sainte Trinité (3, 16-18)

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Eléments de réflexion

I- Qui est Dieu ? : relation d’amour entre des personnes au-delà de tout créé
    a – relation – Vie, échange, don, communion - Révélation
    b – d’Amour – Dieu est amour – le créateur est empli de bonté
    c – entre des personnes – des mots et des expériences humaines pour parler d’un mystère qui toujours nous dépassera
II – Qui est l’homme ? relation d’amour entre des personnes créées à l’image de Dieu
    a – entre des personnes – nous sommes créés à l’image de Dieu – en reconnaissant l’autre je me reconnais moi-même
    b – d’amour – la seule réalité centrale de nos vies – appel au bonheur
    c – en relation – la vie c’est l’échange, le lien, l’accueil, le don
III – Révélation d’une relation d’amour entre Dieu et l’homme par Jésus-Christ – modèle de toute communauté humaine, de la famille à l’Eglise
    a – amour - fidélité
    b – amour - fécondité
    c – amour – éternité / indissolubilité
La religion catholique, "c’est trop beau pour être vrai !" "Ce Dieu n’est-il pas une projection de l’homme ?" C’est tout le contraire : c’est tellement vrai que c’est admirablement beau !
Quoi de plus naturel que le créateur comble le désir de ses créatures. A.R.

Homélie de profession de foi, solennité de la Sainte Trinité

Je crois

Chers jeunes, vous avez décidé de faire aujourd’hui votre profession de foi. Autrement dit, vous avez décidé de professer publiquement, devant vos familles et vos amis, votre foi. Qu’est-ce que la foi ? C’est le fondement sur lequel on s’appuie pour vivre. Chaque être humain croit en quelque chose, même les athées. Pourquoi ? Parce que la vie est mouvante, et que chacun a besoin de repères stables, sur lesquels il peut construire et avec lesquels il peut se diriger. Un enfant doit croire que ses enfants lui veulent du bien, sans quoi il refuserait toujours d’obéir et ne progresserait pas. Deux amoureux doivent croire l’un dans l’autre, sans quoi ils ne s’engageraient jamais. Le mot croire, "amen" en hébreu, a la même racine que le mot "rocher". Ce rocher est source de confiance et de fidélité. Si je bâtis sur le sable, tout ira bien jusqu’au jour où la tempête surviendra. Mais si je bâtis sur le roc, la pluie peut bien tomber, les torrents dévaler, la tempête souffler, ma maison restera solide (cf Mt 7,25). Autour de nous, beaucoup choisissent de construire sur le sable, soit parce qu’ils ne savent pas où trouver de rocher, soit parce qu’ils préfèrent la solution la plus facile. Leur fondement, leur dieu, c’est le pouvoir, l’argent, le plaisir… Ils croient qu’ils vont trouver le bonheur en dirigeant, en possédant, en consommant… Vous-mêmes, vous voulez fonder votre vie sur d’autres valeurs : la justice, le courage, l’humilité, … Mais surtout, vous voulez fonder votre vie sur quelqu’un : Dieu lui-même. Qui est donc ce Dieu à qui vous voulez donner votre confiance et votre fidélité ? La solennité que l’Eglise tout entière célèbre aujourd’hui nous le rappelle : notre Dieu est Trinité, non pas un être solitaire, mais une communion de Trois Personnes qui s’aiment et se donnent l’une à l’autre. Cet Amour qui les unit, source d’un bonheur infini, elles ne veulent pas le garder égoïstement, elles veulent nous le communiquer. C’est le sens de la salutation du début de messe, reprise de la lettre de saint Paul que nous venons d’entendre : "la grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu et la communion de l'Esprit Saint soient avec vous tous". C’est parce que Dieu veut nous donner d’entrer en communion avec lui que le Père a envoyé son Fils, qui nous a lui-même envoyé son Esprit. Nous l’avons entendu dans l’évangile : "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle." La vie éternelle, c’est précisément la vie en communion avec les trois Personnes divines. Cherchons maintenant à mieux comprendre ce que signifie la Foi que vous allez professer tout à l’heure en ces Personnes, et comment elle marque un sommet dans les croyances humaines.

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant. Le premier niveau de la Foi consiste à croire en Dieu. Existe-t-il des preuves que Dieu existe ? Non, autrement la foi serait inutile. Dieu serait un objet scientifique comme un autre.  Mais Dieu ne nous donne pas de preuves, Il nous donne des signes. Le premier d’entre eux, c’est la création. Qui a créé la matière ? Qui a ordonné le monde d’une manière aussi admirable ? Comment la vie est-elle advenue ? La simple observation du monde doit orienter notre conscience vers Dieu. "Depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les œuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité" (Rm 1, 20). Les grands philosophes grecs du VIème et Vème siècle av. J.C., au moment où les prophètes juifs luttaient contre l’idolâtrie de leur peuple, ont eux aussi rejeté le polythéisme ambiant et professé qu’il n’y avait qu’un seul Dieu. Platon le nommait "le Bien", et Aristote "le premier moteur non mû".
Alors, en quoi la foi d’Abraham, antérieure de plusieurs siècles, a-t-elle marqué un immense pas en avant dans l’histoire de l’humanité ? Nous chrétiens, à la suite de nos frères Juifs, nous croyons en Dieu, "le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre". Notre spécificité est de croire que le Dieu créateur est tout-puissant d’Amour, et qu’Il est notre Père. Nous sommes ses enfants, ce qui signifie que nous avons été créés à son image et que nous sommes appelés à lui ressembler. Par le baptême, nous avons reçu une grâce spéciale pour nous aider à y parvenir.

Je crois en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur. Croire en Dieu est une première étape de l’ascension vers Lui. Dans le monde, des milliards de personnes partagent la foi en un Dieu unique : les Juifs, les musulmans, les chrétiens… Nous-mêmes avons reçu la grâce de monter plus haut : nous croyons que Dieu est Trinité de Personnes, et que l’une d’entre elles s’est incarnée, devenant homme parmi nous. Nous croyons "en Jésus Christ", le Fils unique du Père, "notre Seigneur, qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie".
Croire en Dieu est une chose, mais croire qu’il s’est fait l’un de nous, qu’il s’est abaissé jusqu’à prendre la condition de créature, en est une autre. Dieu a éprouvé la faim, la soif, la fatigue, a pleuré … Il a fallu beaucoup de temps pour que les chrétiens soient unanimes pour reconnaître la divinité de Jésus. Au IVème siècle, une hérésie a surgi dans l’Eglise, qui a failli tout emporter sur son passage, et qu’il faudra plusieurs siècles pour voir disparaître complètement : l’arianisme. Pour Arius, un prêtre d’Alexandrie, et pour une majorité de chrétiens à son époque, Jésus était certes un grand homme, mais pas le Fils de Dieu. Beaucoup de nos contemporains sont ariens sans le savoir : ils considèrent Jésus comme un grand prophète, mais nient sa divinité.

Je crois en l'Esprit Saint. Passer de la croyance dans les divinités à la foi en un seul Dieu est une première étape, croire que Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu en est une seconde, mais il en reste une dernière à franchir : croire que l’Esprit qui les unit est Dieu. Comment croire en la divinité d’un être dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va (Jn 3,8) ? La difficulté est redoublée si l’on songe aux fruits de l’Esprit qui sont énumérés ensuite, en particulier le premier : je crois "à la sainte Eglise catholique". Il est déjà difficile d’adhérer au fait qu’un homme soit Fils de Dieu, mais plus encore au fait  que les chrétiens sont véritablement ses frères. Pourquoi ? Parce qu’ils sont non seulement des créatures, mais qu’ils sont aussi pécheurs. Voilà le plus grand signe de la toute-puissance de Dieu : il parvient à se révéler non seulement dans sa création et dans un homme parfait, mais aussi dans les pécheurs que nous sommes. Certes, nos péchés défigurent l’image de Dieu en nous, mais cette image continue de transparaître malgré tout.
Cependant, il est évident qu’elle transparaît d’autant plus que nous agissons saintement. C’est pourquoi nous professons ensuite : "Je crois à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle" : c’est l’Esprit qui sanctifie l’Eglise, unit tous les saints entre eux et avec nous, nous permet de recevoir le pardon des péchés, nous ressuscitera au dernier jour et nous donne de goûter déjà la vie éternelle. Plus on vit dans l’Esprit Saint, plus on aime l’Eglise, malgré les péchés de ses enfants. L’histoire a été marquée non seulement par les hérésies, mais aussi par les schismes, qui manifestaient à quel point les chrétiens n’aimaient pas assez l’Eglise. Ce constat est encore vrai aujourd’hui. S’il ne l’était plus, les églises seraient remplies tous les dimanches !

Ainsi, chers jeunes, vous avez reçu beaucoup de grâces : non seulement vous croyez en un Dieu unique qui a créé l’univers par amour. Vous croyez aussi que ce Dieu est Trinité de Personnes, est que l’une d’entre elles s’est incarnée pour nous montrer le chemin vers le ciel. Vous croyez enfin en l’Esprit Saint, ce souffle d’Amour qui agit dans le monde et en particulier dans l’Eglise. Certes, cet Esprit agit dans le cœur de tout homme, comme l’avaient dit les pères du concile Vatican II, mais il agit surtout dans le cœur de celui ou celle qui l’aime et qui est prêt à se laisser conduire par lui. Voulez-vous vous laisser conduire par l’Esprit Saint ? Voulez-vous agir à la manière du Christ ? Voulez-vous être toujours tournés vers le Père, comme des enfants pleins de confiance ? En d’autres termes, voulez-vous que votre foi soit toujours vivante et agissante par l’Amour ? Parce que Dieu vous aime, Il croira toujours en vous, Il vous fera confiance et vous restera fidèle. Et vous, lui resterez-vous fidèles ? L’aimerez-vous toujours ? Aimerez-vous toujours son Eglise ? Père Arnaud Duban

12 juin : Pentecôte (Jn 20, 19-23)

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : "La paix soit avec vous !" Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : "La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie."
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : "Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus.

Eléments de réflexion

I- Par l’Esprit, de la mort à la Vie - Résurrection
    a – "Après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine" ténèbres – inquiétudes / nouvelle Genèse – nouvelle création.
    b – "Les portes verrouillées – ils avaient peur" : le lieu du surgissement Pascal par excellence est constitué par le lieu de ma peur – verrou.
    c – "La paix soit avec vous" - l’Eglise naît du souffle même de Jésus ressuscité – hommes abattus qui soudain reprennent en main leur vie.
II – Un Esprit qui vient du Ressuscité et est puissance de Vie
    a – "Le soir de la Résurrection" ou "50 jours après Pâques" ? Les deux !
    b – Jean nous dit d’où vient l’Esprit : du Christ Ressuscité. Esprit Saint : Esprit de vérité, de liberté, de force, Esprit de charité.
    c – Luc nous dit où nous porte l’Esprit : aux confins du monde pour transmettre le salut et la miséricorde
III – De la première à la Nouvelle et éternelle Alliance – Pentecôte de Vie
    a – "Quand arriva la Pentecôte" : fête juive de la Loi et de l’Alliance
    b – "Il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent" : Loi spirituelle de l’Alliance nouvelle inscrite dans les coeurs.
    c – Vivons-nous sous la Loi ancienne ou nouvelle ?
Quel souffle ? Quelle respiration ? Quelle vie ?
Accomplissons-nous notre vie religieuse par habitude/peur ou par conviction / attraction ? Voyons-nous Dieu comme un père ou un juge ?
Le souffle de Jésus est-il vivant en moi ? Le secret de cette nouvelle Pentecôte ? Le désir ! Viens Esprit Saint ! A.R.

Cinquante jours après Pâques

Le cinquantième jour après la Pâque on célèbre, en Israël, la fête des Moissons (le pain) avant celle de septembre la fête des Tentes (la vigne, le vin). Trois fêtes juives qui annoncent, comme formant une trilogie, la structure de la Présence Réelle à la messe : l’Agneau pascal, la première consécration au pain, la seconde au vin ; "Il est grand le mystère de la foi."
La Pentecôte, la naissance de l’Eglise, mais aussi celle des sept sacrements, par le don de l’Esprit Saint sur chacun des baptisés, que le Père envoie dans le monde proclamer la merveille du Salut.
Le Salut ? C’est vivre déjà du Père, du Fils et du Saint Esprit, devenir "participant de la nature divine" (2Pierre 1,4) ; Il faut que nous sachions davantage, nous émerveiller du don qui nous a été fait à notre baptême : être devenu enfants de Dieu et de l’Eglise ; jusqu’où allons-nous oser témoigner de l’Amour de Dieu pour tous les hommes ? P. Alain Dieulafé

5 juin : 7ème dimanche de Pâques (Jn 17, 1b-11a)

À l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : "Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'oeuvre que tu m'avais confiée. Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde. J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m'as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m'avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d'auprès de toi, et ils ont cru que c'était toi qui m'avais envoyé.

Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi."

Eléments de réflexion

I- Aimer et connaître
    a – Je ne peux pas aimer sans connaître
    b – Je ne peux pas connaître sans aimer
    c – "On ne connaît bien qu’avec le coeur"
II – Aimer et souffrir
    a – Une réalité spirituelle et non pas d’abord physique
    b – Je ne souffre que par ceux et pour ceux que j’aime
    c – Vivre l’Evangile, c’est accepter d’être en contradiction avec l’esprit du Monde
III – Aimer et être glorifié
    a – La gloire c’est le poids réel d’un être, sa vérité – l’amour et la croix
    b – La gloire c’est aimer, connaître et souffrir avec Jésus
    c – La gloire c’est vivre en vérité la Parole de Jésus - réciprocité
La vie éternelle n’est pas une vie après la vie mais une vie pour aujourd’hui ; elle n’est pas liée au temps mais à la Foi, à l’Espérance et à la Charité – Osons participer à la gloire du ciel et faire celle du Père par le Fils dans la puissance de l’Esprit. A.R.

Viens, Esprit Saint

Frères et sœurs, sommes-nous prêts à vivre des dons de l’Esprit Saint ? Le jour de notre Confirmation, il nous a été donné, mais le laissons-nous nous mouvoir réellement ? En ce 7ème dimanche de Pâques, situé entre l’Ascension du Seigneur et la Pentecôte, l’Eglise nous invite à nous placer en situation d’attente, à l’image des apôtres. Pendant 40 jours, le Christ les a non seulement affermis dans la joie de sa Résurrection, mais il leur a aussi annoncés qu’ils seraient bientôt appelés à témoigner partout de cet évènement, Bonne Nouvelle par excellence. Pour le moment, ils n’en sont pas encore capables, mais ils se tiennent tous réunis au Cénacle, avec  quelques femmes, dont la Vierge Marie. "D'un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière", écrit saint Luc. Quelle est leur prière ? L’évangéliste ne le précise pas, mais nous pouvons être sûrs qu’ils demandent à Dieu de les aider à accueillir le Don que Jésus leur a promis, comme nous l’avons entendu jeudi : "Jean a baptisé avec de l'eau ; mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés d'ici quelques jours». Nous aussi, prions le Seigneur de nous aider à accueillir à nouveau son Esprit avec ses sept dons. Ces dons, le prophète Isaïe en a d’abord énuméré six dans sa description du Messie à venir, et la Tradition en a ajouté un septième. Ils peuvent être analysés deux par deux, pour aboutir au septième d’entre eux, la sagesse, qui en constitue le sommet. Pour chacun d’entre eux, nous verrons d’abord la vertu qui peut le mieux nous préparer à l’accueillir, et nous l’illustrerons par une béatitude et par un passage de la grande prière de Jésus que saint Jean nous a laissée au chapitre 17 de son Evangile. Dans cette prière, que Jésus adresse à son Père au moment de son dernier repas avec ses amis, tous les dons de l’Esprit se manifestent.


Les deux premiers dons de l’Esprit sont la Crainte et la Piété. Ils nous permettent de nous situer de manière juste par rapport à Dieu lui-même. La crainte biblique n’a rien à voir avec la peur de Dieu. "N’ayez pas peur" est un des refrains les plus répandus dans l’Ecriture, et dont le bienheureux Jean-Paul II avait fait son leitmotiv. La crainte nous donne le sens de la grandeur et de la sainteté de Dieu, et en même temps de notre petitesse et de notre péché. Elle engendre en nous une attitude de respect et d’adoration : au fond, elle est la crainte d’offenser un Dieu si grand et si bon. Elle correspond à la béatitude des pauvres de cœur, c’est-à-dire de ceux qui attendent tout de Dieu. La vertu qui la prépare est la tempérance : en modérant nos désirs, nous laissons à Dieu de la place dans notre vie, nous le laissons combler lui-même nos désirs.

Jésus lui-même éprouvait de la crainte pour son Père. Dans la prière que nous venons d’entendre, il lui demande : "Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie". Le mot gloire, kavod en hébreu, renvoie au poids d’un être : il ne concerne pas l’apparence, ce qui se voit seulement, mais il touche la réalité même de cet être. Le désir du Fils est que son Père soit reconnu pour ce qu’il est, non dans le rayonnement parfois superficiel qui est celui de la gloire humaine, mais dans son Etre profond.

L’Esprit Saint associe au don de crainte celui de piété. Alors que le premier met en place une juste distance entre Dieu et sa créature, le second les rapproche comme un père et son enfant. La piété n’est pas une attitude de dévotion purement extérieure, mais un sentiment de tendresse qui nous invite à la confiance. La béatitude qui s’y rattache est celle des doux, qui refusent de céder à la violence lorsque leurs désirs sont contrecarrés, mais qui continuent de toujours faire confiance à Dieu et aux autres.  La vertu qui la prépare est la justice, qui consiste à donner à l’autre ce qui lui est dû, que cet autre soit Dieu ou mon prochain. Le premier est mon Père, et le second est mon frère.


Les deux dons de l’Esprit suivants nous aident à accomplir la volonté de ce Dieu qui est notre Créateur et notre Père. Le Conseil nous montre le chemin, et la Force nous permet de le suivre quels que soient les difficultés. Le conseil est préparé par la vertu de prudence (du latin pro/vedere, voir en avant), qui n’est pas synonyme de pusillanimité, mais consiste au contraire à prendre le risque de vivre selon l’évangile. La preuve, c’est qu’il est associé à la béatitude des miséricordieux. La force est préparée par une vertu qui possède le même nom, et se rattache à la béatitude des affamés et assoiffés de justice. La faim et la soif sont des forces qui nous aident à franchir les obstacles, si nous ne les laissons pas nous replier sur nous-mêmes.

Au moment du dernier repas, Jésus dit à son Père : "l’heure est venue". L’Esprit de Conseil lui a fait comprendre que le moment de donner sa vie était enfin arrivé, et Il va lui donner la Force de ne pas reculer face à la souffrance. "Père, glorifie-moi", cela signifie "fais que je sois vainqueur du mal et de la souffrance, afin que ton Amour tout-puissant rayonne sur le monde".


Le Seigneur nous appelle à accomplir sa volonté pour que son Règne vienne, mais aussi à contempler son œuvre déjà accomplie. Pour cela, l’Esprit nous offre la Connaissance et l’Intelligence. La première concerne le monde créé, et la seconde les Ecritures. La connaissance ne nous donne pas un savoir livresque et abstrait, mais elle nous permet de voir l’invisible dans le visible. Associée à la béatitude de ceux qui pleurent, elle nous fait éprouver la tristesse du mal, aussi bien celui qui touche les autres que celui nous affecte, en particulier le péché. Paradoxalement, cependant, elle est préparée par la vertu d’Espérance, qui nous fait attendre les grâces de Dieu et son Règne à venir. Elle nous permet de comprendre le sens des évènements de notre existence. L’intelligence, quant à elle, nous fait pénétrer le sens de l’Ecriture. C’est le don que Jésus a fait aux disciples d’Emmaüs : "Alors ils se dirent l'un à l'autre : “Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ?”" (Lc 24, 32)

Jésus, grâce au don de connaissance, a notamment su que Judas allait le livrer. Grâce au don d’intelligence, il a établi des synthèses prodigieuses de l’Ecriture, comme par exemple celle-ci : "la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ".


Finalement, l’Esprit Saint nous offre le plus grand de tous les dons : la Sagesse. Préparé par la vertu de charité, il nous donne de juger de toutes choses avec le regard d’amour de Dieu. La béatitude qui lui est associée est celle des artisans de paix, car la sagesse s’expérimente dans une paix profonde.

Même si Jésus connaîtra l’angoisse à Gethsémani, il est capable de déclarer auparavant à son Père : "Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi."


Ainsi, frères et sœurs, l’Esprit Saint veut renouveler sans cesse en nous ses sept dons. Cette semaine, sachons nous préparer à les accueillir en méditant sur chacun d’entre eux, et en vivant le mieux possible des vertus et des béatitudes qui les accompagnent. Père Arnaud Duban

29 mai 2011 : 6ème Dimanche de Pâques (Jn 14, 15-21)

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous, et qu'il est en vous.

Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D'ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui."

Eléments de réflexion

I - Amour et commandements
    a – "Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements"
    b – "Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires"
    c – "Je ne vous laisserai pas orphelins" - annonce de l’envoi d’un Défenseur
II – Amour et Esprit-Saint
    a – "Le monde ne le connaît pas" - Esprit du monde – procès fait à Dieu
    b – "Vous le connaissez" - "L’Esprit de Vérité est en vous"
    c – Puissance de délivrance et de guérison de l’Esprit à l’oeuvre dans l’Eglise
III - Amour et obéissance
    a – En Jésus l’amour est toujours lié à l’obéissance – "Je suis en mon Père"
    b – "Vous êtes en moi et moi en vous" - intimité eucharistique
    c – "Celui qui m’aime sera aimé de mon Père"

Jésus, sans aucune dimension de contrainte, est totalement soumis au Père, dans un amour filial.

Plus on aime le Christ, plus on aime ce que le Christ aime : Dieu le Père. A.R

22 mai 2011 : 5ème Dimanche de Pâques (Jn 14, 1-12)

A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : "Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin."

Thomas lui dit : "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ?" Jésus lui répond : "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu."

Philippe lui dit : "Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit." Jésus lui répond : "Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père' ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi !

Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c'est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres oeuvres. Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des oeuvres. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes oeuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père."

Eléments de réflexion

"Ne Soyez donc pas bouleversés"
I - "Moi, je suis le Chemin"
    a - n'ayons pas peur de l'existence d'un Chemin + de Dieu + en moi
    b - ayons confiance - espérance - liberté - ma vie est faite pour un sens
    c - Je SUIS - la personne du Christ - mon être en devenir
II - "Moi, je suis la Vérité"
    a - n'ayons pas peur de l'existence de la Vérité + de Dieu + en moi
    b - ayons confiance - foi - liberté - je suis fait pour la vérité
    c - Je SUIS - Vérité du Christ - Vérité de ma personne
III - "Moi, je suis la Vie"
    a - n'ayons pas peur de l'existence de la Vie + de Dieu + en moi
    b - ayons confiance - charité - liberté - je suis fait pour la vie
    c - Je SUIS - Vie du Christ - Vie personnelle - "pierre vivante"
* La crise contemporaine n'est pas d'abord une crise morale, mais une crise du sens même de la vérité - danger du relativisme
* Nul ne "possède" ni le Sens, ni la Vérité, ni la Vie, car nul ne possède le Christ - nous sommes au Christ et le Christ est au Père. A.R.

Le Chemin de la vie

"Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie", nous dit Jésus, et il nous ouvre à la vérité tout entière. Non seulement un horizon infini, une ouverture de lumière et de paix, mais une Personne divine à aimer : la seconde personne de la Sainte Trinité faite chair.
Le Christ, "seul médiateur entre Dieu et les hommes", est aussi le seul à nous introduire au sein de la Trinité Sainte et à nous en faire vivre ; "au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit". Avec ces paroles, en refaisant le signe de croix, au début de la messe, et à la bénédiction finale, nous sommes marqués de la vie même de Dieu en son intimité Sainte, pour être dans le monde des témoins de son amour, car "Dieu est amour".
P. Alain Dieulafé

"Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie"

Frères et sœurs, où en est notre relation avec le Christ ? Est-il pour nous quelqu’un d’éloigné, comme un directeur général dans une grosse entreprise où des milliers d’employés ne le connaissent que de loin ? Est-il un prophète parmi d’autres, que nous écoutons aussi bien que Bouddha, Zarathoustra ou Confucius, parce qu’ils étaient de grands sages ? Ou est-il notre ami le plus cher, le seul que nous suivons et pour qui nous oserions sacrifier notre vie ? La réponse de Jésus à Philippe qui lui demande "Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit », doit nous faire réfléchir : "Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe !" Autrement dit, même les plus proches compagnons du Christ, après avoir passé trois années avec lui, n’étaient pas parvenus à le connaître pleinement. Ils en étaient restés à une vision trop humaine. Même s’ils l’avaient reconnu comme le messie (cf la proclamation de Pierre à Césarée de Philippe), ils ne voyaient pas encore en lui le Fils de Dieu lui-même, de la même nature que le Père. Aussi, dans son dernier discours avant de les quitter, Jésus affirme clairement : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" et "Celui qui m'a vu a vu le Père". Saint Paul écrira plus tard : " il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus" (1 Tm 2, 5) Dans notre société qui se veut si tolérante, de telles paroles peuvent scandaliser beaucoup ; elles sont politiquement incorrectes, parce qu’elles heurtent de face le sacro-saint relativisme : "chacun son chemin, chacun sa route", pour reprendre les paroles d’un des tubes de ces dernières années. Alors, Jésus est-il intolérant ? Est-il trop orgueilleux ? Méditons sur ses paroles, en reprenant les trois mots utilisés et en les mettant en rapport avec les trois vertus théologales.


"Je suis le chemin." Ce mot renvoie à la vertu d’Espérance. Pour avancer sur un chemin, il faut de l’énergie, et c’est le but qui donne cette énergie. Si je n’ai aucun objectif dans mon existence, je vais tourner en rond et ne rien construire. Les grands hommes ont tous été habités d’un grand idéal, qui les a poussés à prendre des risques et à faire des efforts et des sacrifices. Alexandre voulait conquérir l’ensemble du monde pour le découvrir et pour lui apporter les bienfaits de la civilisation grecque. Christophe Colomb voulait parvenir jusqu’aux Indes. Napoléon Bonaparte voulait répandre les idées des Lumières et de la Révolution française…

De même, les martyrs ont été habités d’une grande Espérance : celle de transformer le monde et d’entrer dans le Royaume de Dieu. Jésus, «appelant la foule avec ses disciples, leur dit : “Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive." (Mc 8, 34) La parabole du bon berger, que nous avons entendue dimanche dernier, nous a rappelés qu’il nous fallait écouter sa voix et le suivre. Jésus lui-même a beaucoup marché, à la fois physiquement sur les chemins de Palestine, et spirituellement vers son Père : "Bien qu'il soit le Fils, il a pourtant appris l'obéissance par les souffrances de sa Passion ; et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel." (He 5, 8‑9)


"Je suis la Vérité". Ce mot renvoie à la vertu de Foi. Par nature, les hommes sont désireux de connaître la Vérité. Certains savants ont passé toute leur vie et consacré tous leurs efforts à percer les secrets de la nature, de l’être humain, de l’histoire…

De fait, les vérités scientifiques existent, et même des croyants non-chrétiens peuvent connaître des bribes de la Vérité sur Dieu. Les Pères de l’Eglise évoquaient les "semina verbi", les semences de vérité disséminées dans toutes les cultures. Mais seul le Christ possède toute la Vérité ; mieux, il est la Vérité elle-même. Elle n’est donc pas un savoir abstrait, mais une Personne vivante. C’est pourquoi nous ne pourrons jamais saisir toute la Vérité, mais nous pouvons nous laisser saisir par elle. "Certes", écrit saint Paul aux Philippiens, " je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j'ai moi-même été saisi par le Christ Jésus." (Ph 3, 12)

"Je suis la Vie". Ce troisième terme renvoie à la vertu de charité. "Dieu est Amour", écrit saint Jean, et Il est aussi la Vie : lorsque nous aimons, nous sommes unis au Seigneur, qui nous communique sa vie. Toutes les créatures, pas seulement les hommes, cherchent à préserver leur vie. Mais seul l’homme aspire à la vie éternelle, car c’est pour elle qu’il a été créé : "Oui, Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature ; c'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde : ils en font l'expérience, ceux qui lui appartiennent !" (Sg 2, 23‑24) C’est ce désir de vie éternelle qui a poussé les égyptiens à momifier leurs morts, et toutes les civilisations à les enterrer avec respect et souvent avec des objets ou même des compagnons pour l’au-delà.

Mais dans toutes les croyances, l’homme après la mort est amputé de son corps. Le christianisme, pour sa part, annonce avec force la résurrection des corps. Mieux encore, il déclare que nous, les croyants, nous sommes déjà ressuscités, c’est-à-dire que nous pouvons mener une vie nouvelle, semblable à celle qui sera éternellement la nôtre dans le Royaume. "Pensez", écrit saint Paul aux Romains, " que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ." (Rm 6, 11) Quel est le secret pour recevoir la vie que Jésus est venu nous donner "en abondance" ? Saint Jean nous répond : "Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu, et ils connaissent Dieu." (1 Jn 4, 7)


Ainsi, frères et sœurs, le Christ se présente à nous comme le Chemin à suivre, la Vérité à connaître, et la Vie à jouir. Pourquoi une telle prétention ? Parce qu’il est "le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu". Jésus a déclaré également : "Celui qui m'a vu a vu le Père". On peut ainsi ajouter qu’il est la Beauté à contempler. Nos frères chrétiens orthodoxes l’ont sans doute mieux compris que nous : après avoir fait face à la crise iconoclaste, ils ont donné aux icônes une place essentielle dans leur spiritualité. Chaque icône est peinte dans la prière, selon des critères bien précis destinés à élever notre regard vers les réalités célestes, soit à travers les saints, soit à travers le Fils de Dieu lui-même. Cette semaine, pourquoi ne pas installer dans notre coin prière une ou plusieurs icônes du Christ ? En la contemplant, nous resserrerons nos liens avec celui qui veut nous conduire vers son Père. Père Arnaud Duban

15 mai 2011 : 4ème Dimanche de Pâques (Jn 10, 1-10)

Jésus parlait ainsi aux pharisiens : "Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus."

Jésus employa cette parabole en s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. C'est pourquoi Jésus reprit la parole : "Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.

Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance."

Eléments de réflexion

I - Un appel universel à l'amour "Jésus le bon Pasteur est venu pour que les hommes aient la vie en abondance"
    a- Dieu veut pour nous le meilleur, en abondance - don du fils unique
    b- Tous nous voulons vivre et aimer en plénitude
    c- Deux désirs qui ont parfois bien du mal à se rencontrer
II - Un appel personnel à répondre à l'amour "Jésus le bon Pasteur connait ses brebis et ses brebis le connaissent"
    a- Une rencontre personnelle d'accueil et d'écoute
    b- Une rencontre qui comble le coeur
    c- Une rencontre qui fait exploser nos esclavages et nos peurs
III - Un appel personnel qui se déploie dans l'universel concret "Jésus le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis"
    a- Une vocation universelle à la sainteté - tous les baptisés - recevoir l'Esprit Saint
    b- Ma vocation personnelle à la sainteté – moi, personnellement
    c- Des vocations particulières vers la sainteté - sacerdoce et vie religieuse
Nos contemporains ne peuvent pas suivre le Christ sans en entendre la voix – Il n’y a pas
d'Eglise sans prêtre - Le défi pour tous de la sainteté. A. R.

Dimanche du Bon Pasteur, dimanche de prière pour les vocations

L’Eglise a besoin de prêtres, de religieux et de religieuses pour accomplir sa mission dans le monde. En ce dimanche du Bon Pasteur, le pape Benoît XVI appelle chaque communauté chrétienne, chaque fidèle, à s’engager pour la promotion des vocations, "spécialement en notre temps où la voix du Seigneur semble étouffée par d'«autres voix» et où l'invitation à le
suivre par le don de sa vie peut apparaître trop difficile". Il précise le sens de cet engagement : "Il est important d'encourager et de soutenir ceux qui montrent des signes clairs de l'appel à la vie sacerdotale et à la consécration religieuse, afin qu'ils sentent la proximité de toute la communauté au moment où ils disent 'oui' à Dieu et à l'Église". Il confie cette mission particulièrement aux prêtres, aux familles, aux catéchistes, aux animateurs. Et il conclut : "Chers frères et soeurs, votre engagement dans la promotion et l'accompagnement des vocations trouve tout son sens et son efficacité pastorale quand il s'effectue dans l'unité de l'Église et qu'il est orienté vers le service de la communion. C'est pour cela que chaque aspect de la vie de la communauté ecclésiale - la catéchèse, les rencontres de formation, la prière liturgique, les pèlerinages - est une occasion précieuse pour susciter dans le Peuple de Dieu, en particulier chez les plus petits et les jeunes, le sens de l'appartenance à l'Église et leur responsabilité quant à la réponse à l'appel au sacerdoce et à la vie consacrée, par un choix libre et conscient." Jean-Pierre Chaussade, diacre

Je suis le bon pasteur

Qu’est-ce qu’un prêtre ? Frères et sœurs, en cette journée de prière pour les vocations, où nous sommes invités à prier le Seigneur pour qu’il donne de nouveaux prêtres à son Eglise, il est important de nous poser cette question. Pour que les chrétiens soient portés à prier pour leurs pasteurs, et pour  que des jeunes puissent entendre l’appel du Seigneur, il faut d’abord qu’ils comprennent à quoi correspond le rôle du prêtre. La réponse tient en trois mots : enseigner, sanctifier, et gouverner. Ils correspondent aux trois vocations que chaque chrétien reçoit le jour de son baptême : prophète, prêtre et roi. Chaque fidèle est appelé à enseigner, à sanctifier et à gouverner d’autres personnes. Mais le prêtre le fait d’une manière spécifique, qui correspond à celle du Christ-Tête de son Eglise, le Christ qui a proclamé, comme nous l’entendrons dimanche prochain : "Je suis le chemin, la vérité, la vie".  L’enseignement est destiné à faire connaître la Vérité, la sanctification à transmettre la Vie, le gouvernement à guider sur le Chemin vers Dieu.

Pour commencer, le prêtre enseigne. Il le fait dès qu’il a reçu le premier degré du sacrement de l’ordre, le diaconat. En grec, diakonos signifie serviteur. Le diacre sert les autres avec ses mains, mais aussi avec son intelligence. Il répond aux besoins matériels (cf Ac 6), mais aussi aux besoins spirituels. C’est pourquoi il proclame l’évangile et peut prêcher. Saint François d’Assise, qui fut ordonné diacre mais refusa par humilité de devenir prêtre,  a laissé des sermons enflammés du feu de l’Esprit.
Pourquoi enseigner ? Parce que l’homme est assoiffé de Vérité. «Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.» (Jn 8, 32) La Vérité n’est pas un savoir abstrait, elle est une Personne vivante qui nous appelle à la suivre. Pour la connaître vraiment, il faut demeurer fidèle à sa parole, ce qui signifie aussi écouter sa voix. "Quand le bon berger a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix." L’enseignement du prêtre n’est donc pas destiné à donner un savoir abstrait, mais à libérer l’homme de toutes ses chaînes en l’invitant à mettre en pratique les commandements du Seigneur. Le prêtre est conscient de communiquer une Vérité qui ne lui appartient pas, et qu’il cherche lui-même à suivre. Il connaît par cœur la parole de Dieu transmise par le prophète Isaïe : "la pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain a celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission." (Is 55, 10‑11)… ou encore celle de l’épître aux hébreux : "Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants ; elle pénètre au plus profond de l'âme, jusqu'aux jointures et jusqu'aux moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur." (He 4, 12) Le prêtre est donc un semeur, qui espère que son enseignement tombera dans la bonne terre et produira beaucoup de fruit.

En plus d’enseigner, le prêtre sanctifie. Le jour de son ordination sacerdotale, il reçoit le pouvoir de célébrer les sacrements de l’Eucharistie, de la pénitence et des malades. L’Eucharistie constitue le cœur de sa journée. Par elle, il nourrit les fidèles pour que chacun puisse offrir sa vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu (Rm 12,1). En même temps, il se nourrit et s’offre lui-même, au point de faire siennes les paroles du Christ : "Ceci est mon corps livré pour vous… ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude». Alors que la première partie de la messe est comme le prolongement de sa mission d’enseignement, qui culmine dans l’homélie, la seconde partie est au cœur de sa mission de sanctification. Celle-ci se prolonge elle-même dans les sacrements de la pénitence et des malades, destinés à guérir les brebis blessées dans leurs âmes et dans leurs corps. Alors que la Vérité est destinée à rendre l’homme libre, la sainteté le rend pleinement vivant : "je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance. »
Le saint patron des prêtres, le curé d’Ars, prenait certes du temps pour enseigner le catéchisme aux enfants de l’école qu’il avait créée et pour préparer ses homélies, mais l’essentiel de son ministère était consacré à la célébration de ces trois sacrements.

En plus d’enseigner et de sanctifier, le prêtre gouverne : "il marche à la tête des brebis, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix." Il le fait en tant que collaborateur de l’évêque, dont c’est la mission propre. Alors qu’il enseigne pour faire connaître la Vérité et qu’il sanctifie pour communiquer la Vie, il gouverne pour indiquer le Chemin qui mène vers le Royaume. Ce n’est pas parce qu’un fidèle connaît bien l’enseignement du Christ et reçoit régulièrement ses sacrements, qu’il connaît forcément le chemin qu’il doit emprunter personnellement pour avancer vers Dieu. Par exemple, n’importe quel jeune devrait se poser la question de sa vocation : "suis-je appelé au mariage ? à la vie religieuse ? au sacerdoce ?"  Même s’il se laisse enseigner et sanctifier dans l’Eglise, il ne saura pas forcément répondre seul à cette question. De même, un homme ou une femme plus âgés peuvent avoir besoin d’aide pour prendre des grandes ou petites décisions. C’est pourquoi l’Eglise invite les chrétiens à recourir à un accompagnateur spirituel, particulièrement lorsqu’ils sont confrontés à des choix importants. L’accompagnement peut être ponctuel, comme dans le cas d’une retraite, ou suivi dans le temps. Il peut être offert par des laïcs expérimentés, ou par des religieux ou des religieuses, mais il est certain que le prêtre reçoit par son ordination une grâce spéciale et par son ministère une connaissance de l’être humain qui peuvent l’aider dans cette mission. En tant que responsable d’aumônerie, ou curé, ou surtout évêque, il est de plus appelé à guider les chrétiens dont il a la charge vers le Seigneur. Saint Charles Borromée et saint François de Sales ont tous deux excellé pour gouverner à la fois les prêtres et les fidèles de leurs diocèses. C’est parce que le Cardinal Vingt-Trois l’a demandé que, ces deux dernières années, nous vous avons proposé comme thèmes pastoraux "Eucharistie et mission" puis "la famille et la jeunesse : une espérance".

Ainsi, frères et sœurs, le prêtre reçoit la mission d’enseigner les hommes pour que la Vérité les rende libres, de les sanctifier pour qu’ils aient la Vie en abondance, et de les gouverner pour leur indiquer le Chemin sur lequel Dieu les appelle. Cette mission est difficile, et le prêtre ne peut l’accomplir de manière féconde que s’il est uni au Souverain Prêtre, le Bon Pasteur par excellence, le Christ-Tête de son Eglise. Prions pour tous les prêtres, afin que nous soyons toujours plus unis à Celui que nous représentons et qui nous envoie. Prions aussi pour tous les jeunes qui devront choisir un chemin de vie : que chacun sache entendre l’appel du Seigneur et y répondre avec confiance. Père Arnaud Duban

8 mai 2011 : 3ème Dimanche de Pâques (Lc 24, 13-35)

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé. Or, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas. Jésus leur dit : "De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ?" Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, répondit : "Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci."

Il leur dit : "Quels événements ?" Ils lui répondirent : "Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. A vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu."

Il leur dit alors : "Vous n'avez donc pas compris ! Comme votre coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ?" Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : "Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse." Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l'un à l'autre : "Notre coeur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ?"

A l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : "C'est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre." A leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

Eléments de réflexion

I – Jésus par son Eglise ne cesse de venir à notre rencontre
    a- "Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux" - proximité
    b- "Leurs yeux étaient aveuglés" - envahis par leurs soucis
    c- "Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël"
II – Jésus par son Eglise se dit dans l’histoire du monde
    a- "Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth" - force de la réalité historique des faits
    b- "Vous n’avez donc pas compris" - du cerveau au coeur – le témoin
    c- "Il leur expliqua dans toute l’Ecriture ce qui le concernait" - accomplissement
III – Jésus par son Eglise veut se dire dans mon histoire
    a- "Reste avec nous" - l’Evangile passe toujours par un contact humain – la table
    b- "Il prit le pain, le rompit et le leur donna" - recevoir de Jésus notre nourriture
    c- A l’instant même ils retournent à Jérusalem" - conversion – en Eglise
"Ce qui vous a libéré de la vie que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ"
On ne rencontre jamais le Christ sans rejoindre la Communauté Eglise. Père Antoine de Romanet

De Marie de Magdala aux disciples d’Emmaüs

Les trois premiers dimanches de Pâques forment une trilogie sur les premières apparitions du Christ ressuscité, avec Marie-Madeleine, Thomas et les disciples d’Emmaüs.
Sauf à Thomas, qui proclame, confondu : "Mon Seigneur et mon Dieu", il est pris pour le jardinier ou encore comme un voyageur anonyme, qui fait semblant d’aller plus loin… Il se fait reconnaître au son de sa voix :"Marie !", ou à la fraction du pain / "Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous ?"
Le tombeau est vide, mais Jésus ressuscité est là, derrière, vivant. Il disparaît à leurs regards, mais pas à leur présence : maintenant, dans son ubiquité, il est partout. D’ailleurs, avant que la nouvelle soit propagée, il est apparu à Simon-Pierre.
Ce "jour que fit le Seigneur est un jour de joie, Alléluia". Père Alain Dieulafé

1 mai 2011 : dimanche de la divine miséricorde (Jn 20, 19-31)

C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : "La paix soit avec vous !"

Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau : "La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie."

Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : "Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus."

Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : "Nous avons vu le Seigneur !" Mais il leur déclara : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !"

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : "La paix soit avec vous !" Puis il dit à Thomas : "Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant." Thomas lui dit alors : "Mon Seigneur et mon Dieu !"

Jésus lui dit : "Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu."

Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Eléments de réflexion

I – Verrouillés : "Ils avaient peur"
    a-  Peur de Dieu, des autres et des puissances de ce monde
    b- Peur de la lumière, de soi-même et des ombres de son cœur
    c- Peur qui paralyse, qui désespère, qui divise, qui isole…

II – Libérés : "La paix soit avec vous !"
    a- Une démarche de liberté : la re-connaissance de Jésus ressuscité
    b- Une démarche qui me libère : je ne suis pas la mesure de ce monde
    c- Une démarche qui me rend libre d’accueillir et de donner la vie

III – Envoyés : "Recevez l’Esprit Saint" - "Moi aussi je vous envoie"
    a- Etre porteur du souffle de l’amour divin : création nouvelle
    b- Etre porteur de pardon et de réconciliation : re-création
    c- Etre porteur de paix et d’espérance : pro-création/a-venir

"Heureux ceux qui croient sans avoir vu" : les réalités les plus sublimes de Dieu ne peuvent se voir avec les yeux de ce monde. La Foi/confiance seule nous y introduit. C’est là le vrai bonheur. Père A. de Romanet    

25 avril 2011 : dimanche de Pâques (Jn 20, 1-9)

Le premier jour de la semaine,Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il faitencore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui queJésus aimait, et elle leur dit : "On a enlevé le Seigneur de sontombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis."

Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau.Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plusvite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, ilvoit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas.Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans letombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avaitrecouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à saplace.

C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé lepremier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, lesdisciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.

Eléments de réflexion

I – La Résurrection du Christ : une absolue nouveauté dans l’histoire
    a-  Le Christ est ressuscité avec son corps - résurrection de la chair.
    b- Le Christ est ressuscité des morts. Situation radicalement nouvelle, différente de Lazare.
    c- Le Christ est ressuscité avec un corps glorieux, portant les stigmates de la passion.

II – La Résurrection du christ : un absolu fondement de l’histoire.
    a- La Résurrection de Jésus échappe à l’histoire, car elle n’est pas de l’ordre de
     l’espace et du temps.
    b- Le  témoignage des Apôtres est historique.
    c- Saint Jean "voit et croit" : Jean regarde avec les yeux du cœur.

III – La Résurrection du Christ : fondement et nouveauté de mon histoire
    a- La Résurrection du Christ change la perspective et l’axe de ma vie
    b- La Résurrection du Christ me libère de l’esclavage et des ténèbres.
    c- La Résurrection du Christ reste  à accomplir dans ma vie, pour ma part.

La Résurrection du Christ, gage de ma propre résurrection, si j’accepte de me convertir, pour renaître en vérité, dans la puissance del’Esprit. Père Antoine de Romanet

18 avril 2011 : dimanche des Rameaux (Mt 21, 1-11)

Quelques jours avant la fête dela Pâque, Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent àBethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers. Alors Jésus envoya deuxdisciples : "Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverezaussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle. Détachez-les etamenez-les-moi. Et si l'on vous dit quelque chose, vous répondrez : 'LeSeigneur en a besoin, mais il les renverra aussitôt.'" Cela s'est passépour accomplir la parole transmise par le prophète: Dites à la fille deSion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesseet un petit âne, le petit d'une bête de somme.
Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l'ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux, etJésus s'assit dessus. Dans la foule, la plupart étendirent leursmanteaux sur le chemin ; d'autres coupaient des branches aux arbres eten jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus etcelles qui suivaient criaient : "Hosanna au fils de David ! Béni soitcelui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !"Comme Jésus entrait à Jérusalem, l'agitation gagna toute la ville ; onse demandait : "Qui est cet homme ?"  Et les foules répondaient :"C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée."

Réflexion : L’entrée à Jérusalem avec le Christ

La liturgie de la fête des Rameaux exprime comme toute liturgie latriple dimension du Christ hier, aujourd’hui, à jamais. Dans ledeuxième tome de Jésus de Nazareth paru en mars 2011, JosephRatzinger / Benoît XVI exprime bien le sens de l’entrée de Jésus àJérusalem.  Elle est une étape dans la montée de Jésus à Jérusalemdont "le but ultime est l’offrande de lui-même sur la Croix" ;"c’est la montée vers "l’amour jusqu’au bout" (cf Jn 13,6)"."Toutefois, précise Benoît XVI, le but immédiat du pèlerinage de Jésus,c’est Jérusalem, la Ville sainte avec son Temple, et la "Pâque desjuifs". Jésus est partie avec les douze et peu à peu une foulenombreuse le suit. En route, à l’image de l’aveugle Bartimée qui crie"Fils de David, Jésus, aie pitié de moi" et qui recouvre la vue, lafoule se demande si "avec son entrée dans la Ville sainte, l’heure oùil aurait rétabli le règne de David n’était-elle pas arrivée ?".Toute la préparation augmente cette espérance : Jésus arrive duMont des Oliviers d’où on attend le Messie, sur un âne emprunté selonla prophétie (Zacharie 9,9) "Dites à la fille de Sion : Voici queton Roi vient à toi ; modeste, il monte une ânesse".  SelonBenoît XVI, "Jésus veut que son cheminement et son agir soient comprisselon les promesses de l’Ancien Testament, qui, en lui, deviennentréalité" […] "Son exigence se fonde sur l’obéissance face àl’ordre du Père". Ce que font les disciples en étendant leurs manteauxsur l’âne est "un geste d’intronisation dans la royauté davidique etainsi dans l’espérance messianique". Les pèlerins à leur tour étendentleurs manteaux sur la route où Jésus s’avance et proclament"Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !Hosanna au plus haut des cieux !" Et Benoît XVI deconclure : "L’Eglise salue le Seigneur dans la sainteEucharistie comme celui qui vient maintenant, qui est entré au milieud’elle. Et, en même temps, elle le salue comme celui qui demeuretoujours, celui qui vient et nous prépare à sa venue. Comme pèlerins,nous allons vers lui ; comme pèlerin, il vient à notre rencontreet il nous associe à sa "montée" vers la Croix et la Résurrection, versla Jérusalem définitive qui, dans la communion à son Corps, est déjà entrain de croître au milieu du monde." Jean-Pierre Chaussade, diacre

11 avril 2011 : 5ème dimanche de carême (Jn 11, 1-45)

Un homme était tombé malade.C’était Lazare, de Béthanie, le villagede Marie et de sa sœur Marthe. (Marie est celle qui versa du parfum surle Seigneur et lui essuya le pied avec ses cheveux. Lazare, le malade,était son frère.) Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus :"Seigneur, celui que tu aimes est malade."

En apprenant cela, Jésus dit : "Cette maladie ne conduit pas à lamort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils deDieu soit glorifié." Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura pourtant deuxjours à l'endroit où il se trouvait ; alors seulement il dit auxdisciples : "Revenons en Judée." Les disciples lui dirent : "Rabbi,tout récemment, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retourneslà-bas ?" Jésus répondit : "Ne fait-il pas jour pendant douze heures ?Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu'il voit lalumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche,parce que la lumière n'est pas en lui." Après ces paroles, il ajouta :"Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de cesommeil." Les disciples lui dirent alors : "Seigneur, s'il s'estendormi, il sera sauvé." Car ils pensaient que Jésus voulait parler dusommeil, tandis qu'il parlait de la mort. Alors il leur dit clairement: "Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause devous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui !" Thomas (dontle nom signifie : Jumeau) dit aux autres disciples : "Allons-ynous aussi, pour mourir avec lui !"

Quand Jésus arriva, il trouva Lazare au tombeau depuis quatre joursdéjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem - à une demi-heure demarche environ - beaucoup de Juifs étaient venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil. Lorsque Marthe appritl'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marierestait à la maison. Marthe dit à Jésus : "Seigneur, si tu avais étélà, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que, maintenant encore, Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas." Jésus lui dit : "Tonfrère ressuscitera." Marthe reprit : "Je sais qu'il ressuscitera audernier jour, à la résurrection." Jésus lui dit : "Moi, je suis larésurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tucela ?" Elle répondit : "Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ;tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde."

Ayant dit cela, elle s'en alla appeler sa sœur Marie, et lui dittout bas : "Le Maître est là, il t'appelle." Marie, dès qu'ellel'entendit, se leva aussitôt et partit rejoindre Jésus. Il n'était pasencore entré dans le village ; il se trouvait toujours à l'endroit oùMarthe l'avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie,et lui manifestaient leur sympathie, quand ils la virent se lever etsortir si vite, la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau pour ypleurer. Elle arriva à l'endroit où se trouvait Jésus ; dès qu'elle levit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : "Seigneur, si tu avais étélà, mon frère ne serait pas mort." Quand il vit qu'elle pleurait, etque les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleverséd'une émotion profonde.

Il demanda : "Où l'avez-vous déposé ?" Ils lui répondirent :"Viens voir, Seigneur." Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent :"Voyez comme il l'aimait !" Mais certains d'entre eux disaient :"Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcherLazare de mourir ?" Jésus, repris par l'émotion, arriva autombeau. C'était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : "Enlevezla pierre." Marthe, la sœur du mort, lui dit : "Mais, Seigneur, il sentdéjà ; voilà quatre jours qu'il est là." Alors Jésus dit à Marthe: "Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu."On enleva donc la pierre.

Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : "Père, je te rendsgrâce parce que tu m'as exaucé. Je savais bien, moi, que tu m'exaucestoujours ; mais si j'ai parlé, c'est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé." Après cela, il cria d'unevoix forte : "Lazare, viens dehors !" Et le mort sortit, les pieds etles mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit :"Déliez-le, et laissez-le aller." Les nombreux Juifs, qui étaient venus entourer Marie et avaient donc vu ce que faisait Jésus, crurent en lui.

Eléments de réflexion

I – Christ, vrai homme
    a- "Seigneur, celui que tu aimes est malade" - simplicité/humanité
    b- Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde" - "il pleura"
    c- "Revenons en Judée" - "Lazare vient dehors"
II – Christ, vrai Dieu
    a- "Cette maladie est pour la gloire de Dieu"
    b- "Moi, je suis la résurrection et la vie" - Profession de Foi
    c- "Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé"
III – Christ, vraie Vie
    a- "Je mettrai en vous mon Esprit, et vous vivrez"
    b- "… puisque l’Esprit de Dieu habite en vous…l’Esprit est votre vie"
    c- De la résurrection des corps à celle des cœurs : au quotidien
Les paroles et les actes de Jésus ont leur source dans le Père et conduisent au Père – c’est aujourd’hui que le Seigneur vient sortirchacun d’entre nous de nos tombeaux spirituels. Père A. de Romanet

- "Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra." La vie éternelle est donc commencée, depuis que leChrist est ressuscité d’entre les morts. C’est plus qu’une espérance,c’est l’Espérance théologale, où la vie divine est, non seulementannoncée, mais déjà donnée par les sacrements de l’Eglise.  
- "Crois-tu cela ?" Jésus nous repose cette interrogation à chacund’entre nous, comme à Marthe, il y a 2000 ans ! Et à nous derépondre : "Oui, Seigneur, tu es le fils de Dieu". Cette réponse doit nous transformer, au plus profond de notre être, et  fairesurgir en nous l’homme nouveau.
- A Pâques, le Christ ressuscité, sorti du tombeau, nous appelle à le suivre sur son chemin de vie éternelle. "Lazare, sors dehors !Déliez-le !"
Nous serons déliés de toutes nos contraintes et incertitudes pour un service plus grand de nos frères.
- "Laissez-le aller" - Allons, nous aussi ! Père Alain Dieulafé

Je suis la résurrection et la vie

Frères et sœurs, pour vous, qu’est-ce que la Résurrection ?Est-ce un évènement lointain, une espérance qui doit nous aider àsupporter les épreuves durant notre pèlerinage terrestre ? Si cen’était que cela, Marx n’avait pas tort de déclarer que la religionétait l’opium du peuple, même si lui-même ne croyait pas en larésurrection… Si notre foi ne concernait que l’avenir, elle ne nousapporterait rien pour le présent. La bonne nouvelle, c’est que leChrist nous révèle aujourd’hui : "Je suis la résurrection et lavie". Il nous appelle à passer d’une foi pour l’avenir à une foi pourle présent. Cette foi peut nous sortir de notre sommeil, nous apporterle pardon de nos péchés, et nous libérer de nos servitudes intérieures.

"Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de cesommeil." Pour commencer, le Christ nous invite indirectement à sortirde notre sommeil. Bien-sûr, il s’agit ici du sommeil au sens spirituel. En effet, il est possible de dormir en étant éveillé. Combien de foisn’avons-nous pas dit à un proche, ou nous sommes-nous entendusdire : "Tu dors ?», parce que ce proche ou nous-mêmesn’étions pas pleinement présents à ce que nous faisions ? Bernanos a eu des mots très virulents contre ceux qui passent leur vie à dormir, sansjamais permettre à leur conscience de s’éveiller. Ces hommes-là sontdes morts-vivants.

De fait, il y a une similitude entre la mort et le sommeil. Lesommeil est en effet une sorte de petite mort. Chaque soir, ce ne sontpas le poids des ans mais le poids des heures de la journée que nousressentons, et nous sommes contraints, à un moment ou à un autre, derenoncer à notre emprise sur nous-mêmes et de nous abandonner ausommeil. Lorsque nous dormons, notre corps semble inerte, mais notreesprit continue d’agir à travers les rêves. Nous devenons vulnérables,et c’est pourquoi une armée possède des veilleurs qui peuvent à toutmoment donner l’alerte. Le sommeil brise notre aspiration à latoute-puissance. Chaque matin, le réveil est une sorte de petiterésurrection.

Certains sommeils sont plus lourds que d’autres. Alors que parfoisun léger bruit peut nous réveiller, un réveil puissant peut êtreinsuffisant lorsque le sommeil est profond (nous en avons sans doutetous fait l’expérience, d’où l’utilité de mettre deux ou trois réveilslorsque l’on doit prendre un avion tôt le matin) !  La mortest le sommeil le plus profond qu’on puisse imaginer ; seul leChrist peut nous en sortir. C’est pourquoi il dit à ses apôtres :"Lazare, notre ami, s'est endormi ; mais je m'en vais le tirer de cesommeil." A un autre moment, Jésus a parlé de la mort comme du sommeil.En allant vers la fille de Jaïre, le chef de la synagogue, ildit : "Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfantn'est pas morte : elle dort" (Mc 5, 39)

"Lazare, viens dehors !" Pour vivre pleinement, éveiller saconscience est nécessaire, mais pas suffisant : il faut aussisortir de l’obscurité du péché. Le péché constitue une rupture de notrerelation avec Dieu, qui est la Vie elle-même. Pécher, c’est donc secouper de la source de la Vie, c’est-à-dire mourir. Pour celui quicroit au Christ, cette mort n’est pas ultime, car il peut recevoir lepardon qui le ressuscitera. Mais celui qui pèche et qui refuse decroire au Christ demeure dans l’état de péché mortel, et sa mortbiologique risque d’entraîner une mort définitive, la "seconde mort"qu’évoque à plusieurs reprises l’Apocalypse de saint Jean. En revanche,tout homme qui non seulement croit mais vit dans le Christ ne mourrajamais, parce qu’il est à l’abri du péché.
Voilà pourquoi, à Marthe qui lui exprime sa foi que son frère Lazareressuscitera au dernier jour, Jésus répond en lui demandant un surcroîtde foi : "Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croiten moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit enmoi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?" Dans un sens analogue, saintJean écrira dans sa première lettre : "l'homme qui est né de Dieune commet pas le péché, car ce qui a été semé par Dieu demeure enlui : il ne peut donc pas pécher, puisqu'il est né de Dieu."(1 Jn 3, 9)

"Déliez-le, et laissez-le aller." La mort spirituelle qu’est le péchénous empêche de vivre véritablement, et le pardon nous ressuscite ennous sortant de l’obscurité du tombeau. Cependant, outre le péché, d’autres obstacles peuvent empêcher le fleuve de la vie de coulerlibrement en nos cœurs : ce sont nos servitudes intérieures,fruits de nos blessures psychiques. Après avoir ressuscité Lazare,Jésus l’appelle d’une voix forte : "Lazare, viens dehors" ! Il en est capable, mais il ne peut se mouvoir que difficilement car ila les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d'un suaire.C’est pourquoi Jésus ajoute : "Déliez-le, et laissez-le aller". Pourvivre pleinement, il ne suffit pas de respirer, il faut aussi être libre.
La petite Thérèse de Lisieux n’était pas une grande pècheresse, mais safragilité psychique - que la mort de sa mère puis les départs de sessœurs avaient occasionnée - l’empêchait de vivre pleinement. Elle était comme paralysée, liée avec des bandelettes par ses crises de scrupuleset d’angoisse. Après l’avoir ressuscitée une première fois par lesourire de sa Mère lorsqu’elle avait 10 ans, le Seigneur la délivra deses bandelettes 4 ans plus tard, lors de la nuit de Noël. Alors qu’elle était tentée d’éclater une nouvelle fois en sanglots après une parolemalheureuse de son papa, elle reçut une grâce qui lui permit d’arborerun large sourire à ceux qui l’entouraient. Elle écrira ensuite :"en cette nuit où Il se fit faible et souffrant pour mon amour, Il me rendit forte et courageuse, Il me revêtit de ses armes et depuis cettenuit bénie, je ne fus vaincue en aucun combat, mais au contraire jemarchai de victoires en victoires et commençai pour ainsi dire unecourse de géant !" (Ms A44).

Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur Jésus veut nous sortir dusommeil de notre conscience, nous pardonner nos péchés, et nous libérerde nos servitudes intérieures. Notre foi ne doit pas nous projeterseulement dans l’avenir, elle doit transformer notre présent. Le Christest venu pour que nous ayons la vie, la vie en abondance (Jn 10,10).Jésus a demandé à Marthe de passer de l’avenir au présent. Crois-tu quenon seulement les hommes ressusciteront au dernier jour, mais que jepeux les ressusciter dès maintenant ? Et nous, croyons-nous que leChrist peut nous ressusciter dès maintenant, et que si nous croyons enlui et vivons en lui, nous ne mourrons plus ? Cette semaine,recevons le sacrement de réconciliation (il nous sera proposé mercredi de 12h à 21h) et cherchons à vivre dans le Christ. Alors, nous nevivrons pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, et celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donneraaussi la vie à nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous(2ème lecture). P. A. Duban

3 avril 2011 : 4 ème dimanche de carême (Jn 9, 1-41)

En sortant du Temple, Jésus vitsur son passage un homme qui était aveugle de naissance. Ses disciplesl'interrogèrent : "Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ?" Jésus répondit : "Nilui, ni ses parents. Mais l'action de Dieu devait se manifester en lui.Il nous faut réaliser l'action de celui qui m'a envoyé, pendant qu'ilfait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde."
Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la bouequ'il appliqua sur les yeux de l'aveugle, et il lui dit : "Va te laverà la piscine de Siloé" (ce nom signifie : Envoyé). L'aveugle y alladonc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer - car ilétait mendiant - dirent alors : "N'est-ce pas celui qui se tenait làpour mendier ?" Les uns disaient : "C'est lui." Les autres disaient :"Pas du tout, c'est quelqu'un qui lui ressemble." Mais lui affirmait :"C'est bien moi." Et on lui demandait : "Alors, comment tes yeux sesont-il ouverts ?" Il répondit : "L'homme qu'on appelle Jésus a fait dela boue, il m'en a frotté les yeux et il m'a dit : 'Va te laver à lapiscine de Siloé.' J'y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j'aivu." Ils lui dirent : "Et lui, où est-il ?" Il répondit : "Je ne saispas."
On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c'était unjour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert lesyeux. A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : "Comment se fait-ilque tu voies ?" Il leur répondit : "Il m'a mis de la boue sur les yeux,je me suis lavé, et maintenant je vois."
Certains pharisiens disaient : "Celui-là ne vient pas de Dieu,puisqu'il n'observe pas le repos du sabbat." D'autres répliquaient :"Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ?"
Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s'adressent de nouveau à l'aveugle : "Et toi, que dis-tu de lui, puisqu'il t'a ouvert les yeux?" Il dit : "C'est un prophète."
Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle.

C'est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent :"Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu'il est né aveugle ?Comment se fait-il qu'il voie maintenant ?" Les parents répondirent : "Nous savons que c'est bien notre fils, et qu'il est né aveugle. Maiscomment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui aouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il estassez grand pour s'expliquer." Ses parents parlaient ainsi parce qu'ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s'étaient déjà mis d'accordpour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus estle Messie. Voilà pourquoi les parents avaient dit : "Il est assezgrand, interrogez-le !"
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l'homme qui avait étéaveugle, et ils lui dirent : "Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous,que cet homme est un pécheur." Il répondit : "Est-ce un pécheur ? Je n'en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j'étais aveugle,et maintenant je vois." Ils lui dirent alors : "Comment a-t-il faitpour t'ouvrir les yeux ?" Il leur répondit : "Je vous l'ai déjà dit, etvous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m'entendre encore une fois? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ?" Ils semirent à l'injurier : "C'est toi qui es son disciple ; nous, c'est deMoïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui aparlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d'où il est."

L'homme leur répondit : "Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous nesavez pas d'où il est, et pourtant il m'a ouvert les yeux. Comme chacunsait, Dieu n'exauce pas les pécheurs, mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, il l'exauce. Jamais encore on n'avait entendu direqu'un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cethomme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire." Ilsrépliquèrent : "Tu es tout entier plongé dans le péché depuis tanaissance, et tu nous fais la leçon ?" Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu'ils l'avaient expulsé. Alors il vint le trouver etlui dit : "Crois-tu au Fils de l'homme ?" Il répondit : "Et qui est-il,Seigneur, pour que je croie en lui ?"

Jésus lui dit : "Tu le vois, et c'est lui qui te parle." Il dit : "Je crois, Seigneur !", et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : "Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voientdeviennent aveugles."

Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles etlui dirent : "Serions-nous des aveugles, nous aussi ?" Jésus leurrépondit : "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ;mais du moment que vous dites : 'Nous voyons !' votre péché demeure."


Eléments de réflexion

I – Question de l’origine de l’aveuglement
    a- "Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ?" Dieu, 1ère victime du mal
    b- "Ni lui, ni ses parents !" Jésus n’explique pas le mal, il le combat   
    c- Nous sommes tous nés aveugle spirituellement –  La Foi-confiance est lumière
II – Question de l’identité de l’acte et des acteurs
    a- Identité sacramentelle de l’acte de Jésus – nouvelle création – geste du potier
    b- Identité du mendiant aveugle de naissance – la contester, ou se remettre en cause
    c- Identité de Jésus prophète, fils de Dieu, Sauveur – remise en cause radicale
III – Question de la prise de position à laquelle chacun est convoqué
    a- L’aveugle-né s’en tient aux faits de façon intangible, jusqu’à la foi – dans le réel
    b- Certains pharisiens nient l’évidence du réel – "ils savent" - jusqu’aux ténèbres
    c- Les parents de l’aveugle-né se défilent, en parfaite lâcheté – occulter le réel

Renversement complet de situation : le péché n’est pas là où lespharisiens le mettent, eux qui méprisent cet aveugle. Les vraisaveugles ne sont pas ceux que l’on croit. Très vite, si nous n’yprenons pas garde, notre orgueil nous conduit à juger de Dieu lui-mêmeà partir de ce que nous pensons.
"La pire infirmité est d’être amputé de Dieu, et je n’aurai pas le droit de le dire si j’avais encore ma main et mes yeux". (Jacques Lebreton, mutilé de guerre) . Père A. de Romanet                                                                        

27 mars 2011 : 3ème dimanche de Carême (Jn, 4, 5-12)

Jésus arrivait à une ville deSamarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à sonfils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par laroute, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.

Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. Jésus lui dit : "Donne-moi à boire." (En effet, ses disciples étaient partis à laville pour acheter de quoi manger.)

La Samaritaine lui dit : "Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandesà boire, à moi, une Samaritaine ?" (En effet, les Juifs ne veulent rienavoir en commun avec les Samaritains.) Jésus lui répondit : "Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moià boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné del'eau vive."
Elle lui dit : "Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits estprofond ; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ? Serais-tu plus grand quenotre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même,avec ses fils et ses bêtes ?" Jésus lui répondit : "Tout homme qui boitde cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que moije lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donneraideviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle."

La femme lui dit : "Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aieplus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser." Jésus lui dit: "Va, appelle ton mari, et reviens." La femme répliqua : "Je n'ai pas de mari." Jésus reprit : "Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari,car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari: là, tu dis vrai."
La femme lui dit : "Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors,explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, etvous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est àJérusalem." Jésus lui dit : "Femme, crois-moi : l'heure vient où vousn'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celuique nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient- et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père enesprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieuest esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ilsdoivent l'adorer." La femme lui dit : "Je sais qu'il vient, le Messie,celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous feraconnaître toutes choses." Jésus lui dit : "Moi qui te parle, je lesuis."

Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voirparler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : "Que demandes-tu ?"ou : "Pourquoi parles-tu avec elle ?" La femme, laissant là sacruche, revint à la ville et dit aux gens : "Venez voir un homme quim'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ?" Ilssortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.
Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : "Rabbi, viens manger."Mais il répondit : "Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est unenourriture que vous ne connaissez pas." Les disciples se demandaient :"Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ?" Jésus leur dit : "Manourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : 'Encore quatre mois et cesera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneurreçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bienque le semeur se réjouit avec le moissonneur. Il est bien vrai, leproverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne.' Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de lapeine, et vous, vous profitez de leurs travaux."

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause desparoles de la femme qui avait rendu ce témoignage : "Il m'a dit tout ceque j'ai fait." Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent àdemeurer chez eux. Il y resta deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sespropres paroles, et ils disaient à la femme : "Ce n'est plus à cause dece que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avonsentendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui leSauveur du monde."

Eléments de réflexion

I – "Un étranger fatigué" "plus grand que notre père Jacob ?"
    a- Jésus s’approche de nous à partir de nos besoins les  plus concrets
    b- Jésus fait le premier pas avec une extraordinaire liberté
    c- Jésus éveille dans le cœur de la Samaritaine la soif d’une eau Vive
II – "Je le vois, tu es un prophète" "alors explique-moi où adorer Dieu ?"
    a- "Va, appelle ton mari" - Jésus éveille une soif d’amour, et une blessure
    b- "Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari" - voir clair/vraies questions
    c- "Adorer Dieu en Esprit et en Vérité" - incroyable libération !
III – "Je sais qu’il vient, le Messie" "Moi qui te parle, je le suis"
    a- Jésus dévoile son identité – Il est le Christ, source d’eau vive
    b- "Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait" - Transformation
    c- "Ma nourriture c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé"
"Nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde." Père A. de Romanet

20 mars 2011 : 2ème dimanche de Carême (Mt, 17, 1-9)

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il lesemmène à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancscomme la lumière.

Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient aveclui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : "Seigneur, il estheureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici troistentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie."

Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de sonombre ; et, de la nuée, une voix disait : "Celui-ci est mon Filsbien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le !"

Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre etfurent saisis d'une grande frayeur. Jésus s'approcha, les toucha etleur dit : "Relevez-vous et n'ayez pas peur !" Levant les yeux, ils nevirent plus que lui, Jésus seul.

En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : "Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soitressuscité d'entre les morts."

Eléments de réflexion

I – La Foi – Le premier, Dieu me fait confiance
    a- Dieu vient à la rencontre d’Abraham – révolution copernicienne   
    b- Dieu vient à la rencontre de l’humanité en Jésus Christ
    c- Dieu vient à la rencontre de ma vie et m’offre sa confiance
II – L’Espérance – Le premier, Dieu m’espère
    a- L’Espérance chrétienne vient de Dieu – ni hasard ni optimisme
    b- L’Espérance chrétienne vient de la Résurrection du Christ
    c- L’Espérance chrétienne vient donner sens à ma vie
III – La Charité – Le premier, Dieu m’aime
    a- Foi et Espérance n’ont de sens qu’incarnées dans ma vie
    b- Abraham, et Jésus, et Paul, accomplissent l’amour
    c- Dieu m’offre son amour pour me donner d’accomplir ma vie

Passage d’une démarche qui vient de l’homme à une démarche qui vient de Dieu. Privée de sens ma vie est en miettes – avec le Christ le sensde ma vie est éternel

La Foi et l’Espérance disparaîtront – au terme ne demeurera que l’amour. Père A. de Romanet

Homélie : Notre vocation : être transfigurés

Pars de ton pays … prends ta part de souffrance pour l'annonce del'Évangile… écoutez mon Fils bien aimé …" : Frères et sœurs,les appels du Seigneur paraissent parfois durs à entendre. PourquoiAbraham a-t-il accepté de quitter son pays et sa famille pour un paysqu’il ne connaissait pas ? Pourquoi Timothée a-t-il accepté desouffrir pour l’évangile, comme son maître Paul l’y exhortait ?Pourquoi les apôtres ont-ils accepté d’écouter le Christ jusqu’à luidonner leur vie ? C’est fortifiés par la Foi, l’Espérance et laCharité, qu’ils ont pu le faire. Voyons ce que les textes de cedimanche nous enseignent sur ces trois grandes vertus, appeléesthéologales parce qu’elles viennent de Dieu et qu’elles nous dirigentvers Lui.

La première attitude fondamentale à laquelle Dieu nous appellevis-à-vis de Lui, c’est la Foi, qui s’enracine dans la confiance. Elleest comme une lumière qui nous permet d’avancer vers le Royaume malgré l’obscurité qui nous entoure. Elle nous donne la certitude intérieureque nous ne sommes jamais seuls.
Prenons d’abord l’exemple d’Abraham, appelé le père des croyants (Rm4,11). Parce qu’il faisait confiance au Seigneur, Abram quitta la terrede ses ancêtres sans savoir où il parviendrait ; il accepta depatienter de longues années sans voir la Promesse se réaliser ; etfinalement, il alla jusqu’à sacrifier le Fils de cette même Promesse(He 11, 17). Comme l’écrit l’auteur de l’épître aux hébreux, "ilpensait en effet que Dieu peut aller jusqu'à ressusciter lesmorts : c'est pourquoi son fils lui fut rendu ; et c'étaitprophétique." (He 11, 19)
Les apôtres, eux-aussi, ont été guidés par leur Foi. Après la transfiguration, la voix du Père leur déclare : "Celui-ci est monFils, celui que j'ai choisi, écoutez-le." (Lc 9, 35) Si vousvoulez jouir éternellement de la gloire de mon Fils telle que vousvenez d’en avoir un avant-goût, vous devez accepter de l’écouter. Vu que Moïse et Elie étaient là aussi, eux qui représentent la Loi et lesProphètes, cela signifie que les disciples du Christ doivent aussi lesécouter eux, car ils ont préparé et annoncé sa venue. Ecouter la Parolede Dieu qui s’est révélé à nous dans l’Ancienne puis dans la Nouvelle Alliance, c’est en accepter toute la profondeur, jusqu’à cette paroleque Jésus venait de livrer à ses apôtres, dans le passage précédant satransfiguration : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'ilse renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive." (Lc 9, 23)

La deuxième attitude fondamentale à laquelle Dieu nous appelle,c’est l’Espérance. L’Espérance nous fait attendre la vie du Royaume,dans laquelle nous serons transfigurés à l’image du Christ, et où nous serons comblés de ses biens. Saint Thomas d’Aquin considérait ladésespérance comme le plus grave de tous les péchés, car elle noussépare de Dieu et nous entraîne vers la mort. Au contraire, l’Espéranceest comme le moteur de notre existence, qui nous permet d’avancermalgré tous les obstacles. Voyons comment la Bible nous éclaire sur cepoint.
Grâce à l’Espérance, Abraham a pu supporter de nombreusesépreuves : la séparation de son père et de son pays ; unelongue marche dans le désert ; la famine dans le pays de Canaan qui lui avait été promis ; la longue stérilité de son épouseSarah ; et finalement le sacrifice de son fils Isaac. Toutes cesépreuves, il les supporta parce qu’il espérait la réalisation despromesses de Dieu : une descendance aussi nombreuse que lesétoiles du ciel (Gn 15,5) et une terre qui lui appartiendrait (Gn 15,7.18).
Grâce à l’Espérance, les douze apôtres ont eux-aussi accepté de donnerleur vie pour le Christ. Mais il leur a fallu du temps, et surtout laforce de l’Esprit de Pentecôte, pour accepter de le faire. LorsqueJésus apparaît transfiguré à Pierre, Jacques et Jean, c’est pouraffermir leur Espérance et leur donner la force de supporter l’épreuvede la Passion, sa "défiguration". Ils voient Jésus dans la lumière desa gloire divine afin que, lorsqu’ils le verront dans la nuit sur unautre mont, celui des Oliviers, ils acceptent de le suivre. Cependant,cette vision ne fut pas suffisante. Sur le mont des Oliviers, ils ontfui devant les soldats, incapables de suivre leur Maître jusqu’à laCroix. Pourquoi ? Parce qu’ils n’étaient pas encore assez affermis dans la troisième vertu théologale.

La troisième attitude fondamentale à laquelle Dieu nous appelle, qui est aussi la plus importante de toutes, c’est la Charité. Si jel’écoute, ce n’est pas seulement parce que je lui fais confiance etparce que j’espère être récompensé par lui, c’est parce que je l’aime.
Abraham n’a pas seulement fait preuve de Foi et d’Espérance, mais ausside Charité. A Lot qui lui demande de se séparer parce que leurspasteurs se disputent, il propose de choisir lui-même son territoire, alors qu’il est son aîné : "Si tu prends la gauche, j'irai àdroite, si tu prends la droite, j'irai à gauche." (Gn 13, 9)Lorsqu’ensuite Lot  est fait prisonnier par un des rois de larégion, loin de le laisser tomber, il vole à son secours en menant une guerre dans laquelle il a tout à perdre. Plus tard, lorsque troismystérieux personnages lui apparaissent au chêne de Mambré, il lesaccueille comme des rois. Comprenant que c’est le Seigneur, ilintercède pour la ville de Sodome, songeant sans doute à nouveau à son neveu.
De même, si les apôtres ont fini par offrir leur vie en sacrifice auSeigneur, c’est par amour pour Lui. Pour pardonner à Pierre et leconfirmer dans sa mission, Jésus ressuscité lui demande trois fois : "M’aimes-tu ?" (Jn 21). Certes, Pierre croyait en lui,puisqu’il avait été le premier à le reconnaître comme Messie et Fils deDieu (cf Mt 16,16). Il espérait en lui, puisque sur sa demande, Jésuslui avait répondu que nul n'aurait "laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l'Evangile, qui nereçoive le centuple dès maintenant […] et, dans le monde à venir, lavie éternelle." (Mc 10, 29‑30) Mais Pierre manquait d’amour pourle Christ, car seul l’amour est, comme le déclare le Cantique des cantiques, "fort comme la mort" (8,6), et donc capable de donner sa viepour l’autre. C’est seulement après avoir été pardonné et après avoirreçu l’Esprit d’Amour le jour de la Pentecôte que Pierre a été capablede résister à la tentation de fuir la persécution de Néron et de demander à être crucifié la tête en bas.

Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous appelle à une tripleattitude envers Lui : la Foi, qui nous éclaire sur le cheminmenant jusqu’à Lui ; l’Espérance, qui nous donne la forced’avancer malgré tous les obstacles ; la Charité, qui enflammetellement notre cœur que nous sommes prêts à donner notre vie pour Lui.Revêtus de cet équipement de combat, nous pourrons partir là où leSeigneur nous conduira, comme Abraham ; nous prendrons notre partde souffrance pour l’annonce de l’Evangile, comme Timothée ; nousécouterons la voix du Seigneur, comme les apôtres. S’il nous arrived’être effrayés par l’intensité du combat à mener, ou d’y être vaincus,souvenons-nous qu’Abraham, Timothée, et les apôtres ont tous connus desdifficultés et des échecs. Faisons alors mémoire des "transfigurations"que nous avons connues, de ces moments où il nous semblait que nousétions déjà dans le Royaume. Alors, nous serons plus forts poursoutenir tous les combats, dans l’attente de jouir un jour de lavictoire avec le Ressuscité.

 

13 mars 2011 : 1er dimanche de Carême (Mt 4, 1-11)

Jésus, après son baptême, futconduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon. Aprèsavoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateurs'approcha et lui dit : "Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que cespierres deviennent des pains." Mais Jésus répondit : "Il est écrit : Cen'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de touteparole qui sort de la bouche de Dieu."

Alors le démon l'emmène à la ville sainte, à Jérusalem, le place ausommet du Temple et lui dit : "Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi enbas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et: Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte unepierre." Jésus lui déclara : "Il est encore écrit : Tu ne mettras pas àl'épreuve le Seigneur ton Dieu."  

Le démon l'emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire. Il lui dit : "Toutcela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m'adorer."

Alors, Jésus lui dit : "Arrière, Satan ! car il est écrit : C'estdevant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seulque tu adoreras."  Alors le démon le quitte. Voici que des angess'approchèrent de lui, et ils le servaient.

Eléments de réflexion

I – Adam – Tentation et chute
    a- Dieu donne la vie, la vérité, la liberté – récit spirituel
    b- Le malin, le menteur, le diviseur – poison du doute et du soupçon
     c- Tentation = épreuve = vérité de mon cœur = quelle Loi en moi ?
II – Jésus – Tentation et victoire
    a- Avoir = la juste relation aux choses : le pain
    b- Pouvoir = la juste relation aux autres : le sommet du Temple
    c- Gloire = la juste relation à Dieu : l’adoration
III – Moi-même – Tentation et combat
    a- Pénitence : la juste relation aux choses – je suis incarné
    b- Partage ; la juste relation aux autres – je suis entouré de frères
    c- Prière : la juste relation à Dieu – j’ai tout reçu de mon créateur
Jésus démasque l’adversaire – le prince de ce monde, le diviseur. Jésus ne discute pas mais cite la Parole de Dieu. Père A. de Romanet

Homélie : Arrière Satan

Frères et sœurs, qui est notre véritable Maître ? Sommes-noustoujours à l’écoute du Seigneur, dociles à sa volonté ? Oupréférons-nous parfois écouter l’Adversaire, celui qui est le Menteurpar excellence ? Les lectures de ce jour nous rappellent que notrevie chrétienne nécessite un véritable combat spirituel. Sans cesse, ilnous faut choisir entre deux voies : celle des fils et filles deDieu, qui font confiance à leur Père… ou celle des disciples de Satanqui veulent devenir des dieux par leurs propres forces. L’adversairenous tente de trois manières principales, qui touchent notre rapportd’abord à Dieu lui-même, ensuite à la création et à notre corps, enfinaux autres. Cherchons à mieux comprendre chacune de ces tentations àtravers trois sortes d’exemples : Adam et Eve dans le jardin de laGenèse ; les hébreux durant leurs 40 années dans le désert ;Jésus durant son séjour de 40 jours, lui aussi dans le désert. Là oùles premiers hommes et les hébreux ont succombé, le Fils de Dieu estsorti vainqueur.

En premier lieu, Satan tente l’homme par rapport à Dieu lui-même. Ille dépeint de manière mensongère, non comme un Père plein d’Amour, maiscomme un tyran jaloux de ses prérogatives.  Il dit à la femme :"Alors, Dieu vous a dit : "Vous ne mangerez le fruit d’aucun arbre dujardin"», ce qui est un premier mensonge, car Dieu a au contrairepermis à Adam et Eve de manger de tous les arbres du jardin, sauf decelui qui les entraînerait à renier leur véritable nature.  Puis,après la réponse elle-même erronée d’Eve, qui prête à Dieu une parolequ’Il n’a pas prononcée (à propos de l’arbre en question, "vous n’ytoucherez pas"),  il ajoute un second mensonge : "Pas du tout! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous enmangerez, vos yeux s'ouvriront, et vous serez comme des dieux,connaissant le bien et le mal." Voici la première tentation, à laracine de toutes les autres : devenir comme des dieux, ens’opposant à Dieu.

Cette tentation, les hébreux y ont également succombé dans ledésert. Alors que Moïse tardait à redescendre de la montagne, ils ontdécidé de se créer un dieu à leur convenance, le veau d’or (cf Ex 32). Au lieu de faire preuve de patience et de confiance envers Moïse, lereprésentant de Yahvé, ils ont préféré se créer un dieu semblable àceux des autres peuples. Alors que Dieu les avait créés à son image,ils ont créé un dieu à leur image, celle d’un ruminant doté de peud’intelligence.

Jésus, lui aussi, fait face à cette tentation. Alors que le démonl'emmène au sommet du Temple de Jérusalem et lui dit : "Si tu es leFils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peurque ton pied ne heurte une pierre" Jésus lui répond : "Il estécrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu." Il ne seplace pas au-dessus de son Père, il ne le met pas à son service, il fait exactement l’inverse. Tous les miracles que Jésus accompliraseront destinés à glorifier le Père, et non à se glorifier lui-même. Unjour, oui, Jésus "se jettera" dans la mort… Mais ce ne sera pas pourmanifester sa puissance dans un accès de vaine gloire, mais pour manifester la toute-puissance de l’Amour de son Père.


En second lieu, Satan tente l’homme par rapport à la création et àson corps. A cause de ses paroles, Eve s'aperçut "que le fruit del'arbre devait être savoureux et qu'il avait un aspect agréable" ( Gn3,6). Au lieu de soumettre la terre (Gn 1,28), et de cultiver et garderle jardin d’Eden (Gn 2,15) comme Dieu le leur avait demandé, Adam etEve mangent du fruit de l’arbre défendu, et deviennent ainsi esclavesde la terre parce qu’esclaves de leurs propres désirs.

De la même manière, dans le désert, les hébreux se sont soumis àleurs propres désirs. Alors que Dieu les nourrissait chaque jour avecla manne, ils se mirent à pleurer en regrettant le poisson et lanourriture d’Egypte (Nb 11,4-5).  Pour les punir, Dieu leur envoyad’abord une quantité innombrable de cailles, avant de les frapper d’une très grande plaie (Nb 11,33), que le livre des Nombres ne précise pas.

Jésus, lui aussi, a été tenté par rapport à la création. Alors qu’ilavait faim, le tentateur s'approcha et lui dit : "Si tu es le Fils deDieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains." Au lieu de sesoumettre au diable et à sa faim, Jésus se défend grâce à l’Ecriture.Se souvenant de ses ancêtres dans le désert, il cite ledeutéronome : "Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doitvivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (cf Dt 8,3).Plus tard, il déclarera à ses disciples : "Ma nourriture, c’est defaire la volonté de celui qui m'a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin." (Jn 4, 34) Un jour, oui, il multipliera les pains… Mais cesera pour combler non sa propre faim, mais celle des autres.


En troisième lieu, Satan tente l’homme par rapport à son prochain.Il l’incite à le dominer plutôt qu’à le servir.  Dans la Genèse,ceci apparaît comme la conséquence du péché. Dieu dit à Eve : "Taconvoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi."(Gn 3, 16) Au lieu de s’attacher l’un à l’autre et de ne faireplus qu’un (Gn 2,24),  l’homme et la femme entrent en guerrel’un contre l’autre.

Dans le désert, les hébreux ont succombé à la même tentation. Toutd’abord, Myriam et Aaron furent jaloux de Moïse. Alors qu’il était "unhomme très humble, l'homme le plus humble que la terre ait porté»(Nb 12, 3), ils dirent : "Yahvé ne parlerait-il donc qu'àMoïse ? N'a-t-il pas parlé à nous aussi ?» (Nb 12, 2) LeSeigneur punit Myriam en la rendant lépreuse pendant 7 jours. Plustard, les membres du clan de Coré furent jaloux de celui d’Aaron etcherchèrent à se saisir du sacerdoce, sans que Dieu les y ait appelés(cf Nb 16). Il fallut que Dieu les punisse eux aussi pour dissuaderd’autres de succomber à la même tentation.

L’emmenant sur une très haute montagne et lui faisant voir tous lesroyaumes du monde avec leur gloire, le diable tente Jésus de manièresemblable : "Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternespour m'adorer." Un jour, oui, il règnera sur l’univers, comme nous lecélébrons lors de la solennité du Christ-Roi. Mais en attendant, "leFils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir" (Mt20,28). Face à cette dernière tentation, alors que Satan a été obligéde se dévoiler après ses deux échecs précédents, Jésus réagit demanière particulièrement forte : "Arrière, Satan ! car il estécrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, etc'est lui seul que tu adoreras." Celui qui cherche à être servi et adoré par les autres, en réalité, sert et adore l’Adversaire.


Ainsi, frères et sœurs, Satan nous tente en nous invitant à devenirdes dieux par nos propres forces, en nous soumettant à nos désirscorporels sur la création, et en dominant les uns sur les autres. Dans notre société, ces trois tentations sont omniprésentes. L’athéismeprôné par Nietzsche nous invite à nous considérer nous-mêmes comme desdieux, en allant au-delà du bien et du mal. Hitler, avec le nazisme, amis cette idéologie en pratique. La sexualité prônée par Freud et la déesse Consommation nous incitent à ne pas refréner nos désirs.Plusieurs empereurs romains, avec le slogan "panem et circenses", ontmis cette idéologie en pratique. Enfin, la guerre des classes prônéepar Marx nous pousse à voir en l’autre non un frère, mais un adversaire à éliminer. Lénine et Staline, avec le communisme, ont mis cetteidéologie en pratique. Pendant ce Carême, apprenons à rejeter ces troistentations en nous mettant à l’école du Christ, le nouvel Adam.Considérons Dieu comme un Père qui veut nous combler. Considérons la création comme un jardin rempli d’arbres aux fruits délicieux, que nouspouvons manger mais sans oublier que la Parole de Dieu est lanourriture dont nous avons le plus besoin. Considérons-nous comme desfrères et sœurs, qui trouvent leur joie à se servir mutuellement. Alors, nous serons comblés par la grâce de Dieu qui rend justes, etnotre bouche pourra annoncer la louange de Dieu. P. Arnaud Duban



5 mars 2011 : 9ème Dimanche T.O. (Mt 7, 21-27)

Comme les disciples s’étaientrassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : "Il nesuffit pas de me dire : 'Seigneur, Seigneur !', pour entrer dans leRoyaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui estaux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : 'Seigneur, Seigneur,n'est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom quenous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoupde miracles ?' Alors je leur déclarerai : 'Je ne vous ai jamais connus.Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !'

Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. Lapluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé ets'est abattue sur cette maison ; la maison ne s'est pas écroulée, carelle était fondée sur le roc. Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé quia bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ontdévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maisons'est écroulée, et son écroulement a été complet."

Eléments de réflexion

I – Invitation à la cohérence : mensonge  d’un "prier" sans "faire"
    a- "Il ne suffit pas de me dire "Seigneur, Seigneur !" :
     cohérence de nos paroles et de nos actes
    b- "Il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux"
    c- "Pratiquer" le dimanche et non la semaine ? ou la semaine et non le dimanche ?
II – Jugement de vérité : faire éclater les illusions d’un "faire" sans "prier"
    a- Un Jugement solennel : "En ces jours-là, … Seigneur, Seigneur ! … Je leur déclarerai…"
    b- Un jugement ultime : "Faire le mal" c’est "s’écarter du Seigneur" ... pour toujours
    c- "Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres" 1 Jn 2,9
III – "Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique…"
    a- Bâtir sur le roc de la Parole de Dieu écoutée et vécue
    b- Bâtir sur le sable de son orgueil, maquillé d’Evangile
    c- "La pluie est tombée" : temps de vérité, capacité à tenir quand survient l’épreuve
Question de l’authenticité de notre Foi : question de sagesse ou de folie, de bénédiction ou de malédiction, de vie ou de mort.
Ce n’est que par le Christ que nous pouvons par grâce unifier notre vie. Père A. de Romanet

Le temps du Carême

Mercredi 9 mars, mercredi des Cendres, nous débuterons le temps duCarême, cette période de 40 jours hors dimanches qui nous prépare àcette grande et joyeuse fête de Pâques. Nous sommes invités à nous convertir et à vivre l’amour du Christ. Comment ? Par la pratiquedu jeûne, de l’aumône et de la prière. Comme l’écrit Benoît XVI dans sonmessage de Carême, "En acceptant la privation de quelque chose -qui nesoit pas seulement du superflu -, nous apprenons à détourner notreregard de notre "moi" pour découvrir Quelqu'un à côté de nous etreconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères.[…] Sur notre chemin, nous nous heurtons également à la tentation de la possession,de l'amour de l'argent, qui s'oppose à la primauté de Dieu dans notrevie.[…] C'est pour cela que l'Eglise, spécialement en temps de Carême,appelle à la pratique de l'aumône, c'est à dire au partage.[…] Pendant toute la période du Carême, l'Eglise nous offre avec grande abondancela Parole de Dieu. En la méditant et en l'intériorisant pour l'incarnerau quotidien, nous découvrons une forme de prière qui est précieuse etirremplaçable." Que le Carême soit pour chacun source de paix, de réconciliation et dejoie !           Jean-Pierre Chaussade, diacre

27 février 2011 : 8ème Dimanche T.O. (Mt 6, 24-34)

Comme les disciples s'étaientrassemblés autour de Jésus, sur lamontagne, il leur disait : "Aucun homme ne peut servir deuxmaîtres : ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien ils'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous nepouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. C'est pourquoi je vousdis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie nevaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?

Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ilsne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste lesnourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?

D'ailleurs, qui d'entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ?

Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observezcomment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils nefilent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas habillé comme l'un d'eux. Si Dieu habille ainsi l'herbe deschamps, qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, nefera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?

Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : 'Qu'allons-nousmanger ?' ou bien : 'Qu'allons-nous boire ?' ou encore : 'Avec quoinous habiller ?' Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Pèrecéleste sait que vous en avez besoin.

Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous seradonné par-dessus le marché. Ne vous faites pas tant de souci pourdemain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine."

Pistes de réflexion

I - "Aucun homme ne peut servir deux maîtres" : mon Ego ou mon Dieu ?
    a- l’homme est fondamentalement un être éprouvant le manque
    b- le péché des origines : vouloir combler nos manques par nous-même
    c- l’homme pécheur à contre-sens de la réalité, à contre-courant de la vie
II - "Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent" : le service du Seigneur ou l’asservissement au monde ?
    a- l’argent, excellent serviteur – être intendant de cette terre, lui faire porter du fruit,lutter contre la misère, rendre des comptes,
    b- l’argent, mauvais maître – danger de l’esclavage, du toujours plus et du jamais assez – à quel prix ?
    c- l’argent,  concentré de temps et depuissance humaine,  personnifié par "Mammon", l’idole pardéfinition, au mépris du vrai Dieu, Seigneur de la Vie
III -  "Ne vous faites pas tant de souci…  Cherchez  le Royaume de Dieu et sa justice…"
    a-  hiérarchiser les valeurs : la vie plus que la nourriture et le corps plus que levêtement…,
          priorité de l’éthique sur la technique et de la personne sur les choses…
    b- l’homme selon Jésus n’est pas un "insouciant"… c’est quelqu’un qui est libre des
         soucis de ce monde, pour n’avoir le souci que du Royaume de Dieu.
    c-  les oiseaux et les lis sont des paraboles, "ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?" -
         le seul exemple à suivre c’est Jésus, entièrement donné au vouloir de son Père
L’imitation que Jésus nous propose de son être de Fils n’est pasmatérielle mais spirituelle. Il s’agit de vivre de la seule présenceréelle, "aujourd’hui, ici etmaintenant" en acceptant d’être créature et non pas Créateur, sansvouloir posséder un avenir sur lequel nul être n’a prise, hors leDieu-Père de toute bonté etProvidence.   PèreAntoine de Romanet

Pistes de réflexion

"Ne vous faîtes pas de souci, le Père céleste sait que vous en avez besoin ;
cherchez d’abord son Royaume et sa justice"
Nous voyons bien où le Christ veut que nous mettions l’urgence et lapriorité, mais l’Eglise recommande aussi les vertus de prudence, desagesse, sinon de prévoyance : "quel est celui qui veut bâtir unetour ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’ilpeut aller jusqu’au bout ? " (Lc 14,28)
- A trop se soucier, à trop calculer, on ferait du Royaume notreœuvre ; mais non ! "Lorsque vous avez fait tout ce qui vous aété prescrit, dîtes : nous sommes des serviteurs inutiles."
(Lc 17,10) - Oui, Seigneur, mais "augmente en nous la foi" (Lc 17,5)     Père A Dieulafé

Homélie pour le 8ème dimanche ordinaire

Frères et sœurs, avez-vous confiance en Dieu ? Vivez-vous dansla peur de l’avenir, ou dans l’Espérance du Royaume ? Notresociété nous pousse dans la première direction : les assurances etles réglementations pullulent car on craint l’avenir. Plus encore,l’argent apparaît comme le meilleur défenseur contre les aléas de lavie : beaucoup s’imaginent qu’il va leur permettre d’éviter lasouffrance et de connaître un continuel bien-être. Grâce à lui,j’éviterai la faim et le dénuement. Si je suis malade, je pourrai mefaire soigner. Si je désire partir au bout du monde, je pourrai lefaire, etc. Dans l’évangile de ce dimanche, le Christ nous invite àchanger de perspective : au lieu d’ériger l’argent comme une idolequi devient notre maître, mieux vaut placer sa confiance en Dieu. LeSeigneur nous aime comme un Père et comme une Mère. De même qu’un pèreramène à la maison le salaire qui permet à toute la famille de vivre,notre Père céleste nous donne de quoi nous nourrir et nous vêtir. Demême qu’une mère chérit le fruit de ses entrailles, notre Dieu ne nousoubliera et ne nous abandonnera jamais. Tel n’est pas le cas del’argent, qui n’est qu’une idole muette. Or, "nul ne peut servirdeux maîtres : ou bien il détestera l'un et aimera l'autre, ou bien ils'attachera à l'un et méprisera l'autre ». C’est pourquoi leChrist est tout à fait clair : nous ne pouvons pas "servir àla fois Dieu et l'Argent ». Pour nous aider à faire le bon choix,je vous propose une réflexion en deux temps : d’abord sur laconfiance que nous pouvons faire à Dieu, ensuite sur le rôle que nouspouvons donner à l’argent dans nos vies. Les deux thèmes sontintrinsèquement liés. En effet, c’est parce que l’homme n’a pas assezconfiance en Dieu qu’il fait de l’argent une idole.

Tout d’abord, demandons-nous pourquoi l’homme manque de confiance enDieu . La réponse est simple : au commencement, le serpent dela Genèse a inoculé en lui le venin de la défiance. Il lui a faitcroire que Dieu était un Maître tyrannique et menteur. "Il dit àla femme : Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbresdu jardin ? », ce qui est un premier mensonge puisqu’Il n’ainterdit à Adam et Eve qu’un seul arbre, pour leur propre bien.Ensuite, il ajoute : "Dieu sait que, le jour où vous enmangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, quiconnaissent le bien et le mal ». Dieu apparaît ainsi comme jalouxde ses privilèges. Face à cette image de Dieu, qu’Adam et Eve n’ont pasété assez forts pour repousser, on comprend que beaucoup d’hommes et defemmes choisissent l’athéisme. D’une certaine manière, ils ont raisonde rejeter une image de Dieu qui en fait l’adversaire de l’homme. Maissi Dieu n’existe pas, sur quoi fonder notre vie ? Si je ne trouvepas de roc où construire ma maison, je vais la construire sur le sable,car je n’ai pas de meilleur choix. Alors, pourquoi ne pas la construiresur l’argent, qui va me permettre d’assouvir apparemment tous mesdésirs ?

En se révélant progressivement dans l’histoire, le Seigneur a mis enpleine lumière le mensonge du serpent. Loin d’être un Dieu jaloux deses prérogatives, Il désire faire de nous ses fils, ses héritiers. Tout au long de l’histoire du salut, Il a manifesté auprès de son peuplequ’il pouvait lui faire confiance. Par Abraham, à qui Il a offert uneterre et une descendance, Il a donné aux croyants l’assurance qu’Ilétait fidèle à ses promesses. Par Moïse, Il a donné au peuple hébreu la liberté, et Il l’a nourri et soutenu pendant 40 ans dans le désert. Parle Christ enfin, Il a manifesté que son Amour était plus fort que lepéché et que la mort.

Sans même recourir à l’histoire, Jésus nous invite à ouvrir nos yeuxsur la création. Le Seigneur s’occupe bien de toutes sescréatures : "Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font nisemailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, etvotre Père céleste les nourrit… Observez comment poussent les lis deschamps : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis queSalomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas habillé comme l'und'eux ».  A fortiori, pour nous qui sommes ses enfants, leSeigneur ne fera-t-il pas beaucoup plus ? Aussi, Jésus nousexhorte : "Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie,au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements.La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus queles vêtements ? » Dans notre société dans laquelle la nourritureet les marques vestimentaires constituent pour certains de véritablesidoles, ces paroles du Christ résonnent particulièrement.

Réfléchissons maintenant sur le rôle de l’Argent dans nos vies. Enlui-même, il est une bonne chose. Succédant au troc, il a facilité leséchanges entre les hommes. Paradoxalement, il n’a pu le faire que grâceà la confiance : si j’accepte de me défaire d’un bien en échanged’un morceau de métal ou d’un bout de papier, c’est parce que je croisque celui-ci sera accepté par quelqu’un d’autre contre un autre bien.L’argent est donc un bon serviteur, mais il est un mauvaismaître : certains l’érigent en effet en idole, cherchant àl’accumuler pour diverses raisons : la gloire, les plaisirs, lasécurité…  Ils oublient d’abord que la mort peut survenir à toutinstant. Souvenons-nous d’un autre passage de l’évangile danslequel Jésus évoque un propriétaire dont les terres avaient beaucouprapporté et qui se disait : "Te voilà avec des réserves en abondancepour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis del’existence. Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on teredemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ?”". EtJésus de conclure : "Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu" (Lc 12, 16-21). Sansmême évoquer la mort, une fortune peut être perdue en un instant par unrevers de fortune justement (l’expression parle par elle-même), commeles crises financières de 1923 ou de ces dernières années l’ont bien montré.

Dans ces conditions, que faire ? Certains font le choix de lapauvreté radicale. Ce fut le cas de saint François d’Assise. Le jour oùil s’est défait de ses vêtements pour les redonner à son père terrestre, il a exprimé sa confiance absolue en son Père céleste. C’estavec Dame Pauvreté qu’il vécut ensuite, dans l’abandon à la Providence.A la fin de sa vie, il put composer un hymne splendide d’amour pourDieu et pour toutes les créatures. Parce qu’il avait vécu au milieu d’elles , il les considérait comme ses frères et ses sœurs.

Cependant, il est possible de parvenir à la sainteté sans épouserDame Pauvreté à la manière de saint François. Le bienheureux FrédéricOzanam, par exemple, était époux et père, professeur de Droit commercial à la Faculté de Lyon puis de Littérature étrangère à laSorbonne. Il touchait un salaire qui lui servait d’abord à nourrir safamille. Mais cela ne lui suffisait pas : à 20 ans, en 1833, ilfonda avec un groupe de sept amis la Société de Vincent de Paul pour venir en aide aux pauvres, en commençant par ceux du quartierMouffetard. Si le but premier était de les visiter à domicile pour lessoutenir moralement, l’argent collecté permettait – et permet toujours,deux siècles plus tard – de les aider matériellement.

Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous invite à bien hiérarchisernos désirs. C’est à Lui que nous devons faire confiance, non à l’argenttrompeur. Cherchons d’abord le Royaume, et tout ce dont nous avons besoin - nourriture, vêtements, etc. - nous sera donné par surcroît. Nenous faisons pas tant de souci pour demain : demain se souciera delui-même ; à chaque jour suffit sa peine. Cette semaine, demandons àSaint François et aux bienheureux Frédéric Ozanam d’intercéder pour nous afin que le Seigneur nous aide à chercher chaque jour son Royaume,dans une totale confiance en sa Providence. Père Arnaud Duban.


20 février 2011 : 7ème Dimanche T.O. (MT 5, 38-48)

Comme les disciples s'étaientrassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :"Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil, dent pourdent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ;mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encorel'autre.

Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique,laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionnepour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter.

Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tuhaïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis,et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment lesfils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever sonsoleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur lesjustes et sur les injustes.

Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ?Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous nesaluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaitscomme votre Père céleste est parfait."


Pistes de réflexion

I - Passer de la "loi du talion" au don et au pardon
a- La loi du talion constitue déjà un immense progrès
b- Jésus nous invite a vaincre en nous l’esprit de vengeance-violence
c- Jésus nous invite a entrer dans une perfection de don et de par-don
II -L’amour-pardon des ennemis ne peut venir que de Dieu
a- Nous ne sommes pas simplement au plan des sentiments, de la psychologie ou de la morale… nous sommes au pied dela Croix
b- "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font"
c- Le pardon est l'expression de l'amour qu'est Dieu – le Père  ne cesse de nous l’offrir, pour que nous en vivions
III -  "Vous donc, soyez parfaits-pardon comme votre Père céleste est parfait"
a- Dieu prends l’initiative de l’amour ; il aime sans cesse ; il aime avec surabondance
b- Moi qui suis comblé du pardon de Dieu qui me redonne vie, comment ne pas devenir moi-même un être de pardon et demiséricorde ?
c- Vouloir du bien à ceux qui nous font du mal, c’est entrer dans le regard même de Dieu, c'est "divin"
Accueillir "l’amour-pardon" du Seigneur pour en être transformé,et transformer le monde. Nous ne ressemblons au Père qu’en exerçantnous-même la miséricorde qui offre de re-naître pour re-vivre. Cette miséricorde fait exploser nos limites humaines pour nous donner derespirer les grands espaces de l’amour à la mesure de Dieu. Père Antoine de Romanet

Sur la Montagne

Sur la montagne, Jésus a enseigné à sesdisciples le cœur de la Loi nouvelle : "Aimez vos ennemis, etpriez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment lesfils de votre Père qui est dans les cieux". Aimer ceux qui nous aimentest une belle attitude, mais elle est partagée par tous les hommes debonne volonté, quelle que soit leur croyance. Pour aimer ceux qui nousont fait du mal, il faut nous élever au-dessus de nos comportementsnaturels, et vivre dans l’Esprit Saint qui nous configure au Christ.Sur la Croix, lui-même s’est élevé jusqu’à son Père :"Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font". Chaque fois que nousrécitons la prière du Seigneur, nous demandons : "Pardonne-nousnos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés". Sinous fermons nos cœurs à l’Esprit de miséricorde pour pardonner auxautres, comment pourrons-nous accueillir le pardon de Dieu pournous-mêmes ? C’est parce que je suis conscient d’être pécheurmoi-même que je peux pardonner à mon frère en toute vérité.
Sur la montagne, 52 adolescents et 17 adultes des environs sontrassemblés depuis vendredi pour un camp de ski et louange d’unesemaine. Merci de prier pour que nous sachions nous aimer et nouspardonner, grimpant ainsi vers les sommets de la perfection à laquellele Père nous appelle. Nous-mêmes, nous prierons pour vous. Père Arnaud Duban

13 février 2011: 6ème Dimanche T.O. (Mt 5, 17-37)

Comme les disciples s'étaientrassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leurdisait : "Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou lesProphètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, jevous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas unelettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce quetout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces pluspetits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, seradéclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui lesobservera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume descieux.

Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle desscribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume descieux. Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu necommettras pas de meurtre, et si quelqu'un commet un meurtre, il enrépondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui semet en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu'uninsulte son frère, il en répondra au grand conseil.

Si quelqu'un maudit son frère, il sera passible de la géhenne defeu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si,là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord teréconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter tonoffrande.  Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu esen chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison. Amen, je te le dis :tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier sou.

Vous avez appris qu'il a été dit : Tu ne commettras pasd'adultère. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde unefemme et la désire a déjà commis l'adultère avec elle dans soncœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-leloin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et queton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si tamain droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : carc'est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps toutentier ne s'en aille pas dans la géhenne.

Il a été dit encore : Si quelqu'un renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation. Eh bien moi, je vous dis : Tout homme quirenvoie sa femme, sauf en cas d'union illégitime, la pousse àl'adultère ; et si quelqu'un épouse une femme renvoyée, il estadultère.

Vous avez encore appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne feraspas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers leSeigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, nipar le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car elleest son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grandRoi. Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu nepeux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Quand vousdites 'oui', que ce soit un 'oui', quand vous dites 'non', que ce soitun 'non'. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais."

Homélie pour le 5ème dimanche du temps ordinaire.

Frères et sœurs, sommes-nous des êtres libres ? Cette questionpeut vous surprendre, car la réponse vous paraît peut-être évidente.Cependant, elle vaut la peine d’être posée, car la liberté comporteplusieurs niveaux de profondeur. Au niveau extérieur, nous paraissonslibres, en effet, car aucun d’entre nous ne vit en prison. Cependant,nous sommes soumis à des lois et à des contraintes multiples :dans notre famille, dans notre communauté, au travail, sur les routes,etc. Plus profondément, nous pouvons être esclavesintérieurement : esclaves de notre soif de pouvoir sur les autres,de plaisir, de toute-puissance… Dans le désert du Sinaï, Dieu acommencé par libérer son peuple du joug des égyptiens. Ensuite, Il avoulu le libérer de ce second joug beaucoup plus lourd à porter, celuidu péché. Dans ce but, Il lui a donné la loi ancienne, centrée sur les10 commandements. Certes, cette loi était bonne, mais elle n’était pasdéfinitive : elle était destinée à donner un commencement deliberté. La liberté plénière, seul le Christ peut nous la donner, caril est l’homme libre par excellence. En montant sur la montagne près dulac de Galilée, il a donné aux disciples une loi nouvelle, centrée surles béatitudes que nous avons entendues il y a deux dimanches. Aprèsavoir commencé à en entendre la portée dimanche dernier ("vous êtes lesel de la terre, vous êtes la lumière du monde"), nous allons en saisiraujourd’hui toute la radicalité. A la place de notre soif de pouvoir,Jésus nous invite à la fraternité. A la place de notre concupiscence,il nous invite à la pureté. A la place de notre soif detoute-puissance, il nous invite à l’humilité de la vérité. Méditons surces trois points, éclairés par les paroles et les exemples du Christmais aussi de Jean-Paul II, qui sera béatifié le 1er mai à Rome.

Pour commencer, l’homme est parfois esclave de son désir de dominersur les autres. Cet esclavage, poussé jusqu’à son paroxysme, peut allerjusqu’au meurtre. Ainsi, j’élimine celui qui contrecarre mes plans ou mon bien-être.  Alors que le 5ème commandement interdisait lemeurtre, Jésus va jusqu’à la racine du mal : il interdit de semettre en colère, d’insulter et de maudire. Plus encore : il nes’agit pas seulement d’être en règle par rapport à la Loi, même nouvelle, il s’agit de vivre en frères. Aussi, ajoute Jésus, "lorsquetu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens queton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là,devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande". Même si je n’ai rien à mereprocher, si mon frère a quelque chose contre moi, je vais aller meréconcilier avec lui. Alors que le diable est parfois appelél’Accusateur dans la Bible, l’Esprit Saint nous invite à pardonner. Un jour, le pape Jean-Paul II avait dit : "pas de paix sans justice,et pas de justice sans pardon".
Ensuite, l’homme est parfois esclave de sa concupiscence, de son désirde l’autre. Cet esclavage, dans certaines situations, peut allerjusqu’à l’adultère, mettant en danger les familles, bases de la société. Alors que le 6ème commandement interdisait l’adultère, Jésusva à nouveau jusqu’à la racine du mal : il interdit le mauvaisregard. Pour éviter les tentations-mêmes, Jésus ajoute : "Si tonœil droit ou ta main droite entraînent ta chute, arrache-les et jette-les loin de toi : car c'est ton intérêt de perdre un de tesmembres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans lagéhenne". Certes, cette exhortation n’est pas à prendre au premierdegré, comme Origène qui s’était châtré après l’avoir lu. Cependant, elle doit susciter en nous une grande vigilance, particulièrement dansnotre société qui nous matraque d’images érotiques ou pornographiques.La meilleure protection est le "jeûne du regard", auquel le papeJean-Paul II avait exhorté tous les chrétiens.
Troisièmement, l’homme est parfois esclave de son désir detoute-puissance. Au lieu de se soumettre humblement à la vérité, ilcherche à la cacher ou à la transformer à son profit. Alors que le 8èmecommandement interdisait le faux serment, Jésus interdit tout serment.Pourquoi ? Parce que toute parole doit être vraie et pouvoirinspirer confiance : "Quand vous dites 'oui', que ce soit un'oui', quand vous dites 'non', que ce soit un 'non'. Tout ce qui est enplus vient du Mauvais." Le serpent de la Genèse a su tromper Eve pardes paroles mensongères. Aujourd’hui encore, notre société nous inviteà la défiance. Plutôt que de faire confiance aux paroles de l’autre, onpréfère rédiger des contrats avec de multiples alinéas pour être sûrsde ne pas se faire tromper. Nous avons ainsi fragilisé une autre basede notre société, qui ne peut bien fonctionner que sur la confiance. Cen’est plus seulement la Parole de Dieu qui est remise en question,c’est la Parole tout court. Or les parents savent à quel point il estessentiel que leurs enfants puissent leur faire confiance et se fier àleurs paroles pour pouvoir grandir. Le mensonge peut tuer, comme latragédie de Racine, Phèdre, le met crûment en lumière. Le papeJean-Paul II, qui avait connu le nazisme puis le communisme, savait à quel point le mensonge faisait partie intégrante de ces systèmestotalitaires.
Le Christ, lui, n’a pas cherché à dominer ses frères : au désert,il a rejeté la tentation de Satan qui voulait lui donner pouvoir surtous les royaumes de la terre. Il n’a pas eu de désir impur sur les femmes : il les a regardées comme ses sœurs, filles de Dieu commelui. Il n’a pas eu une parole double : même au moment de saPassion, il n’a pas renié ce qu’il avait déclaré au grand nombreauparavant. C’est ainsi qu’il n’a pas aboli mais accompli la Loi. Ce qui était ébauché par la Loi de Moïse, il l’a mené jusqu’à son terme.Bien qu’il ait été soumis aux multiples lois de la vie humaine, etqu’il ait été tenté comme nous, il n’a pas péché. En vivantparfaitement les Béatitudes, il s’est révélé comme l’Homme libre par excellence.

Ainsi, frères et sœurs, la Loi nouvelle de l’évangile, quiresplendit particulièrement dans les Béatitudes, est source de liberté.Paradoxalement, plus je suis serviteur – on pourrait même dire esclave – du Christ, plus je suis libre. Parce que je ne suis plus alors soumisaux mauvais désirs, je suis capable d’accomplir le bien et ainsi dem’accomplir moi-même. Ainsi, alors que l’évangile et les Béatitudes enparticulier semblent sources de folie à certains, ils sont la véritable sagesse. Comme l’écrit saint Paul aux corinthiens : "ce n'est pasla sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dominent le monde et quidéjà se détruisent. […] Mais ce que nous proclamons, c'est, comme ditl'Écriture : ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le cœur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avaitété préparé pour ceux qui aiment Dieu". Sommes-nous prêts à vivre selonla sagesse de Dieu, qui est folie aux yeux du monde ? Le Seigneura mis devant nous l'eau et le feu, la vie et la mort nous sontproposées. Choisissons la vie, pratiquons la Loi nouvelle. Vivons dans l’amour fraternel, la pureté et la vérité, alors nous serons de plus en plus libres, et nous goûterons de plus en plus la saveur desBéatitudes

Père Arnaud Duban

6 février 2011 : 5ème Dimanche T.O. (Mt 5, 13-16)

Comme les disciples s'étaientrassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : "Vousêtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehorset les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne nepeut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous leboisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceuxqui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant leshommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendrontgloire à votre Père qui est aux cieux."

Pistes de réflexion

I - "Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde"
 a- "rien n’est plus utile que le sel et la lumière" (Pline le jeune)
 b- sel et lumière n’existent pas pour eux même mais pour le monde
 c- sel et lumière donnent sens, soif, joie, audace, élan…
II -"Si le sel se dénature – Si la lampe est sous le boisseau"
a- s’affadir : perdre le sens, la sagesse – devenir fou
b- être sous le boisseau : peur, extinction, asphyxie
c- "tu n’es ni froid ni chaud…" - "on le jette dehors et on le piétine"
III -  "En voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à Dieu"
a- ce que Dieu attend de nous : tout acte de libération et de partage
b- ce n’est pas le culte pour le culte : tout est au service de la Vérité - Charité
c- ce n’est pas la vertu ou le prestige : tout est reçu dans l’Esprit - Humilité
Question de l’authenticité et de la cohérence de notre viechrétienne : être réellement présent au Seigneur et à mesfrères.  "Partage ton pain avec celui qui a faim,… ne te dérobe pas à ton semblable" : pain reçu du Seigneur, pain quotidien, painEucharistique, pain de la Parole de Dieu,… "Alors ta lumière jailliracomme l’aurore, alors si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tucries, il dira : "Me voici." Père Antoine de Romanet

Homélie pour le 5ème dimanche du temps ordinaire.

Frères et sœurs, comment communiquer le bonheur que le Seigneur nousdonne de goûter, sur lequel nous avons pu méditer dimanche dernier, àpartir de l’évangile des Béatitudes ? Ce bonheur immense, il nousle donne pour que le transmettions aux autres. "Vous avez reçugratuitement, donnez gratuitement" (Mt 10,8). Si nous voulions legarder pour nous-mêmes, d’ailleurs, il s’évanouirait. Notre vocationest donc très haute, et Jésus déclare que nous sommes le sel de laterre et la lumière du monde. A la lumière de la Foi mais aussi del’Histoire, nous allons voir maintenant trois sens qui sont attachés àces mots. Pour commencer, le sel est ce qui empêche les blessures des’infecter et les aliments de se corrompre. Ensuite, il leur donne dela saveur. Troisièmement, la lumière est ce qui permet de voir dans lesténèbres et donc de se diriger.

Pour commencer, le sel empêche la corruption. Dans les tempsanciens, il était tellement précieux que l’on payait un impôt sur lesel, la gabelle. Le sel fut longtemps le seul moyen de conserver lesaliments et était donc un élément stratégique. Sous l'Ancien Régime, ilfut utilisé comme monnaie d'échange et il possédait même une fonctionde salaire, dont on retrouve le sens étymologique dans salarium enlatin qui signifiait "ration de sel » puis, par extension, le salaire.

Qu’est-ce que Jésus voulait donc dire ? Sans sel, les alimentsse décomposent rapidement. De même, sans les chrétiens, le monde iraitvite à sa perte. Il y a quelques années, un débat a agité la société française pour savoir s’il fallait ou non évoquer les racineschrétiennes de l’Europe dans sa constitution. Au-delà des opinionspolitiques, il est évident que l’Europe a été bâtie sur les valeurschrétiennes. Beaucoup de maux du passé qui nous scandalisent aujourd’hui ont été éradiqués par les efforts conjugués des hommes debonne volonté, et notamment de nombreux chrétiens. La paix, enparticulier, même si elle est toujours fragile, est l’œuvre de RobertSchumann, Jean Monnet et Konrad Adenauer, dans l’immédiat après-guerre. Plutôt que d’humilier une nouvelle fois le pays vaincu, ils ont comprisqu’il fallait rassembler les hommes autour d’une œuvre commune, enl’occurrence la fabrication de charbon et d’acier qui permettraientleur reconstruction. Ils ont voulu que le drapeau européen soit orné de douze étoiles, qui non seulement figurent les états membres maissuggèrent aussi le combat de la Vierge contre le dragon de l’Apocalypse.

En plus de conserver les aliments, le sel a une autrefonction : celle de leur donner de la saveur. L’homme ne senourrit pas seulement pour engranger de l’énergie, mais aussi pouréprouver du plaisir. Sans sel, les aliments sont fades. Sans leschrétiens, le monde le serait aussi. La preuve, c’est que l’année civile est organisée autour des grandes fêtes chrétiennes. Certes, cesfêtes ont perdu leur sens pour beaucoup de nos concitoyens. Même si noséglises se remplissent le 24 décembre au soir, beaucoup n’y viennentque par tradition, et d’autres n’y entrent même pas. Cependant, même s’ils n’en ont pas conscience, les non-croyants profitent eux aussi dela grâce de Noël.
Plus généralement,  lorsque les gens aperçoivent les églisesbelles et pleines, et rencontrent les chrétiens qui en sortentrayonnants de joie, comment n’en seraient-ils pas touchés d’une manière ou d’une autre ? Aussi, posons-nous la question : est-ce bienainsi que nous célébrons chaque Eucharistie, qui signifieétymologiquement "action de grâce" ? Plus largement, notre foiressemble-t-elle à du sel, donne t-elle de la saveur à la vie de ceux qui nous entourent ? Jésus nous avertit clairement : "Si lesel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon àrien : on le jette dehors et les gens le piétinent". Si les chrétiensde son époque avaient eu des gueules de ressuscités, Nietzsche affirmait qu’il aurait cru… Avons-nous des gueules de ressuscités ?

Pour compléter cette image déjà riche, Jésus ajoute que nous sommesla lumière du monde. Et il nous exhorte : "que votre lumièrebrille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux". Le sel ne profitequ’à ceux qui viennent pour le prendre, mais la lumière brille au loin,même sur ceux qui ne se tournent pas vers elle. Elle leur permet de sediriger dans l’obscurité de la nuit. De même, les chrétiens ont pour vocation d’illuminer l’humanité. Non pas par leur propre lumière, maispar celle de Dieu, qui jaillit des Ecritures et de la Tradition. Dansl’histoire, ils ont été les premiers à déclarer que tout être humainétait une personne, à qui étaient attachés des droits et des devoirs. Ils ont donc été à l’origine de l’abolition de l’esclavage. Certes, ilfaut reconnaître que leurs revendications sur ce plan ont été tardives,et que beaucoup de chrétiens ont participé à la traite des esclavesentre le XVIème et le XIXème siècle. Ce fait indéniable, pour lequel le pape Jean-Paul II avait demandé pardon à Gorée en 1992, illustre bienque la lumière a parfois bien du mal à percer les ténèbres épaisses deserreurs des hommes, dont les chrétiens peuvent être à la fois victimeset complices sans même en avoir pleinement conscience. Aujourd’hui même, qui écoute les prophètes qui dénoncent le meurtre de tantd’enfants innocents dans le sein de leur mère ? Quand la lumièrede l’Evangile finira-t-elle par triompher des ténèbres del’égoïsme ?
La lumière divine jaillit non seulement des paroles, mais aussi desactes. Pour illuminer le monde, il ne suffit pas de lui annoncer laVérité, il faut aussi la mettre en pratique. C’est ce à quoi le prophète Isaïe exhortait son peuple, 8 siècles avant le Christ :"Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi lemalheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne tedérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l'aurore". Devant ce genre de témoignage, il n’y a rien à redire. Ce n’est pas unhasard si l’abbé Pierre et sœur Emmanuelle étaient de leur vivant lespersonnages les plus populaires en France. La lumière de leur charité abrillé au loin, et ils étaient connus dans le monde entier.

Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous invite non seulement àgoûter le bonheur de croire en lui, mais aussi à le transmettre. Dansce but, Il nous a assignés une triple mission : éradiquer toutes les sortes de mal qui corrompent les cœurs humains ; donner de lasaveur à la Vie ; montrer le chemin de la Vérité. Cette triplemission est vitale pour le monde d’aujourd’hui : la corruption netouche pas seulement certains gouvernements, mais beaucoup de cœursesclaves des passions, en quête de  plaisir, pouvoir et argent; lemanque de saveur dans la vie entraîne le suicide de beaucoup, même parmi les jeunes ; l’absence de repères fait que d’autres seperdent dans des voies sans issues, que ce soit dans les sectes, les pratiques magiques ou ésotériques, le franc-maçonnisme, etc. Alors,pour mener à bien notre triple mission, demandons au Seigneur de noussaler et de nous illuminer lui-même. Cette semaine, pourquoi ne pasprendre le risque de témoigner de notre foi auprès denon-croyants ? Avec la grâce du Seigneur, en voyant ce que nousferons de bien, ils rendront gloire à notre Père qui est aux cieux. AMEN.


Père Arnaud Duban


30 janvier 2011 : 4ème Dimanche T.0. (Mt 5, 1-12)

Quand Jésus vit la foule, ilgravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors,ouvrant la bouche, il se mit à les instruire.

Il disait : "Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureuxceux qui pleurent : ils seront consolés !

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils serontrassasiés ! Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !

Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieuxest à eux !

Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute etsi l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense seragrande dans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes quivous ont précédés."

Pistes de réflexion

I - Les béatitudes sont le monde à l’envers
a- les béatitudes nous fascinent et nous inquiètent
b- les béatitudes ne sont pas des conseils de patience/passivité
c- les béatitudes ne sont pas pour demain mais pour aujourd’hui
II - Les béatitudes sont la description du cœur de Dieu
a- Dieu nous laisse libre de sculpter notre cœur
b- Dieu nous offre son propre cœur pour modèle
c- Dieu n’est ni Jupiter ni Boudha, mais le Père du Jésus-Christ
III -  Les béatitudes sont notre chemin de conversion
a- me reconnaître pauvre de cœur
b- me laisser toucher par mon Dieu, mon cœur, mon frère
c- mon bonheur n’est pas d’être repu mais d’être donné
Notre bonheur n’est pas un état d’impassibilité "zen", il n’estpas de fondre dans un grand tout "New Age" - le bonheur c’est uneactivité qui se conquiert, c’est d’aimer comme Jésus, par lui, aveclui, en lui. Père Antoine de Romanet

23 janvier 2011 : 3ème Dimanche T.O. (Mt 4, 12-23)

Quand Jésus apprit l'arrestationde Jean Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vinthabiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoiresde Zabulon et de Nephtali.

Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe: Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delàdu Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : le peuple quihabitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceuxqui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'estlevée.

A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : "Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche."

Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères,Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filetsdans le lac : c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit : "Venez derrièremoi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes." Aussitôt, laissant leursfilets, ils le suivirent. Plus loin, il vit deux autres frères,Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans leurbarque avec leur père, en train de préparer leurs filets. Il lesappela. Aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent.

Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toutemaladie et toute infirmité dans le peuple.

Pistes de réflexion

I - "Le peuple qui habitait dans les ténèbres" - Drame de division
 a- ténèbres/divisions extérieures mènent une part de ce monde
 b- ténèbres/divisions intérieures conduisent à tant de "mal-être"
 c- ténèbres/divisions spirituelles jusque dans la suite du Christ
II - "…a vu se lever une grande lumière" - Merveille de l’unité
a- c’est du Seigneur Jésus que procède toute unité entre le ciel et la terre
b- c’est du Seigneur Jésus que procède toute unité entre nous
c- c’est du Seigneur Jésus que procède toute unité en nous.
III -  "Convertissez-vous car le Royaume des cieux est tout proche"
a- "venez derrière moi" : suite personnelle de Jésus
b- "aussitôt, laissant leur barque et leur père, ils le suivirent"
c- "il proclamait la Bonne Nouvelle et guérissait toute maladie"
Quelle identité ? Quelle conversion ? Quelle unité ?. Père Antoine de Romanet

Pasteur ou leader ?

La lettre de saint Paul amène à réfléchir sur la place du pasteur.Il est, de toute évidence à la mauvaise place quand certains s’enréclament : "Moi, j’appartiens à Paul", "Moi, j’appartiens à Apollos"…Ces clans sont le signe manifeste que le pasteur ne fait pas l’unité.Il y a, malheureusement, des pasteurs, des bergers ou des fondateurs decommunauté qui, du fait d’un certain charisme, au sens "pouvoir deséduction", conduisent vers eux (se ducere) les brebis au lieu de lestourner vers le Christ auquel seul elles appartiennent. Quand l’espritdu monde, avec ses ambitions et sa recherche du succès, gagne l’Eglise,le pasteur a vite fait de se transformer en leader. "Où est la place duberger ?" demandait un jour un jeune évêque à un berger de rencontre."Là où le troupeau en a besoin" lui fut-il répondu. Belle leçon pourqui veut, à l’image du Maître, se faire l’esclave de tous (Mc 10, 44).Père Jean-Claude Hanus

Homélie : Il les appela. Aussitôt, ils le suivirent.

Frères et sœurs, quelle est notre vocation ? A quoi sommes-nousappelés ? A beaucoup d’entre nous, cette question peut semblerincongrue : pour ceux qui sont mariés, consacrés dans la vie religieuse, ou prêtres, il semble que la réponse a déjà été donnée.Cependant, n’oublions pas que certains d’entre nous n’y ont pas encorerépondu, soit parce qu’ils sont trop jeunes pour avoir choisi un étatde vie, soit parce que l’existence leur a donné de vivre, bon gré mal gré, dans le célibat. Plus profondément, prenons conscience que Dieu nenous appelle pas qu’une seule fois dans notre existence : Il necesse pas de le faire, jour après jour. Aujourd’hui, je vous propose deméditer ensemble sur les appels de Dieu. Comment les entendre et y répondre ? En nous éclairant des exemples des hébreux dans le désert etdes apôtres, nous distinguerons trois étapes : premièrement,l’écoute attentive ; deuxièmement, le renoncement confiant ;troisièmement, la marche persévérante.

La première étape d’un appel se situe dans une écoute attentive. Sile Seigneur veut m’appeler et que je ne l’écoute pas, rien ne sepassera. Notre époque nous pousse à la dispersion, car nous sommes submergés d’appels : le téléphone portable et le mail peuvent êtred’excellents serviteurs, mais aussi des maîtres tyranniques. Si nousn’y prenons pas garde, nous pouvons perdre toute autonomie, et rester"branchés" continuellement avec des interlocuteurs invisibles. Dans ces conditions, comment le Seigneur peut-Il encore nous parler ?
C’est pourquoi nous devons prendre du temps pour le Seigneur. Si nousn’en prenons pas la ferme décision, nul doute que nous ne trouveronspas le temps. J’ai plusieurs fois entendu des enfants me dire, danstoute la sincérité de leur âge, qu’ils n’avaient pas le temps d’aller àla messe le dimanche. Cela n’a rien d’étonnant, si leurs parents lesont éduqués en leur apprenant que le travail scolaire était plusimportant que tout le reste. Cet enseignement est le fruit de lapression sociale, mais il ne vient pas du Seigneur. Lorsque nousprenons du temps pour Lui, non seulement ce temps est bien employé,mais il nous permet aussi de mieux vivre tout le reste.
Ainsi, pour discerner ses appels, le Seigneur nous appelle à prier et à écouter sa Parole. Prenons exemple sur les apôtres : s’ils ontrépondu aussi promptement et radicalement à l’appel de Jésus, c’estparce qu’ils avaient déjà passé du temps avec lui au bord du Jourdain,après que Jean Baptiste le leur avait désigné comme "l’agneau de Dieu" (cf Jn 1,35-39).

Ecouter le Seigneur pour entendre ses appels est nécessaire, maispas suffisant. Ensuite, il faut accepter de renoncer à certainespersonnes ou choses pour le suivre. Ce renoncement demande de la confiance. Là encore, notre société ne nous aide pas, car elle estfortement basée sur la méfiance. Les assurances se sont multipliées,ainsi que les procès. C’est une des raisons de la diminution desvocations, aussi bien au sacerdoce qu’à la vie religieuse ou au mariage : qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Le Christ,lui, nous appelle à la confiance. "Je suis avec vous tous les joursjusqu’à la fin du monde" (Mt 28,20), nous a-t-il promis.
Après leur esclavage, les hébreux avaient quitté l’Egypte dans la joieet le soulagement. Mais très vite, certains avaient regretté leurancienne vie. Alors que le Seigneur les nourrissait avec la manne, ilss’étaient mis à pleurer en se souvenant : "Ah ! quelsouvenir ! le poisson que nous mangions pour rien en Egypte, lesconcombres, les melons, les laitues, les oignons et l'ail !"(Nb 11, 5)
Les apôtres, eux, ont su lui faire confiance. Ils ont laissé leursfilets, leur barque et leur père pour le suivre. Ils ont renoncé à leursécurité professionnelle et affective pour une aventure pleine de dangers potentiels. Plus tard, après que le jeune homme riche aura poursa part refusé de renoncer à ses biens pour suivre Jésus, Pierre dira àJésus : "Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre"(Mc 10, 28), une manière à peine cachée de lui demander quelle serait leur récompense. Jésus lui répondra : "Amen, je vous ledis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, unemaison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou uneterre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec despersécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle."(Mc 10, 29‑30) Avons-nous confiance dans les promesses duChrist ?

Après avoir entendu l’appel du Seigneur, et accepté de renoncer àses sécurités passées pour le suivre, il reste encore une dernièreétape : marcher derrière lui avec persévérance. Avoir renoncé un jour, même à tous ses biens, ne suffit pas, il faut aussi tenir bondans la fidélité au Seigneur. Un regard sur le passé proche nous lerappelle : dans les années de l’après-concile Vatican II, desmilliers de prêtres et de religieux ont quitté le ministère, effrayés par les épreuves qui s’annonçaient pour l’Eglise ou attirés par lesplaisirs faciles que la société leur faisait miroiter. Il ne s’agit pasde leur jeter la pierre, mais de prendre conscience que le chemin à lasuite du Christ est parsemé d’obstacles et de séductions.
Dans le désert, les hébreux ont du affronter la soif, la faim, lesattaques de peuples ennemis, le sentiment d’être abandonnés lorsqueMoïse tardait à redescendre de la montagne…  Certains furent infidèles au Seigneur, murmurèrent contre lui et Moïse, et même leremplacèrent par le veau d’or. De même, au moment de la Passion, lesapôtres furent infidèles à leur maître et l’abandonnèrent. Pourtant,Jésus leur avait déclaré plus tôt : "Vous serez détestés de tous àcause de mon nom. Mais celui qui aura persévéré jusqu'au bout, celui-làsera sauvé." (Mc 13, 13) La persévérance est donc une grâce à demander au Seigneur.

Ainsi, frères et sœurs, la réponse aux appels du Seigneur exige uneécoute attentive, un renoncement confiant, et une marche persévérante.Ces appels ne concernent pas seulement certaines personnes, à certains moments de leurs vies, ils nous concernent tous et toujours. Chaquejour, le Seigneur nous appelle à le suivre. Chaque jour, il nous appelle à telle ou telle action ou comportement. Si nous sommesattentifs, confiants et persévérants, alors notre marche à la suite duChrist nous mènera de plus en plus loin sur le chemin de la sainteté etdu bonheur. Cette semaine, prenons le temps d’écouter la Parole de Dieu, et n’ayons pas peur de lui répondre et de le suivre jusqu’au bout.
Père Arnaud Duban

16 janvier 2011 : 2ème Dimanche T.O.(Jn 1, 29-34)

Comme Jean-Baptiste voyait Jésusvenir vers lui, il dit : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péchédu monde ; c'est de lui que j'ai dit : Derrière moi vient un homme quia sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas; mais, si je suis venu baptiser dans l'eau, c'est pour qu'il soitmanifesté au peuple d'Israël."
Alors Jean rendit ce témoignage : "J'ai vu l'Esprit descendre du cielcomme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, maiscelui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : 'L'homme sur qui tuverras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui-là qui baptise dansl'Esprit Saint.' Oui, j'ai vu, et je rends ce témoignage : c'est lui leFils de Dieu."

Pistes de réflexion

I - "Voici l’Agneau de Dieu"
 a- Agneau, symbole de l’innocence et de l’offrande
 b- la souffrance de l’innocent, scandale le plus terrible
 c- la souffrance conséquence du mal, scandale par excellence
II - "Qui enlève le péché du monde"
a- "le péché du monde" : un mal profondément enraciné
b- le Christ ne porte pas la culpabilité du péché mais sa conséquence
c- la rédemption, œuvre du chef de file de notre humanité
III -  "Oui j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu"
a- "Vous qui êtes, à Notre-Dame d’Auteuil, l’Eglise de Dieu"
b- Dieu en nous donnant tout nous invite à une réponse totale
c- l’histoire du salut est Révélation de Dieu par des témoins
Le Christ est mort pour moi : à cause de mon péché pour me donner de triompher de la mort par ma vie unie à son Esprit.
"Mon Dieu, pourquoi n’as-tu rien fait ?" "Je t’ai fait toi"... Père Antoine de Romanet

De l’agneau à l’hostie

Pourquoi Dieu a-t-il inspiré à Jean-Baptiste sa missionbaptismale ? Pour qu’il puisse être témoin du signe quidésignerait un homme, parmi d’autres, comme "le Fils de Dieu".Jean-Baptiste le dit lui-même : "si je suis venu baptiser dans l’eauc’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël". AinsiJean-Baptiste apparaît-il un peu plus encore comme le guetteur quiscrute les signes de Dieu et sait leur donner un sens juste. Ce n’estpas toujours notre cas : nous percevons des signes mais nous enfaussons le sens, en raison de notre manque d’humilité. Jean-Baptiste,lui,  à partir d’un signe si léger et volatile – l’Esprit-Saintqui descend comme une colombe – en déduit que Jésus est "l’agneau deDieu qui enlève le péché du monde". Au fond, Jean-Baptiste nous apprendà faire le passage, à chaque messe, entre l’agneau et l’hostie. Etquand nous répondons "je ne suis pas digne de te recevoir", prenonsplutôt cette réponse comme un aveu arraché à notre intelligence quiregimbe à s’humilier devant ce si grand mystère de l’eucharistie. Notreintelligence orgueilleuse n’est pas digne d’accueillir l’Etre, voilésous les apparences du pain. Père Jean-Claude Hanus

Homélie

Frères et sœurs, sommes-nous prêts à offrir nos vies ensacrifice à Dieu ? Ce mot de sacrifice peut nous faire peur, ounous sembler désuet. Nous faire peur, parce qu’il évoque la souffrance et la mort. Nous sembler désuet, parce que depuis le Concile VaticanII, certains s’imaginent que les sacrifices font partie des erreurs dupassé. Il est vrai que des excès ont été commis, qu’un certaindolorisme a prévalu sur la charité à certaines époques. Cependant, le sacrifice est toujours une partie intégrante de notre foi chrétienne.Certes, le Seigneur ne nous appelle pas à sacrifier des animaux, etencore moins des êtres humains, comme l’ont fait certainescivilisations, et même des rois juifs impies. Cependant, Il nous invite à nous offrir nous-mêmes, comme saint Paul y exhorte les romains dansla lettre qu’il leur adresse : "Je vous exhorte, mes frères, parla tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie ensacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable." (Rm 12, 1) Jésus a mis lui-même cetteexhortation en pratique, en donnant sa vie pour nous. Son sacrifice,Jean l’a pressenti avant même le début de sa vie publique, lorsqu’ill’a désigné comme "l’agneau de Dieu".  Dans un premier temps, nous allons voir quelle était l’attente d’Israël, qui a culminé avec lepersonnage de Jean Baptiste. Ensuite, nous verrons ce que signifiel’expression d’"agneau de Dieu", et comment elle vient comblerl’attente d’Israël.

Depuis des siècles, le peuple juif attendait la venue du Messie.Beaucoup l’attendaient sous les traits d’un grand roi, à la manière deDavid. Malgré ses péchés, David avait été un bon roi, unifiant les 12 tribus d’Israël, et les guidant avec force et sagesse, car il était unhomme de prière. Il avait tellement plu au Seigneur qu’il avait reçucette promesse : "Ta maison et ta royauté subsisteront à jamaisdevant moi, ton trône sera affermi à jamais" (2 S 7, 16). Or, la plupart des descendants de David se sont montrés indignes de cettepromesse, ils n’ont pas obéi aux commandements de Dieu, et le peuples’est retrouvé à plusieurs reprises asservi par ses ennemis. Dans cecontexte, une espérance immense n’a fait que croître au fur et à mesure que le joug des envahisseurs devenait plus pénible à porter. Onattendait un Sauveur, un descendant de David, qui viendrait établir sonRoyaume de Paix et de Justice.

Si la plupart des Juifs imaginaient le Messie sous les apparencesd’un grand roi, à la manière de David, quelques prophètes avaient reçuune inspiration d’un autre type. Isaïe, en particulier, décrivit unmystérieux Serviteur souffrant, qui sauverait son peuple en portant lepéché de la multitude. Il sauverait non seulement Israël, mais aussitous les hommes. "Je vais faire de toi la lumière des nations, pour quemon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre" (Is 49,6)avons-nous entendu tout à l’heure.
Lorsque Jean Baptiste voit Jésus venir à lui, il comprend que le Messietant attendu est là enfin. Eclairé par Dieu, le Précurseur saisit queJésus est à la fois le Fils de David et le Serviteur souffrant. Lestrois titres qu’il lui donne dans le bref passage que nous venonsd’entendre sont significatifs : le deuxième,  l’homme sur quil’Esprit est descendu et a demeuré, est synonyme du Messie. Messiah, enhébreu, veut dire en effet "oint par l’Esprit Saint", celui sur qui ilrepose. Le troisième, Fils de Dieu, est l’expression qui était utiliséepour désigner tous les rois, censés gouverner au nom de Dieu lui-même.Mais c’est le premier titre, "Agneau de Dieu" que je voudraisdévelopper maintenant. Que Jean l’exprime en premier n’est pas anodin, cela en souligne au contraire l’importance.

Que signifie le titre d’Agneau de Dieu ? Que représente-t-ildans l’esprit des auditeurs de Jean ? Tout d’abord, il suggère laPâque, la libération d’Egypte. Avant l’évènement, le Seigneur avait prescrit aux israélites de manger un agneau rôti au feu, et d’aspergerles linteaux de son sang, afin d’être préservé du mal qui allaitfrapper les premiers-nés égyptiens. Depuis, chaque année, les Juifscélèbrent la Pâque en partageant ce même animal. L’Agneau de Dieu,c’est d’abord celui qui veut protéger l’homme de toute forme de mal.
Ensuite, l’agneau rappelle les sacrifices du Temple. Chaque jour, on yimmolait des animaux pour recevoir de Dieu son pardon et sabienveillance. En dépeignant le Serviteur souffrant comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, Isaïe avait saisi qu’il sauverait Israël etles nations par le sacrifice de sa propre vie. C’est aussi ce quepressent Jean. En désignant Jésus comme l’Agneau qui enlève le péché dumonde, il précise ce dont il vient nous libérer : non pas de l’armée romaine ou des contraintes extérieures qui nous incombent, maisdu péché qui opprime l’homme bien plus profondément. Le verbe aereinutilisé ici, peut aussi être traduit par porter. Le Christ enlève notrepéché non d’un coup de baguette magique, mais en le portant.
En ajoutant "de Dieu", Jean nous révèle d’où vient cet Agneau.L’expression Fils de Dieu qu’il utilisera ensuite, même s’il n’en apeut-être pas encore conscience, est donc à prendre au sens fort, et non comme une image. Jésus est le Fils du Père, envoyé par Lui poursauver le monde. Remarquons d’ailleurs que le mot talia, en hébreu,signifie à la fois agneau, enfant et serviteur.

Ainsi, frères et sœurs, Jésus est venu combler l’attente d’Israël. Il est bien le messie, celui sur qui repose l’Esprit Saint, et le filsde David, le roi d’Israël et de l’humanité entière. Mais il est aussile serviteur souffrant, l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.Ces mots, le prêtre les redit lors de chaque eucharistie. Lorsque nous les entendons, prenons-nous conscience que c’est nos propres péchés quele Seigneur veut enlever, et qu’il le fait en les portant comme il aporté sa croix ? Chacun de nos péchés alourdit le monde, etd’abord le poids que le Christ porte sur ses épaules… Alors, sommes-nous prêts à nous convertir, et à porter le péché du monde avecle Christ, comme Symon de Cyrène, en offrant nous aussi notre vie ensacrifice, afin que nos frères les hommes puissent être sauvés,c’est-à-dire libérés et protégés du mal ? Offrir notre vie en sacrifice, cela ne signifie rien d’autre que de toujours chercher àaccomplir la volonté du Seigneur avec amour, et non la nôtre. Celasignifie aussi offrir à Dieu toutes nos souffrances, petites ougrandes, pour le bien de l’Eglise et du monde. Souvenons-nous de saintPaul, qui écrivait aux Colossiens : "Je trouve la joie dans lessouffrances que je supporte pour vous, car ce qu'il reste à souffrirdes épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour soncorps qui est l'Église." (Col 1, 24) Cette semaine, cherchons àaccomplir la volonté du Seigneur, même dans les petites choses, etoffrons-Lui nos souffrances pour son Corps, qui est l’Eglise. Et danscette eucharistie, demandons à l’Agneau de Dieu de nous y aider en nousdonnant la force de nous offrir à sa suite et de porter nos croix aveclui, dans l’Espérance de goûter à la joie de la Résurrection, nonseulement après notre mort, mais dès aujourd’hui.
Père Arnaud Duban

9 janvier 2011 : Baptême du Seigneur (Mt 3,13-17)

Jésus, arrivant de Galilée,paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se fairebaptiser par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : "C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi !"
Mais Jésus lui répondit : "Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste."Alors Jean le laisse faire. 
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieuxs'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe etvenir sur lui. Et des cieux, une voix disait : "Celui-ci est mon Filsbien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour."

Pistes de réflexion

I - Jésus, vrai homme, pleinement solidaire de notre humanité
a - Jésus vient rejoindre les pécheurs là où Dieu travaille leur cœur
b - Jésus c’est le monde à l’envers pour le remettre à l’endroit
c - Jésus a pleine conscience de ce qu’il fait : accomplir ce qui est juste
II - Jésus, vrai Dieu, né de Dieu
a - Dieu à la rencontre de l’homme – double mouvement
b - Dieu Trinité témoigne de la Trinité – double révélation
c - Dieu fonde la nouvelle et éternelle alliance en son Fils bien-aimé
III -  "En toi j’ai mis tout mon amour"
a - Par notre baptême, l’Esprit nous est donné en plénitude – don absolu
b - Par notre baptême, accomplir ce qui est juste – devenir libre
c - Par notre baptême, nous sommes engagés totalement – en Esprit et en vérité
Notre baptême : une greffe décisive, où tout est donné en puissance, où tout est à vivre en acte, qui ne se conjugue jamais aupassé mais toujours au présent. Père Antoine de Romanet

Humilité et humilité

Au baptême du Christ deux humilités se répondent : celle deJean qui voudrait s’effacer devant le Christ et celle de Jésusacceptant que sa mission dépende du geste que posera Jean-Baptiste.Pour Jean-Baptiste le sommet de l’humilité consiste à se reconnaîtrepécheur. Pour l’homme Jésus c’est de se reconnaître créature,dépendante du Père et des médiations humaines qu’il choisit : "nousdevons accomplir parfaitement ce qui est juste". L’humilité de Marie,conçue sans péché, est de cet ordre. Cette humilité ontologique – sereconnaître créature, totalement dépendante de Dieu et des autres – estla plus haute et nécessite donc le plus grand abaissement : toutorgueil à ce niveau est inexcusable et mortel. En revanche, l’humilitédu publicain, du pécheur gémissant, ne s’apprend qu’après de nombreuseschutes et relèvements : celle-là les anges ne l’ont jamaisconnue.En ce début d’année la lumière de l’Epiphanie nous laisse aveccesquestions que l’auteur du livre de la Sagesse se posait déjà : "lagrandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leurAuteur." Mais ceux qui explorent ses œuvres "s'ils ont été capablesd'acquérir assez de science pour pouvoir scruter le monde, comment n'enont-ils pas plus tôt découvert le Maître !" Les mages, eux, n’ont passuivi la voie des sots : ils n’ont pas rendu un culte aux astresmais à leur créateur voilé sous les apparences de l’enfant. Dieu ouvreà l’homme une destinée, c’est-à-dire un espace infini de liberté. C’esttout le contraire d’un destin que beaucoup, que des chrétiensaussi ! cherchent à discerner dans tous ces cailloux qui flottentdans l’espace. La fatalité, voilà un mot honni par Dieu, un mot quirenvoie à une vision "pétrifiée" de la vie – la femme de Lot a su, maisun peu tard, ce que cela signifiait (Gn 19,26) –,  à la négationmême de la liberté et de la responsabilité. PèreJean-Claude Hanus

Homélie pour le baptême du Christ

Frères et sœurs, avons-nous les pieds sur terre et la tête dans lesétoiles ? Autrement dit, sommes-nous assez humbles pour nousreconnaître de pauvres pécheurs devant le Seigneur, et assez confiantspour nous savoir aimés de Lui d’un amour infini ? Le Christ, parson baptême, nous donne l’exemple : alors qu’il était parfaitementpur devant son Père, il a pris la place des pécheurs en demandant àJean de le baptiser ; et après être remonté de l’eau, il a sumener sa mission avec une confiance absolue dans l’amour de Celui dontla voix s’était fait entendre au bord du Jourdain.  Cherchons àbien comprendre le sens de ces deux facettes d’un même évènement.D’abord, nous verrons pourquoi Jésus a demandé à être baptisé. Ensuite, nous nous demanderons que signifie l’intervention de son Père.

Le baptême n’est pas une invention chrétienne. Dans nombre dereligions anciennes, l’eau avait un caractère sacré et servait àrégénérer l’homme. Par des ablutions ou des lustrations, il lavait nonseulement son corps mais aussi son âme. En se plongeant dans les eauxdu Nil ou du Gange, il purifiait ou purifie encore sa conscience.Pourquoi l’eau a-t-elle revêtu une telle valeur sacrée ? D’abordparce que dans l’inconscient de l’humanité, le déluge est certainementgravé. Ensuite parce qu’elle est à la fois symbole de mort et symbolede vie : elle est nécessaire à la vie, et pourtant elle peut tuer.
Chez les juifs, alors que la circoncision est le grand signe del’alliance avec Dieu, les esséniens développèrent le symbolisme del’eau purificatrice. A Qumran, on trouve de nombreuses cuves destinéesaux ablutions. Certains se sont demandé si Jean n’avait pas fait partiede leur communauté. Quoi qu’il en soit, il part dans le désert, près duJourdain, pour donner le baptême à tous ceux qui veulent se préparer àla venue du Sauveur en se reconnaissant pécheurs. Pourquoi choisit-ille Jourdain ? Parce que c’est un lieu hautement symbolique.D’abord, c’est l’endroit le plus bas de la terre, à environ 400m sousle niveau de la mer...lieu propice pour reconnaître sa bassesse !Ensuite, c’est le fleuve que Josué a traversé avec le peuple hébreupour entrer en Terre Promise, après 40 ans passés dans le désert… lieupropice pour commencer une nouvelle vie !
Mais alors, pourquoi Jésus vient-il demander le baptême ? Audépart, Jean lui-même ne comprend pas, et il cherche même à l’enempêcher en disant : "C'est moi qui ai besoin de me fairebaptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi !" Mais Jésus lui répond: "Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nousdevons accomplir parfaitement ce qui est juste." Jésus n’a jamaiscommis de péché, mais il vient pour sauver les pécheurs. En seplongeant dans l’eau du Jourdain, c’est comme s’il plongeait déjà dansla mort, anticipant déjà sa remontée dans la résurrection. Jésuslui-même fera ce rapprochement plus tard dans son ministère : "Jedois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soitaccompli !" (Lc 12, 50) Saint Paul ira jusqu’à écrire :"Celui qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a pour nous identifié aupéché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à lajustice de Dieu." (2 Co 5, 21) Jésus ne vient pas sauver leshommes en déployant une puissance écrasante, mais à la façon duserviteur souffrant décrit par le prophète Isaïe : "il ne crierapas, il ne haussera pas le ton, on n'entendra pas sa voix sur la placepublique. Il n'écrasera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas lamèche qui faiblit".


Après s’être ainsi abaissé, Jésus est soudainement exalté par sonPère lui-même : les cieux s'ouvrent, et il voit l'Esprit de Dieudescendre comme une colombe et venir sur lui. Les cieux avaient étéfermés par la désobéissance du premier Adam, ils sont ouverts parl’obéissance du nouvel Adam : à nouveau, le Seigneur va pouvoircombler l’homme de ses bienfaits. En particulier, il va pouvoir lecombler du plus grand de tous les dons, son Esprit lui-même, qu’ilenvoie alors sous la forme d’une colombe. Elle rappelle celle dudéluge, que Dieu avait envoyée pour permettre à Noé de connaître le moment où les eaux auraient suffisamment reflué pour qu’il sorte del’arche. L’heure est venue où l’humanité va enfin pouvoir sortir de saprison pour vivre en pleine liberté dans une création renouvelée.
Des cieux, une voix dit : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en luij'ai mis tout mon amour." Le don de l’Esprit va avec celui du Fils. LePère nous les donne ensemble, comme les deux mains par lesquelles il va nous sauver. Alors que saint Matthieu suggère que seul le Christ a vula colombe, tous ont entendu la voix. Pourquoi ? Parce que sans cette voix,  qui aurait pu comprendre la portée del’évènement ? Qui aurait suivi cet homme qui ressemblait à tousles autres ? Désormais, ceux qui attendaient le Messie, enparticulier les disciples de Jean, peuvent se mettre en route à la suite de Jésus. Peut-être la parole du Père est-elle encore ambigüe,car que signifie précisément "mon Fils bien-aimé", mais elle estsuffisamment explicite pour ne pas laisser de doute sur le fait queJésus est envoyé par Dieu.
Après son baptême, Jésus va être poussé par l’Esprit au désert, où il va rester 40 jours, tenté par Satan. Il effectuera ainsi en sensinverse le chemin du peuple hébreu, entré en Terre promise après 40 ansau désert. Jésus ira ainsi plus loin dans sa mort à lui-même, commencéepar sa descente dans le Jourdain et qui se conclura le samedi saint par sa descente aux enfers. Jésus est descendu aussi bas que possible, afinde nous élever aussi haut que possible.

Ainsi, frères et sœurs, Jésus a demandé le baptême pour signifiersymboliquement qu’il est venu pour nous sauver du péché et de la mort,et pour faire de nous des fils et filles de Dieu. En mourant etressuscitant, il a réalisé en vérité ce qu’il avait anticipé par ungeste riche de sens. Avons-nous conscience de la grâce que nous avons reçue le jour de notre propre baptême ? En étant trois foisaspergés ou immergés dans l’eau, nous avons été plongés dans la mort duChrist, et nous en sommes sortis "ressuscités" pour une vienouvelle.  Cette vie nouvelle, cependant, ce n’est pas de manière magique que le Christ nous l’a offerte. Parce qu’il respecte toujoursnotre liberté, il nous appelle chaque jour à renouveler notre baptême.Chaque jour, nous avons à mourir au vieil homme qui est en nous, et àressusciter en hommes et femmes nouveaux.  C’est pourquoi il nous faut avoir les pieds sur terre et la tête dans les étoiles : lespieds sur terre pour reconnaître notre pauvreté et nos péchés ; latête dans les étoiles pour vivre de manière digne des enfants de Dieu,sûrs d’être aimés infiniment de Lui. A chacun d’entre nous, Il redit en effet aujourd’hui : "Tu es mon fils ou ma fille bien-aimée ; entoi j'ai mis tout mon amour". Cette semaine, pour vivre les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, n’hésitons pas à recevoir lesacrement de réconciliation, ou au moins à faire chaque soir notreexamen de conscience avec une humilité et une confiance renouvelées. PèreArnaud Duban

2 janvier 2011 : Epiphanie du Seigneur (Mt 2, 1-12)

Jésus était né à Bethléem en Judée,au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d'Orientarrivèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs quivient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommesvenus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et toutJérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous lesscribes d'Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître leMessie. Ils lui répondirent : "A Bethléem en Judée, car voici ce quiest écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certespas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira unchef, qui sera le berger d'Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser àquelle date l'étoile était apparue ; puis il les envoya àBethléem, en leur disant : "Allez vous renseigner avec précision surl'enfant. Et quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour quej'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Sur ces paroles du roi,ils partirent.
Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue se lever les précédait ; ellevint s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant. Quand ilsvirent l'étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dansla maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère ; et, tombant àgenoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets,et lui offrirent leurs présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe.Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ilsregagnèrent leur pays par un autre chemin.

Pistes de réflexion

I - La splendeur de la Vérité
a - mon âme a soif du Dieu vivant - aller au fond de soi-même
b - ma conscience, mon intelligence et mon expérience me guident
c - ma rencontre avec le Dieu vivant passe toujours par Jérusalem
II - La question de la liberté
a - les prêtres : ils savent, ils transmettent, mais ils ne bougent pas
b - Hérode : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu - opposition
c - les mages : adoration, offrande et grande joie
III -  La lumière de l’universalité
a - universalité du salut pour tous les peuples de la terre
b - universalité du salut pour toutes les dimensions de ma vie
c - universalité du salut m’invitant à quitter mes étroitesses pour m’ouvrir à plus grand que moi, à mes frères et à Dieu.
"Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin…" : la rencontre duChrist ne peut pas ne pas provoquer une amorce de conversion. Suis-jeune étoile sur la route de mes frères ? Père Antoine de Romanet

Destin et destinée

En ce début d’année la lumière de l’Epiphanie nous laisse avec cesquestions que l’auteur du livre de la Sagesse se posait déjà : "lagrandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leurAuteur." Mais ceux qui explorent ses œuvres "s'ils ont été capablesd'acquérir assez de science pour pouvoir scruter le monde, comment n'enont-ils pas plus tôt découvert le Maître !" Les mages, eux, n’ont passuivi la voie des sots : ils n’ont pas rendu un culte aux astresmais à leur créateur voilé sous les apparences de l’enfant. Dieu ouvreà l’homme une destinée, c’est-à-dire un espace infini de liberté. C’esttout le contraire d’un destin que beaucoup, que des chrétiensaussi ! cherchent à discerner dans tous ces cailloux qui flottentdans l’espace. La fatalité, voilà un mot honni par Dieu, un mot quirenvoie à une vision "pétrifiée" de la vie – la femme de Lot a su, maisun peu tard, ce que cela signifiait (Gn 19,26) –,  à la négationmême de la liberté et de la responsabilité. PèreJean-Claude Hanus

Homélie : Ils repartirent par un autre chemin…

Frères et sœurs, jusqu’où va notre désir de Dieu ? Est-il plusfort que tous nos autres désirs ? Nous venons de célébrer lanaissance du Sauveur, mais cet événement peut nous sembler loin denous, à la fois dans le temps et dans l’espace. Ce dimanche, l’Evangilenous donne l’exemple de 3hommes qui sont venus de loin, eux aussi, pourrencontrer la lumière du monde.  Les mages ont quitté leur confortet leurs habitudes pour partir à la suite de l’étoile qui s’étaitlevée. Prenons exemple sur ces hommes, et suivons les nous-mêmes pourparvenir avec eux jusqu’à l’enfant-Dieu. Dans une première partie, nousverrons comment ils sont parvenus à le trouver.  Puis, dans unsecond temps, nous observerons comment ils l’ont honoré.
Comment les mages sont-ils parvenus jusqu’à la crèche ? Avanttout, ils étaient animés d’un grand désir, celui de connaître laVérité. Forts de ce désir, ils se sont servis pleinement de leurraison. En bons astronomes, ils ont étudié le ciel pour y découvrir leslois de l’univers. En décelant une étoile qu’ils ne connaissaient pas,ils ont compris que son apparition dans le ciel était un signe destemps qui signifiait un grand évènement sur la terre. Au courant aussisans doute de l’attente du messie qui animait le peuple juif, ils ontpu parvenir jusqu’à Jérusalem. Mais ils n’auraient pas pu aller plusloin, s’ils n’avaient pas été aidés par les chefs des prêtres et lesscribes. Eux connaissaient les Ecritures, et se souvenaient de laprophétie de Michée : "Et toi, Bethléem en Judée, tu n'es certespas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortiraun chef, qui sera le berger d'Israël mon peuple ." (Mt 2, 6) Ilsont permis aux mages de parvenir au but, mais eux-mêmes sont restés àJérusalem. Au lieu de se réjouir et de les suivre, ils ont été "prisd’inquiétude", avec Hérode et "tout Jérusalem". Contrairement auxmages, ils étaient trop enfermés dans leurs habitudes et leur confort.Le Sauveur venait les déranger. Aussi horrible que cela puisseparaître, la responsabilité du geste fou d’Hérode, qui décidera defaire périr tous les enfants de moins de 2 ans lorsqu’il découvriraqu’il aura été trompé, est partagé par tous les habitants de lacapitale, d’une certaine manière.
Ainsi, la raison et la Foi doivent toujours travailler ensemble.Jean-Paul II écrivait dans Fides et Ratio : "La Raison et la Foisont les deux ailes de la Vérité". C’est le même Esprit qui pousse l’homme vers la Vérité dans le domaine de la science et dans celui dela Foi. La première explique le comment, la seconde nous éclaire sur lepour quoi. Elles sont complémentaires, et non pas concurrentes. Lebienheureux Charles de Foucauld avait découvert cela, lui qui est revenu à la Foi de son enfance après un séjour scientifique au désert.La raison sans la Foi produit le rationalisme asséchant de certainsscientifiques. Au XIXème siècle, beaucoup pensaient que la scienceétait en mesure de tout expliquer, et que la Foi était devenue inutile. En fait, on s’est aperçu au XXème siècle – notamment avec la mécaniquequantique - que la raison à elle seule est incapable de tout saisir.Inversement, la Foi sans la raison - une déviance, qu’on appellefidéisme, qui a marqué la France au XVIIème siècle - est elle-aussi incapable de nous conduire à la Vérité tout entière. C’est l’erreurcommise par les chefs des prêtres et les scribes de l’Evangile.Souvenons-nous de la question de saint Jacques : "Mes frères, siquelqu'un prétend avoir la foi, alors qu'il n'agit pas, à quoi cela sert-il ? Cet homme-là peut-il être sauvé par sa foi ?"(Jc 2, 14) Il répond ensuite : "Celui qui n'agit pas, sa foiest bel et bien morte" (Jc 2, 17) La Foi des habitants deJérusalem est morte, car elle n’agit pas, elle ne se donne pas la peine d’écouter la voix de la Raison et de la suivre... Et nous, frères etsœurs, sommes-nous attentifs aux signes que le Seigneur nous donne pourconnaître sa volonté ? Nous servons-nous de nos deux ailes, de laRaison et de la Foi, pour nous approcher de la Vérité ? Prenons-nous le temps de lire les Ecritures ? Avons-nous lu la Bible en entier aumoins une fois dans notre vie ?
Une fois parvenus au but, observons la réaction des mages. Pourcommencer, quand ils virent l'étoile s’arrêter au-dessus du lieu où setrouvait l’enfant, les mages  "éprouvèrent une très grande joie".  Puis, «en entrant dans la maison, ils virent l'enfant avecMarie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devantlui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leursprésents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe." (Mt 2, 11) Le mot "maison" employé ici est étrange, puisque l’on sait que Marie aaccouché dans une étable. Matthieu n’était-il pas au courant ? Si,bien-sûr, mais il emploie ici un terme symbolique, qui représentel’Eglise, à la fois le bâtiment de pierre, mais aussi la communauté des chrétiens.  C’est dans l’Eglise que l’on parvient au but et quel’on découvre le Sauveur. Les mages tombent à genoux et se prosternentdevant l’enfant. En grec, le terme employé ici signifie aussi"adorer".  Ils lui offrent 3 biens très précieux. L’or était l’apanage des rois, seuls assez riches pour s’en procurer. L’encensétait utilisé par les prêtres pour signifier la prière des fidèles quimontait vers Dieu. La myrrhe servait à embaumer les défunts, etévoquait les prophètes qui avaient été persécutés à cause de leurs messages. Après avoir offerts ces biens, les mages "avertis en songede ne pas retourner chez Hérode, regagnèrent leur pays par un autrechemin." (Mt 2, 12) Ils savaient que le roi de Judée voulait fairepérir le Roi de l’univers…
Ainsi, les mages ont été les premiers bénéficiaires de la prophétie d’Isaïe que nous avons entendu tout à l’heure : "Debout, Jérusalem! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire duSeigneur s'est levée sur toi" (Is 60, 1), "les nations marcherontvers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore." (Is 60, 3) Ils ont été les premiers à pénétrer le mystère proclamépar saint Paul : "Ce mystère, c'est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dansle Christ Jésus, par l'annonce de l'Évangile." (Ep 3, 6) Venus àBethléem à l’aide de leur Raison et de la Foi des scribes, les mages enrepartent "par un autre chemin". Voilà un dernier symbole, qui signifie cette fois la conversion. Rencontrer le Seigneur, Roi de l’Univers,Grand-Prêtre et Prophète du Très-Haut,  ne peut laisser l’hommeinchangé. Le cœur remplis de Lumière et d’Amour, nous pouvons être sûrsqu’ils ont transmis cette Lumière et cet Amour partout où ils ont été ensuite. Ils ont été les premiers missionnaires… Et nous, frères etsœurs, savons-nous prendre le temps d’adorer le Seigneur présent dansl’Eucharistie, particulièrement en cette année qui lui estconsacrée ?
Ainsi, les mages étaient animés d’un grand désir de la Vérité. Ils ont été attentifs aux signes des temps, se sont mis en chemin pour chercherla Vérité de tout leur cœur, et ont su se prosterner devant celui qui adit : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14,6). Commeeux, nous qui avons pris la peine de venir à l’église aujourd’hui, nous allons pouvoir adorer le Seigneur qui va se donner à nous dans l’hostieconsacrée. Et lorsque nous repartirons, plaise à Dieu que ce soit parun autre chemin que celui par lequel nous sommes venus, c’est-à-direavec des cœurs convertis qui puissent rayonner autour de nous de la lumière du Christ. Pour manifester cette conversion, frères et sœurs,je vous invite cette semaine  à une double démarche. D’une part,la lecture de l’encyclique Fides et Ratio -  disponible surinternet – nourrira votre raison et votre foi. D’autre part, un tempsd’adoration devant le Saint Sacrement vous donnera beaucoup de joie, etvous en repartirez avec un cœur nouveau, prêt à témoigner de l’Amour du Seigneur pour vous et pour tous les hommes. Père Arnaud Duban

26 décembre 2010 : la Sainte Famille (Mt 2, 13-15. 19-23)

Après le départ des mages, l'ange duSeigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : "Lève-toi ; prendsl'enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu'à ce que jet'avertisse, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr."Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l'enfant et sa mère, et seretira en Égypte, où il resta jusqu'à la mort d'Hérode. Ainsis'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : D'Égypte,j'ai appelé mon fils. Après la mort d'Hérode, l'ange du Seigneurapparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : "Lève-toi ; prendsl'enfant et sa mère, et reviens au pays d'Israël, car ils sont morts,ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant." Joseph se leva, pritl'enfant et sa mère, et rentra au pays d'Israël. Mais, apprenantqu'Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eutpeur de s'y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région deGalilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth. Ainsis'accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il seraappelé Nazaréen.

Pistes de réflexion

I - La famille, lieu d’incandescence humaine et spirituelle
a - un amour pour toujours, libre et fidèle
b - un amour fécond, spontanément trinitaire
c - un amour icône de l’amour de Dieu
II - La famille, lieu de croissance et de souffrance
a - un amour qui ne cesse de grandir et de se transformer
b - un amour qui traverse incompréhension et souffrance
c - un amour qui reste au seuil du mystère de chaque être
III -  La famille, lieu d’enracinement et de salut
a - un amour qui est apprentissage du divin par analogie
b - un amour qui est un cri vers le Dieu vivant
c - un amour qui conduit à plus grand que lui-même
La famille, don de Dieu, première cellule d’Eglise. Non pas coconétouffant mais apprentissage et dépossession d’un amour de plus en plusspirituel. Lieu de l’offrande et du don s’ouvrant à l’universel. PèreAntoine de Romanet

Soumission ou démission ?

Dans son épitre aux Colossiens saint Paul nous exhorte à vivre dans"l’action de grâce", autrement dit à faire de nos vies une offrande,une hostie. L’injonction "Femmes soyez soumises à vos maris" ne peut secomprendre et se vivre que dans cet esprit. Parole difficile à entendreà notre époque, au moins pour les femmes... Et pourtant "dans leSeigneur, c’est ce qui convient". On pourrait dire encore, en touterigueur "dans l’amour c’est ce qui convient". Evidemment il ne s’agitpas de n’importe quel amour : il ne peut s’agir que d’un amour nonpossessif, un amour de communion, sinon il faut s’attendre au pire :"La perversion des rapports objective, transforme tout en objet. Dèsque la communion est rompue, la conscience des maîtres et des esclaves se forme. Tout est prêt pour que la femme apparaisse à l’homme comme unobjet de plaisir ou de pouvoir despotique." (La femme et le salut dumonde, Paul Evdokimov). Cette soumission amoureuse est indissociable dece qui est demandé à l’homme par ailleurs "Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise : il s'est livré pour elle". C’est toutaussi redoutable… (Ep 5,25) Père Jean-Claude Hanus

Homélie

Frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la Sainte Famille. Dansnotre société marquée par l’éclatement de beaucoup de foyers, et oùpourtant la famille est considérée comme une valeur refuge, cettecélébration est particulièrement importante. Quel modèle pouvons-nousproposer aux familles d’aujourd’hui ? La Sainte Famille a-t-elle quelque chose à nous apporter, alors qu’elle paraît très éloignée denous, aussi bien dans le temps que dans la manière de vivre ? Eh bienoui, Joseph, Marie et Jésus peuvent beaucoup nous aider, car ilsforment une "Eglise domestique", selon l’expression de Jean-Paul IIdans son exhortation Familiaris Consortio. A leur école, nous allonsvoir que la famille peut être un foyer d’amour. Un foyer, parce qu’il en jaillit un feu qui peut illuminer notre intelligence et fortifiernotre Espérance. Dans ce foyer, nous allons voir que plusieurs bûchesbrûlent : au centre, l’amour des époux l’un pour l’autre ; autour,l’amour du père et de la mère pour leurs enfants; aux extrémités enfin, l’amour des enfants pour leurs parents et les uns pour les autres.
Pour commencer, la famille est fondée sur l’amour mutuel d’un homme etd’une femme. Cet amour est premier à la fois dans le temps, mais aussidans l’ordre des priorités : même lorsque les enfants naissent etgrandissent, il doit toujours demeurer au cœur de la famille. Les épouxqui cessent de se témoigner de l’amour pour se consacrer exclusivementà leurs enfants mettent en péril à la fois le couple et la familleelle-même. Pour un enfant, rien n’est plus constructif que de voir sesparents s’aimer. C’est pourquoi les couples doivent toujours continuerde prendre du temps pour eux-mêmes. Ils ne seront solides que s’ilss’établissent sur les deux piliers que sont la communication et lepardon. Pour communiquer et se pardonner, il leur faut prendre du tempset du recul par rapport à leurs enfants. Loin d ‘être un abandon, cerecul aidera tous à mieux prendre conscience de l’amour qu’ilséprouvent les uns pour les autres. Joseph et Marie se sont beaucoupaimés. Avant même que Dieu intervienne directement dans leurs vies, ilss’étaient choisis l’un l’autre. Ils ont mis en pratique lesexhortations de saint Paul aux Colossiens : "Vous les femmes, soyezsoumises à votre mari ; dans le Seigneur, c'est ce qui convient. Etvous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avecelle". Marie s’est soumise à Joseph non par crainte, mais avec respectet confiance. Joseph a aimé Marie non de manière possessive, mais avecgénérosité et esprit de sacrifice.
Autour de la bûche centrale de l’amour conjugal qui brûle dans unfoyer, deux autres bûches se consument : celle de la mère et celle dupère pour leurs enfants. La première est celle de la mère, car c’est elle qui joue le rôle le plus important au départ. Pendant les premiersmois de sa vie, l’enfant vit dans une sorte de fusion avec sa maman.Celle-ci l’a nourri pendant 9 mois dans ses entrailles, et elle peutcontinuer de le faire ensuite avec son sein. Elle donne à l’enfant la tendresse dont il a besoin. Progressivement cependant, il faut quel’enfant apprenne à connaître le monde qui l’entoure. C’est le rôle dupère, à qui la maman prend soin de donner une place dans le cœur del’enfant, d’ouvrir les horizons de son enfant tout en le protégeant. Alors que la maman est la maîtresse du foyer, le papa est celui quiemmène l’enfant au-dehors et lui apprend à vivre dans la société. Nuldoute que Marie a donné à Jésus beaucoup de tendresse. Il suffit decontempler les icônes appelées justement "vierges de tendresse" pour en être persuadé. Quant à Joseph, il a appris à Jésus son métier decharpentier. Il l’a aussi protégé avec sa mère des dangers qui lemenaçaient, en particulier du roi Hérode qui cherchait à le fairepérir. Pour accomplir sa tâche, Joseph a su être à l’écoute du Seigneur. L’autorité dont il a su faire preuve envers sa famille, assezgrande pour la faire se déplacer dans des conditions qu’on peutimaginer difficiles à chaque fois, il la recevait de Dieu, à qui il sesoumettait lui-même. Dans l’évangile de ce dimanche, nous pouvonsadmirer sa docilité et sa simplicité, signes non de faiblesse mais aucontraire de force intérieure et de confiance. Il faut en effet êtrefort et confiant, pour accepter de changer ainsi de vie sans la moindrehésitation à plusieurs reprises.
Autour des deux bûches de l’amour parental brûlent deux autres : cellesde l’amour filial et de l’amour fraternel. En grandissant, les enfantsdoivent apprendre à aimer leurs parents. L’Ancien Testament souligne souvent l’importance de cet amour. Dans le Décalogue, il s’agit du 4èmecommandement, le premier auquel est assorti une promesse : "Honore tonpère et ta mère, afin d'avoir longue vie sur la terre que te donne leSeigneur ton Dieu." (Ex 20, 12) De même, le Siracide insiste sur ce commandement, comme nous l’avons entendu tout à l’heure : "Celui quihonore son père obtient le pardon de ses fautes, celui qui glorifie samère est comme celui qui amasse un trésor". Dans le Nouveau testament,cette exhortation garde toute sa valeur, comme saint Paul le rappelle aux Colossiens : "Vous les enfants, en toutes choses écoutez vosparents ; dans le Seigneur, c'est cela qui est beau". Quant à l’amourfraternel, toute la Bible y exhorte également, depuis le meurtre d’Abelpar Caïn (Gn 4).
Jésus lui-même, cependant, n’a-t-il pas failli au commandement del’amour parental ? Souvenez-vous de l’épisode du Temple, lorsqu’ilavait 12 ans. Alors qu’il était parti à Jérusalem avec ses parents, il les avait laissés le chercher pendant 3 jours, s’attirant le reprochede Marie elle-même : "En le voyant, ses parents furent stupéfaits, etsa mère lui dit : “Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Voiscomme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi !”" (Lc 2, 48) Jésus avait alors répondu : ""Comment se fait-il que vous m'ayezcherché ? Ne le saviez-vous pas ? C'est chez mon Père que je doisêtre.” Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait." (Lc 2, 49 50)Jésus n’a-t-il pas manqué de respect envers ses parents ? Ne méritait-il pas d’être puni comme s’il avait fait une fugue ? Enréalité, Jésus a agi ainsi par amour de Marie et de Joseph. Il voulaitleur permettre de passer d’un amour affectif à un amour plus spirituel,qui tiendrait compte non seulement de son origine humaine, mais aussi de son origine et de sa mission divines. Par ailleurs, s’il est vraique Jésus n’avait pas de frère de sang, il avait des cousins, etsurtout des frères d’adoption, qu’il a su aimer de tout son cœur,jusqu’à leur donner sa vie.
Ainsi, frères et sœurs, Joseph, Marie et Jésus nous donnent un modèletoujours valable pour nos familles. Leur foyer a émis un feu quicontinue de nous éclairer et nous réchauffer. Ce feu était alimenté parplusieurs bûches : l’amour de Joseph et de Marie l’un pour l’autre ;l’amour de Joseph et de Marie pour Jésus ; l’amour de Jésus pour sesparents. C’est parce que Jésus a appris l’amour dans sa famille qu’il apu ensuite aimer comme des frères et sœurs tous ceux qui acceptaientson Père comme le leur : "Celui qui fait la volonté de mon Père qui estaux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère." (Mt12, 50) Demandons à la sainte Famille d’intercéder pour nos propresfamilles, afin qu’elles soient des foyers d’amour toujours plusrayonnants. Père Arnaud Duban

19 décembre 2010 : 4ème dimanche de l'Avent (Mt 1, 18-24)

Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avaitété accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l'action de l'Esprit Saint. Joseph, sonépoux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncerpubliquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ceprojet, lorsque l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, tonépouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint ;elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus(c'est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." Tout cela arriva pour que s'accomplît la paroledu Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra etelle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel, quise traduit : "Dieu-avec-nous". Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

Pistes de réflexion

I - La Promesse de Dieu – Parole de Vie
a - la promesse de Dieu au monde – De Genèse en Genèse
b - la promesse des prophètes à Israël – D’alliance en relèvements
c - la promesse de Joseph à Marie – Un projet humain en Dieu
II - L’offrande de l’homme – Liberté
a - une réalité qui dépasse conceptions et raisonnements humains
b - une réalité qui invite la créature à s’offrir à son Créateur
c - une réalité ou le créateur invite la créature à s’accomplir
II I- L’accomplissement spirituel dans l’Esprit – Fécondité
a - Joseph modèle de croyant – Accueillant le plan de Dieu
b - Joseph modèle d’époux – "Il prit chez lui son épouse"
c - Joseph modèle de Père – "Un fils auquel tu donneras le nom de Jésus"
Jésus, vrai Dieu et vrai homme – maternité physique – paternité spirituelle Père Antoine de Romanet

En Avent, Joseph

Beaucoup connaissent cette plaisante allitération "Mère phallique,père falot". A la mère toute-puissante ne convient qu’un pèreinsignifiant, ce qui ne veut pas dire non signifié, surtout s’il est socialement valorisant… De telles mères "n’autorisent" pas leursenfants à choisir un(e) autre qu’elles-mêmes, exceptée la Vierge Mariepour les catholiques, ce qui est bien pratique. Que dire, donc, dustatut de Joseph, de ce père qui ne dit mot ? Joseph est l’homme desdébats intérieurs et des dialogues avec l’ange, l’évangile de ce jourle montre bien. Son autorité n’a pas besoin de mots pour être, puisqu’elle lui est donnée d’en-haut. Et Marie, serait-elle cette mèretoute-puissante dont les psychanalystes se gaussent ? Bien avant euxThérèse avait senti le danger d’une maternité qui glisserait, mine derien, vers une royauté "écrasante". Quelques semaines avant sa mort elle dira de Marie : "elle est plus Mère que reine". Marie reçoit deshommes son titre de reine, mais de Dieu son titre de mère (Jn 19,27),avec, en puissance, cet admirable échange : "Ma mère et mes frères, cesont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique" (Lc 8,20). C’est tout autre chose ! Père Jean-Claude Hanus

12 décembre 2010 : 3ème dimanche de l'Avent (Mt 11, 2-11)

Jean le Baptiste, dans sa prison,avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par sesdisciples : "Es-tu celui qui doit venir, oudevons-nous en attendre un autre ?" Jésus leur répondit : "Allezrapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient,les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent,les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi !"  Tandis que lesenvoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à proposde Jean : "Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par levent ?... Alors, qu'êtes-vous donc allés voir ? un homme aux vêtementsluxueux ?
Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais desrois. Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis,et bien plus qu'un prophète. C'est de lui qu'il est écrit : Voici quej'envoie mon messager en avant de toi, pour qu'il prépare le chemindevant toi. Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n'en a pasexisté de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petitdans le Royaume des cieux est plus grand que lui."

Pistes de réflexion

I -  L’attente de Jean-Baptiste et d’Israël
a - "Parmi les hommes il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste"
      beauté, force et grandeur de l’attente d’Israël
b - "Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ"
      perplexité – libération humaine ? miséricorde et paix … !
c - "Il lui envoya demander par ses disciples" - écoute de Jésus lui-même
II-  Mon attente à l’égard de Dieu
a - de la difficulté d’entendre une réponse que je connais déjà
b - de la projection de mes désirs : Dieu Père Noël, policier, dépanneur…
c - de la radicale nouveauté qui naît de la présence de Jésus
III-   L’Attente de Dieu à mon égard
a-  "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez"
b -  "La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres" :
        passer à une réalité spirituelle – conversion ou chute ?
c - Le seul évangile que tes frères liront, c’est ta vie…
Jésus a coupé l’histoire en deux : une ère nouvelle commence… Père Antoine de Romanet

La Bonne Nouvelle est-elle pour tout le monde ?

"La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres". Et auxriches ? Cette annonce serait-elle restrictive, exclusive ?Il semble bien qu’elle consonne avec cette autre parole : "Je nesuis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs." (Mc 2,17)D’évidence cette pauvreté, cette infirmité foncière, doivent être reconnues par chacun comme son bien propre. Sinon l’arrogant encourt lereproche sévère de Jésus à l’Eglise de Laodicée (Ap 3,17-18) : "Tut'imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n'ai besoin derien ; mais tu ne le vois donc pas : c'est toi qui es malheureux,pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! Aussi, suis donc mon conseil :achète chez moi […] un collyre pour t'en oindre les yeux et recouvrerla vue." Le malheur c’est d’utiliser les autres comme des miroirsrenvoyant des images grandioses de soi. Un cœur saturé de telles imagesfait obstacle à cette Bonne Nouvelle qui est parole de vie, de respectdes autres et donc d’ouverture à l’altérité. Y a-t-il un salut pourNarcisse ? Père Jean-Claude Hanus

Homélie

Frères et sœurs, êtes-vous joyeux ? Aujourd’hui, dimanche deGaudete (réjouissez-vous, en latin) l’Eglise nous invite à la joie. Nonpas à une joie superficielle et passagère, mais à une joie profonde etdurable. Pourquoi être joyeux, alors que tant de choses ne vont pas,dans nos vies et dans le monde ? Parce que le Fils de Dieu s’estincarné pour nous sauver de toutes nos misères et nous donner d’entrerdans sa plénitude de vie et de bonheur. Tout d’abord, nous verrons quesa venue parmi nous a comblé une longue attente, mais d’une manière quien a surpris certains. Puis, nous verrons comment nous pouvons nouspréparer à son retour : avec patience, courage et joie.
Adam et Eve ont été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais,parce qu’ils lui ont désobéi, ils ont provoqué une triplerupture : avec Dieu, l’un avec l’autre, et avec la création. Lamort et la souffrance sont alors entrés dans le monde. Cependant, leSeigneur n’a pas abandonné l’homme à l’inimitié du  serpent quil’avait tenté : Il lui a tout de suite promis un Sauveur, quiviendrait un jour pour écraser la tête de son ennemi (Gn 3,15). CeSauveur, que les Juifs appelaient le Messie (messiah), l’oint duSeigneur, ils l’ont attendu pendant de longs siècles. Jean le Baptisteest le dernier des prophètes à l’annoncer. Il lui a été révélé que savenue est imminente. Quelle va être sa mission ? Souvenons-nous deses paroles, que nous avons entendues dimanche dernier : "Il vousbaptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle àvanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et ilamassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûleradans un feu qui ne s'éteint pas." Le Messie lui apparaît avant toutcomme un Juge, qui va éradiquer le mal et faire triompher le bien.
Plusieurs mois plus tard, qu’en est-il ? Jean a été mis en prisonparce qu’il critiquait ouvertement le roi Hérode. Quant à Jésus deNazareth, celui qu’il a désigné comme le Messie, il n’a toujours pas transformé la société. Hérode est toujours confortablement installé surson trône, et les pharisiens et les saducéens, cette "engeance devipères" qu’il a appelée à la pénitence, semblent n’avoir pas modifiéleur comportement. Au lieu de "couper les arbres qui ne produisent pas de fruits et de les jeter au feu", Jésus déclare ne pas être venu pourjuger le monde, mais pour le sauver (Jn 3,17). Alors, Jean se serait-iltrompé ? Certains dans son entourage, lui-même peut-être, seposent la question. C’est pourquoi Jean envoie ses disciples demander à Jésus : "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre unautre ?"
Jésus n’esquive pas la question, il répond clairement : "Allezrapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient,les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres".Ce que le prophète Isaïe avait annoncé à propos des temps messianiques,nous l’avons entendu tout à l’heure, se réalise. Ainsi, Jésus est bienle messie, mais il ne vient pas pour accomplir toute sa mission d’un seul coup. D’abord, il y a 2000 ans, il est venu pour sauver leshommes. Ensuite, lors de la Parousie, il reviendra pour les juger. Ce jour-là seulement, il amassera le grain dans son grenier et il brûlerala paille dans un feu qui ne s’éteint pas. D’ici là, nous sommes dansle temps de la conversion. Jésus a conscience que sa manière d’agirsurprend Jean Baptiste, c’est pourquoi il ajoute : "Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi !" Il promet la béatitude à soncousin et à ses disciples, s’ils acceptent d’ajuster leur vision dumessie.
Et nous-mêmes, frères et sœurs, ne nous arrive-t-il pas d’être déçus del’Evangile, et de douter du pouvoir du Christ ? 2000 ans après savenue, tant de choses vont mal dans le monde. Dans une certaine mesure,on pourrait même penser qu’elles vont de mal en pis. Alors, quefaire ? Premièrement, il nous faut faire preuve de patience.Souvenons-nous de la parabole du bon grain et de l’ivraie (Mt13,24-30). Alors que le Seigneur a semé le bon grain, l’ennemi a semél’ivraie, et celle-ci ne sera enlevée qu’à la fin du monde, de peurd’arracher le bon grain en même temps que l’ivraie. Saint Jacques, lui aussi, vient de nous exhorter dans le même sens : "Frères, enattendant la venue du Seigneur, ayez de la patience. Voyez lecultivateur : il attend les produits précieux de la terre avecpatience, jusqu'à ce qu'il ait fait la première et la dernière récoltes. Ayez de la patience vous aussi, et soyez fermes, car la venuedu Seigneur est proche. […] Voyez : le Juge est à notre porte".
La patience est nécessaire, mais pas suffisante. Nous devons aussiœuvrer avec courage à l’avènement du Règne de Dieu, pour "hâter" laParousie. C’est le sens même de la deuxième demande du Notre Père : "Que ton Règne vienne". Cette demande, nous ne la faisonspas les bras ballants, mais en retroussant nos manches pour collaborerau dessein de Dieu. Chacun d’entre nous a un rôle à jouer. JeanBaptiste a reçu une mission unique dans l’histoire du salut. "C'est de lui qu'il est écrit : Voici que j'envoie mon messager en avant de toi,pour qu'il prépare le chemin devant toi". Pourtant Jésus affirmesolennellement : "Amen, je vous le dis : Parmi les hommes, il n'ena pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui." Si nous vivonsdans le Royaume des cieux, c’est-à-dire si nous vivons pleinement del’Evangile, alors nous serons plus grands que Jean Baptiste, et nousaccomplirons des œuvres plus grandes encore (cf Jn 14,12).
A la patience et au courage, il faut ajouter une troisième demande deDieu pour chacun d’entre nous en attendant son Jugement etl’avènement définitif de son Royaume: la joie.  Même si beaucoup de choses vont mal, beaucoup d’autres choses vont bien. Certes, lessignes du Royaume ne sont pas toujours faciles à voir, d’abord parcequ’ils n’intéressent pas forcément les medias, d’autre part parce quenous-mêmes sommes parfois plus enclins à voir les ténèbres que la lumière autour de nous. Pourtant, ils existent bel et bien, "signes parmilliers", et c’est à nous de savoir les reconnaître. Oui, tout autourde nous, des aveugles voient, des boiteux marchent, des lépreux sontpurifiés, des sourds entendent, des morts ressuscitent. Tout autour de nous, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, et elle produit dufruit. Des pécheurs se convertissent, des ennemis se réconcilient, desmalades guérissent, des hommes et des femmes donnent leur vie pour Dieuet pour leurs semblables. Alors, oui, réjouissons-nous, comme l’Eglise nous y invite sans cesse, mais particulièrement aujourd’hui.
Ainsi, frères et sœurs, le Fils de Dieu est venu, après une longueattente, pour sauver le monde. Un jour, il reviendra pour le juger.D’ici là, il nous invite à faire preuve de patience, de courage, et dejoie. Si nous vivons ainsi, alors nous serons plus grands que JeanBaptiste, nous ressemblerons au Christ lui-même, et nous contribueronsà l’avènement du Règne de Dieu. Cette semaine, pour cultiver notrepatience, notre courage et notre joie, pourquoi ne pas relire tout unévangile, afin d’y contempler les merveilles de Dieu ? Père Arnaud Duban

5 décembre 2010 : 2éme dimanche de l'Avent (Mt 3, 1-12)

En ces jours-là, paraît Jean leBaptiste, qui proclame dans le désert de Judée : "Convertissez-vous,car le Royaume des cieux est tout proche." Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : A travers le désert, unevoix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Jeanportait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autourdes reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient àlui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain enreconnaissant leurs péchés. 
Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à cebaptême, il leur dit : "Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuirla colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votreconversion, et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abrahampour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieupeut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à laracine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits vaêtre coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau, pour vousamener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fortque moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vousbaptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle àvanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et ilamassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûleradans un feu qui ne s'éteint pas."

Pistes de réflexion

I -  Une immense soif de bonheur, de justice et de paix
a-  "le loup habitera avec l’agneau" : unité et harmonie
b-  "en ces jours-là fleurira la justice" : respect du droit et de l’équité
c-  "grande paix jusqu’à la fin des lunes" : confiance et concorde
II-  "Moi je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion"
a-  urgence de la conversion : de demain à aujourd’hui
b-  urgence de la conversion : des idoles stériles aux fruits de la vie
c-  urgence de la conversion : de la paille aux bons grains
III-  "Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu"
a- Jésus nous donne ce que nul ne peut acquérir par lui-même
b- Jésus nous donne d’être transformé en Esprit et en Vérité
c- Jésus tient la pelle à vanner dans sa main
Nous n’avons rien à craindre de Dieu mais nous avons tout àcraindre de nous-même. Si le jugement nous fait peur c’est que nousnous fuyons nous-même, car ce sont les fruits de ma vie dont ils’agit.  PèreAntoine de Romanet

Heureux les cœurs purs

Jean-Baptiste c'est l'humilité en personne, le cœur pur qui ouvreaux autres le chemin du ciel car la charité ne peut rayonner à traversun cœur narcissique, plein de lui-même. Dieu cherche des cœurscontrits, brisés et broyés, pour passer. Admirons aujourd'huil'effacement de Jean-Baptiste qui n'a pas même retenu ses disciples lequittant pour Jésus. Humilité et chasteté - ce renoncement à la toutemaîtrise, à la main mise sur les autres, aux comportementsmanipulateurs et séducteurs - vont bien ensemble. Elles fontconnaître à l’âme une joie imprenable : "l'ami de l'époux qui setient là et qui l'entend, est ravi de joie à la voix de l'époux. Telleest ma joie, et elle est complète" (Jn 3,29). PèreJean-Claude Hanus

Homélie

Frères et sœurs, nous laissons-nous conduire par l’Espérance, lapetite sœur de la Charité et de la Foi qui, selon Péguy, les entraînetoutes les deux ? Ou bien refusons-nous de la laisser nous guider,préférant suivre la Reine Présomption, ou même préférant demeurerimmobiles avec Madame Désespoir ? Ce n’est pas seulement parce queje viens de regarder Neverland et de réfléchir sur l’histoire de PeterPan au ciné-club que je vous pose cette question, c’est parce qu’elleest centrale dans cette période de l’Avent et en particulier dans lestextes d’aujourd’hui. Dimanche dernier, souvenez-vous, le Christ nous aappelés à veiller. Veiller pour quoi ? Pour attendre sa venue,parce que nous ne connaissons pas le jour où il viendra. Le Christ amême ajouté qu’il viendrait à l’heure où nous n’y penserons pas. Ilparlait de sa venue lors de la Parousie, pour le jugement dernier, maisaussi de toutes ses venues qui la préparent, dans le quotidien de nosvies : une rencontre, un évènement, une parole entendue ici ou là,tous les sacrements et en particulier l’Eucharistie… Dans toutes cessituations, le Seigneur vient à notre rencontre, mais savons-nousl’accueillir ? Veiller ne suffit pas : on peut très bienouvrir la porte à une personne qu’on attendait et qui arrive tard, maisne pas lui offrir l’attention et l’hospitalité qu’elle espérait…Pourquoi ? Parce que nous sommes pécheurs, et que notre cœur estencombré par des désirs qui ne sont pas ceux de Dieu. C’est là que sesitue la mission de Jean Baptiste. Il est le précurseur, envoyé parDieu pour préparer la rencontre de son Fils avec son peuple. Dans sonappel à la conversion, il reprend le message du prophète Isaïe :"Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route". Alors, la routequi conduit jusque dans nos cœurs, est-elle bien aplanie ?N’est-elle pas obstruée par des refus, conscients ou non, de vivreselon l’évangile ? Aujourd’hui, nous allons examiner deuxobstacles majeurs à la rencontre avec le Seigneur : la présomptionet le désespoir. Tous les deux prennent racine dans le refus de seconfier à Dieu, et nous empêchent de nous laisser conduire par lapetite Espérance. 
Pour commencer, qu’est-ce que la présomption ? Elle est de deuxsortes, qui se réfèrent toutes deux à un objectif qui nousdépasse : la première nous fait croire que nous pouvons atteindre cet objectif par nos propres forces seulement ; la seconde nousfait croire que Dieu va nous donner d’atteindre l’objectif parce que nous le méritons. Dans les deux cas, la présomption est liée à unmanque d’humilité et de crainte de Dieu. La crainte de Dieu est l’undes sept dons de l’Esprit. Le prophète Isaïe, dans la description duMessie que nous avons entendue tout à l’heure, en a évoqué six, et la tradition en a ajouté un septième. La crainte de Dieu est citée deuxfois et en dernier, car elle est à la fois le commencement etl’accomplissement de la vie dans l’Esprit. Elle n’est pas synonyme depeur, mais plutôt de respect, d’admiration, et même d’adoration. Celui qui craint Dieu est préservé de la présomption, et il sait s’appuyersur Dieu plutôt que sur lui-même, avec humilité.
Les pharisiens de l’évangile pèchent clairement par présomption. Ilscherchent à la fois la gloire qui vient des hommes, comme Jésus le leurreprochera un jour (Jn 5,44), et ils se croient dispensés de faire pénitence, comme la parabole du pharisien et du publicain nous l’arappelé il y a peu de temps. C’est pour cette raison que Jean Baptisteleur adresse des paroles si dures : "Engeance de vipères ! Quivous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nousavons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres quevoici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham". Alors qu’Abrahamse fiait à Dieu avec un cœur de pauvre, eux-mêmes se fient à eux-mêmes, et leur cœur ressemble aux pierres que Jean leur montre du doigt.
Il existe un autre vice qui s’oppose à l’Espérance : c’est le désespoir. Contrairement à la présomption qui me fait me confier à moiseul, ou à une fausse image de Dieu, le désespoir ne me fait confier àrien ni personne. Selon saint Thomas d’Aquin, c’est le plus grave detous les péchés. En effet, d’une part, il ne s’oppose pas à une vertu seulement humaine, mais théologale, comme l’infidélité s’oppose à lafoi et la haine s’oppose à l’amour. D’autre part, "le désespoir estplus périlleux, car c'est par l'espérance que nous nous détournons dumal et que nous commençons à rechercher le bien. C'est pourquoi, lorsque l'espérance a disparu, les hommes, sans aucun frein, selaissent aller aux vices et abandonnent tout effort vertueux […] Et Saint Isidore déclare: ‘’Commettre un crime c'est la mort de l'âme;mais désespérer, c'est descendre en enfer’’" (II-II, q.20, art.3).
Le plus bel exemple de désespoir des évangiles, si j’ose m’exprimerainsi, est celui de Judas. Judas n’a pas commis un péché plus grave quePierre. Le premier a trahi, le second a renié. Mais alors que Pierre a cru en la miséricorde de Dieu et a su accueillir son pardon, Judas amis fin à son existence. Pierre s’est relevé de sa chute, alors queJudas est resté à terre. Sainte Thérèse d’Avila écrivait trèsjustement : "La sainteté, ce n’est pas de ne jamais tomber, mais de toujours se relever". Plus on est saint, plus on est humble, et plusvite on se relève, car on ne s’appuie pas d’abord sur ses propresforces, mais sur celles du Seigneur.
Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur vient à notre rencontre, et Il nousinvite à nous y préparer. Pour cela, il nous faut non seulementveiller, mais aussi nous débarrasser de tous nos vices ou penchants quipeuvent ternir la beauté de cette rencontre. En particulier, il nousfaut chasser la présomption et le désespoir, qui étouffent en nousl’Espérance. Comment y parvenir ? Par une double confession, quifera croître en nous la crainte de Dieu et la confiance en lui. Enpremier lieu, confessons la miséricorde de Dieu pour nous. L’Espérancenaît du souvenir. C’est parce que nous nous souvenons de ce que Dieu afait pour nous et pour le monde que nous espérons qu’Il continuerad’agir, comme Il l’a promis. Alors, en cette période où l’année va verssa fin, pourquoi ne pas prendre du temps pour nous remémorer lesmoments importants de nos existences, en particulier ceux où nous avonsperçu l’action de Dieu ? En second lieu, à la lumière même decette miséricorde de Dieu pour chacun d’entre nous, confessons nospéchés. Dans le sacrement de réconciliation, nous recevrons l’EspritSaint : non seulement il nous pardonnera, mais il nous recréeraégalement par ses sept dons. Alors, remplis de reconnaissance pour leSeigneur, nous attendrons avec un cœur rempli d’Espérance le jour où"le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra", et où "l'enfant étendrala main sur le trou de la vipère". Ce jour-là, "il ne se fera plus riende mauvais ni de corrompu sur la montagne sainte de Dieu ; car laconnaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent lefond de la mer". Ce jour-là, la petite Espérance aura cessé de nousguider, car nous serons parvenus au but de notre pèlerinage sur laterre. Ce jour-là "fleurira la justice, et grande paix jusqu’à la findes lunes". Père Arnaud Duban

27 novembre 2010 : 1er dimanche de l'Avent (Mt 24, 37-44)

Jésus parlait à ses disciples de savenue : "L'avènement du Fils de l'homme ressemblera à ce qui s'estpassé à l'époque de Noé. A cette époque, avant le déluge, on mangeait,on buvait, on se mariait, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Lesgens ne se sont doutés de rien, jusqu'au déluge qui les a tousengloutis : tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme. Deux hommesseront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé. Deux femmes serontau moulin : l'une est prise, l'autre laissée.
Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneurviendra. Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelleheure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n'aurait paslaissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi :c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'hommeviendra."

Pistes de réflexion

I -  C’est aujourd’hui l’époque de Noé
a- vivre comme des dieux, sans avoir besoin de Dieu
b- matérialisme – individualisme – "après moi le déluge"
c- vivre dans un passé ou dans un futur loin du réel
II- C’est aujourd’hui le jour du jugement
a- tout se joue dans la quotidien : aux champs, au moulin
b- tout se joue aujourd’hui : temps de la miséricorde et de la   Providence
c- tout se joue personnellement – fin de notre vie – fin du monde
III- C’est aujourd’hui le jour du salut
a-être présent à nous-même, aux autres et à Dieu
b- être présent à celui qui vient – le Christ se donne au présent
c- être présent à la nouvelle création qui est déjà là – nous sommes déjà passés de la mort à la vie si nous aimons nos frères.
Convertir notre peur en reconnaissance d’amour. Nous réjouir de l’arche, figure de l’Eglise. Soyons aujourd’hui ce que nous voulonsêtre toujours. Père Antoine de Romanet

La vaine gloire, ruine de l’âme

En entrant dans cet Avent, nous sommes sans doute nombreux à désirerremettre de l’ordre dans notre cœur. Mais ce louable désir ne seconcrétise que rarement parce que la charité n’est pas le véritablemotif des actes que nous posons : nous voulons plutôt imposer auxautres nos manières de voir et de faire, sans nous préoccuper de leursbesoins réels et, au fond, sans nous demander ce que Dieu attendréellement de nous quand il nous donne des frères. En un mot nousvoulons régenter le monde sans mettre l’amour au principe de cetterégence.
Aussi le Seigneur intervient-il parfois durement dans nos vies – commeun voleur – pour déjouer nos plans égocentriques et nous dépouiller denotre gloire. Saint Claude de La Colombière disait de la vainegloire : "On peut dire que de tous les vices il n’en est aucun quiait tant arrêté d’âmes dans le chemin de la piété, aucun qui de la plushaute perfection en ait tant replongé dans la tiédeur et même dansle désordre. Les autres vices ne combattent qu’une vertu ;celui-ci les attaque toutes".
Demandons au Seigneur, qui a fait son trône d’une mangeoire et de la croix, la grâce d’un écœurement invincible vis-à-vis de cette "vainegloire". Père Jean-Claude Hanus

Homélie pour le 1er dimanche de l'Avent

Frères et sœurs, qu’espérez-vous ? Au plus profond devous-mêmes, quelle est votre attente ? Nous entrons aujourd’huidans l’Avent, un mot qui signifie avènement, venue du Fils de Dieuparmi nous. Alors que le temps ordinaire conforte notre Foi et que lecarême et le temps pascal affermissent notre Charité, l’Avent fortifienotre Espérance. Pendant quatre semaines, nous allons nous centrer surle triple avènement du Christ : celui qui a eu lieu il y a 2000 ans, dont nous ferons mémoire le jour de Noël ; celui quiaura lieu à la fin des temps, que nous avons célébré dimanche dernier,avec le Christ-Roi ; celui qui a lieu chaque jour, en particulierdans chaque eucharistie, lorsque le Christ vient à notre rencontre. Cestrois avènements sont liés l’un à l’autre. C’est parce que le Fils deDieu est venu parmi nous il y a 2000 ans et qu’il continue de le fairesans cesse que nous possédons l’Espérance qu’il reviendra un jour pourétablir définitivement son Règne. Est-ce que nous espérons vraiment cejour de tout notre cœur ? Ou est-ce que notre Espérance théologaleest endormie, remplacée par des espoirs tout humains, tels quel’amélioration de notre carrière, la croissance de notre compte enbanque, les prochaines vacances au Club Med ? Pour que le Seigneurpuisse ranimer notre Espérance, nous verrons d’abord ce qu’elle estréellement : l’attente de la rencontre avec lui. Ensuite, nousréfléchirons sur l’attitude qui peut nous permettre de combler notreEspérance : la veille.
Pour commencer, qu’est-ce que l’Espérance ? Elle est la deuxièmedes trois vertus théologales, ces habitus qui sont donnés par Dieu etqui nous donnent de Lui être unis. Grâce à elle, les croyants attendent de Dieu, avec confiance, sa grâce en ce monde et une vie éternelle etbienheureuse après la mort. Alors que la foi nous montre le chemin quiconduit vers Dieu, l’espérance nous donne la force de marcher sur cechemin jusqu’au but, qui est l’union à Dieu que l’amour réalise.
Notre Espérance est donc double : d’une part, nous attendons notrerencontre avec le Christ qui viendra nous juger. Même si ce jugementaura lieu lors de la Parousie, la manifestation glorieuse du Christ à la fin des temps, elle correspondra pour chacun d’entre nous au jour denotre mort, sauf si le Christ revient avant, ce qui est toujours possible. Pourquoi attendre ce jour ? Parce que nous croyons queDieu est Amour, et qu’Il désire nous accueillir dans son Royaume pournous y combler. Ce jour-là, les hommes vivront enfin comme des frères.Comme le prophétisait Isaïe,  "de leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plusl'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre".
Ce jour-là peut survenir aujourd’hui, mais aussi dans un lointainavenir. Aussi, n’oublions pas que nous attendons un deuxième type derencontres avec le Christ : celles qui ont lieu chaque jour denotre vie. Le Seigneur vient à nous de multiples manières : dansles sacrements, dans les personnes, dans les évènements… aux champs et au moulin… Le Christ est vivant au milieu de nous et il désire nousguider, comme il l’a fait avec les disciples d’Emmaüs le soir de laRésurrection. A chaque instant, le Christ peut venir à moi avec sonEsprit, c’est ce qu’on appelle la grâce. Lorsque je suis faible, il peut me donner sa force. Lorsque je suis perdu, il peut me montrer lechemin. Lorsque je ne comprends pas, il peut me donner l’intelligence… Et nous pourrions passer ainsi en revue les 7 dons de l’Esprit que leChrist nous a faits le jour de notre confirmation.

Ainsi, le Seigneur non seulement viendra à notre rencontre, mais ilvient chaque jour. La question essentielle est donc : sommes-nousprêts à le rencontrer ? Sommes-nous assez vigilants pour ne pas manquer les occasions qu’il nous offre de le faire ? Le temps del’Avent est destiné avant tout à nous réveiller, à sortir du sommeilspirituel qui nous empêche de prendre conscience de la venue duSeigneur dans nos vies. Saint Paul exhorte ainsi les romains :"c'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil. La nuitest bientôt finie, le jour est tout proche". De la même manière, Jésusnous exhorte aujourd’hui : "Veillez". N’oublions jamais que notreSeigneur peut venir à nous à tout moment, aussi soudainement qu’Il l’afait au temps de Noé.
L’exhortation du Christ ne concerne pas avant tout le sommeil physique,dont nous avons tous besoin. Il s’agit du sommeil spirituel, quisignifie que nos cœurs somnolent au lieu d’être vigilants dans lecombat et dans l’attente. Il est vrai que les deux peuvent être liés.Souvenons-nous des apôtres Pierre, Jacques et Jean à Gethsémani :alors que Jésus leur avait demandé de veiller et prier pour ne pasentrer en tentation (Mt 26,41), ils s’abandonnèrent cependant ausommeil. Résultat : ils furent ensuite incapables de résister à latentation, s’enfuirent et –pire encore – le premier d’entre eux reniaJésus. Certes, le sommeil est un don de Dieu, dont Jésus lui-même amanifesté l’importance, en particulier lorsqu’il s’endormit dans labarque malmenée par la tempête sur le lac de Galilée. Cependant, il y aun temps pour tout, comme l’écrivait l’Ecclésiaste : un temps pourdormir et se reposer, un temps pour veiller et prier et ainsi sepréparer à rencontrer Dieu et à combattre l’adversaire. Aprèsl’exhortation au réveil que nous venons d’entendre, saint Paul ajouteainsi : "Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pourle combat de la lumière." Satan est un adversaire que nous ne pouvonsvaincre que si nous sommes pleinement éveillés, présents à Dieu et ànous-mêmes.
Finalement, la seule question essentielle est celle-ci : à quoi leSeigneur nous appelle-t-il maintenant ? C’est cela, veiller :être vigilants pour toujours accomplir la volonté de Dieu. Veiller etprier sont donc indissociables : sans cesse, le Seigneur nousappelle à avoir le cœur tourné vers Lui.  Même si je dors, je peuxêtre en état de veille, comme nos appareils électroniques avec unelumière rouge constamment allumée. C’est ce que dit la bien-aiméedu Cantique des Cantiques: "Je dors, mais mon cœur veille" (Ct 5,2). Laveille signifie ici tout simplement l’amour : la personne qui aimeest toujours attentive à l’autre, désireuse de sa présence. Si ellesait que son bien-aimé va arriver, elle peut faire preuve d’unepatience infinie en l’attendant. Si elle s’endort malgré tout, commeles vierges sages qui attendaient l’Epoux, son cœur est toujourséveillé, parce qu’elle a mis de l’huile dans sa lampe, symbole del’Esprit Saint qui repose dans son âme.
Ainsi, frères et sœurs, l’Espérance est fondamentalement l’attente de la rencontre avec Dieu : rencontre le jour de notre mort, maisaussi chaque jour de nos existences. Pour ne pas rater ces rencontres avec le Seigneur, il nous faut demeurer sans cesse en état deveille : alors, en ayant le cœur tourné vers lui dans l’amour,nous serons prêts à le rencontrer à tout moment. Pendant ce temps del’Avent, améliorons notre prière : demandons à l’Esprit Saint de nous donner des cœurs plus amoureux. Alors, nous serons capablesd’accueillir le Seigneur toutes les fois où il viendra nous rencontrer,dans toutes les circonstances de nos vies. Père Arnaus Duban

21 novembre 2010 : Christ, Roi de l’Univers (Luc 23, 35-43)

On venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à regarder. Leschefs ricanaient en disant : "Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauvelui-même, s'il est le Messie de Dieu, l'Élu !" Les soldats aussi semoquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !"
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : "Celui-ci est leroi des Juifs." L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait :"N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec !" Mais l'autre lui fit de vifs reproches : "Tu n'as donc aucune crainte deDieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nousméritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal." Et il disait : "Jésus,souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne." Jésus luirépondit : "Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis."

Pistes de réflexion

I -  Chacun est invité à prendre position face au Christ
a - "le peuple restait là à regarder" - désemparé - perplexe - extérieur
b- "les chefs ricanaient" - "les soldats se moquaient" - "l'un d'eux l'injuriait"
c- drame de la logique d'un "monde" de pouvoir et de force - Cf. les tentations au désert
II- Chacun est invité à une relation personnelle
a- Kyrie - "Pour nous, c'est juste, nous avons ce que nous méritons"
b- Sanctus - "Tu n'as donc aucune crainte de Dieu !"
c- Agnus - "Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne"
III-Chacun sera jugé par le premier né de toutes créatures
a- "Celui-ci est le roi des juifs" - ni plainte, ni révolte, ni haine
b- Une conversion du pouvoir et de la domination en amour et service
c- "Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux"
Le Christ, roi de gloire et d'humilité. Son Royaume est déjà là, à l'œuvre, ici et maintenant. "Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, leRoyaume des cieux est à eux"PèreAntoine de Romanet

Le monde à nos pieds

Les mystères du Salut que nous célébrons ne nous sont pasextérieurs. A quoi bon fêter la résurrection du Christ si larésurrection n’est pas pour nous ? A quoi bon fêter le Christ roide l’univers si cette royauté n’est pas également la nôtre ? Aussidevons-nous croire que tout l’univers est à notre service, au servicede notre sainteté et non pas, bien sûr, de notre ego tyrannique. Cetteroyauté reçue à notre baptême implique une réponse évangélique :"celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous"(Mc 10,44). C’est ce que saint Jean a mis en évidence en privilégiant,dans le récit du jeudi Saint, le lavement des pieds, de préférence àl’accomplissement de la Pâque ancienne. Il voit dans ce geste d’esclavele paradigme de la Nouvelle Alliance. Pierre, le futur chef del’Eglise, s’est rebellé. Sommes-nous comme ce premier Pierre, ou nousfaudra-t-il vivre un effondrement pour "réellement" fairenôtre cet abaissement ? L’enjeu c’est la charité fraternelle,vécue ou non vécue : ce n’est pas rien ! PèreJean-Claude Hanus

Homélie pour la fête du Christ-Roi 2010

Frères et sœurs, que faisons-nous de notre pouvoir ? Chacun d’entrenous a du pouvoir : sur soi-même, sur la création, sur les autres… danssa famille, dans son entreprise, dans la société … Même les enfants ontdu pouvoir sur leurs petits frères et sœurs. Usons-nous de ce pouvoirpour le bien des autres, ou pour notre propre intérêt ? Aujourd’hui,nous célébrons le Christ, roi de l’univers. La royauté, par essence,signifie la possession d’un pouvoir sur les autres. Alors, si le Christa ce pouvoir sur le monde, pourquoi laisse-t-il le mal le ravager ?Est-ce par faiblesse ou par manque d’amour qu’il laisse Satan, celuiqu’il appelle dans l’évangile le prince de ce monde, maltraiter sesfrères les hommes ? Dans une première partie de caractère historique,nous verrons ce que la royauté du Christ n’est pas, ce qui nouspermettra d’entrevoir pourquoi le mal perdure sur la terre. Puis, dansun second temps, nous verrons ce qu’elle est, et comment nous pouvonsagir avec le Christ pour collaborer à l’avènement de son Règne.
Pour commencer, voyons ce que la Royauté du Christ n’est pas. Dans cebut, étudions l’histoire de la royauté. Dans les premiers temps de laRévélation, le peuple élu n’avait d’autre roi que Dieu seul. Les patriarches n’étaient que des chefs de familles, et Moïse – en tant queguide d’un peuple devenu nombreux – se contentait de transmettre laParole de Dieu et de juger les litiges les plus graves. Une fois enterre promise, ce sont les juges qui vinrent sur le devant de la scène, mais seulement pour soutenir le peuple dans les cas graves, lorsque lesennemis mettaient la vie du peuple en péril.
Mais ensuite, le peuple a demandé à Samuel un roi pour être comme les autres peuples (1S 8,5). Samuel eut beau les prévenir, "il prendra vosfils… vos filles… vos champs… il prélèvera la dîme" (cf 1Sm 8), ilss’entêtèrent. Résultat : la majorité des rois d’Israël furent demauvais gouvernants, et firent souffrir leur peuple. David, lui, malgré ses péchés, fut un grand roi, et le souvenir qu’il laissa fut tel quele messie qu’on attendit ensuite pour sauver Israël était souventappelé Fils de David.
Lorsque celui apparaît, en la personne de Jésus de Nazareth, beaucoupespèrent que le Royaume de Dieu va enfin advenir. Jésus lui-mêmen’a-t-il pas commencé sa mission en proclamant : "Le Royaume de Dieuest tout proche" (Mt 4,17) ? Pourtant, trois ans plus tard, cetteEspérance semble anéantie : Jésus est mort sur la croix, et le mal n’adisparu ni en Israël, ni ailleurs. Jésus était-il donc un imposteur, ouun fou ?
Pour répondre, il faut distinguer deux étapes dans la royauté duChrist. La première a commencé il y a 2000 ans, lorsque le Fils de Dieus’est incarné et a donné sa vie pour nous. La seconde commencera aujour de son retour, lorsqu’il reviendra dans la gloire. La premièreétape était dans l’humilité, la seconde sera dans la gloire. Sadivinité était voilée, elle sera manifeste. Il était venu pour noussauver, il reviendra pour nous juger. Son règne a donc déjà commencé,il est au milieu de nous (cf Lc 17,21), mais nous pouvons ne pas levoir. Lors de son retour, en revanche, qui ressemblera à la tombée del’éclair qui illumine l’horizon d’un bout à l’autre (cf Lc 17,24), sonrègne sera établi définitivement, sans plus aucun mal ni souffrance.D’ici là, son règne va-t-il s’étendre, devenir de plus en pluspuissant, ou va-t-il diminuer comme une peau de chagrin ? Cettequestion, Jésus lui-même l’a posée : "Le Fils de l'homme, quand ilviendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?" (Lc 18, 8). La réponsedépend de nous.
Ainsi, la royauté du Christ n’a pas correspondu aux attentes debeaucoup dans le peuple élu, car elle "n’est pas de ce monde" (Jn18,36). Mais alors, en quoi consiste cette royauté ? Elle est, tout simplement, le pouvoir de l’Amour. L’Amour de Dieu s’est manifesté toutau long de la vie du Christ. Cependant, deux épisodes, situés aux deuxseuils du ministère du Christ, sont emblématiques : il s’agit d’aborddes tentations qu’il a affrontées au désert, juste avant le début de sa prédication, et ensuite de sa Passion et de sa mort sur la Croix. Audésert, Jésus rejette la tentation du règne que lui propose Satan :transformer les pierres en pain pour se nourrir mais aussi pour nourrirles foules, opérer un miracle éclatant qui lui aurait permis d’être vénéré de tous, et dominer tous les peuples de la terre. Jésus ne veutpas régner de cette manière-là.
Sur la Croix, Jésus est en butte à des tentations analogues à celles dudésert : "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" ou encore :"N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec !" Par la bouche des soldats et des malfaiteurs, Satan tente Jésus comme audésert. Une fois de plus, cependant, il résiste. Oui, vraiment, saroyauté "n’est pas de ce monde" (Jn 18,36). Il avait déclaré : "Le Filsde l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donnersa vie en rançon pour la multitude." (Mt 20, 28)… et encore : "Il n'y apas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis." (Jn 15,13) Ainsi, c’est paradoxalement sur la croix que la royauté du Christdevient la plus éclatante. Les artistes du Moyen-âge l’avaient biencompris, eux qui aimaient représenter le Christ en croix avec unecouronne royale sur la tête. Parmi les évangélistes, c’est saint Jeanqui a le mieux mis en valeur cet aspect de la royauté de Jésus. A lafin de l’évangile, il semble que Pilate lui-même a pu la reconnaître.Lorsque des Juifs lui reprochent d’avoir inscrit au-dessus de la croix"le Roi des Juifs" et non "Cet homme a dit : Je suis le Roi des Juifs",il répond : "Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit" (Jn 19,21-22). Dansl’évangile de Luc que nous venons d’entendre, Jésus manifeste égalementsa royauté d’Amour, d’une manière plus discrète. Il anticipe le jour oùil reviendra pour juger les hommes lorsqu’il déclare au malfaiteurcrucifié près de lui : "aujourd'hui, avec moi, tu seras dans leParadis." (Lc 23,43) C’est peut-être le meilleur exemple de toute laBible pour manifester que Dieu est à la fois juste et miséricordieux…
Et nous, frères et sœurs, voulons-nous collaborer à l’avènement duRègne de Dieu ? Usons-nous du pouvoir que nous avons par amour ? Parnotre baptême, nous sommes devenus prêtres, prophètes et rois. Le roi, en tant que représentant de Dieu sur la terre, guide le peuple en sonNom. Le prophète, en tant que porte-parole de Dieu, proclame sa Paroleà temps et à contre-temps. Le prêtre, en tant que médiateur entre Dieuet les hommes, offre des sacrifices. Le plus important des trois, c’est le roi, car il peut aussi jouer le rôle de prophète et de prêtre, commec’était le cas au début de la révélation. Les patriarches puis Moïseont guidé leur clan puis leur peuple, lui ont transmis les paroles deDieu, et ont offert pour lui des sacrifices. C’est parce que le peuple grandissait au fur et à mesure qu’il a fallu distinguer ensuite lesdifférentes fonctions.
Ainsi, frères et sœurs, le Christ règne sur l’univers par l’Amour. Mêmes’il laisse le mal perdurer, il reviendra un jour pour nous en libérer.Ce jour-là, il nous jugera. Nous n’avons pas à craindre son jugement car l’Amour est à la fois juste et miséricordieux, il demande à la foisla conversion et la confiance. Aujourd’hui, prenons exemple sur le bonlarron, le premier saint canonisé, et reconnaissons humblement que noussommes pécheurs. Tant de fois, nous avons mal employé notre pouvoir, cherchant à être servis plutôt qu’à servir… Cette semaine, saisissonsles occasions qui nous sont données pour exercer notre pouvoir avecamour. Alors, nous entendrons le Christ nous dire au jour de notremort: "Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans leParadis."
Père Arnaud Duban

14 novembre 2010 : 33ème dimanche T.O. (Luc 21,5-19)

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierreset les dons des fidèles. Jésus leur dit : "Ce que vous contemplez, desjours viendront où il n'en restera pas pierre sur pierre : tout seradétruit."  Ils lui demandèrent : "Maître, quand celaarrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ?"
Jésus répondit : "Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, carbeaucoup viendront sous mon nom en disant : 'C'est moi', ou encore :'Le moment est tout proche.' Ne marchez pas derrière eux ! Quand vousentendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas :il faut que cela arrive d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite lafin." Alors Jésus ajouta : "On se dressera nation contre nation,royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiantssurviendront, et de grands signes dans le ciel.
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vouspersécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera enprison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. Ce sera pour vous l'occasion de rendre témoignage.Mettez-vous dans la tête que vous n'avez pas à vous soucier de votredéfense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse àlaquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères,votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d'entrevous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas uncheveu de votre tête ne sera perdu.
C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie."

Pistes de réflexion

I -  N’ayons pas peur de ce monde qui passe – Christ a souffert
a- ce monde visible est voué au chaos et à la perdition
b- radicale fragilité, pauvreté et impuissance de l’homme
c- réalité et force du combat spirituel
II- N’ayons pas peur de ce monde qui vient – Christ est ressuscité
a- mise en garde contre les faux prophètes
b- mise en garde contre les fausses frayeurs – d’où vient mon salut ?
c- le retour glorieux du Christ en gloire est la bonne nouvelle du salut
III-Inquiétons-nous de nous-même, pour aujourd’hui – Christ est là
a- " le soleil de justice se lèvera" - c’est sa Pâque que Jésus annonce
b- notre horizon de chrétien et celui de notre propre pâque
c- c’est par notre persévérance que nous obtiendrons la vie
  •  Le triomphe final du Christ et le rassemblement des élussont des événements spirituels qui échappent à l’histoire comme à lagéographie ou à la cosmologie.
  • C’est aujourd’hui le jour du salutPère Antoine de Romanet

Les pierres crieront

L’évangile de ce dimanche nous invite à voir dans les désordresmoraux et physiques du monde – la matière ne saurait mentir : lespierres crieront – les signes prophétiques de ce qui est caché, de ce qui œuvre en secret dans l’univers spirituel. Il est sûr que le tempsde la fin, de la manifestation imminente de la Vérité, sera aussi celuioù culmineront le mensonge, l’hypocrisie et les manipulations de toutesorte. Et, n’en doutons pas, l’Eglise secrètera sespersécuteurs les plus déterminés : sans cesse le Christ nous enavertit, lui qui fut mis à mort par les siens.PèreJean-Claude Hanus

Homélie pour le dimanche 14 novembre 2010

Frères et sœurs, ne vous est-il pas arrivé d’être déçus par leSeigneur ? De lui en vouloir parce qu’Il n’avait pas répondu à vosattentes ? Cette question est choquante, au sens fort du terme,mais elle rejoint malheureusement l’expérience de beaucoup. Combien depersonnes ont cessé de croire ou de pratiquer à cause du sentimentd’avoir été abandonnés par Dieu ?  Ce phénomène n’est pasnouveau, il a toujours existé. Du temps même de Jésus, certains ont étédéçus. Ils avaient reconnu en lui le messie, et ils espéraienttellement qu’il allait transformer le monde en un éclair, chasser  les romains, et plus profondément toute sorte de mal… Jean Baptisten’avait-il pas annoncé : "Déjà la cognée se trouve à la racine desarbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé etjeté au feu" (Mt 3,10) ? Jésus lui-même n’avait-il pas commencé sa mission en proclamant : "Le Royaume de Dieu est toutproche" (Mt 4,17)? Quelque temps plus tard, voyant que les romainsétaient toujours là, et que le mal n’avait pas disparu, beaucoup de sesdisciples l’abandonnèrent. Les apôtres eux-mêmes, devant la Passion, ne purent tenir le coup et fuirent. Ce n’est qu’après la Résurrection etsurtout après la Pentecôte qu’ils purent, fortifiés par l’Esprit Saint,témoigner de lui. Alors, comment faire pour ne pas nous-mêmesnous  impatienter devant le mal et ne jamais abandonner le Seigneur ? Comment nos frères chrétiens irakiens, dont la viequotidienne ressemble si fortement à cet évangile depuis des années,peuvent-ils y parvenir ? Le Christ nous répond : "C'est parvotre persévérance que vous obtiendrez la vie". Pour mettre en œuvre cette persévérance, je vous propose aujourd’hui deux moyens,complémentaires l’un de l’autre : le travail et le témoignage.
Pour commencer, il nous faut travailler à l’avènement du Règne de Dieu.A chaque fois que nous prions notre Père, nous lui demandons :"Que ton Règne vienne". Pour que notre prière soit sincère, il nous faut y associer nos propres efforts. "Aide-toi, le Ciel t’aidera". Peuaprès la mort et la résurrection du Christ, les chrétiens deThessalonique, que Saint Paul a évangélisés lors de son deuxième voyagemissionnaire, se laissent aller. Ils sont tellement sûrs que le retour du Christ est imminent qu’il leur semble inutile de travailler. Pauldoit taper des poings sur la table : il leur rappelle que lui-mêmea travaillé dans la fatigue et la peine, nuit et jour, pour n'être à lacharge d'aucun d'entre eux. Alors qu’il leur disait déjà : "si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus", il luifaut renouveler son ordre et son appel aux récalcitrants : "qu'ilstravaillent dans le calme pour manger le pain qu'ils auront gagné".Même si le Christ peut revenir aujourd’hui même, cela ne doit pas nousempêcher de retrousser nos manches pour préparer sa venue.
De quelle manière pouvons-nous préparer la venue du Christ ?Tout d’abord, à travers notre devoir d’état. Que nous soyons écoliers,étudiants ou travailleurs professionnels, nous pouvons accomplir notredevoir d’état de manière à faire progresser le Royaume. Les efforts queje déploie à l’école me permettent de mieux comprendre le monde quej’aurai à transformer.  Les efforts que je déploie à la fac ou engrande école me seront utiles dans ma future activité professionnelle.Les efforts que je déploie dans mon métier me permettent d’offrir unbon produit ou un bon service aux autres. Que je sois médecin ouvendeur de vêtements, aucun métier n’est inutile et chacun peutcontribuer à l’amélioration de la société.
En plus de son devoir d’état, tout chrétien peut aussi travailler àl’avènement du Royaume de Dieu dans l’Eglise, dont c’est le butpremier. Que ce soit par des services réguliers ou ponctuels, chacun peut y  apporter sa contribution. Et si une personne est tropoccupée ou trop âgée pour accomplir une mission visible, ellepeut  au moins prier pour ceux qui œuvrent sur le terrain. C’estpourquoi  tous les grands ordres religieux ont à la fois une branche apostolique et une branche contemplative.
Le travail est nécessaire à l’avènement du Royaume de Dieu, mais pas suffisant : nous devons aussi témoigner de notre Foi. Un homme nedevient pas Roi sans que son accession sur le trône ait été annoncée àses concitoyens. De même, le Christ, dont nous célébrerons la Royautédimanche prochain, doit être annoncé à tous les hommes.
Comment pouvons-nous témoigner du Christ ? De deux manières. Tout d’abord par notre manière d’être. Si nous sommes vraiment habités parl’Esprit du Seigneur, notre vie en portera la marque. Comme l’écrivitsaint Paul aux Galates, "voici ce que produit l'Esprit : amour,joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi" (Ga 5, 22‑23). Si nous produisons ces fruits, noustémoignerons du Christ parce qu’il transparaîtra à travers nous.
Mais il y a une seconde manière de témoigner de lui : par la Parole.Peut-être cette manière-là nous fait-elle peur : d’abord, ellerisque de provoquer l’inimitié de tous ceux que l’évangile gêne d’une manière ou d’une autre. Les apôtres ont été les premiers à en fairel’expérience, comme Jésus le leur avait annoncé : "on portera lamain sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera auxsynagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom". Mais même si noussommes courageux, une autre pensée peut nous arrêter : laconscience de notre ignorance. Que répondrons-nous à tous ceux qui nousinterrogeront sur notre Foi ? Il y a tant de points obscurs pour nous-mêmes… Alors, que faire ? D’abord nous former, encore ettoujours, pour que notre Foi soit nourrie, demeure vivante et grandisse. Ensuite, ne pas avoir peur de reconnaître nos faiblesses, aulieu de dire des choses fausses. Enfin, et surtout, faire confiance àl’Esprit Saint : "Mettez-vous dans la tête", nous déclare leChrist, "que vous n'avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vosadversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction".Prenons exemple sur les apôtres : ils n’étaient ni des héros –leur fuite le soir du jeudi saint le prouve – ni des savants – les pharisiens les méprisaient même comme des gens "quelconques et sansinstruction" (Ac 4,13). Cependant, ils devinrent tous martyrs, témoignant jusqu’à la mort de leur amour pour le Christ.
Ainsi, frères et sœurs, il peut arriver que nous nous impatientionsdevant le mal, et que nous ayons l’impression que le Seigneur nous aabandonnés. En réalité, ce n’est pas cela qui est à craindre, mais l’inverse : que nous l’abandonnions nous-mêmes, comme tantd’hommes et de femmes l’ont fait au cours de l’histoire. Le Christ nousappelle aujourd’hui à la persévérance : persévérance dans notretravail, et persévérance dans notre témoignage. Certes, les chrétiensde France n’ont pas à redouter les mêmes persécutions que celles desapôtres. Cependant, n’oublions pas deux choses : d’abord, beaucoup de chrétiens dans le monde subissent des persécutions, pas seulement enIrak mais quasiment partout en Orient et dans quelques autres pays.Ensuite, nous devons nous-mêmes lutter pour que notre société ne sedéchristianise pas davantage avec des lois injustes et avec des modesde vies mortifères. Cette semaine, travaillons pour l’avènement duRoyaume de Dieu, notamment en priant pour nos frères chrétiens quisouffrent, et témoignons du Christ, notre Sauveur.Père Arnaud Duban

7 novembre 2010 : 32ème dimanche T.O. (Luc 20,27-38)

Des sadducéens - ceux qui prétendentqu'il n'y a pas de résurrection - vinrent trouver Jésus, et ilsl'interrogèrent : "Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme aun frère marié mais qui meurt sans enfant, qu'il épouse la veuve pourdonner une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : lepremier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisièmeépousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sanslaisser d'enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à larésurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l'épouse, puisque lessept l'ont eue pour femme ?"
Jésus répond : "Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ontété jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrectiond'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir :ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étanthéritiers de la résurrection.
Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le faitcomprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle leSeigneur : 'le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob'. Iln'est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effetpour lui."

Pistes de réflexion

I - "Des sadducéens – ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection ..."
a- La question de la mort est la plus redoutable posée à l’homme
b- D’une manière ou d’une autre, chacun cherche une voie de "survie »
c- Et toi, Maître, que dis tu ?
II- "Ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir..."
a- Jésus établit la distinction entre ce monde et le monde à venir
b- Jésus établit le caractère personnel du passage de ce monde au monde à venir
c- Ce passage est le lieu du déploiement de la liberté de chacun
III- "Ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection"
a- La vie éternelle est radicalement hors de nos prises et de nos raisonnements
b- La vie éternelle est déjà commencée, ici et maintenant
c- En une fulgurance lumineuse l’équivalence est posée entre "être fils de Dieu" et " être héritier de la Résurrection"
  • A la suite du Christ et de sa Pâques, c’est l’entrée dansl’intimité même du Père qui est offerte aux enfants de ce monde. Oui cePère est le Dieu des vivants, qui nous aime au-delà de toute frontièreset limites, en un parfait présent qui n’aura pas de fin. Père Antoine de Romanet

Un mari ça va… Sept, où va-t-on ?

Les sadducéens, avec leur mentalité possessive et exclusive, nepeuvent imaginer la résurrection. Alors que, justement, pour avoir toutil faut n’avoir rien en propre. Comme le disait déjà Thérèse, dans lapauvreté de sa vie carmélitaine : "je choisis tout". Pour autant il yaurait un certain manque de réalisme à prendre pour modèle laSamaritaine qui en était à son sixième amant ou mari quand ellerencontre Jésus. Et il existe aussi une certaine difficulté pour les"bons chrétiens" à imaginer qu’au ciel ils ne pourront plus dire deleur conjoint : "il est à moi". L’horreur ! Et pourtant le Christ, leseul époux, confirme qu’il en sera ainsi car l’amour dans le Royaumeest inclusif. Ne pas le comprendre c’est perdre de vue quel’accomplissement des relations interpersonnelles ce sont les relationsfraternelles. Au ciel la différence sexuelle perdure, certes – Marieest tout à fait femme quand elle apparaît ! – mais la reproduction n’aplus lieu d’être. Le ciel est le "lieu" de l’extase continuée carchacun est un paradis, une source de bonheur pour l’autre, et le corpsglorieux y participe pleinement, c’est certain, sinon à quoi bon larésurrection de la chair ? Père Jean-Claude Hanus

Homélie pour le dimanche 7 novembre 2010

Frères et sœurs, croyez-vous à la résurrection des morts ? Si oui,en quoi cela transforme-t-il votre vie ? Aucune de ces deux questionsn’est évidente. D’abord, il n’est pas facile de croire à larésurrection. Déjà au temps de Jésus, les saducéens, au contraire despharisiens, n’y croyaient pas. Aujourd’hui encore, non seulement lesathées et les agnostiques mais aussi certains chrétiens croyants larefusent. Pour beaucoup de nos contemporains, la vie s’arrête au momentde la mort. Pour d’autres, elle se poursuit sous une autre forme, dansce monde-ci avec la réincarnation de l’âme dans une autre enveloppecharnelle, ou dans un autre monde avec la fusion de l’âme dans le GrandTout. Les musulmans croient à la résurrection, lui donnant le sensd’une jouissance éternelle des plaisirs de cette vie, ou d’un châtimentéternel. Pour nous, la résurrection sera le commencement d’une vienouvelle, dans laquelle nous serons semblables aux anges, dans descorps glorifiés. Qu’est-ce qui prouve que nous ayons raison ? Rien.Nous n’avons aucune preuve scientifique de la résurrection, maisseulement des signes. Dans un premier temps, nous verrons les signesque la nature nous offre. Puis, nous étudierons l’histoire. Enfin, nousnous demanderons ce que la résurrection peut changer dans nos vies.

Pour commencer, observons la nature. Elle est la première à nousdonner des signes de la résurrection. La nuit peut parfois paraîtrelongue, mais elle est toujours suivie du jour. L’hiver peut parfois paraître long, mais il est toujours suivi du printemps. Le grain de blétombé en terre peut paraître mort, mais il donne un jour beaucoup degrains. La chenille qui s’enferme dans son cocon peut sembler anéantie,mais elle donne bientôt naissance à un splendide papillon. A chaque fois, une certaine fin ou "mort" est nécessaire à la naissance dequelque chose de plus beau.

Ce qui est manifeste dans la création l’est aussi chez l’êtrehumain. L’embryon dans le sein de sa mère peut craindre de mourir ensortant de l’utérus, le seul monde qu’il connaît, mais sa naissance lui donne d’accéder à un monde plus grand et plus beau. Certes, il doitpasser d’un monde clos, où il se sent protégé et nourri sans effort, àun monde ouvert, où il devra lutter pour vivre. Sa première respirationà l’air libre, d’après les spécialistes, est très douloureuse. Si on posait la question à un embryon de quelques mois : "Veux-tu naître,sachant tout ce qui t’attend ?", peut-être répondrait-il : "Je préfèrerester au chaud là où je suis". Il connaîtrait alors moins desouffrance, mais aussi moins de découvertes, moins de liberté, moins de vie. Il doit accepter de mourir à sa vie d’embryon pour naître à la viedans la société.

Après avoir observé la nature, tournons-nous vers l’histoire. Audébut de la révélation, les Juifs croient que les morts descendent aushéol, un lieu coupé de Dieu où ils retournent à la poussière, sans aucune idée de jugement et de bonheur ou malheur éternels. Dieu exerceson jugement sur cette terre, en récompensant les justes et enpunissant les impies. Cependant, au fur et à mesure que les épreuvesfont mûrir le peuple Juif et que la révélation progresse, il apparaît que Dieu exercera son jugement ultime après la mort seulement. Aumoment de l’exil notamment, les prophètes Isaïe et Ezéchiel déclarentque le shéol sera un lieu de souffrance pour les injustes. Puis, lorsd’une nouvelle grande épreuve pour le peuple Juif, la persécution du roi Séleucide Antiochus IV en 168 av. JC, certains vont plus loin etaffirment que les hommes ressusciteront. Le prophète Daniel écrit ainsique "beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terres'éveilleront : les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles." (Dn 12, 2)

C’est à cette époque que se situe l’épisode relaté dans la premièrelecture. Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. A coups defouet et de nerf de bœuf, le roi Antiochus voulut les contraindre àmanger du porc, viande interdite. Mais les sept frères firent preuved’un courage héroïque, parce qu’ils croyaient en la résurrection.Comment ne pas admirer leur courage et être stupéfaits en entendantleurs paroles, celles du troisième par exemple : "C'est du Ciel que jetiens ces membres, mais à cause de sa Loi je les méprise, et c'est parlui que j'espère les retrouver." Ce courage, c’est aussi celui dontont fait preuve tous les martyrs chrétiens, depuis le don que le Christlui-même fit de sa vie. Si leur sang est devenu "semence de chrétiens"(Tertullien), c’est bien parce qu’il fut bien plus précieux qu’aucunepreuve scientifique de la résurrection.

Ainsi, la nature et l’histoire nous donnent, non des preuves, maisde multiples signes de la résurrection. Alors, y croyons-nous vraimentnous-mêmes ? Et surtout, qu’est-ce que cela change dans nos vies ? "Sinous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement",alors, comme l’écrit saint Paul aux corinthiens, "nous sommes les plusà plaindre de tous les hommes" (1 Co 15, 19). En effet, "s'il n'y a pasde résurrection des morts, le Christ, lui non plus, n'est pasressuscité" et "si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi ne mène àrien, nous ne sommes pas libérés de nos péchés ; et puis, ceux qui sontmorts dans le Christ sont perdus" (1 Co 15, 13.17 18). Mais parce quele Christ est ressuscité et que nous ressusciterons aussi, nous pouvonsen tirer deux conséquences. La première, qui concerne notre avenir,c’est que nous retrouverons un jour tous ceux qui nous ont quittés, quenous avons célébrés et pour qui nous avons prié lundi et mardiderniers. Cette Espérance nous permet de surmonter la tristesse desséparations et particulièrement celle de la mort. La deuxièmeconséquence de la résurrection, c’est que nous n’avons plus à craindrenotre propre mort. L’auteur de l’épître aux Hébreux écrit : "le Christa rendus libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leurvie dans une situation d'esclaves" (He 2, 15). Puisque nous necraignons plus la mort, nous ne craignons plus non plus tout ce qui yconduit, en particulier la maladie et la vieillesse qui semblent nousanéantir, et dont la triple découverte avait transformé toute la vie duprince Siddhârta, le futur Bouddha.

Ainsi, frères et sœurs, la nature et l’histoire nous donnent demultiples signes pour affermir notre foi en la résurrection des morts.Cette foi ne doit pas rester stérile, elle doit nous libérer de nos peurs et intensifier l’amour que nous avons les uns pour les autres.Puisque le Christ a vaincu la mort, aucun mal – ni la vieillesse, ni lamaladie, ni la mort elle-même - ne peut plus nous anéantir. Puisquenous ressusciterons tous, les relations que nous créons aujourd’hui entre nous préparent notre éternité. Un jour, nous nous retrouveronstous autour du Christ et de son Père, avec Abraham, Isaac, Jacob ettous ceux qui les auront rejoints dans le Royaume. Cette semaine, quenous l’ayons déjà fait ou non la semaine dernière, prenons le temps de prier avec et pour les défunts que nous avons connus et aimés.Eux-mêmes prieront pour nous, et nous aideront à nous préparer à notrepropre mort et à notre propre résurrection. Père Arnaud Duban

31 octobre 2010 : 31ème dimanche T.O. (Luc 19,1-10)

Jésus traversait la ville de Jéricho. Or, il y avait un homme du nom deZachée ; il était le chef des collecteurs d'impôts, et c'était quelqu'un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n'yarrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Ilcourut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus quidevait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux etl'interpella : "Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'ailledemeurer dans ta maison." Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie.Voyant cela, tous récriminaient : "Il est allé loger chez un pécheur."
Mais Zachée, s'avançant, dit au Seigneur : "Voilà, Seigneur : je fais donaux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort àquelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus."
Alors Jésus dit àson sujet : "Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, carlui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'homme est venuchercher et sauver ce qui était perdu."

Pistes de réflexion

I - Jésus vient à la rencontre de chacun
a- Zachée, symbole du pécheur public, capable du pire
b- Zachée, avide de voir qui était Jésus, aspirant au meilleur
c- Zachée, empêché par la foule de voir Jésus
II- Jésus s’offre pour le salut de chacun
a- C’est le regard de Jésus qui appelle Zachée
b- C’est la parole de Jésus qui sollicite l’hospitalité pour se donner sans blesser
c- C’est l’accueil de Jésus qui apporte le salut – Eucharistie / "il faut – vite"
III-La conversion et le salut, fruit de la rencontre de chacun avec Jésus
a- La joie, signe de la rencontre avec Jésus Sauveur
b- La liberté, signe de la rencontre avec Jésus libérateur
c- La générosité du don, signe de la rencontre avec Jésus le prodigue
  • Importance décisive d’une authentique rencontre avec le Christ
  • Jésus ne "rémunère" pas les mérites, il les suscite !
  • "Mon fils que voilà était perdu, il est retrouvé ; il étaitmort, et le voilà vivant !"Père Antoine de Romanet

Cette chienne de "bonne-volonté" !

Dimanche dernier nous avons été confrontés au pharisien, à cet hommetoujours prêt à demander la conversion des autres mais jamais lasienne : l’orgueil rend aveugle sur soi-même. Aujourd’hui Zachéemet en lumière les deux ingrédients de base d’une conversion. D’abord,avoir au fond du cœur ce "chercher à voir qui est Jésus" (comme Moïse,intrigué par le buisson ardent). Ensuite, prendre un moyen concret poury arriver (Moïse, lui, fait un détour pour s’approcher de cettecuriosité). Le Seigneur ne demande rien d’autre pour venir demeurer ennous et bouleverser notre vie. Il se contente de notre "bonne-volonté",cette "chienne" de bonne-volonté contre laquelle, rappelait Thérèse, lediable est impuissant (aveu que le démon avait fait au Père Surin, dansun exorcisme : "Je viens à bout de tout, il n'y a que cette chienne debonne-volonté contre laquelle je ne puis rien.") Quant à Jésus, ildéserte les cœurs de "mauvaise foi" parce que le mensonge y règne enmaître. Père Jean-Claude Hanus

24 octobre 2010 : 30ème dimanche T.O. (Luc 18,1-8)

Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'êtrejustes et qui méprisaient tous les autres : "Deux hommes montèrent auTemple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain.
"Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rendsgrâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne." 
Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeuxvers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu,prends pitié du pécheur que je suis !'
Quand ce dernier rentra chezlui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pasl'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé."

Pistes de réflexion

I - "Jésus dit une parabole" – paroles essentielles et pédagogues
a- deux figures types très éloignées de ce que nous sommes
b-  deux êtres habités par une vive flamme
c-  deux réalités dont nous participons un peu de l’une et de l’autre
II- "Le pharisien se tenait là et priait en lui-même"
a- quelqu’un de bien, qui nous ressemble pour une part, fidèle et généreux
b- la perversion de l’orgueil : de l’action de grâce à l’affirmation de soi
c-  du détournement de la loi à l’outrage fait à Dieu
III- "Le publicain se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux"
a- vérité, pauvreté, humilité… ni comparaison ni domination
b- la logique de l’amour fait exploser celle du permis et du défendu
c- bienheureux les pauvres de cœur
  • "C’est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste…"S’ajuster sur le cœur de Dieu
  • Seigneurdonne-moi de réaliser ma pauvreté, libère-moi de mes idoles, de mabonne conscience si facile, fais-moi brûler de ton amour. Fais de moncœur un cœur de pauvre, un cœur ouvert à ta grâce, à ta présence, à tonsalut.  Père Antoine de Romanet

Ouvrons les yeux !

Cette parabole révèle deux sortes d’homme : l’un dans lalumière, l’autre dans ses ténèbres intérieures. Etre dans la lumièrec’est se référer à Dieu seul, et donc être lucide sur soi-même, commece publicain. Etre dans les ténèbres c’est faire de l’autre lemarchepied de son trône pour parler d’égal à égal avec Dieu, comme cepharisien, cet homme religieux. Ces pharisiens font inévitablementpenser à nos pervers narcissiques modernes, croyants ou non : "Detoute manière, la vérité n'importe pas au pervers narcissique. Tout enmasques et faux-semblants, couvert de vernis, il n'a que faire de lavérité : moins exigeantes et plus avantageuses sont les apparences. Cequi compte pour lui n'est pas d'être ni même d'avoir, c'est deparaître. De là vient ce profond cachet d'inauthenticité qui s'attacheà la perversion narcissique."  Ouvrons les yeux ! Père Jean-Claude Hanus

Homélie pour le dimanche 24 octobre 2010

Seigneur, prends pitié ! Kyrie eleison ! Frères et sœurs, c’est avecces paroles qu’après le chant d’entrée, nous commençons chacune de noseucharisties. Pourquoi ? Parce que pour accueillir Dieu qui veut sedonner à nous, il nous faut d’abord reconnaître que nous avons besoind’être sauvés. Sauvés de quoi ? D’une double misère, celle de notrecondition de créatures d’une part, celle de notre condition de pécheursd’autre part. Parce que nous sommes des créatures, nous devrionsretourner à la poussière, et parce que nous sommes pécheurs, nousdevrions être condamnés à subir des châtiments. Pourtant, les lecturesde ce dimanche nous rassurent : Dieu est infiniment miséricordieux, etIl est prêt à nous sauver si nous nous tournons vers Lui avec confianceet humilité. Dans un premier temps, nous le comprendrons à travers lapremière lecture, le psaume et l’évangile. Puis, nous verrons commentles exemples des saints nous confortent dans cette certitude de foi.Nous conclurons en nous demandant comment nous pouvons suivre leursexemples.Essayons d’abord de comprendre l’évangile, avec ses deux protagonistes.Les pharisiens, au temps de Jésus, sont admirables. Non seulement ilsobéissent aux 613 commandements de la Loi de Moïse, mais ils y ajoutentd’autres pratiques de piété, notamment le jeûne deux fois par semaine.Celui de la parabole peut bien être fier de lui. Là où le bât blesse,c’est qu’au lieu de rendre grâce à Dieu pour ce qu’Il accomplit dans savie, il se glorifie lui-même. Pire, il le fait en méprisant sonprochain, le publicain qui est à ses côtés. Bref, il ne prie pas, il sevante. Dans les quatre évangiles, les pharisiens sont les adversairesles plus acharnés de Jésus. C’est avec eux qu’il a les paroles les plusdures, parce qu’il cherche à briser la carapace de leur cœur. Il irajusqu’à leur déclarer solennellement: "Amen, je vous le déclare : lespublicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu."(Mt 21, 31) Quel affront pour ceux qui étaient considérés comme leschefs du peuple !Les publicains, eux, étaient mal aimés de ce même peuple. Chargés parles romains de prélever les impôts, ils versaient à l’occupant lessommes exigées, et pouvaient demander ensuite à leurs concitoyensautant qu’il leur plaisait. Celui de la parabole a conscience de sonpéché. Mais au lieu de se centrer sur lui-même comme le pharisien, etde se lamenter dans une attitude de remords stérile, il confessehumblement son péché. N'osant même pas lever les yeux vers le ciel, ilse frappe la poitrine en disant : "Mon Dieu, prends pitié du pécheurque je suis !" Il ressemble à Simon-Pierre qui tombe aux pieds deJésus, après la pêche miraculeuse, et qui lui dit: "Seigneur,éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur." (Lc 5, 8) Cependant,la conscience de son péché ne l’empêche pas d’avoir confiance dans lamiséricorde infinie du Seigneur, sans quoi il ne serait pas venu auTemple.L’attitude du publicain rejoint celle du psalmiste : "Le Seigneur estproche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu". C’est aussi le sensdes paroles de Ben Sirac le sage : "La prière du pauvre traverse lesnuées ; tant qu'elle n'a pas atteint son but, il demeure inconsolable.Il ne s'arrête pas avant que le Très-Haut ait jeté les yeux sur lui,prononcé en faveur des justes et rendu justice". En célébrant laToussaint, dans 8 jours, nous réentendrons les béatitudes, avec d’abordcelle des pauvres de cœur. Elle est la première parce qu’elleconditionne l’existence de toutes les autres : ce n’est que si je suispauvre de cœur que je peux laisser le Seigneur me combler. Le pharisienest riche de cœur, il se satisfait de son sort et n’a besoin ni desautres, ni de Dieu.Voyons maintenant quels exemples nous ont laissés les saints, ceux quenous allons célébrer le 1er novembre. Pour commencer, tournons-nousvers saint Paul. Avant sa rencontre avec le Christ, il ressemble aupharisien de l’évangile. Il est persuadé d’être juste, et méprise ceuxqui semblent ne pas respecter la Loi de Moïse, à savoir les disciplesde Jésus qu’il met enprison. Après le chemin de Damas, il devient un autre homme : ilgardera sans cesse conscience de la gravité de ses actes passés.Plusieurs fois, dans ses lettres, il se nomme "l’avorton", et déclarene pas être digne d’être devenu un apôtre. Pourtant, il a une confianceinfinie en la miséricorde de Dieu, et il a l’audace d’écrire à Timothée: "Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur : dans sajustice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là,comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans lagloire". Prenons un deuxième exemple : celui de saint Vincent de Paul.A la fin de sa vie, il a de bonnes raisons de se glorifier. Il a nourriet défendu une multitude de pauvres, formé des prêtres, permis à desfemmes de la haute société de se dépenser au service des autres…Lorsque la reine elle-même le lui fait remarquer, il répond : "J’ai sipeu fait". Ce n’est pas de la fausse modestie, c’est la conscience des besoins immenses auxquels il n’a pu répondre autour de lui. Vincent nese compare pas aux autres, il se juge d’après ce que Dieu attend delui.Prenons un troisième exemple : celui de la petite Thérèse. Bien qu’elleait vécu d’une manière extraordinaire depuis son plus jeune âge (elleaffirme que depuis l’âge de 3 ans, elle n’a fait que chercher la Vérité), elle sait qu’elle aurait pu aussi prendre des chemins detraverse. Dans ses Manuscrits autobiographiques, elle écrit : "Jereconnais que sans Jésus, j’aurais pu tomber aussi bas que MarieMadeleine". Elle a conscience d’avoir été protégée par le Seigneur, d’abord dans sa famille, puis au Carmel. Pour autant, cettereconnaissance humble est associée à la plus grande confiance dans lamiséricorde divine. Le 11 juillet 1897, quelques mois avant sa mort,elle insiste auprès de Mère Agnès : "On pourrait croire que c’est parce que je n’ai jamais péché que j’ai eu une si grande confiance dans leBon Dieu. Dites bien ma Mère : si j’avais commis tous les crimespossibles, je garderais toujours la même confiance. Car je sais bienque cette multitude d’offenses n’est qu'une goutte d’eau, dans unbrasier ardent". Ainsi, frères et sœurs, à la fois l’Ecriture et lesexemples des saints nous invitent à une double attitude : l’humilité et la confiance. On prête à Talleyrand cette parole : "quand je meregarde, je me désole ; quand je me compare, je me console". En tantque chrétien, je pourrais dire plutôt: "quand je me regarde, je medésole ; quand je regarde vers Dieu, Il me console". A qui devrions-nous ressembler … plutôt au pharisien ou plutôt au publicain ?Aux deux : le premier est un modèle en ce qui concerne la droiture devie, le second un modèle en ce qui concerne l’attitude du cœur. Nousdevons tendre vers la perfection, comme le Seigneur lui-même nous y invite - "Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste estparfait." (Mt 5, 48) - mais garder toujours conscience de nos limiteset de nos péchés. Pour cela, le sacrement de Réconciliation peut nousaider : avant la Toussaint, pourquoi ne pas aller le recevoir ? Devant Dieu et celui qui le représentera, nous pourrons dire avec humilité etconfiance : "Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !". Lorsquenous rentrerons chez nous, le Christ nous le déclare, nous seronsdevenus justes, et nous pourrons chanter dans nos cœurs: "Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. Je meglorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m'entendent et soient enfête"!Père Arnaud Duban

17 octobre 2010 : 29ème dimanche T.O. (Luc 18,1-8)

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours priersans se décourager : "Il y avait dans une ville un juge qui nerespectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, ily avait une veuve qui venait lui demander : 'Rends-moi justice contremon adversaire.'
Longtemps il refusa ; puis il se dit : 'Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commenceà m'ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne plussans cesse me casser la tête.'" Le Seigneur ajouta : "Écoutez bien ceque dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à sesélus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Filsde l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?"

Pistes de réflexion

I - La prière : accueillir la présence du Seigneur en ma vie
a- se rendre présent à soi-même, au Seigneur et au monde
b- offrir mon temps, c’est-à-dire moi-même, c’est-à-dire le don de Dieu
c- m’ouvrir à un dialogue libre et confiant
II- La prière : accueillir la parole du Seigneur en ma vie
a- écouter la parole du Seigneur en méditant l’Ecriture
b- écouter la parole du Seigneur en la laissant résonner dans mon cœur
c- écouter la parole du Seigneur en aimant ce monde
III- La prière : accueillir la volonté du Seigneur en ma vie
a- engager ma volonté : combat qui s’appuie sur une ferme décision
b- demander dans un dialogue confiant "que ta volonté soit faite »
c-  discerner et accueillir la volonté du Seigneur – s’ajuster sur le juste
  • s’accorder avec Dieu comme l’orchestre s’accorde sur le hautbois
  • entrer dans le regard de Dieu sur le monde.
  • sans prière nos vies ne sont qu’agitations extérieures, avec le Seigneurelles déploient leur fécondité pour aujourd’hui et pour toujours. 
  •   Père Antoine de Romanet

    Où en sommes-nous ?

    "Le fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi surterre ?" A cette question qui n’en est pas vraiment une, Jésusrépond lui-même : "Par suite de l'iniquité croissante, la charitédu plus grand nombre se refroidira" (Mt 24,12) Donc la foi vas’éteindre. De quelle foi Jésus parle-t-il ? De la foi théologale,bien sûr : ne restera que la foi des démons (cf. Fabrice Hadjadj),partagée par le plus grand nombre. Pourquoi ? Parce que l’homme –le chrétien – aura cessé de crier jour et nuit vers son Seigneur. Restedonc cette question : sur l’échelle de l’iniquité où ensommes-nous ? Père Jean-Claude Hanus

    Homélie pour le dimanche 17 octobre 2010

    Frères et sœurs, avez-vous la Foi ? Croyez-vous vraiment dans les parolesdu Christ ? Croyons-nous vraiment que Dieu exauce toujours lesprières ? Le Christ vient de nous demander lui-même : "leFils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?" S’il a posé cette question, c’est parce qu’il sait très bien que laparole qu’il a prononcée juste avant n’est pas facile à recevoir, etexige la foi : "Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, quicrient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice". Cette parole necontredit-elle pas notre expérience ? Bien des fois, nous semble-t-il,  Dieu ne nous a pas exaucés. Nous avions prié pour laguérison d’untel, et il est mort de sa maladie. Nous avions prié pourêtre délivrés nous-mêmes de telle épreuve, et elle n’a pas disparu…Comment comprendre cet apparent silence de Dieu ? Dans un premier temps, nous verrons pourquoi il arrive que Dieu ne nous exauce pas.Ensuite, nous verrons les différentes manières de le prier pour exaucerson propre désir d’entrer en cœur à cœur avec nous.
    Pour commencer, pourquoi le Seigneur ne nous exauce-t-il pas toujours ?Pour plusieurs raisons : d’abord, il nous arrive de demander deschoses qui sont mauvaises. Si je demande à Dieu de me venger de monadversaire,  cela va clairement contre l’évangile. Ensuite, il m’arrive de demander des choses bonnes, mais Dieu a dans le cœur deschoses meilleures encore. Je peux lui demander de trouver le partenairede ma vie, mais peut-être est-ce que je ne le trouve pas parce que leSeigneur m’appelle à le suivre dans la vie consacrée ou dans le sacerdoce ? L’inverse, bien-sûr, peut être vrai également. Parfoisaussi, je demande au Seigneur de me délivrer de telle ou telle épreuve,mais Lui sait qu’elle n’est pas au-dessus de mes forces et qu’ellepourra me fortifier et me transformer. 
    Par ailleurs, il arrive que nous soyons tout simplement trop pressés. Nous voudrions queDieu nous exauce de manière immédiate, alors que Lui nous faitpatienter. Il sait qu’un désir éprouvé par l’attente grandit, et queson assouvissement retardé sera source d’un plus grand bonheur. Aussi, lorsque Jésus déclare que Dieu fait justice "sans tarder" à sesélus,  cela signifie qu’il entend nos prières au moment même oùnous les exprimons et que, s’il nous fait attendre, ce n’est pas parcequ’Il se moque de nous comme le juge de la parabole, mais parce qu’Il attend lui-même le moment le plus opportun pour nous exaucer.
    Une dernière raison qui explique que Dieu ne nous exauce pas toujours,c’est qu’il nous arrive de manquer de foi et de charité. Nous demandonsune chose sans vraiment y croire et sans vraiment la désirer, pousséspar l’habitude ou la peur d’une mauvaise conscience. "Notre Père, qui es aux Cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que tavolonté soit faite…" Le désirons-nous vraiment ? Sommes-nous prêtsà dire comme Jésus à Gethsémani: "Père, non pas ma volonté, maisla tienne" ? Consciemment ou inconsciemment, nous savons que la prière nous engage à nous convertir. Je ne peux pas prier pour laguérison d’un malade sans prendre le temps de l’appeler ou de levisiter. Je ne peux pas prier pour ma propre sanctification sansprendre aussi les moyens concrets pour le devenir, comme le service desautres, le recours aux sacrements, etc.
    Après avoir vu pourquoiDieu ne nous exauce pas toujours à la manière que nous attendions,voyons comment nous pouvons le prier le mieux possible. Certes, chacun est libre de prier à sa manière, sachant que la prière est avant toutun cœur à cœur amoureux avec Dieu, qui peut se faire avec ou sansparoles. Cependant, l’Eglise – dans sa sagesse et son expérience demère – nous propose plusieurs manières de prier qui ont porté beaucoup de fruit depuis 2000 ans. La première est l’action de grâce, que nousavons déjà évoquée dimanche dernier. Elle est à la fois une des formesde prière et aussi la tonalité de toutes  les autres, car elledoit imprégner notre cœur lorsque nous nous tournons vers Dieu.
    Une seconde forme de prière est la demande. Nous pouvons demander pour lesautres – c’est ce qui s’appelle l’intercession – ou pour nous-mêmes. Iln’est pas égoïste de demander pour soi-même, si ce que l’on demandepeut aussi être bénéfique aux autres. Dans l’extrait du livre de l’exode que nous avons entendu en première lecture, on voit lapuissance de l’intercession de Moïse durant le combat d’Israël contreAmalec, qui symbolise les forces du mal. "Quand Moïse tenait la mainlevée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort". Israël n’a pu remporter la victoire que grâce àl’intercession de Moïse, lui-même soutenu par ses compagnons Aaaron etHour. Dans le combat contre le mal, nous sommes tous solidaires les unsdes autres, c’est ce qu’on appelle la communion des saints. Ce combatexige de la persévérance. C’est jusqu’au coucher du soleil que lesmains de Moïse demeurèrent levées. Et c’est après avoir beaucouppatienté que la veuve de l’évangile a pu obtenir justice contre sonadversaire.
    Une troisième forme de prière est l’écoute deDieu.  Lui nous écoute bien, mais la réciproque est-ellevraie ? Cette écoute peut se faire, dans le silence de notre cœur, à tout moment de la journée, mais elle se fait de manière privilégiéeavec l’Ecriture. Les moines passent chaque jour un long temps à la lirepaisiblement et amoureusement, c’est ce qu’on appelle la lectio divina.Pourquoi donner tant d’importance à des écrits qui datent de plusieurs milliers d’années ? Saint Paul nous répond en s’adressant àTimothée : "les textes sacrés ont le pouvoir de te communiquer lasagesse, celle qui conduit au salut par la foi que nous avons en JésusChrist. Tous les textes de l'Écriture sont inspirés par Dieu ; celle-ci est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans lajustice ; grâce à elle, l'homme de Dieu sera bien armé, il sera pourvude tout ce qu'il faut pour faire un bon travail". Combien de temps,frères et sœurs, passons-nous à lire l’Ecriture chaque jour ?
    Pour finir, après avoir permis de dire au Seigneur  "merci", "s’il te plaît" et "je t’écoute", la prière est aussi etessentiellement l’occasion de lui dire "je t’aime".  Après avoirremercié, demandé, écouté, je peux rester dans le silence del’adoration avec ces simples mots.
    Ainsi, frères et sœurs, leSeigneur nous invite à prier sans nous décourager. S’Il ne nous exaucepas toujours, c’est parce que nous prions parfois avec un manque dediscernement, ou de patience, ou même de charité et de foi. "Mais leFils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?"Cette semaine, prenons du temps pour le cœur à cœur avec Dieu.  Sinotre foi est vive, nous pourrons nous tourner vers Lui avec uneinfinie confiance. Et si nous avons le sentiment que notre foi est tropfaible, n’oublions pas qu’à travers nos actions de grâce, nosdemandes et notre écoute, c’est l’Esprit Saint lui-même qui viendra ausecours de notre faiblesse (Rm 8, 26) et qui nous donnera dedire à notre Père : "Je t’aime". Père Arnaud Duban

    10 octobre 2010 : 28ème dimanche T.O. (Luc 17,11-19)

    Jésus, marchant vers Jérusalem,traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village,dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance et lui crièrent : "Jésus, maître, prends pitié de nous." En les voyant, Jésusleur dit : "Allez vous montrer aux prêtres."
    En cours de route, ils furent purifiés. L'un d'eux, voyant qu'il était guéri, revint sur sespas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terreaux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c'était un Samaritain.Alors Jésus demanda : "Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pourrendre gloire à Dieu ; il n'y a que cet étranger !" Jésus lui dit :"Relève-toi et va : ta foi t'a sauvé."

    Pistes de réflexion

    I - Dix lépreux qui comme nous assistent à l’Eucharistie
    a-  chacun de nous ressemblons à ces dix lépreux – "Seigneur prends pitié »
    b-  chacun de nous recevons le don de la Parole de Dieu – parole de Vie
    c-  chacun de nous recevons la grâce de la guérison et du Salut
    II - Neuf hommes qui en restent aux signes extérieurs
    a-  neuf hommes qui en restent à une réalité humaine-corporelle-extérieure
    b-  neuf hommes qui en restent à la satisfaction d’une demande limitée
    c-  neuf hommes qui ne réalisent pas le sens spirituel-intérieur du signe
    III - Un seul revient sur ses pas en glorifiant Dieu
    a-  sens de l’Eucharistie : "action de grâce" = faire retour à Dieu par toute notre vie
    b-  sens de l’Eucharistie : "relève-toi et va" = envoi en mission, témoignage
    c-  sens de l’Eucharistie : "ta foi t’a sauvé" = le salut ne s’accomplitque lorsque la grâce de Dieu a touché et transformé mon cœur, en unedynamique de conversion : un seul retourne concrètement ses pas etsa vie.
    Rôle essentiel des sacrements, signes sensibles qui nousrenvoient à une réalité spirituelle décisive de conversion du cœur. Lagrâce de Dieu est déjà offerte en plénitude à tous, elle reste à déployer concrètement par chacun en sa vie pour lui faire porter sonfruit.
    Réaliser combien "l’action de grâce" est autant "grâce" que "action" Père Antoine de Romanet

    Venir et revenir

    Sur les dix lépreux guéris un seul revient rendre grâce, et c’est unSamaritain, un non juste ! Nous connaissons aussi cettesituation : beaucoup viennent à la messe pour y rencontrer Jésusmais, comme ces lépreux, restent à distance (loin de l’autelpeut-être…) et s’en retournent ensuite, non sans guérisons spirituellesimmédiates ou prochaines, sûrement. Mais, de tous ceux qui se sontapprochés de Jésus ce dimanche, qui reviendra dans la semaine pourrendre grâce ? Père Jean-Claude Hanus

    Homélie pour le dimanche 10 octobre 2010

    Frères et sœurs, un enfant bienélevé, c'est un enfant qui sait dire merci. Et nous-mêmes, savons-nousdire merci ? Il n'est pas si facile de remercier. Il nous estarrivé à tous de faire du bien à une personne, et de ne pas en recevoirde remerciement. Pire, il nous est peut-être arrivé également de voirune personne à qui nous avions fait du bien nous fuir, comme si ellecraignait de devoir nous dire merci et de se sentir en dette parrapport à nous. C'est vrai, remercier signifie reconnaître une dettepar rapport à l'autre, mais pourquoi en avoir peur ? Cette reconnaissance permet d'entrer dans une relation plus profonde avecl'autre. Aujourd'hui, nous verrons qu'il existe trois sortes de merci.Le premier est purement humain, entre deux personnes. Le deuxième estreligieux, entre Dieu  et l'homme. Le troisième est spécifiquement chrétien, entre le Seigneur et un disciple du Christ.

    Pour commencer, nos parents nous apprennent à dire merci. Remercier estd'abord un acte de justice,  qui consiste à reconnaître lebienfait reçu. Pourquoi est-ce si difficile, alors que cela semble sinaturel ? Nietzsche écrit qu' "une âme délicate est gênée de savoir qu'on lui doit des remerciements, une âme grossière, de savoirqu'elle en doit". D'abord, remercier demande de l'humilité, carl'orgueil aveugle et voudrait me faire croire que je n'ai pas besoindes autres pour grandir et avancer. En réalité, seul Dieu est parfait, mais nous-mêmes, bien que créés à son image et ressemblance, nous avonstous un long chemin pour parvenir à notre perfection, et c'est ensembleque nous devons le parcourir.
    Remercier exige aussi la confiance,car un autre obstacle peut être la peur : si l'autre prendconscience que j'ai une dette envers lui, il risque de me demander delui rendre service à mon tour.
    En réalité, remercier est plusqu'un acte de simple justice : c'est aussi un acte de charité. Ilouvre le cœur, non seulement de celui qui dit merci, mais aussi decelui qui le reçoit. Combien d'amitiés se sont créées grâce à un simplemerci, auquel on ne s'attendait pas, ou pas avec une telleintensité ? 

    Remercier autrui de m'avoir aidé estnécessaire, mais pas suffisant : je me dois aussi de remercierDieu. Toutes les grandes religions contiennent ce précepte, car l'hommeest beaucoup plus enclin à se tourner vers Dieu pour lui demanderquelque chose que pour le remercier.  Lorsque je suis endifficulté et que je rencontre l'épreuve, je me tourne spontanémentvers Celui qui est Tout-Puissant et qui voudra peut-être m'aider. Entout cas, même si je ne crois pas beaucoup en lui, je n'ai rien àperdre. Lorsque les choses vont bien, en revanche, je suis spontanémenttourné vers les réalités de la terre, quitte à en oublier Celui qui meles a données.
    Pourtant, cette attitude n'est pas juste. Commel'écrivait Maître Eckhart, un mystique rhénan du XIVème siècle, "si turemerciais Dieu pour toutes les joies qu'il te donne, il ne te resterait plus de temps pour te plaindre". Un bel exemple est celui deNaaman, le syrien, qui revient en arrière pour remercier celui qui l'aguéri, d'abord le prophète Elisée, puis le Seigneur d'Israël lorsqu'ila compris qu'Il était le véritable auteur du miracle.
    Remercier ainsi lorsque Dieu m'a fait du bien, c'est facile, mais comment fairelorsque je suis dans l'épreuve ? La petite Thérèse disait que"tout est grâce". Même une épreuve peut me permettre de grandir, si jela vis uni au Seigneur. C'est pourquoi saint Paul écrivait à Timothée, comme nous l'avons entendu dans la deuxième lecture : "Si noussommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons".  Et à la fin de sa lettre, ildéborde d'action de grâce, ajoutant : "J'ai échappé à la gueule dulion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu'on faitpour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans sonRoyaume. A lui la gloire pour les siècles des siècles."(2 Tm 4, 17‑18) 

    Remercier Dieu est une attitudereligieuse profondément bonne, alors qu'est-ce que le fait d'êtrechrétien  y change-t-il ? Eh bien le chrétien est appelé à donner à l'action de grâce une place centrale dans sa vie.Souvenons-nous toujours que la source et le sommet de notre foi, c'estl'Eucharistie, qui signifie précisément action de grâce. Lorsque nous yparticipons, nous revivons l'évangile d'aujourd'hui. D'abord,souvenons-nous qu'avant d'entrer dans l'Eglise par le baptême, nousétions des étrangers, que Dieu a adoptés et naturalisés comme citoyensdu ciel. Ensuite, nous sommes des lépreux, touchés par le péché. Aprèsle mot d'accueil du célébrant, nous disons kyrie eleison, Seigneurprends pitié, comme les lépreux de l'évangile. Puis le Christ nousguérit spirituellement par sa Parole et par son Corps. 

    Comment nous répondons-lui ? Par l'indifférence, comme les 9 ingrats del'évangile, ou par l'action de grâce, comme le samaritain ? Lesquelques secondes de silence après la communion sont précieuses en cesens, mais elles ne suffisent pas, c'est pourquoi c'est toute notre vie qui doit devenir action de grâce. Nous sommes appelés à devenir deshommes et des femmes eucharistiques. Comment ? D'abord par laprière. Nous pouvons remercier le Seigneur d'avoir suscité dansl'Eglise, depuis une trentaine d'années, des mouvements charismatiques qui ont remis en avant la prière de louange. Mais même si nous n'ensommes pas membres, nous pouvons aussi prendre des temps de louangedans notre prière personnelle. En plus de la prière, toute notre viepeut devenir action de grâce. En particulier, le service peut nous unir à celui qui nous a donné sa vie dans la joie. "Un saint triste est untriste saint", répétait Jean Bosco. Lorsque nous servons nos frères, ilne suffit pas d'accomplir des gestes, nous pouvons y ajouter le sourireet la joie, à l'image de saint François d'Assise que nous avons célébré lundi.

    Ainsi, frères et sœurs, remercier est un acte à la foishumain, religieux et chrétien. Il est un acte de justice, qui nousouvre à la reconnaissance d'un bienfait reçu, mais aussi un acte de charité, qui peut développer des liens d'amitié et de fraternitéavec ceux qui nous entourent. Rejetant notre orgueil et notre peur, ilnous aide à cultiver l'humilité et la confiance. Pour nous chrétiens,il culmine dans l'Eucharistie, source et sommet de notre vie de Foi, et il s'exprime dans la prière et dans le service. Cette semaine, frère etsœurs, vivons en hommes et femmes eucharistiques. Sachons reconnaîtretous les bienfaits du Seigneur pour lui en rendre grâcecontinuellement. Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit, au Dieuqui est, qui était et qui vient, pour les siècles des siècles. PèreArnaud Duban

    3 octobre 2010 : 27ème dimanche T.O. (Luc 17, 5-10)

    Les Apôtresdirent au Seigneur : "Augmente en nous la foi !" Le Seigneur répondit :"La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vousdiriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va teplanter dans la mer', et il vous obéirait.
    "Lequel d'entre vous, quand son serviteur vient de labourerou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : 'Viens viteà table' ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : 'Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuitetu pourras manger et boire à ton tour.' Sera-t-il reconnaissant enversce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ?
    De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques: nous n'avons fait que notre devoir.'"

    Pistes de réflexion

    I - La Foi - la Confiance - le don de la vie
    a- un don gratuit qui vient de Dieu
    b- un don gratuit à recevoir - "humble soumission de l'intelligence"
    c- un don gratuit qui se démultiplie
    II - Les oeuvres - La Charité - le déploiement de la vie
    a- un don gratuit qui ne nous donne aucun droit
    b- un don gratuit qui ne nous donne aucun droit
    c- un don gratuit qui se démultiplie
    III - Le salut - l'Espérance - le sens de la vie
    a- un don gratuit à la suite du Christ, serviteur de tous
    b- "heureux ceux dont le coeur veille, le Seigneur les servira..."
    c- jamais un dû - toujours un don
    Dieu veut nous donner très au-delà de nos pauvres mérites.
    Logique divine de la surabondance et du don gratuit PèreAntoine de Romanet

    Gratuité et inutilité

    Nous sommes des serviteurs inutiles parce que Dieu nous avoulu gratuitement. Les oppresseurs, les séducteurs n’ont, eux, que desserviteurs utiles (à leur gloire) : en somme des objets"ustensilitaires », pour reprendre ce beaunéologisme de Racamier. Et ces faux amis savent joindre l’utile àl’agréable… Ceux qui recherchent des maîtres humains ne devraient pasignorer cette évidence. Père Jean-Claude Hanus

    Homélie

    Homélie pour le dimanche 3 octobre 2010

    Dieu en a ras le bol de l'humanité, de ses péchés, de ses vanités etdes politiciens. Il décide de mettre fin à l'expérience. Il réunit tousles chefs d'états et leur annonce qu'il détruira la race humaine dans24 heures. - Je vous laisse le soin de l'annoncer vous-même à vospeuples respectifs ! Le premier à parler est Barack Obama : Peuplebien-aimé, j'ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle pour vous.La bonne est que Dieu existe. Il m'a parlé. Mais nous le savions déjà.La mauvaise nouvelle, c'est que cette grande nation, notre grand rêven'existera plus dans 24 heures. Ceci est la volonté de Dieu... FidelCastro a réuni tous les Cubains et dit : Compatriotes, peuple cubain,j'ai deux mauvaises nouvelles. La première est que Dieu existe, ils'est adressé à moi. Oui, je l'ai vu. L'autre mauvaise nouvelle c'estque cette merveilleuse révolution pour laquelle nous nous sommes battussera finie. C'est la volonté de Dieu.
    Nicolas Sarkozy intervient au 20h de TF1 : Aujourd'hui est un jour trèsspécial pour nous tous. Pourquoi ? Je vais vous le dire. J'ai deuxbonnes nouvelles à vous annoncer. La première est que je suis lemessager choisi de Dieu, car il m'a parlé en personne. La seconde bonnenouvelle, c'est que dans moins de 24 heures, oui vous avez bienentendu, dans moins de 24 heures, le problème du chômage sera résolu,la crise financière sera résolue, il n'y aura plus de licenciements,plus de reconduites aux frontières, plus de bouclier fiscal, ni deparachutes dorés, plus de népotisme, plus de précarité, plus depauvreté... Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. Lespromesses seront tenues !
    Frères et sœurs, cette histoire n'a aucune visée politique, elle estseulement destinée à nous faire rire et réfléchir. Le personnage quejoue ici notre président de la République, c'est celui que tant d'hommes et de femmes cherchent à jouer. Qui n'a pas rêvé d'êtreSuperman, Batman, Spiderman ou un autre héro pour sauver le monde ? Ily a tant de choses qui ne vont pas, que nous sommes confrontés à unedouble tentation : celle du désespoir d'une part, celle de l'orgueil d'autre part. Désespoir lorsqu'il nous semble impossible de transformerune situation. Orgueil lorsque nous y sommes parvenus malgré tout, à laforce du poignet. Aujourd'hui, le Seigneur veut nous sauver de cedouble piège. Pour nous éviter le désespoir, il nous déclare que la foi peut réaliser ce qui paraît impossible. Pour nous éviter l'orgueil, ilajoute que nous sommes des serviteurs inutiles. Voyons ce quesignifient chacune de ces affirmations du Seigneur.
    "La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vousdiriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dansla mer', et il vous obéirait." La graine de moutarde est la plus petite des plantes potagères ; pourtant, elle recèle d'un tel potentielintérieur qu'elle peut devenir un grand arbre. Plus précisément, Jésusévoque un sycomore, dont les rabbins disaient qu'il était l'arbre leplus difficile à déraciner. Pour les juifs, l'arbre symbolise aussi la vie, au contraire de la mer, qui symbolise la mort. Avec cette image,Jésus signifie ainsi que la foi peut faire jaillir la vie au milieu dela mort. Comment ne pas songer à l'arbre de la croix, sur lequel Jésuslui-même montera quelque temps plus tard ? Nous aussi, même avec une foi petite comme un grain de moutarde, une foi qui a peut-être desparts d'ombre et de fragilité, nous pouvons réaliser de grandes choses.Il peut nous arriver à tous, devant des difficultés qui nous semblentinsolubles, d'être tentés par l'incrédulité et le désespoir. Est-ce qu'il ne faudrait pas mettre fin à notre vie, ou à la société toutentière, comme dans l'histoire que je vous racontais tout à l'heure ?Enfin, ce serait la fin de tous nos problèmes ! Souvenons-nous de saintFrançois, dont nous célébrerons demain la fête. Lorsque son ordre fut menacé d'exploser à cause de ses déchirements internes, il perditmomentanément sa joie profonde. Puis le Seigneur lui fit comprendrequ'il ne l'abandonnerait pas, et il retrouva sa sérénité. De la mêmemanière, le pape Jean Vingt Trois, que sa nouvelle charge accablait, retrouva le sommeil lorsqu'il comprit que ce n'était pas lui qui menaitla barque de l'Eglise, mais l'Esprit Saint. Alors nous-mêmes, lorsquenous sommes tentés par l'incrédulité ou le désespoir, demandons auSeigneur, comme les apôtres : "Augmente en nous la Foi".
    "De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous acommandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nousn'avons fait que notre devoir.'" La deuxième tentation à laquelle nous sommes confrontés lorsque nous accomplissons notre mission d'apôtres,c'est l'orgueil. Si une situation s'améliore grâce à nos efforts, nouspourrions considérer que les hommes, et Dieu lui-même, nous doivent unerécompense. C'est la tentation du donnant-donnant qui pointait dans les sacrifices, et que les prophètes avaient déjà dénoncée. Pour nous endélivrer, Jésus emploie une comparaison avec la société de son époque. Quel maître, quand son serviteur vient de labourer ou de garder lesbêtes, lui dira à son retour des champs : 'Viens vite à table' ? Lesesclaves ne pouvaient s'attendre à aucune marque de reconnaissance.Cette image nous choque ? En réalité, nous savons que le Seigneur n'agit pas ainsi avec nous. Lui-même nous a promis de nous récompenser.Souvenons de ses paroles que nous avons entendu il y a quelquessemaines : "Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouveraen train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l'un à l'autre, il les servira." (Lc12, 37) Si Jésus parle différemment ici, c'est pour nous placer dansune attitude libératrice : nous sommes des serviteurs inutiles,a/creios en grec, c'est-à-dire dont Dieu n'a pas besoin au sens où l'univers cesserait de fonctionner sans nous. Dieu ne nous doit rien,c'est par pure grâce qu'Il veut nous combler de ses bienfaits.
    Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nous invite à nous considérer commedes serviteurs à la fois infiniment précieux, pour lesquels il est prêtà déraciner un arbre et à le planter dans la mer si nous le lui demandons avec Foi, mais aussi infiniment pauvres, qui ne devons pasoublier que nous recevons TOUT de Lui. Le simple fait de le servir estune grâce dont nous pouvons Lui être reconnaissants… Un jour, Il seramême assez fou d'Amour pour nous récompenser de notre service et pournous servir Lui-même ! En attendant ce jour, frères et sœurs,accomplissons nos missions d'apôtres avec Foi et humilité. Même si lechômage, les reconduites aux frontières et le bouclier fiscal perdurentencore quelque temps, nous savons que nos efforts ne seront pas vains.Un jour, le Seigneur mettra réellement fin au monde tel que nous leconnaissons, mais ce sera pour nous en donner un infiniment plus beau,dans lequel nous saurons tous qu'Il existe et qu'Il nous aime.Père Arnaud Duban

    26 septembre 2010 : 26ème dimanche T.O. (Luc 16, 19-31)

    Jésus disait cette parabole : "Il y avait un homme riche, qui portait des vêtementsde luxe etfaisait chaque jour des festins somptueux. Un pauvre, nommé Lazare,était couché devant leportail, couvert de plaies. Il aurait bien voulu se rassasier de ce quitombait de la table du riche ;mais c'étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies. Or lepauvre mourut, et les angesl'emportèrent auprès d'Abraham. Le riche mourut aussi, et on l'enterra.Au séjour des morts, ilétait en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abrahamavec Lazare tout près de lui.Alors il cria : 'Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoieLazare tremper dans l'eaule bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffreterriblement dans cette fournaise. — Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu lebonheur pendant tavie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, ettoi, c'est ton tour desouffrir. De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pourque ceux qui voudraientaller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on nevienne pas vers nous.' Le riche répliqua : 'Eh bien ! Père, je te prie d'envoyer Lazare dansla maison de mon père.J'ai cinq frères : qu'il les avertisse pour qu'ils ne viennent pas, euxaussi, dans ce lieu detorture !" Abraham lui dit : 'Ils ont Moïse et les Prophètes : qu'ilsles écoutent ! —- Non, pèreAbraham, dit le riche, mais si quelqu'un de chez les morts vient lestrouver, ils se convertiront.'Abraham répondit : 'S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes,quelqu'un pourra bienressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus.'"

    Pistes de réflexion

    I - Le riche, le portail et le pauvre
    a- Le riche : auto-contemplation – luxe, apparence, arts, .... Fermeture
    b- Le portail : aveuglement – omission : il n’a rien vu, il n’a rien fait
    c- Le pauvre : un autre regard et une autre écoute – Cf. handicaps
    II - L’absence, le dessèchement et l’éternité
    a- Un lieu où Dieu n’est pas – Toute la Bible atteste que l’enfer existe
    b- Un lieu découlant de notre liberté – non pas tragédie mais drame
    c- Un lieu d’éternité – prolongement de notre état sur la terre
    III - Révélation, Résurrection et Conversion
    a- "Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent" - tout est déjà donné
    b- "Si quelqu’un de chez les morts vient les trouver..." - miracles ?
    c- "Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ... " - Quoi de plus ?
    Jean-Paul II, à Sao Polo, le 3 juillet 1980 a dit : " le monde contemporain est comme une
    version gigantesque de la parabole du riche et de Lazare ... "

    "Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres..."

    Grâce extraordinaire de servir les pauvres. Qui témoignera pour nous ? Père Antoine de Romanet

    Une parole d’outre-tombe

    D’où parle l’homme riche ? De l’enfer ou du purgatoire ? Dupurgatoiresans aucun doute car il a, enfin, le souci de ses frères, pour qu’ilsne tombent pas dans ce lieu de torture. Le damné, lui, n’a pas ce souci;il a fait sienne cette devise : "l’enfer c’est les autres". Nesous-estimons pas pour autant les souffrances du purgatoire puisque les noces ne peuvent être consommées, pour un temps qui doit sembler uneéternité : l’abîme dont parle Jésus c’est aussi cela, cette terriblefrustration. Père Jean-Claude Hanus

    Deux homélies

    Du "ne pas vouloir" au "ne plus pouvoir"

    Dans cette parabole, Jésus parle implicitement de lui-même deux fois. Lapremière en tant que ce pauvre ignoré et mendiant, et la seconde en tant que futur ressuscité, quand il dit : "quelqu’un pourra bienressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus". Cet événement, aussi extraordinaire qu’il soit, n’a pas le caractère d’uneévidence pour tous : il n’entraîne pas les gens à se convertirautomatiquement. Quand nous proclamons, à Pâques, que Jésus estressuscité, cela ne réjouit que les chrétiens. Et beaucoup ne comprennent même pas ce que cela signifie pour eux-mêmes.

    Et puis n’oublions pas que la résurrection de l’autre Lazare,l’ami de Jésus, avait même déchaîné la haine des pharisiens : "Dès cejour-là, ils résolurent de le tuer." (Jn 11,53) Les signes depuis-sance accomplis par Dieu le desservent, ce qui est paradoxal. Onpeut également se souvenir des dix plaies infligées à l’Egypte : lecœur de pharaon, loin de s’ouvrir, de reconnaître enfin à qui il aaffaire, s’endurcit. On comprend bien qu’il ne puisse y avoird’apologétique – de défense de Dieu – à partir des signes de puissance.D’où, bien sûr, la "nécessité" de la croix qui est le signe même del’impuissance. "Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé" : telleest la source de la conversion.

    Ce ne sont donc pas les signes grandioses et spectaculairesqui convertissent mais, comme le dit Abraham à ce riche, c’est l’écoutepersévérante de la Parole qui permet de se passionner pour le ciel etde ne pas vivre, ici-bas, dans l’inconscience, dans l’indifférence. Cequi est reproché à cet homme riche ce n’est pas sa richesse mais soninattention aux autres et, en particulier, à ce pauvre Lazare qu’ilenjambait chaque jour sans le voir, comme s’il n’existait pas. Et leschiens étaient mieux traités que ce pauvre : ce que nous constatonschaque jour dans nos villes.

    S’intéresser au ciel, à Dieu, à tous ceux qui nous yattendent, nécessite donc de reconnaître les dons de Dieu et y répondepositivement. Les premiers dons de Dieu ce sont d’abord les troisvertus théologales : la foi, l’espérance et la charité. Mais si nousn’en vivons pas, ou n’y répondons pas, nous n’aurons aucune chance devoir nos frères comme des dons de Dieu et en particulier nos frères lesplus ingrats ou les plus pauvres en qui Jésus est caché.

    Vivre sa foi cela suppose donc un cœur accueillant et ouvertaux autres, aux Lazare qui nous entourent, qui se tiennent à notreporte. Il y a tous ces délaissés que nous connaissons, bien sûr. Mais il ne faut pas oublier Jésus, le pauvre par excellence qui se tient ànotre porte, qui mendie notre amour, qui est prêt à se nourrir desmoindres miettes que nous lui accordons. Telle est l’humilitéincroyable de Dieu. Le Christ nous a enrichis de sa pauvreté, dira saint Paul.

    En entendant l’évangile d’aujourd’hui, nous pouvons encorenous poser une question : d’où parle cet homme riche ? Est-il en en-fer? Le texte pourrait le faire croire, qui parle d’un grand abîme in-franchissable et de souffrances atroces que subit l’homme riche.Mais le souci que ses frères soient avertis et ne connaissent pas la torture qu’il subit, nous laisse penser que cet homme riche seraitplutôt au purgatoire, en train d’être catéchisé et de com-prendre cequ’a été sa vie à la lumière de l’amour qu’il perçoit et qui le brûlemaintenant. Son souci des autres – un peu tardif il est vrai – peut nous laisser croire que ce n’était pas vraiment un homme dur mais qu’ilfaisait plutôt partie de la "bande des vautrés" selon l’expressiond’Amos. Pour lui, les autres se résumaient à un clan de nantis et defêtards. Les richesses, sa vie aisée, lui avaient fermé les yeux du coeur. Le seul péché à lui imputer de manière sûre c’est le péché paromission.

    Le célèbre penseur chrétien Lewis, dans son livre "Le granddivorce" qui est une sorte de galerie de portrait de damnés, cepen-seur résume en quelques mots très simples ce qui conduit à cettedamnation : "Au début, ils ne veulent pas ouvrir leurs mains pourrecevoir, leurs bouches pour se nourrir ou leurs yeux pour voir, etpour finir, ils ne peuvent plus" (p. 136). Lewis met bien en lumière ladynamique de la damnation qui consiste en ce passage du "ne pasvouloir" au "ne plus pouvoir", du "ne pas vouloir voir" au "ne pluspouvoir voir". Le péché continué, tranquillement continué, atteint unemasse critique – un peut comme dans les bombes ato-miques à fission –où il n’y a plus de retour en arrière possible. C’est ce qu’on appelleune catastrophe, une catastrophe structurelle.

    Dans le livre des Proverbes l’auteur fait cette prière : "Nedonne ni la pauvreté ni la richesse : accorde-moi seulement de quoisubsister. Car dans l’abondance, je pourrais te renier en disant : "LeSeigneur n’existe pas" et dans la misère, je pourrais devenir unvo-leur et profaner ainsi le nom de Dieu" (30, 8-9). La misère neconduit donc pas nécessairement à Dieu. Quant à la richesse nous savonsbien qu’elle donne l’illusion de l’indépendance, de cette négationfoncière de la Providence. Et les richesses sont de tous ordres :matérielles, culturelles, spirituelles. Les richesses spirituelles,contrairement à ce que nous pourrions penser, ne sont pas toujours unavantage. Thérèse de l’Enfant-Jésus avait bien vu ce problème. Dans unelettre adressée à Sr Marie du Sacré-Ceur elle dit : "A vrai dire cesont les richesses spirituelles qui rendent injuste lorsqu'on s'yrepose avec complaisance et que l'on croit qu'elles sont quelque chosede grand." (LT197) L’expression "qui rendent injuste" est équivalente à"n’être plus dans la grâce". L’exemple parfait de cet état c’est celuides anges rebelles : ces êtres spirituels se sont complus lucidementdans leur beauté naturelle. Ils n’avaient donc plus rien à attendre deDieu, ils s’en sont séparés. Il y a donc, aussi, des hommes riches auniveau spirituel qui n’ont plus conscience de leur pauvreté de créatureet tirent orgueil des grâces reçues. Il est même arrivé que desfondateurs de communautés religieuses florissantes en soient arrivés làet aient gravement chuté.

    L’humilité et l’amour fraternel restent deux critères desainteté très sûrs, qui ne trompent pas : l’attention aux pauvres enest toujours le fruit. Mais le simple fait de s’occuper des pauvresn’est pas un bon critère en soi car il peut cacher une condescendanceorgueilleuse ou le désir subtil d’être reconnu : les réseaux de lacharité organisée peuvent en être le repère idéal. Et cet abîmeinfranchissable dont nous parle Jésus c’est bien, en définitive,l’abîme qui existe entre l’égocentrisme et l’altruisme. Cultiverl’égocentrisme c’est se fermer aux autres et donc au ciel qui estl’état de l’accomplissement de la personne, de cet être en relationd’amour mutuel et gratuit avec Dieu et les autres. Prions donc leSeigneur de garder nos yeux ouverts, même et surtout, dans les nuitsque nous aurons à traverser. Père Jean-Claude Hanus.

    la parabole du riche et de Lazare

    Frères et sœurs,aujourd'hui,  2 % de la population détient la moitié de larichesse mondiale, et 20% de la population accapare 80% des richesses.Dans ces conditions, pas étonnant que le pape Jean-Paul II, après une visite dans un bidonville de Rio de Janeiro, ait déclaré que la sociétémoderne constitue une gigantesque reconstitution de la parabole duriche et de Lazare. Cette parabole est étonnante. Le riche noussemblerait presque sympathique : alors qu'il souffreterriblementdans la fournaise, il ne demande pas la lune, simplement que Lazare lerafraichisse avec le bout de son doigt, et il a aussi le souci d'éviterà ses frères de subir le même sort. Quant à Lazare, dont le nomsignifie "Dieu aide", il semble silencieux et passif. Le secondprotagoniste principal, dans cette parabole, ce n'est pas lui, c'estAbraham, dont le nom est cité 7 fois. Pourquoi joue-t-il un rôle aussicentral dans cette parabole ? Parce qu'il fut un modèle degénérosité. Au chapitre 18 de la Genèse, il accueille un mystérieuxvoyageur, qui n'est autre que Dieu lui-même, et il le sert avecrapidité et largesse.
    Alors, qu'est-ce que le Christ veut nous direà travers cette parabole ? Pour commencer, nous verrons ce quipeut être reproché au riche. Ensuite, nous réfléchirons sur le rôle que nous-mêmes pouvons jouer dans cette parabole.

    Pour commencer,qu'est-ce qui peut être reproché au riche ? A-t-il tué, a-t-ilvolé, a-t-il commis l'adultère ? Rien de tout cela ne nous est dit. Alors ? Remarquons tout d'abord qu'il n'a pas de nom,contrairement à Lazare ou Abraham: il est seulement défini parrapport à ses richesses. Un premier reproche, c'est qu'il manque detempérance. L'évangile nous dit qu'il "portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux". Le Seigneur ne nousinterdit pas de profiter de la création, au contraire.  "Tu peuxmanger les fruits de tous les arbres du jardin" (Gn 2, 16)avait-il dit à Adam. Mais Il nous appelle à la mesure. Du latintemperare: garder la mesure, l'équilibre, la tempérance est précisémentla vertu qui nous permet de discipliner nos désirs et nos passions.Elle est l'inverse de l'excès. C'est une des quatre vertus morales,dites vertus cardinales. Faire la fête de temps en temps, oui, la fairetous les jours, non !
    Un second reproche qu'on peut faire auriche, plus grave, c'est qu'il s'est enfermé dans sa tour d'ivoire,aveugle et sourd. Aveugle, parce qu'il n'a pas vu le pauvre Lazare quiétait couché devant son portail, couvert de plaies. Sourd,parcequ'il n'a pas entendu les paroles de la Loi et des prophètes, quicommandent de venir en aide aux plus pauvres. Le prophète Amos, enparticulier, a eu des paroles très dures sur les riches qui secomplaisaient dans leurs richesses, comme nous l'avons entendu tout àl'heure : "Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dansJérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne deSamarie. Couchés sur des lits d'ivoire, vautrés sur leurs divans, ilsmangent les meilleurs agneaux du troupeau … ils boivent le vin à mêmeles amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne setourmentent guère du désastre d'Israël" !
    Lorsque le riche demandeà Abraham que Lazare avertisse ses frères pour qu'ils ne viennent pas,eux aussi, dans le même lieu de torture que lui, Abrahamrépond :"Ils ont Moïse et les Prophètes : qu'ils les écoutent !" Le riche saitque cela ne sera pas suffisant pour eux, comme cela n'a pas étésuffisant pour lui, c'est pourquoi il implore : "Non, pèreAbraham, mais si quelqu'un de chez les morts vient les trouver, ils seconvertiront". En cela, il se trompe, et Abraham le lui déclareclairement : "S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes,quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pasconvaincus". La conversion est une décision du cœur, qu'aucun miraclene peut entraîner de manière certaine. La preuve, c'est que cetteparole renvoie à un évènement qui s'est réellement passé :lorsqueJésus a ressuscité son ami Lazare, les chefs des prêtres, loin de seconvertir, ont décidé de le faire mourir. Ce n'est pas un hasard si leriche est décrit au départ comme portant du pourpre et du lin, dans letexte grec, ce que la traduction liturgique a remplacé par desvêtements de luxe : c'étaient les vêtements des grandsprêtres.  Finalement, si le riche va en enfer, terme qui vientd'enfermement, c'est justement parce qu'il s'était enfermé dans sesrichesses durant sa vie terrestre.

    Et nous, frères et sœurs,comment nous situer dans cette parabole ? Tout d'abord, nouspouvons nous mettre à la place de Lazare. Pourquoi ? Parce quenous sommes pauvres. Sans l'aide de Dieu, nous ne pourrions pas vivre.Ainsi, notre pauvreté radicale doit nous tourner davantage vers Dieu. Cependant, elle ne doit pas nous pousser à la résignation. Si Lazaresemble passif dans l'évangile, c'est parce que Jésus veut mettrel'accent ailleurs. Mais le Seigneur nous appelle à prendre nos vies enmains, et à faire preuve de courage. C'est le message que saint Paul cherche à transmettre à Timothée : alors que celui-ci sembletenté de baisser les bras face aux difficultés qu'il rencontre, Paull'exhorte à la persévérance : "Continue à bien te battre pourlafoi, et tu obtiendras la vie éternelle… garde le commandement duSeigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu'au moment où semanifestera notre Seigneur Jésus Christ". Nous aussi, conscients de nospauvretés, nous devons nous battre pour la foi et garder coûte quecoûte les commandements du Seigneur.
    En second lieu, nous pouvonsaussi nous placer dans la peau du riche de l'évangile. Nous avons tousdes richesses, même un enfant possède certaines choses, alors qu'en faisons-nous ? Sommes-nous capables de voir les pauvres quiontbesoin de nous ? Sommes-nous attentifs aux paroles del'Ecriturequi nous appellent au partage ? N'oublions pas que le jour denotre mort, le Christ nous jugera ainsi : "ce que vous avezfait,ou omis de faire, à l'un des ces petits qui sont les miens, c'est à moique vous l'avez fait ou pas fait" (cf Mt 25). Et n'oublions pas nonplus qu'à chaque fois que nous récitons le confiteor, nousdéclarons : "j'ai péché en pensées, en paroles, par actions,etpar omissions". Il y a là une gradation, qui manifeste que le péché paromission est plus grave encore que tous les autres.
    En 2000, les pays du G20, les plus riches du monde, s'étaient engagés à réduire demoitié la pauvreté dans le monde d'ici 2015. A 5 ans de l'échéance,tous les analystes sont pessimistes par rapport à la réalisation de cetobjectif, même si beaucoup de promesses ont été faites durant le sommet qui a réuni le G20 à New York la semaine dernière. Contribuons à laréalisation de cet objectif à notre échelle, en priant et en étantattentif aux pauvres.

    Ainsi, frères et sœurs, le Seigneur nousexhorte à faire preuve de tempérance et à ne pas nous enfermer comme leriche de l'évangile. Il nous appelle à reconnaître nos pauvretés et nosrichesses, pour à la fois nous tourner davantage vers lui, aveccourage, et pour être généreux envers notre prochain, à l'imaged'Abraham ou encore de saint Vincent de Paul, que nous célébreronsdemain. Cette semaine, prenons chaque soir le temps de faire notreexamen de conscience et de réciter un confiteor. En reconnaissantpeut-être que nous aurons péché par omission, demandons au Seigneur nonseulement de nous pardonner, mais aussi de nous aider à être toujoursplus attentifs et généreux envers notre prochain. Père Arnaud Duban

    2 septembre 2010 : 24ème dimanche T.O. (Luc 15, 1-32)

    Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Lespharisiens et les scribes récriminaient contre lui : "Cet homme faitbon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux !" Alors Jésus leur ditcette parabole : "Si l'un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pouraller chercher celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve ?Quand il l'a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et,de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui étaitperdue !' Je vous le dis : C'est ainsi qu'il y aura de la joie dans leciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pourquatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. Ouencore, si une femme a dix pièces d'argent et en perd une, ne va-t-ellepas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve ? Quand elle l'a retrouvée, elle réunit sesamies et ses voisines et leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi, car j'airetrouvé la pièce d'argent que j'avais perdue !' De même, je vous ledis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit." Jésus dit encore : "Un homme avait deux fils. Le plusjeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui merevient.' Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après,le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quandil eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et ilcommença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un hommedu pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs,mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : 'Tantd'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, jemeurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'êtreappelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.' Il partit doncpour aller chez son père.

    Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi depitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le filslui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...' Mais le père dit à ses domestiques :'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui unebague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras,tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ilscommencèrent la fête.

    Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un desdomestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : 'C'estton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parcequ'il a vu revenir son fils en bonne santé.' Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, lesuppliait. Mais il répliqua : 'Il y a tant d'années que je suis à tonservice sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'asdonné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu asfait tuer pour lui le veau gras !' Le père répondit : 'Toi, mon enfant,tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallaitbien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !"

    Pistes de réflexion

    I - Le Père est l'unique personnage principal - au cœur
    a- Tout recevoir du Père, et ne penser qu'à soi
    b- "Tuer le Père" - "Ni Dieu ni maître" - Inconduite et indignité
    c- Revenir vers le Père - avec mal au ventre ou mal au cœur ?
    II - Le Père aime infiniment plus que toutes nos infidélités
    a- Le Père prends toutes les initiatives
    b- Le Père restaure son fils dans sa dignité
    c- "Mon fils que voilà était mort et il est revenu à la vie"
    III - Le Père invite à partager sa miséricorde et sa joie
    a- L'aîné : une bonne observance et une profonde méprise
    b- Se tenir pour juste et juge, et non pour pauvre et aimé
    c- "Ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie"
    Drame de refuser à Dieu d'être un Dieu de pardon; drame de refuserd'avoir besoin de ce pardon ; drame de refuser à Dieu de pardonner nosfrères. "Dieu n'est lui-même que dans le don". PèreAntoine de Romanet
    Deux homélies

    Brebis... jusqu'où ?

    Le chapitre 15 de l’évangile selon saint Luc est composé de troisparaboles sur la miséricorde dont la magnifique parabole du "filsprodigue". La première, celle de la brebis perdue, fait appel à uneimage forte à laquelle les interlocuteurs de Jésus ne pouvaient être insensibles car tous savaient ce qu’était un troupeau et à quel pointle berger était attaché à garder son unité, comme s’il s’agissait de sapropre unité intérieure : un bon berger ne peut rester indifférent àune seule brebis perdue, son cœur ne le supporte pas.

    L’image de la brebis perdue renvoie tout aussi bien àl’humanité entière qui s’est perdue à l’origine, en refusant l’amitiéavec Dieu, qu’à chacun de nous. Le dessein de Dieu, sa volonté c’est que tout homme soit sauvé : il n’y a pas pour autant de salutcollectif, ce que la pratique insensée des absolutions collectives,dans certains lieux et à certaines époques, a pu faire croire. Leberger qui quitte les anges et le monde céleste pour partir à la recherche de l’humanité c’est donc Jésus, Dieu qui s’incarne poursauver l’homme. Il s’est inséré dans notre humanité : il l’a faitesienne, il a endossé notre péché pour que nous puissions retrouver lechemin du ciel. Telle a été la Croix du Christ. Une brebis perdue qu’il faut ramener c’est aussi coûteux que cela : son prix c’est le vie mêmede Dieu. Jésus sauve l’humanité en sauvant chaque homme personnellementet, en particulier, celui qui s’est le plus éloigné du troupeau, quiest donc proche de la mort spirituelle, c’est-à-dire de cet état, à bien des égards incompréhensible, d’une âme qui n’en finira jamais demourir, parce qu’elle désire obstinément l’anéantissement et n’yparviendra jamais car tout être est créé dans la bonté et Dieu ne peutanéantir ce qu’il a voulu, il est cohérent avec lui-même.

    Ce que Jésus révèle ici – car qui aurait pu l’imaginer ? –c’est la portée inouïe d’une conversion : il y a plus de joie au cielpour un converti que pour 99 justes – les tièdes ? – et cette joie est partagée par les anges et tout le monde céleste dont nous ne savonsquasiment rien mais assez cependant pour qu’il soit désirable plus quetout. Cela nous enseigne deux choses :
    - d’une part, qu’une personne n’est pas un simple individu : c’est unindividu en relations, avec les autres et avec Dieu. C’est un êtreirremplaçable : toute personne est unique et constitue à elle seule unmystère, une lumière ou une parole de Dieu particulière, qu’il a voulupour elle-même. Cette unicité implique la plus grande des solitudes :"Etre une personne requiert une dernière solitude" écrivait Duns Scot.Dans l’Apocalypse cette vérité foncière est formulée ainsi : "auvainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi uncaillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul neconnaît, hormis celui qui le reçoit." (Ap 2,17) Ce qui signifie toutsimplement que seul Dieu et nous-même nous connaissons totalement :l’autre restera toujours un mystère à contempler, à approfondirinfiniment. Ce mystère de solitude est d’abord vécu au sein de laTrinité : le Fils scrute sans cesse les profondeurs du Père etréciproquement. Le Père et le Fils sont infiniment distincts du pointde vue de leur "manière d’être",
    - d’autre part, Jésus, avec ce chiffre 100 veut nous signifier uneplénitude : c’est un nombre parfaitement rond. S’il manque une seulepersonne cette plénitude n’est pas atteinte, on en reste à 99 : c ’estce Corps du Christ, selon l’image paulinienne, auquel il manquerait unmembre. Eh bien s’il manque un membre tout le corps souffre. Ensera-t-il ainsi pour l’éternité ? Nous comprenons bien que se pose icila question du damné et celle de l’élu : comment connaître un bonheurtotal sachant qu’il y a au moins un damné, une brebis définitivementperdue ?

    L’image du berger qui part à la recherche de cette brebis nousmontre qu’en matière de miséricorde c’est Dieu qui a l’initiative.Celui qui a l’initiative c’est l’époux, le berger, le Christ. Celle quiacquiesce ou refuse de se laisser prendre c’est l’épouse, c’est labrebis. L’image du portage de la brebis par le berger et sonrapatriement vers les "prés d’herbe fraîche" est belle. Et laréintégration dans la communauté est source de joie pour tous.

    Le jour de son intronisation, le pape Benoît XVI a donné lesens du pallium, de cet ornement sacerdotal qui fait penser à l’étole :"Le symbolisme du pallium est très concret : la laine d’agneau entend représenter la brebis perdue ou celle qui est ma-lade ou celle qui estfaible, que le pasteur met sur ses épaules et qu’il conduit aux sourcesde la vie. Le pallium exprime avant tout que nous sommes portés par leChrist. Mais, en même temps, le Christ nous invite à nous porter les uns les autres. Ainsi, le pallium devient le symbole de la mission dupasteur."

    Nous savons bien que cette métaphore du pasteur allant ausecours de sa brebis, a ses limites car certaines peuvent regimber,refuser le retour. L’animal brebis, lui, n’a pas de liberté : il est obligé de se laisser ramener, même s’il se débat un peu. L’âme brebis,en revanche, ne se laissera ramener que si elle prend conscience del’imminence de sa perdition et se convertit : ça été le cas du bonlarron. Le Seigneur est tributaire de la liberté de l’homme qui peut choisir la perdition, lucidement et volontaire-ment, car cet état luiest infiniment désirable, bien préférable au ciel, à la béatitude despauvres qui en est la règle. Quelle que soit la décision de l’homme,Dieu continue à l’aimer, il n’est qu’amour mais ce n’est pas un amour sentimental. Au ciel donc les élus participent à cet amour agapé. Les damnés, s’il en existe, sont entourés d’amour : tout est cohérent,le choix parfaitement lucide des uns et des autres ne peut être quesource de joie car la liberté de la créature n’aura pas été un vainmot, une imposture : la mort du Christ en croix en est le sceau incontestable.

    Aussi est-il important de ne pas se laisser prendre à cetteidée que miséricorde de Dieu et enfer sont contradictoires. Ce seraitune compromission avec le mensonge de ceux qui veulent la perte de l’homme en occultant l’aspect finalement dramatique de sa vie et deschoix qu’il pose. Alors, dans nos propres vies de chrétiens en marchevers le ciel, demandons au Seigneur que chaque jour soit aussi pournous l’occasion d’une conversion, pour qu’il y ait encore et toujoursplus de joie au ciel. Faisons plaisir à Dieu, à Marie, aux anges et àtous nos frères qui nous attendent là-haut. Et n’hésitons pas à porter, au moins dans la prière, les âmes en danger quand le Seigneur nous lesmontre : parfois elles sont bien proches de nous, et nous refusons parlâcheté, voire par intérêt, de les envisager ainsi. PèreJean-Claude Hanus.

    Quels fils et quels frères sommes-nous ?

    Frères et sœurs, quels fils et quels frères sommes-nous ?Voyons-nous Dieu comme un Père fouettard, ou comme un Père plein demiséricorde ? Voyons-nous nos prochains comme des frères àaimer, ou comme des êtres inférieurs ? Dans l’évangile, les pharisiens et les scribes récriminent contre Jésus parce qu’il fait bonaccueil aux pécheurs et il mange avec eux. Eux-mêmes s’éloignent de cespersonnes – les collecteurs d’impôts, les prostituées – les méprisantet estimant qu’elles vont les empêcher de mettre la Loi en pratique en les rendant impurs. Le mot "pharisien » signifieprécisément "séparé ». Mais le Christ ne craint niles maladies du corps, ni celles de l’âme. Tout comme il a touché lachair des lépreux et les a guéris physiquement, il veut toucher le cœur des pécheurs et les guérir spirituellement. Lui qui est la Vie, il veutse donner à ceux que le péché a fait mourir. Pour se faire comprendre,Jésus emploie trois paraboles : dans chacune, il s’agit deretrouver ce qui était perdu: une brebis, une drachme, et un fils. Toutes les trois ont le même sens, mais approfondissons la troisième,qui est plus développée. On l’appelle généralement la paraboledu  fils prodigue, mais on pourrait aussi l’appeler laparabole du Père et de ses deux fils. Chaque personnage y joue en effetun rôle important, que nous allons analyser tout à tour. Les deux filsvont nous permettre de réfléchir sur deux désirs forts de nos contemporains : le désir de la liberté, et celui de lasécurité. Ces désirs sont légitimes, mais ils peuvent être mal éclairéset conduire à des impasses, qui conduisent à la perte de soi-même et aufondamentalisme fanatique. Ensuite, le Père nous donnera de comprendre ce qu’est la Miséricorde divine.

    Pour commencer, le fils prodigue nous éclaire sur la nature de la vraieliberté. Pourquoi a-t-il quitté son père ? Ce n’est pas parcequ’il manquait de quelque chose, puisque son père est visiblement riche et généreux. C’est sans doute parce qu’il voulait pouvoir céderlibrement à tous ses caprices, loin des yeux de son père. C’est ainsiqu’il va gaspiller sa fortune en menant une vie de désordre. C’est latentation propre des adolescents, qui cherchent à s’émanciper à tout prix de leurs parents, qu’ils voient avant tout comme ceux qui lesentravent avec des règles et des interdits. C’est aussi la tentation denos contemporains par rapport à Dieu et à l’Eglise, qu’ils fuient parcequ’ils les voient avant tout comme des carcans. Pour eux, la liberté consiste à assouvir les désirs qu’ils ressentent, quels qu’ils soient.

    En réalité, ceux qui agissent ainsi se trompent. La vraieliberté neconsiste pas à assouvir tous mes désirs, mais à discerner ceux quiviennent de Dieu et qui vont me permettre de m’accomplir en même tempsque d’accomplir sa volonté. Elle signifie n’être esclave d’aucune passion, et pouvoir ainsi agir selon ma raison éclairée par leSeigneur.   Le fils prodigue découvre que non seulement il n’est pas plus libre qu’avant, mais même qu’il l’estbeaucoup moins : au lieu de s’accomplir, il s’est déshumanisé,et il finit par lorgner sur la nourriture donnée aux porcs, l’animalimpur par excellence chez les juifs.

    Charles de Foucauld, pendant sa jeunesse, a vécu à la manièredu filsprodigue. Ce n’est que lorsqu’il s’est retrouvé dans le désert qu’il acommencé à ressentir la faim, non pas tant physique que spirituelle,qui tenaillait son âme. L’exemple des musulmans a suscité en lui le désir de revenir vers Dieu.

    Le fils aîné de la parabole est tombé dans un autre piège que sonfrère. Lui n’a pas cherché une fausse liberté, mais une faussesécurité. En restant auprès de son père et en travaillant pour lui, ilest devenu orgueilleux. Il se croit meilleur que son frère, qu’ilconsidère comme un étranger. Il est jaloux de lui, parce que leur pèrea fait tuer pour lui le veau gras. Il dit à son père :"Ton fils » que voici, et non "monfrère » et il se met en colère contre à la fois son père etson frère. Ainsi, alors que son frère avait probablement commis trois péchés capitaux – la gourmandise, la luxure et la paresse, il est sûrque lui-même en commet trois autres: l’orgueil, la jalousie et lacolère. Son attitude est celle des croyants de notre époque qui serenferment sur leur foi et leur communauté, tombant dans le fanatisme. Le pasteur baptiste qui voulait brûler des corans pour commémorer le 11septembre 2001 a fait preuve de ce type d’aveuglement.

    En réalité, l’obéissance aux commandements de Dieu ne doit pasrenfermer l’âme, mais l’ouvrir. "Oui, mon joug est aisé etmon fardeau léger», a dit Jésus (Mt 11, 30). Lorsque des croyants vivent leur foi à la manière du fils aîné, ils se rendentmalheureux et ils font fuir les autres.

    Saul de Tarse, avant sa conversion, ressemblait beaucoup au fils aîné.C’est la rencontre avec le Christ ressuscité qui a transformé son cœur à jamais. A la fin de sa vie, il pouvait écrire à Timothée :"Je suis plein de reconnaissance pour celui qui me donne laforce, Jésus Christ notre Seigneur, car il m'a fait confiance en mechargeant du ministère, moi qui autrefois ne savais que blasphémer, persécuter, insulter. Mais le Christ m'a pardonné : ce que je faisais,c'était par ignorance, car je n'avais pas la foi ; mais la grâce denotre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l'amour dans leChrist Jésus ».

    Finalement, frères et sœurs, le personnage principal de la parabole estle père lui-même. Lui seul a le cœur large, débordant de miséricorde.Il aime son fils cadet, qu’il laisse partir librement, et dans les bras duquel il court se jeter lors de son retour, sans lui faire la leçon,et ne cherchant pas à savoir s’il est revenu seulement poussé par lafaim ou par un désir plus noble.  Il aime aussi son fils aîné,à qui il ne fait pas non plus durement la leçon, mais qu’il invite à se réjouir, et à qui il assure : "tout ce qui est à moiest à toi ». Quel bel exemple pour tous les pères !Rembrandt l’a magnifiquement dépeint, avec une main grosse et virilepour signifier sa force, et une main plus petite et douce pourmanifester sa tendresse.

    Ainsi, le Seigneur fait de nous ses fils et ses filles, des frères etdes sœurs, et nous invite aujourd’hui à éviter deux écueils :le désir d’une fausse liberté, et le désir d’une fausse sécurité. Notrevraie liberté consiste à choisir les chemins qui vont nous permettre denous accomplir. Notre vraie sécurité consiste à demeurer auprès de Dieuen accomplissant ses commandements non selon la lettre qui tue, maisselon l’esprit qui vivifie. Pour nous y aider, nous pouvons compter surnotre Père, qui nous aime chacun de manière unique, et qui est toujoursprêt à nous pardonner lorsque nous nous égarons. Cette semaine,n’hésitons pas à recevoir le sacrement de réconciliation, par lequel Ilveut nous communiquer toute sa miséricorde. En le recevant, nousdonnerons beaucoup de joie à tous les habitants du ciel. Ilsfestoieront tous ensemble en disant de nous : "notrefrère était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il estretrouvé !" Père Arnaud Duban

    5 septembre 2010 : 23ème dimanche T.O. (Luc 14, 25-33)

    De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : "Si quelqu'unvient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, sesenfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pasêtre mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. Quel est celui d'entre vousqui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s'asseoir pourcalculer la dépense et voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout ? Car,s'il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui leverront se moqueront de lui : 'Voilà un homme qui commence à bâtir etqui ne peut pas achever !' Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s'asseoir pour voir s'il peut,avec dix mille hommes, affronter l'autre qui vient l'attaquer avec vingt mille ? S'il ne le peut pas, il envoie, pendant que l'autre estencore loin, une délégation pour demander la paix. De même, celuid'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peutpas être mon disciple."
    L'homélie

    Pistes de réflexion

    I - Qu'est ce qui est premier dans ma vie ? Vérité
    a- Dieu seul peut nous révéler qui il est, et qui nous sommes
    b- Dieu est plus grand que toutes les réalités créées de ce monde
    c- Dieu commande toutes nos relations avec ce monde
    II - Préférer le Christ à toute autre réalité ? Chemin
    a- C'est à partir de ce qui est premier que tout s'ordonne
    b- Transfigurer nos relations humaines dans la lumière de Dieu
    c- Aimer l'autre c'est vouloir le meilleur en Dieu pour lui
    III - Renoncer pour être comblé ? Vie
    a- Renoncement aux biens qui emprisonnent
    b- Passer du calcul au don, de la raison à l'amour
    c- Démultiplication des liens - non pas tant se dépouiller que s'enrichir
    Bilan en ce début d'année : comment s'organise ma vie ? Quel essentiel ? Paroles du Christ non pas exorbitantes mais libératrices. Père Antoine de Romanet

    Qu’est-ce qui est premier dans notre vie ?

    Frères et sœurs,qu’est-ce qui est premier dans notre vie ? Quelles vont êtrenos priorités cette année ? Le Christ nous prévientclairement : "Si quelqu'un vient à moi sans mepréférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères etsœurs et même à sa propre vie, il ne peut pas être mondisciple. » (Lc 14, 26) Cette demande de Jésus esttellement exorbitante, qu’elle semble davantage venir d’un fou que d’unsage. Il enfonce le clou, sans mauvais jeu de mots, enaffirmant : "Celui qui ne porte pas sa croix pourmarcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. »(Lc 14, 27) Et il ajoute à la fin de l’évangile : "Demême, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui luiappartient ne peut pas être mon disciple."

    Avec le Christ, la sagesse biblique semble perdre la raison.N’est-cepas d’ailleurs le reproche que la famille même de Jésus lui a fait, unjour où il était tellement accaparé par sa mission qu’il n’avait mêmepas le temps de manger ? "L'apprenant, elle vint pour se saisir de lui, car ils affirmaient : “Il a perdu latête.” » (Mc 3, 21) Mais, comme l’écrira saint Paulaux corinthiens : "Le langage de la croix est foliepour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, ilest puissance de Dieu. » (1 Co 1, 18) et unpeu plus loin dans la même lettre : "Car ce qui estfolie de Dieu est plus sage que les hommes. »(1 Co 1, 25) Pourquoi l’évangile est-il la vraie sagesse ? Pourquoi devrions-nous préférer le Christ à tousceux et celles que nous aimons, porter notre croix pour le suivre, etrenoncer pour lui à tous nos biens ? C’est ce que nous allonsvoir maintenant en reprenant chacune des trois demandes de Jésus.

    "Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, samère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même à sa proprevie, il ne peut pas être mon disciple. » Aucun être humain ne peut combler ma soif d’absolu. Je peux aimer de tout mon cœur mesparents, mon conjoint, mes enfants, mes frères et sœurs, mais je nepeux pas les adorer. Eux-mêmes ont été créés par Dieu, et sont appelésà retourner à Dieu. Les adorer, les placer sur un piédestal, répondre àtous leurs caprices, ce serait les aimer mal, en leur faisant porter unpoids qu’ils sont incapables de porter. Bien les aimer, c’est les aimerà la lumière de Dieu, en les aidant à accomplir leur vocation, ce àquoi le Seigneur les appelle. L’amour peut être étouffant, par exemplelorsque les parents projettent un avenir pour leur enfant qui est leurrêve et non le sien, ou lorsqu’un couple s’enferme sur lui-même enrefusant l’ouverture aux autres.

    De même que je peux mal aimer mes proches, je peux mal m’aimermoi-même. Le Christ m’appelle à le préférer à ma propre vie, parcequ’il sait mieux que moi ce dont j’ai besoin et ce qui va me fairegrandir. Plutôt que de m’enfermer dans mes projets étriqués, ilm’appelle à lui faire confiance, même si je ne saisis pas immédiatementle sens et la portée de ses appels. Mère Térésa, dont nous célébronsaujourd’hui le 13ème anniversaire de la naissance au ciel, aimait savie de religieuse enseignante. Cependant, elle a préféré le Christ à sapropre vie, acceptant de tout quitter pour partir dans les rues deCalcutta avec sa Foi pour seule richesse et seule sécurité.

    "Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. »
    La croix fait peur, et c’est bien naturel. Au départ, elle est uninstrument de supplice. Mais n’oublions pas que le Seigneur en a faitle signe de son Amour infini, et qu’il ne nous tente jamais au-delà de nos forces ;  avec la tentation, il nous donne lemoyen d'en sortir et la force de la supporter (1 Co 10, 13). Lui-même porte nos croix avec nous.Vous connaissez l’histoire du poète brésilien Adémar de Barros. Unenuit, un homme fit un rêve. Il rêva qu'il marchait au bord de la mer encompagnie du Seigneur.  Sur le fond du ciel, il voyait se dérouler les scènes de sa vie. Il remarquait, dans chaque scène, deuxtraces parallèles de pas dans le sable. L'une était la sienne; l'autrecelle du Seigneur. À la dernière scène, il se retourna pour voir cesempreintes sur la grève. Il s'aperçut alors qu'à divers moments de sa vie, il n'y avait qu'une trace de pas. Et que ces moments de marchesolitaire correspondaient aux heures les plus tristes et les plus sombres de sa vie. Intrigué, il dit à son compagnon: "Seigneur, tu m'asassuré de toujours marcher à mes côtés si j'acceptais de me joindre àToi. Mais je m'aperçois qu'aux périodes les plus dures de ma vie, iln'y a plus qu'une empreinte dans le sable. Pourquoi m'as-tu abandonné au moment où j'avais le plus besoin de Toi ?"
    Le Seigneur se tourne alors vers lui et lui répond: "Mon enfant, montrès cher enfant, tu sais que Je t'aime et que je ne sauraist'abandonner. Il faut que tu comprennes ceci: si tu ne vois qu'unetrace de pas aux moments les plus difficiles de ton existence, c'estqu'alors, tout simplement, Je te portais dans mes bras..."

    "De même, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple."
    La troisième exigence du Christ, après le préférer à quiconque etporter ma croix à sa suite, est donc de renoncer à tous mes biens. Làencore, cette demande est libératrice. Comme le dit un proverbe, les biens sont de bons serviteurs, mais de mauvais maîtres. Un autreproverbe dit que les pauvres peuvent avoir des inquiétudes, mais seulsles riches ont des angoisses. Le jeune homme riche, parce qu’il arefusé de suivre Jésus, s’est éloigné tout triste… Au contraire, les apôtres ont accepté de quitter leurs filets et tous leurs biens, et ilsont mené une vie extraordinairement passionnante. Saint MaximilienKolbe avait renoncé à tous ses biens pour épouser Dame Pauvreté, à lasuite de saint François. Cela ne l’a pas empêché de recevoir des fortunes pour créer une immense usine et produire des milliers dejournaux à la gloire de la Vierge Marie.

    Ainsi, frères et sœurs, le Christ nous appelle à le préférer à quiconque, à porter notre croix en marchant à sa suite, et à renoncer àtous nos biens. Seuls ceux qui acceptent ces exigences sont vraimentses disciples. Ceux-là, que peuvent-ils espérer ? Jésus nousrépond d’abord qu’ils sont sages ;  ils pourront construire la tour de leur existence haut vers le Ciel, et ilsseront vainqueurs dans le combat spirituel, face aux ennemis autrementplus puissants que sont les démons, le monde et la chair. Et dans unautre évangile, il ajoute : " personne n'auraquitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, dessœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères,enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, lavie éternelle. » (Mc 10, 29‑30). Nous-mêmes, frèreset sœurs, voulons-nous être les disciples du Christ ? Cette année, allons-nous vivre de manière médiocre métro boulot dodo, ouallons-nous suivre le Christ pour mener une vie passionnante, avec unemultitude de frères à aimer, des croix que le Seigneur portera avecnous, et des  biens avec lesquels nous pourrons bâtir le Royaume? Père Arnaud Duban

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