Les homélies

25 déc . 2009 : Nativité du Seigneur (Lc 2, 1-14)

En ces jours-là, parut un édit de l'empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. - Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. - Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans les environs se trouvaient des bergers, qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L'Ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte, mais l'ange leur dit : "Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire." Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime."

L'homélie

• Un cadeau qui n’a pas de prix

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Frères et sœurs, pour vous, que signifie Noël ? Noël, c’est d’abord l’occasion pour beaucoup de se retrouver en famille. Cela est bien, car la famille est une église domestique où l’on apprend à aimer. Noël, c’est aussi l’occasion de partager un bon repas. Cela est bien, car les bons repas aident à nouer des relations chaleureuses et à rendre grâce au Créateur. Noël, c’est encore donner et recevoir des cadeaux. Cela est bien, car nous pouvons ainsi mieux manifester notre amour pour ceux qui nous sont chers. Mais Noël, n’est-ce pas plus que tout cela ? Ceux qui ne peuvent pas se réunir avec leur famille, ou qui ne peuvent pas s’offrir un bon repas, ou qui ne peuvent pas donner et recevoir de cadeaux, parce qu’ils sont seuls ou malades ou sans argent… ne peuvent-ils pas célébrer Noël ? Eh bien si, Noël est une fête pour tous les hommes, et cela pour trois raisons que nous allons voir ensemble. D’abord, Noël est le comblement d’une longue attente. Ensuite, Noël est la source d’une grande joie. Enfin, Noël est une grâce qui nous aide à transformer nos vies.

En premier lieu, Noël est le comblement d’une longue attente. Au commencement, Dieu avait créé l’homme à son image. L’homme avant la chute disposait de tout pour être heureux. Mais par leur désobéissance, Adam et Eve ont défiguré l’image de Dieu et l’image de l’homme. Dieu n’était plus vu comme un Père, mais comme un être supérieur dont ils avaient peur. C’est ainsi qu’Adam dit à Dieu : "Je t'ai entendu dans le jardin, j'ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché." (Gn 3, 10) Ce n’est pas seulement la relation de l’homme avec Dieu qui s’est détériorée, mais aussi sa relation avec lui-même, avec ses semblables, et avec la nature. Sa volonté a été affaiblie, son intelligence s’est obscurcie, ses affections se sont déréglées. Entre Adam et Eve, l’amour a été remplacé par la domination et la convoitise. Pour faire fructifier la nature, le travail est devenu pénible. Voilà un bien triste effet de la faute originelle. Pourtant, dès ce moment-là, Dieu n’a pas abandonné l’homme. Il l’a chassé du jardin d’Eden où il pouvait se nourrir de l’arbre de vie, afin qu’il ne demeure pas éternellement dans cette situation malheureuse. Mais Il lui a aussi promis un Sauveur, un descendant d’Adam et Eve qui écraserait la tête du serpent, c’est-à-dire qui vaincrait le mal sur la terre.

Ce Sauveur, il a été attendu pendant de longs siècles. Les prophètes ont annoncé sa venue. Isaïe, en particulier, a dressé son portrait à plusieurs reprises. Nous l’avons entendu tout à l’heure : le Messie s’appellerait "Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix". Il serait "solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours" (Is 9,5-6). L’Espérance de sa venue était tellement forte, la confiance en Dieu était tellement grande, que le prophète pouvait remplacer le futur par le passé, et s’exclamer 8 siècles avant Jésus-Christ : "Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière… Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné" (Is 9,1). Avons-nous conscience, frères et sœurs, de la grâce que nous avons d’être nés après le Christ, et d’avoir appris à le connaître ?

En deuxième lieu, Noël est la source d’une grande joie. Cette joie est justement le fruit de la longue attente qui l’a précédée. Entre la chute originelle et la naissance de celui qui est venu pour relever l’homme, les croyants ont dû faire preuve de beaucoup de patience. Pourquoi le Seigneur les a-t-Il tellement fait attendre ? A notre époque si marquée par le culte de l’instantanéité, cette question est importante. Le temps qui passe possède une grande vertu : celle de creuser le désir. Pourquoi les enfants sont-ils si heureux le jour de Noël ? Parce qu’ils l’attendent depuis des semaines, et qu’ils espèrent y recevoir des cadeaux. L’enfant qui a rêvé de longs mois d’un train électrique sera plus joyeux en le recevant que l’enfant gâté qui n’a eu qu’à faire un caprice en passant devant le magasin. De même, le Seigneur a fait attendre les croyants pendant de longs siècles, afin que sa venue puisse les combler de joie.

Ainsi, nous pouvons saisir la profondeur du message de l’ange aux bergers : "Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur" (Lc 2,10-11). Cette joie, elle est offerte aux hommes, mais aussi à toute la création. C’est ainsi qu’ "il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : ‘’Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime’’" (Lc 2,13-14). J’aime imaginer que l’âne et le bœuf eux-mêmes se sont réjouis devant la mangeoire… Et nous, frères et sœurs, laissons-nous la joie chasser tous nos soucis et habiter nos cœurs ?

En troisième lieu, Noël est une grâce qui nous permet de transformer nos vies. A Bethléem, Dieu a offert aux hommes le plus beau des cadeaux. Mais qu’allons-nous faire de ce cadeau ? Allons-nous le déposer dans un placard, parmi les multiples objets inutiles que nous possédons ? Autrement dit, la bonne nouvelle de la naissance du Sauveur va-t-elle changer quelque chose dans mon existence ? Le Christ est-il un Sauveur pour moi ? Réécoutons les paroles de saint Paul à Tite : "La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes. C'est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur" (Tt 2,12-13). Grâce au Christ, je peux rejeter le péché et les passions d'ici-bas, pour vivre dans le monde présent en homme raisonnable, juste et religieux. Raisonnable, pour jouir de la création avec modération. Juste, pour donner à mon prochain ce que j’aimerais qu’il me donne. Religieux, pour entretenir avec le Seigneur une relation d’amitié.

Mais cela ne suffit pas à mon bonheur, car il y a encore tant de malheur dans le monde aujourd’hui, 2000 ans après la venue du Sauveur. Alors, la grâce de Dieu me donne aussi la force d’ "attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ", c’est-à-dire lorsqu’il reviendra pour nous juger et établir définitivement son Règne. Il y a 2000 ans, le Fils de Dieu est venu à nous dans l’humilité. Il n’est pas né dans un palais, mais "dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune" (Lc 2,7). Dès sa naissance et jusqu’à sa mort, il a connu le rejet. Mais lorsqu’il reviendra dans la gloire, nous ne pouvons qu’espérer qu’il ne nous rejettera pas à son tour. En fait, nous savons qu’Il est Amour, et qu’Il veut que tous les hommes soient sauvés. Alors, sommes-nous prêts à nous laisser sauver et à transformer nos vies ?

Ainsi, frères et sœurs, Noël est un cadeau qui n’a pas de prix, et qui est offert à tous les hommes. Il est le comblement d’une longue attente, la source d’une grande joie, et une grâce pour transformer nos vies. Aussi, ne nous contentons pas de déballer ce cadeau pour l’abandonner ensuite pendant le reste de l’année. Profitons chaque jour de la grâce qui nous est offerte. En rejetant le péché et les passions d’ici-bas, et en vivant dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, nous ressemblerons de plus en plus à Celui qui nous a créés à son image. Nous deviendrons un peuple ardent à faire le bien, et nous hâterons le retour de celui qui viendra un jour chasser définitivement les ténèbres de ce monde et nous donner le bonheur sans fin. Père Arnaud Duban

20 déc . 2009 : 4 ème dimanche de l'Avent (Lc 1, 39-45)

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : "Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur."

Deux homélies

• Par qui sommes-nous habités ?

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Ce dernier dimanche de l’Avent nous donne à méditer ce bel évangile de la Visitation, ce mystère joyeux que nous prions dans le chapelet.

Marie qui porte Jésus en elle, rend visite à sa cousine Elisa-beth. Cette visite toute simple communique déjà la grâce du Christ à l’enfant qu’Elisabeth attend. Cet acte concret et visible donne des fruits invisibles. Pour nous-mêmes retenons au moins deux choses :
- d’abord que toute rencontre avec une autre personne peut lui faire également rencontrer le Christ si nous sommes remplis de son Esprit, c’est-à-dire si nous mettons de l’amour dans cette rencontre, si nous acceptons d’être vulnérables. Il n’y a donc aucune rencontre humaine non porteuse, potentiellement, d’un sens plus grand que le sens purement objectif qui l’a permise. Nous pouvons être ou ne pas être témoin du Christ, de l’amour de Dieu, selon notre attitude, même dans ce qu’il y a de plus banal. Il est finalement facile de ne plus voir un être voulu par Dieu, dans la personne que nous rencontrons
- nous pouvons retenir, ensuite, que Marie, quand nous la prions, quand elle s’approche de nous, nous fait participer aux évènements qui ont jalonné sa propre vie. C’est un mystère de communion. On le voit très bien avec Elisabeth dont les paroles pourraient nous faire croire qu’elle était elle-même présente à l’Annonciation quand elle dit, par exemple, bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui firent dites de la part du Seigneur. C'est l'Esprit Saint qui fait voyager Elisabeth dans le temps intérieur de Marie.

Aussi, aujourd’hui, à travers cette Visitation, est-ce le bon moment pour nous interroger sur la manière dont nous rencontrons les autres. Que voient-ils sur nos visages, que sentent-ils inconsciemment de la présence du Christ en nous ? Cette question permet de reconsidérer, dans une lumière un peu plus mystique, tout ce débat sur les signes d’appartenance à telle ou telle religion, que certains veulent porter à tout prix ou que d’autres, encore, veulent ériger comme marqueurs idéologiques pour manifester ostensiblement cette appartenance, cette distinction des autres.

Le problème n’est pas nouveau et Jésus lui-même nous a mis en garde contre ce désir de se démarquer des autres par des signes extérieurs ou des attitudes affectées. On en trouve plusieurs traces dans les évangiles, notamment à propos des hommes exerçant un pouvoir religieux :
- par exemple quand Jésus reproche aux Pharisiens de vouloir se distinguer par leur vêtement : "En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C'est ainsi qu'ils font bien larges leurs phylactères et bien longues leurs franges"
- ou encore à propos de ce pharisien qui prie ainsi : "Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain"
- ou, enfin, quand Jésus nous met en garde contre ceux qui ressemblent à des sépulcres blanchis et qui donc "au-dehors ont belle apparence, mais au-dedans sont pleins d'ossements de morts et de pourriture". Jésus désigne ici ceux qui se réclament de Dieu mais sont habités par de la haine, par des désirs secrets de mort et de destruction. Ils existent encore, dans toutes les religions, qu’ils soient simples fidèles ou "dignitaires".

Il y a une relation directe entre ce qui habite l’homme et ce qu’il en fait passer à l’extérieur. Quand on est réellement habité par l’amour, quand on porte Jésus, le seul signe livré aux autres ne peut être que l’amour, dans toute sa vulnérabilité. Cela jusqu’à l’effacement dont Jean-Baptiste est une figure merveilleuse qui a traversé tout ce temps de l'Avent.

Jésus lui-même a été d’une liberté extraordinaire par rapport à tous les signes et rites qui risquaient de l’enfermer dans tel ou tel courant religieux qui rejetait certaines catégories de personnes : les Samaritains, les publicains, les prostituées par exemple. Jésus n’a pas eu besoin de signes faits de main d’homme pour montrer qui il était. Sauf, bien évidemment, la Croix : encore faut-il voir dans ce signe le trône de la Gloire.

Ce mystère de la Visitation nous recentre sur l’essentiel, sur le cœur de notre vie. Il jette une lumière rafraîchissante sur l’essence même de la rencontre, sur ce qui nous fait aller vers les autres. De quoi, ou de qui, sommes-nous porteurs à ce moment-là ?

Si nous sommes réellement porteurs du Christ alors nous nous sentirons très libres car nous savons que c’est Jésus lui-même qui agit en nous en direction de l’autre. Nous lui offrons cette possibilité qu’il recherche toujours. Marie, en rencontrant Elisabeth en fait l’expérience et les deux femmes en sont très surprises et émerveillées. Thérèse de l'Enfant-Jésus, à la fin de sa vie, comprend tout cela : "Oui je le sens, lorsque je suis charitable, c'est Jésus seul qui agit en moi; plus je suis unie à Lui, plus aussi j'aime toutes mes sœurs".

Si nous ne sommes pas porteurs du Christ, si nous ne sommes pas unis à lui, alors c’est notre ego que nous tenterons d’imposer aux autres avec toutes les manoeuvres de séduction possibles, conscientes ou inconscientes. En fait nous recherchons bien souvent des images de nous-mêmes dans les autres, des images qui nous flattent et nous font oublier notre vide intérieur. Ce vide qui nous angoisse et que nous cherchons à combler par les créatures de toute sorte, animées ou inanimées. Mais c’est le tonneau des danaïdes et nous nous épuisons à le remplir.

Ce mystère de la Visitation nous rappelle, enfin, que notre religion n’est pas conquérante mais rayonnante si, bien sûr, le Christ vit en nous. Sinon ce sont nos idées que nous imposons et nous offrons au monde un Christ fossilisé et non pas vivant et res-suscité. Une telle religion ne peut être perçue que comme exté-rieure, dure et finalement repoussante.

Marie reste bien sûr, le modèle de cette parfaite union au Christ : elle est mère du Christ pour l’éternité, elle ne cesse de le porter au monde. Demandons à Marie de nous faire prendre cons-cience que Jésus est bien vivant en nous et qu’il aime être de toutes nos rencontres, de toutes nos visites. Que nos personnes soient donc les ostensoirs du seul Christ Jésus. Père Jean-Claude Hanus

• "Celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas"

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Frères et sœurs, savons-nous nous émerveiller ? Le monde d’aujourd’hui ne nous y pousse pas. Pourtant, cette capacité, qui est par excellence celle des enfants, est fondamentale. Jésus l’a dit clairement : "Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas" (Mc 10,15). Comment donc nous émerveiller comme des enfants ? Dans une première partie, nous étudierons notre culture. Nous verrons comment l’étonnement et l’émerveillement ont été des moteurs puissants de notre progrès, et comment deux caractéristiques de notre société actuelle tendent à freiner ce progrès : le culte de la science et le culte de la consommation. Dans une seconde partie, nous examinerons la Bible, pour en tirer à la fois des exemples et des contre-exemples.

Notre culture, pour commencer, témoigne que l’étonnement et l’émerveillement ont été des moteurs puissants pour le développement de l’humanité. Voyons d’abord les philosophes. Jeanne Hersch, dans son petit livre L’étonnement philosophique, déclare que c’est précisément cette attitude qui leur a permis de faire avancer la réflexion et les connaissances de l’humanité… Cela est vrai également des scientifiques. Archimède a lancé son célèbre eurêka ("j’ai trouvé") dans le bain public, alors qu’il observait comment les objets y flottaient. Isaac Newton a découvert la loi de la gravitation en voyant une pomme tomber dans le jardin où il se reposait. L’étonnement et l’émerveillement donnent des ailes à l’esprit, mais aussi au cœur. Souvenons-nous de Peter Pan dans le film Hook, de Spielberg. Devenu adulte, Peter Banning est obsédé par son travail d’avocat d’affaires. Il ne sait plus prendre du temps gratuit avec ses enfants, et il a perdu le contact avec eux. Ce n’est que lorsqu’il acceptera de se réconcilier avec son enfance qu’il pourra à nouveau voler et renouer des relations d’intimité avec son fils et sa fille.

Notre société actuelle, malheureusement, tend à étouffer en nous la capacité d’émerveillement. D’abord, les progrès de la science ont fait croire à certains que l’homme était capable de tout expliquer. Ce qui paraissait surnaturel aux hommes d’autrefois n’était que le fruit de l’ignorance. Les éclairs et le tonnerre ne sont pas des démonstrations de puissance des dieux, mais de l’électricité qui se déploie dans le ciel. Tout semble explicable ou en mesure de l’être. Les avancées les plus récentes de la science ont beau démontrer le contraire, en particulier la physique quantique, certains considèrent toujours Dieu comme un vestige des temps anciens. On a oublié que la science se contentait d’expliquer le comment, et non le pour quoi des réalités, leur origine et leur fin.

La science n’est pas seule responsable de cet enfermement de l’homme au transcendant. Le consumérisme, en permettant d’assouvir ses désirs quasi instantanément, entretient en l’homme l’illusion qu’il est le maître de l’univers. On a oublié que l’auteur de tous les biens, c’est Dieu, comme le rappelle la Genèse dans le récit de la création.

Et la Bible, que nous apprend-elle sur l’émerveillement ? Elle nous donne des témoignages et des contre-témoignages. Commençons par les seconds. Zacharie refuse de croire le message de l’ange Gabriel, qui lui annonce qu’Elisabeth et lui vont avoir un fils dans leur vieillesse. Nathanaël refuse de croire que le messie peut venir d’une bourgade de Galilée telle que Nazareth. Thomas refuse de croire que Jésus est ressuscité sans avoir vu ses plaies. Les apôtres et les femmes parties au tombeau refusent tout d’abord de croire en la résurrection malgré le message des anges. En contraste, certains personnages bibliques ont su croire et s’émerveiller, comme l’évangile de ce dimanche nous le montre. Sachons nous émerveiller nous-mêmes devant eux, l’un après l’autre.

Le prophète Michée, pour commencer, est un simple paysan au langage vif et parfois cru. Il annonce que le petit village de Bethléem, et non la grande et orgueilleuse Jérusalem, sera le lieu de naissance du messie : "Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c'est de toi que je ferai sortir celui qui doit gouverner Israël" (Mi 5,1).

Elisabeth, comme toutes les femmes à l’époque, ne compte pas beaucoup aux yeux du monde. Qui plus est, sa longue stérilité l’a rendue plus humble, car elle a dû traverser beaucoup de questionnements intérieurs et subir des humiliations de l’extérieur. Aussi est-elle capable d’accueillir l’inspiration de l’Esprit Saint, et, contrairement à son mari qui est devenu muet à cause de son incrédulité, elle s'écrie d'une voix forte : "Tu es bénie entre toutes les femmes" (Lc 1,42). Elle reprend ainsi l’acclamation lancée dans le passé à deux femmes extraordinaires de la Bible : Yaël et Judith, qui ont toutes les deux sauvé leur peuple du mal qui les menaçait.

Jean Baptiste, qui est depuis 6 mois dans le sein de sa mère, pèse environ 1 kg, il bouge beaucoup et commence à réagir aux bruits extérieurs. Voilà ce que la science médicale nous enseigne sur les fœtus de cet âge. Lorsqu’il entend la salutation de Marie, il tressaille de joie, commençant ainsi sa mission de précurseur du Messie.

Quant à Marie, elle non plus ne compte pas beaucoup aux yeux du monde. Que représente une jeune fille d’une quinzaine d’années, qui vit dans un village de Galilée, cette région méprisée par les habitants de Jérusalem ? Pourtant, elle aussi se laisse inspirer par l’Esprit Saint, et elle va répondre à sa cousine et à Jean par le plus beau chant de louange qu’on connaisse : le Magnificat.

Qu’est-ce qui fait la différence entre ceux qui ont refusé de croire à l’action de Dieu, et ceux qui s’en sont émerveillés ? Les premiers étaient certainement trop imbus d’eux-mêmes, et ne s’en remettaient pas suffisamment à Dieu. Au contraire, Elisabeth, Jean et Marie sont les illustrations vivantes de la prière de louange que Jésus adressa un jour à son Père. Exultant de joie sous l’action de l’Esprit Saint, lui aussi, il s’écrie : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté" (Lc 10, 21). Les tout-petits sont capables de s’émerveiller parce qu’ils reçoivent le Royaume de Dieu à la manière des enfants. C’est ainsi que Jésus savait s’émerveiller. Souvenons-nous notamment du centurion qui est venu lui demander la guérison de son esclave. Devant lui, "Jésus fut dans l'admiration et dit à ceux qui le suivaient : “Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n'ai trouvé une telle foi’’." (Mt 8, 10)

Ainsi, frères et sœurs, alors que notre société tend à assécher en nous la source de l’émerveillement, notre culture et la Bible nous invitent à la laisser jaillir. La fête de Noël qui approche est la fête par excellence des tout-petits, de ceux et celles qui savent s’émerveiller. Nous-mêmes, accueillons-nous le Royaume de Dieu à la manière des enfants ? Savons-nous admirer toutes les merveilles que le Seigneur fait autour de nous et en nous ? Cette semaine, je vous propose de prendre un temps de prière devant une crèche, chez vous ou dans une église, et de la contempler doucement. Alors, vous pourrez exulter de joie devant elle, comme des enfants à qui le Royaume des cieux est promis. Père Arnaud Duban

13 déc . 2009 : 3 ème dimanche de l'Avent (Lc 3, 10-18)

Les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : "Que devons-nous faire ?" Jean leur répondait :"Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même !" Des publicains (collecteurs d'impôts) vinrent aussi se faire baptiser et lui dirent : "Maître, que devons-nous faire ?" Il leur répondit : "N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé." A leur tour, des soldats lui demandaient : "Et nous, que devons-nous faire ?" Il leur répondit : "Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde." Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n'était pas le Messie. Jean s'adressa alors à tous : "Moi, je vous baptise avec de l'eau ; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas." Par ces exhortations et bien d'autres encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

L'homélie

• Les trois sources de la joie

Frères et sœurs, sommes-nous des personnes joyeuses ? Sommes-nous joyeux de temps en temps, jamais, ou sans cesse ? La question peut sembler incongrue. Comment pourrions-nous être sans cesse joyeux ? Il y a tant de souffrances autour de nous et dans nos propres vies… Contentons-nous modestement des quelques joies que la vie nous accorde, sans en désirer davantage…

Pourtant, saint Paul nous bouscule en même temps que les philippiens. Il nous dit : "Soyez toujours dans la joie du Seigneur" (Ph 4, 4). Et au cas où nous douterions d’avoir bien lu ou entendu, il ajoute : "laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie." (Ph 4, 4) Il s’agit bien d’un commandement, et le temps employé – l’impératif présent – signifie qu’il est permanent. Mais comment donc le mettre en pratique ? Nous verrons aujourd’hui trois racines de la joie. La première est la nature, qui m’offre l’abondance de ses biens. La deuxième est l’histoire, dans laquelle le Seigneur réalise des merveilles, à la fois pour son peuple et pour moi. La troisième est l’action juste et charitable.

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La première source de la joie est la jouissance de la nature. La Genèse nous dit que "Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon" (Gn 1, 31). Par les vertus, en particulier la tempérance et la prudence, l’homme peut profiter de la nature sans la détruire et sans se détruire lui-même. La Bible est imprégnée de l’amour de la nature, notamment les livres de sagesse. A travers elle, on peut reconnaître son Auteur lui-même. C’est pourquoi saint Paul écrit aux Romains : "Depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les œuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité" (Rm 1, 20) et il ajoute : "Ils n'ont donc pas d'excuse", ceux qui"ont connu Dieu sans lui rendre la gloire et l'action de grâce que l'on doit à Dieu" (Rm 1, 21) Le psaume 103 est un hymne à la création qui se termine ainsi : "Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse en ses œuvres ! [...] Je veux chanter au Seigneur tant que je vis ; je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure." (Ps 104, 31.33) Saint François d’Assise a vécu pleinement cet amour de la Nature ; on lui doit le psaume de la création, que nous chantons de temps en temps : "Mon Dieu tu es grand, tu es beau, Dieu vivant, Dieu très haut, tu es le Dieu d’Amour… Dieu présent en toute création". Le sommet de Copenhague qui se déroule actuellement rappelle à tous les hommes, quelles que soient leurs origines et leurs opinions politiques, que la terre est un trésor qu’il faut savoir protéger. C’est pourquoi l’Eglise s’est engagée dans ce sens, comme le cardinal Vingt-Trois l’a souligné fortement lors de la dernière assemblée des évêques à Lourdes. Et nous, frères et sœurs, savons-nous respecter la création et rendre grâce à Dieu dans la joie devant ses merveilles ? Lorsque nous contemplons la mer ou la montagne ? Lorsque nous humons la parfum d’une fleur ? Lorsque nous savourons un bon repas ?

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La deuxième source de la joie est la contemplation de l’action salvifique de Dieu, à la fois pour son peuple et pour moi. Les psaumes sont remplis d’action de grâce pour l’action de Dieu. Tout à l’heure, nous avons dit ensemble : "Jouez pour le Seigneur, car Il a fait les prodiges que toute la terre connaît. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car Il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël" (Is 12,5-6). Les évangiles sont tout aussi imprégnés de cette joie devant les merveilles de Dieu. Jésus lui-même l’a ressentie. Au retour des 72 disciples qu’il avait envoyés en mission, Jésus leur dit : "réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux" (Lc 10, 20) et lui-même "tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et dit : “Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits’’" (Lc 10, 21). Jésus, à plusieurs moments de son ministère, a été dans l’admiration et s’est réjoui de l’œuvre de l’Esprit dans les cœurs. Je peux me réjouir de ce que Dieu fait pour les autres, mais aussi pour moi. Ainsi, c’est à la vue de ce que le Seigneur a fait pour elle que la Vierge Marie chante son Magnificat : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur ! … Le Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est son Nom !" Marie fait-elle preuve d’orgueil ? Non, car l’humilité, c’est la vérité. Il est bon de reconnaître ce que le Seigneur réalise dans nos propres vies... Nous-mêmes, savons-nous nous réjouir de ce que Dieu fait pour les autres, ou sombrons-nous parfois dans l’indifférence ou même la jalousie ? Sachons-nous nous réjouir de ce que Dieu fait pour nous-mêmes, ou demeurons-nous dans l’ingratitude ?

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La troisième source de joie est l’action juste et charitable. Pour commencer, "que devons-nous faire" pour être justes ? C’est la question de ceux qui viennent se faire baptiser par Jean Baptiste (Lc 3,10). Le précurseur ne donne pas une réponse toute faite, il invite chacun à agir en fonction de sa propre vie. Aux foules, il déclare : "Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même !" (v.11). Aux publicains : "N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé" (v.13). Et aux soldats : "Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde" (v.14). Ainsi, c’est à chacun de découvrir la manière juste d’agir en fonction de sa situation. Les exigences de Jean sont modestes, car il est conscient de n’être que le précurseur : "Moi, je vous baptise avec de l'eau; mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu" (Lc 3,16). En agissant de manière juste comme Jean y exhorte, nous pouvons éprouver la paix. Mais pour connaître la joie parfaite, il nous faut aller jusqu’à la charité, il nous faut écouter le Christ qui a dit : "A celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas à celui qui te vole. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux." (Lc 6, 29 31) Autant les exigences de Jean paraissent accessibles, autant celles du Christ semblent au-dessus de nos forces. Et de fait, elles le sont : ce n’est pas en comptant sur nos propres forces que nous pourrons les réaliser, c’est en laissant l’Esprit Saint agir en nous. Parmi tous les fruits de l’Esprit énumérés par saint Paul dans l’épître aux galates (5,22-23), la joie vient juste après la charité. Et nous, frères et sœurs, osons-nous demander à Dieu : "Que devons-nous faire" ? Agissons-nous de manière juste, comme Jean nous y invite ? Osons-nous aller jusqu’à la charité, à la suite du Christ ? Parce qu’il n’a pas voulu le faire, le jeune homme riche s’en est allé tout triste… Et nous, y sommes-nous prêts, pour goûter l’immense joie de Dieu ?

Ainsi, la joie chrétienne est à la fois un commandement et un don. Elle jaillit d’une triple source : la jouissance de la nature, la contemplation de l’œuvre de salut de Dieu, et l’action juste et charitable. Celui qui s’abreuve à cette triple source peut demeurer constamment dans la joie. Cette joie n’est pas forcément exubérante, et elle peut aussi être accompagnée de la souffrance. Saint Paul écrivait ainsi aux Colossiens : "Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu'il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l'accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l'Église." (Col 1, 24) Et saint François a chanté le cantique de la joie parfaite au milieu des pires difficultés. Cette semaine, frères et sœurs, pourquoi ne pas prendre une demi-heure de notre temps pour lire ou relire l’épître aux philippiens, qu’on a aussi appelé l’épître de la joie ? Que le Seigneur nous donne d’entrer toujours plus profondément dans sa joie. Père Arnaud Duban

6 déc . 2009 : 2ème dimanche de l'Avent (Lc 3, 1-26)

L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d'Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d'Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie. Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.

Deux homélies

• Etre précurseur ou ne pas être

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Cet évangile du 2ème dimanche de l’Avent nous dit, en quelques versets, ce qu’il y a d’essentiel pour situer le Christ au moment où histoire et histoire du salut se trouvent en coïncidence visible.

Il y a d’abord une situation historique qui permet de dater l’événement et aussi un certain nombre de personnes qui représentent, chacune à sa manière, une attitude par rapport au Christ. On en retrouvera quelques unes au moment de la Passion : Ponce Pilate, Hérode, Anne et Caïphe en particulier : les unes représentent un pouvoir temporel, les autres un pouvoir spirituel, religieux.

Et puis, il y a cette belle figure de Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, qui, lui, a entendu la parole de Dieu et l’a mise en pratique : il vient du désert et invite les gens à se plonger dans l’eau. Ceux qui répondent à cette invitation  montrent, par là, leur désir de conversion, le désir d’avoir un cœur virginal pour accueillir le Sauveur ou mieux encore l’époux, comme saint Jean le dit si bien.

Aller au désert, dans la Bible, c’est entrer dans un combat spirituel radical, qui fait discerner l’essentiel car le désert est lieu de connaissance unifiante de soi et de Dieu, et, accessoirement du diable, de celui divise ce que Dieu a uni. Pour nous chrétiens, qui avons eu la plénitude de la Révélation, cette connaissance de Dieu dans la foi est un temps de fiançailles avant l’union définitive. Foi et fiançailles vont bien ensemble, leur racine est commune.

La parole proclamée au désert contient d’une part une demande, un commandement : "Préparez le chemin du Seigneur" et, d’autre part, une promesse "tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées".

La première partie nous revient, tandis que la seconde est l’œuvre de Dieu. La tournure dite du "passif divin" est habituelle, dans la Bible, pour désigner l’œuvre proprement divine. La part qui nous revient, celle de la préparation, est donc bien modeste et pourtant essentielle. L’œuvre de Dieu ne peut se déployer si nous ne préparons pas ses chemins. Or le chemin que Dieu a choisi pour agir, se faire connaître, c’est nous-mêmes, notre propre cœur.

Voilà pourquoi nous avons besoin de nous convertir, d’ouvrir notre cœur pour que l’amour du Seigneur – qui s’est fait captif en nous – puisse en sortir et se répandre dans tout notre être avant de gagner nos frères qui ne le connaissent pas encore ou si mal.

La figure de Jean-Baptiste nous aide à comprendre ce qu’être précurseur veut dire car ce prophète est celui qui a synthétisé magnifiquement sa mission dans cette phrase : "Il faut que lui grandisse et que moi je diminue". Tel est le ressort de l’humilité, celle du disciple qui trouve sa joie quand il entend la voix de celui qui vient épouser l’humanité.

Ce qu’il y a à faire n’est donc pas d’abord en direction de l’extérieur mais, bien plutôt, en direction de l’intérieur. Jésus nous demande un grand acte de foi : en lui, bien sûr, mais aussi en nous. Il demande de croire que notre conversion n’est pas simplement un acte positif pour nous, mais qu’elle a des effets sur le corps entier que nous formons. Tout péché particulier, aussi caché soit-il, est ressenti par le corps entier. Et, bien sûr, réciproquement : tout acte d’amour, aussi caché soit-il, a une portée universelle : c’est la grande leçon que nous donnent les saints (une "petite" Thérèse par exemple).

Ce corps c’est la création tout entière - avec cette mystérieuse matière - qui aspire à la révélation des fils de Dieu : elle attend en gémissant, comme le dit saint Paul, la révélation des fils de Dieu, c’est-à-dire notre conversion ; ce qui nous fait passer de l’état non choisi d’enfant de Dieu à celui librement choisi de fils pour le dire autrement.

Nous devenons ainsi précurseurs du Christ en acceptant de participer à sa médiation. Le Père veut faire connaître son amour au monde par nous-mêmes, qui devenons ainsi d’autres fils, d’autres christs. Et comme l’amour est infiniment délicat, infiniment respectueux de l’homme, nous sentons bien qu’il y a bien des manières subtiles de ne pas le laisser passer vers ses destinataires.

Le désert, qui était le lieu de conversion par excellence dans l’Ancien Testament, est maintenant un temps liturgique (que ce soit l’Avent ou le Carême), du fait même de l’Incarnation. Et c’est donc aussi le temps d’un combat spirituel : voulons-nous, oui ou non, reconnaître que notre seul bonheur est notre union à Dieu ?

Ce temps de l’Avent nous permet de discerner ainsi quelle place nous réservons à cet amour qui veut s’incarner en nous. Nous constaterons peut-être que nous n’avons pas vraiment le désir de connaître Dieu, non seulement dans la foi mais aussi dans la vision. Et certains, parmi des bons chrétiens, le disent sans ambages : le plus tard sera le mieux. Il faudra bien accepter cela, ne pas fuir l’ombre qui existe en nous, en ces lieux qui ne veulent pas être touchés par la lumière du Christ. Mais si nous acceptons humblement qu’il existe de tels refus en nous, tout en espérant des jours meilleurs, alors cela signifie que nous sommes déjà entrés dans un chemin de conversion, au bout duquel "tout homme verra le salut de Dieu" comme nous le promet l’évangile. P. J-C Hanus

• Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route

Frères et sœurs, qu’est-ce qu’être chrétien ? Être chrétien, ce n’est pas seulement avoir reçu le sacrement du baptême ; ce n’est pas seulement croire dans tous les articles du Credo. Etre chrétien, c’est avant tout être frère, ami, et disciple du Christ. Autrement dit, c’est entretenir une relation vivante avec lui. Comme n’importe quelle relation, celle-ci ne peut être vivante que si elle est entretenue par des rencontres. Avec mes amis, j’aime passer du temps, soit auprès d’eux, soit au téléphone, soit par lettre… Et avec le Christ, est-ce que nous aimons passer du temps ? Lui, en tout cas, vient à notre rencontre. Dans un premier temps, nous verrons comment le Christ vient à notre rencontre. Puis, nous nous demanderons quels sont les obstacles qui font que parfois, nous manquons les rendez-vous avec le Seigneur. Enfin, nous présenterons un remède pour ôter ces obstacles.

Comment le Christ vient-il à notre rencontre ? De plusieurs manières. D’abord, il vient à nous dans la liturgie. Il est présent dans l’assemblée :"là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux." (Mt 18,20). Il est présent dans le célébrant qui accueille cette assemblée et qui agit"in persona Christi capitis", c’est-à-dire au nom du Christ-Tête. Il est présent dans la Parole qui est proclamée, puisqu’il est cette Parole même, en tant que Verbe de Dieu. Plus tard, il se rend réellement présent dans le pain et le vin consacrés ; on parle alors de présence réelle, non pas parce que les précédentes étaient irréelles, mais pour souligner son éminence par rapport aux autres. Le Christ vient ainsi à nous de plusieurs manières dans la liturgie. Mais il le fait aussi en dehors. D’abord, il est présent avec son Père lorsque nous le prions :"Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret" (Mt 6, 6) De plus, il est présent dans toutes les personnes que nous rencontrons, et en particulier dans les plus pauvres, ceux qui ont besoin de nous : ce que vous l'avez fait"à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait." (Mt 25, 40) Frères et sœurs, profitons-nous de toutes ces rencontres ? Prenons-nous conscience que le Christ est présent au milieu de nous, dans cette chapelle ? qu’il vient de nous parler dans les lectures proclamées ? que beaucoup d’entre nous allons même pouvoir l’accueillir en nous-mêmes au moment de la communion ? Comme le Christ doit souffrir, lorsque nous jetons à peine un regard à nos voisins dans l’assemblée ! lorsque nous écoutons distraitement sa Parole ! lorsque nous communions sans suffisamment de respect et d’action de grâce !

Pourquoi nous arrive-t-il de manquer ainsi les rendez-vous avec le Seigneur ? Le Christ lui-même nous répond par les Ecritures. L’Evangile nous dit par la bouche de Jean-Baptiste :"Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies" (Lc 3,6). Jean-Baptiste reprend un passage d’un autre prophète, Isaïe. Au sens littéral, on peut l’interpréter ainsi : chaque année, pour la grande fête nationale du dieu Mardouk, les esclaves juifs déportés à Babylone étaient contraints à de véritables travaux forcés ; il fallait tracer une autoroute en plein désert : combler les ravins, raser les collines, redresser les chemins tortueux... tout cela, pénible physiquement et plus encore moralement puisque c'était en l'honneur d'une idole païenne ! Or que disait Isaïe ? Désormais c'est la route du Seigneur que vous devez bâtir. Lorsqu’Il viendra, vous verrez sa gloire.

Jean-Baptiste, relisant cette prophétie, y découvre l'annonce d'un autre chemin de libération : désormais ce ne sont plus seulement les exilés à Babylone, c'est tout homme qui verra le salut de Dieu. Et ce que Dieu va transformer, ce n’est plus la terre, pour nous conduire à Jérusalem, ce sont nos cœurs, pour nous conduire jusqu’à son Père. Il veut abaisser les montagnes et les collines de notre orgueil et de notre vanité, rendre droits les passages tortueux de nos vices, combler le ravin de nos manques d’amour.

Comment le Seigneur peut-il ainsi nous transformer ? Il le fait en nous accordant sa grâce de multiples manières. Mais l’une d’entre elles est particulièrement efficace : c’est le don du sacrement de réconciliation. Beaucoup de chrétiens, même pratiquants, ne profitent pas assez de la grâce de ce sacrement. Pourquoi ? Parce qu’ils estiment que Dieu peut aussi bien pardonner leurs péchés s’ils les lui confessent dans le secret de leurs cœurs, au moment où ils prient. A quoi bon perdre du temps à aller au confessionnal ? Et puis je risque de tomber sur un prêtre mal luné, qui va me donner une pénitence lourde à porter… Sans compter que c’est humiliant de confesser mes péchés… Cela ne concerne-t-il pas que Dieu et moi ? Répondons à ces objections en voyant ce que le sacrement de réconciliation signifie et apporte.

Tout d’abord, il est un acte de Foi : dans le prêtre qui est à côté de moi, je crois que Dieu est présent, et qu’Il va passer à travers ses limites. La confession est un acte d’humilité. Reconnaître intérieurement mes péchés est déjà une avancée, mais les reconnaître devant un autre en est une supplémentaire, qui abaisse la montagne de mon orgueil.

Ensuite, la confession est un acte d’Espérance. En avouant mes actes mauvais, je peux parfois être tenté de désespérer en ayant l’impression que je redis toujours les mêmes. Le Seigneur m’appelle à espérer en un avenir chaque jour meilleur : par les conseils que le prêtre va peut-être me donner, et surtout par l’Esprit Saint que je vais recevoir dans l’absolution, le Seigneur va rendre droits les passages tortueux de mes mauvaises habitudes et de mes penchants mauvais.

Enfin, le sacrement de réconciliation est un acte de Charité envers Dieu mais aussi envers les hommes. En effet, mon péché ne concerne pas seulement le Seigneur et moi ; il concerne aussi les autres, car n’importe quel péché alourdit toute l’humanité, alors que n’importe quel acte d’amour l’élève tout entière. Le prêtre célébrant représente l’Eglise, mais aussi d’une certaine manière les autres hommes que mes fautes ont blessés. En me confessant à lui, je fais un acte de repentir qui me poussera à mieux agir envers eux dorénavant. Et ce qui va m’y aider, c’est l’expérience que je fais dans ce sacrement de l’Amour de Dieu, Lui qui me prodigue son pardon avec une infinie miséricorde, et qui comble ainsi le ravin de mon manque d’amour.

Ainsi, frères et sœurs, être chrétien signifie entretenir une relation vivante avec le Seigneur. De multiples manières, le Christ nous invite à le rencontrer. Le drame, c’est que nous manquons trop souvent ses rendez-vous, parce que nous sommes pécheurs. Alors, laissons-le Seigneur nous transformer. Régulièrement – pourquoi pas une fois par mois – et dès mardi 15 ou mercredi 16 à la paroisse si nous le pouvons, recevons le sacrement de réconciliation. Alors, d’une confession à l’autre, petit à petit, le Seigneur abaissera les montagnes et les collines de notre orgueil, il rendra droits les chemins tortueux de nos vices, et il comblera les ravins de nos manques d’amour. P. Arnaud Duban

29 nov. 2009 : 1er dimanche de l'Avent (Lc 21, 25-28.34-36)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : "Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s'alourdisse dans la débauche, l'ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste. Comme un filet, il s'abattra sur tous les hommes de la terre. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître debout devant le Fils de l'homme."

L'homélie

• Mon modèle, c’est le Christ

"Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s'alourdisse dans la débauche, l'ivrognerie et les soucis de la vie" (Lc 21,34). Le début de l’Avent nous donne l’occasion d’évoquer la vie morale, autrement dit la manière dont nous nous comportons. C’est là une dimension essentielle de notre vie chrétienne. Dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, cette troisième partie, qui suit la profession de foi et la célébration du mystère chrétien, et précède la prière, est intitulée "la vie dans le Christ". Certes, la plupart d’entre nous – en tout cas je l’espère – ne se sentent pas coupables de débauche et d’ivrognerie. Mais qu’en est-il de nos convoitises et des soucis de la vie, qui parfois alourdissent nos cœurs ? Plus profondément, la question que nous pouvons nous poser aujourd’hui est : notre vie morale est-elle semblable à celle du Christ ? Nos convoitises et les soucis de la vie n’éteignent-ils pas parfois en nous le feu de l’Esprit ? Pour nous aider à répondre, nous allons d’abord regarder les modèles de comportements que notre société nous présente. On pourrait les résumer par une formule : "pas vu pas pris", autrement dit la triche, qui est érigée en principe de succès. Dans un second temps, nous verrons ce que l’Eglise nous propose pour sa part. On le synthétisera à partir des 4 vertus cardinales, et on montrera comment le Christ a vécu chacune d’entre elles.

Pour commencer, quels sont les modèles que la société nous propose aujourd’hui ? Les héros modernes ne s’appellent plus Achille, ou Duguesclin, ou d’Artagnan, mais Maradona, Zidane ou Henry. Ce ne sont plus des virtuoses de l’épée, mais du ballon rond. Dans un sens, cette évolution est favorable : il est mieux de mettre le ballon au fond des filets que de planter une lame au fond du cœur adverse. Le problème, c’est que les héros d’antan suivaient des valeurs nobles. Ceux d’aujourd’hui, parfois, ne semblent rechercher que le résultat. En 1986, Maradona a conduit l’Argentine en finale de la coupe du monde grâce à une faute de main évidente. En 2002, lors de la finale de la coupe du monde, Zidane est sorti du terrain après avoir donné un violent coup de tête à un joueur italien. Et il y a quelques jours, la France s’est qualifiée pour la même coupe grâce à une nouvelle faute de main. Voilà les héros auxquels les jeunes d’aujourd’hui peuvent s’identifier… Mais il y a pire : la société elle-même, non seulement ne condamne pas ces actes, mais elle semble les approuver. "La main de Dieu" titrait l’Equipe en 1ère page au lendemain de la victoire. Et en 2ème page : "Sauvés miraculeusement". C’est ce qu’on appelle des blasphèmes. A peine a-t-on entendu quelques voix courageuses pour réclamer que le match soit rejoué…

En définitive, notre société se paganise progressivement et ressemble de plus en plus à la Rome antique : "panem et circenses", du pain et des jeux, voilà ce que les empereurs donnaient aux foules pour les tenir tranquilles… La sécurité sociale donne la subsistance, le football, les autres sports et les innombrables jeux qui explosent aujourd’hui donnent la distraction. En soi, bien sûr, la sécurité sociale, le sport et les autres jeux sont de bonnes inventions. Mais quand elles sont perverties par le "pas vu pas pris", l’esprit de triche qui pousse à profiter des failles de ces systèmes et à tromper les différents arbitres qui cherchent à les contrôler, elles perdent leurs vertus. Que faire alors ? Supprimer la sécurité sociale, le sport et les jeux ? Cela serait une fuite plus qu’une solution…

Alors, qu’est-ce que l’Eglise nous propose ? De rejeter l’esprit de triche et de vivre selon les vertus. Qu’est-ce qu’une vertu ? Le mot vient du latin "virtus", qui signifie l’énergie morale. Une vertu est une force qui permet d’accomplir le bien. On distingue les vertus intellectuelles, qui concernent l’intelligence, des vertus morales, qui touchent l’agir. Quatre d’entre elles sont particulièrement importantes : ce sont la tempérance, la force, la justice et la prudence. Le livre de la sagesse déclare qu’elles sont "ce qu'il y a de plus utile pour les hommes dans la vie." (Sg 8, 7). On appelle ces vertus cardinales, parce qu’elles permettent de structurer l’existence dans toutes les directions, comme le mot "cardo", gond en latin, l’indique. La tempérance me permet de jouir du monde créé sans en abuser. La force m’aide à supporter les épreuves et à surmonter les obstacles. La justice règle mon rapport aux autres, me permettant de donner à chacun ce qui lui est dû. La prudence, enfin, m’éclaire sur les décisions que je dois prendre pour progresser sur le chemin du bonheur. Un homme a parfaitement exercé ces vertus : c’est le Christ lui-même. Voyons comment il a mis en pratique chacune d’entre elles.

Tout d’abord, Jésus a été tempérant : son jeûne de 40 jours au désert manifeste qu’il savait maîtriser ses désirs. Il a été fort : devant sa Passion, il n’a pas reculé, il a accepté d’endurer pour nous des souffrances extrêmes. Il a été juste : au lieu de condamner la femme adultère, il l’a pardonnée et lui a demandée de ne plus pécher. Enfin, il a été prudent : il a su diriger sa vie, et ce n’est qu’au moment où il l’a voulu qu’il a accepté de se laisser arrêter et condamner.

Pour approfondir ce sujet, frères et sœurs, pourquoi ne pas lire cette semaine la partie du Catéchisme qui enseigne les vertus cardinales ? Et surtout, pourquoi ne pas prendre le Christ comme modèle, comme "vrai héro de tous les temps" ? En cherchant à lui ressembler, et en progressant dans les vertus, nous ne laisserons pas les convoitises ou les soucis de la vie étouffer en nous le feu de l’Esprit, et nous aurons la force et la joie d’accomplir le bien tout autour de nous. P. Arnaud Duban

22 nov. 2009 : solennité du Christ-Roi (Jn 18, 33-37)

Lorsque Jésus comparu devant Pilate, celui-ci l'interrogea : "Es-tu le roi des Juifs ?" Jésus lui demanda : "Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d'autres te l'ont dit ?" Pilate répondit : "Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ?" Jésus déclara : "Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici." Pilate lui dit : "Alors, tu es roi ?" Jésus répondit : "C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix."

Deux homélies

• Un Royaume de vie et de vérité

Le Sacré-Coeu

Pilate restera à jamais l’emblème du relativisme en matière de vérité. On se souvient de sa fausse question à Jésus : "Qu’est-ce que la vérité ?" (au verset 38 de ce même chapitre). Ce n’est pas une question mais une parole désabusée ; il aurait pu tout aussi bien dire "à chacun sa vérité". C’est bien pour cela que Jésus ne lui répondra pas. Pilate est donc un personnage très moderne, très proche d’une certaine mentalité contemporaine dans cette idée que chacun est libre de penser ce qu’il veut ou d’agir comme il veut "du moment que ça ne fait de mal à personne".

Dans l’évangile de ce jour, de cette fête du Christ Roi de l’univers, Jésus établit un lien fondamental entre la vérité et lui-même : celui qui appartient à la vérité écoute sa voix. Réciproquement, donc, celui qui n’écoute pas Jésus n’est pas dans la vérité : c’est là, pourrait-on dire, le vrai critère de discernement. La vérité la plus profonde ne vient pas de nous mais d’une autre personne, unique et transcendante. Accepter cela nécessite une certaine humilité mais donne aussi une grande joie. Car l’acceptation de cet état de fait nous délivre à jamais de l’angoisse de l’erreur, et cette vérité que nous accueillons nous rend libres.

Pour nous, chrétiens, cette vérité ultime – nous le disions – est une personne ; ce n’est pas une idée, une opinion, un quelconque système philosophique, politique, économique ou scientifique. Nous appartenons donc à la vérité en appartenant au Christ, nous formons son Royaume : cette vérité n'est pas monolithique mais organique. Elle signifie : vie, échanges, unité et impossibilité d'imaginer une quelconque autosuffisance : "Sans moi vous ne pouvez rien faire" dira Jésus.

Cette vérité se diffuse sans cesse, d’elle-même, et, à travers nous, pour d’autres : nous ne pouvons mettre la main dessus. Son accueil nous transforme et nous fait découvrir qui nous sommes. Jusqu’au moment, comme le dit saint Jean (1Jn 3) "où le Fils de Dieu paraîtra : alors nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est". Donc, cette révélation du Christ Roi nous rendra semblables à lui, c’est-à-dire dans la pure vérité de notre être.

La vérité pour nous, qui en avons reconnu le visage et qui l’aimons, c’est encore être serviteur des autres, c’est leur faciliter l’accès au salut, au Royaume : telle est l’essence de toute mission qui peut se concrétiser, bien sûr, de mille et une manières et en particulier dans nos lieux de travail. Il y a des contextes de travail qui incitent en effet à tricher, à mentir, à être injustes. Ces systèmes-là rendent beaucoup plus difficiles l’accès au Royaume. D’autres systèmes, au contraire, s’attachent à déblayer les obstacles : la doctrine sociale de l’Eglise répond à cette finalité, elle ne se trompe pas d’objectif.

Cette fête du Christ Roi pose donc avec insistance cette question de notre libre acceptation, ou de notre non acceptation de la royauté du Christ. C’est une question qui pointe, bien évidemment, sur les fins dernières puisque c’est la question fondamentale posée à l’homme, tout comme elle a été posée aux anges qui, eux, ont dû y répondre immédiatement dans une parfaite lucidité sans commune mesure avec la nôtre. Mais, dans le régime naturel, la connaissance de la miséricorde de Dieu a été réservée à l’homme et non aux Anges. C'est pourquoi du temps nous est donné pour répondre, pour purifier notre "oui" ou notre "non" : Jésus ne ce serait pas fait homme et n’aurait pas subi tout ce qu’il a subi si cette question n’avait été cruciale. Car si nous croyons vraiment à la grandeur de l’homme et à sa liberté, il est exclus de faire comme si la possibilité de se perdre n’existait pas.

Tout chrétien digne de ce nom, à l’exemple de saint Bernard, devrait être saisi par cette angoisse de voir que certains font de leur vie un chemin de rejet voulu et permanent des autres et de Dieu. Ce thème de l’endurcissement du cœur parcourt toute la Bible et culmine dans le Nouveau Testament quand Jésus en subit les conséquences.

Nous voici donc arrivés au terme de cette année liturgique, fête après fête. Nous pouvons demander au Seigneur de nous faire voir comment nous l’avons vécue en vérité et comment nous voudrions vivre celle qui s’annonce déjà comme une aube pleine de promesses. Notre liturgie n’est pas un cycle qui se répète indéfiniment, toute chose étant programmée d’avance. Nous ne sommes pas prisonniers d’une boucle temporelle. Au contraire, pour nous, le temps est orienté et son axe ne se parcourt que dans un sens, sans retour en arrière.

En fait ce mouvement est hélicoïdal, à la fois dirigé vers l’avant et circulaire. Nous en faisons l’expérience dans notre vie : tant qu’un problème n’est pas réglé en profondeur , tant qu’une décision n’est pas vraiment prise, tant que nous trichons avec nous-mêmes, le Seigneur nous fait revivre des expériences de même nature qui ont le goût du "déjà vu" et qui se terminent mal : échecs affectifs ou professionnels, humiliations et autres épreuves.

L’année liturgique qui se répète à l’identique, dans sa forme, tous les douze mois, nous sert de guide : la lumière qui est donnée à chaque fête est la même mais ses effets peuvent être extrêmement différents d’une année à l’autre. Car, entre temps, des zones non évangélisées de notre âme se sont révélées, sont remontées à la surface pour, qu’enfin, la vérité puisse être accueillie. Ce mouvement vers l’avant est très rassurant, pour deux raisons au moins :
- d’une part, parce qu’il donne sens à l’histoire humaine, qui, malgré les apparences, va vers son terme, son salut qui n’est pas de ce monde : la fête du Christ Roi en est l’expression la plus condensée,
- d’autre part, parce que ce mouvement nous permet de goûter la miséricorde de Dieu. Si nous avions la possibilité de revenir en arrière pour ne pas commettre tel péché, nous irions, inévitablement, vers une non existence puisqu’il faudrait remonter de proche en proche toute la chaîne des péchés commis dans notre vie pour ne pas commettre le premier. Et ne soyons pas dans l’illusion quant à une innocence première car, nous rappelle le psaume 50 : "J’étais pécheur dès le sein de ma mère".

Vouloir revenir sur son passé c’est, pour le dire autrement, renier ce qu’a été notre liberté à un moment donné de notre vie et c’est croire que la miséricorde de Dieu a des limites. C’est entrer, donc, dans l’attitude de Judas qui se condamne lui-même. Il est peut-être des êtres qui restent ainsi comme fascinés par la démesure leur péché : Dieu n’a plus qu’à s’incliner. Ainsi, la grande vertu de la confession est de reconnaître le mal qu’on a pu faire et de reconnaître, simultanément, le pardon illimité que le Seigneur nous offre. Rien donc, et pas même le péché le plus grand, ne devrait nous faire regretter d’être né. Car tout homme contrit peut entrer, même en claudiquant, dans ce Royaume que Jésus nous ouvre aujourd’hui. Rendons grâce au bon larron d’avoir voulu être le premier sujet de ce Royaume. Sa croix était aussi le trône de sa gloire, le lieu qui lui a permis d’entrer dans la gratitude éternelle, la joie sans fin. P. Jean-Claude Hanus

• Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?

Le Ciel

Frères et sœurs, que faisons-nous de notre pouvoir ? Chacun d’entre nous a du pouvoir : sur soi-même, sur la création, sur les autres… dans son entreprise, dans la société, dans sa famille… Même les enfants ont du pouvoir sur leurs petits frères et sœurs. Usons-nous de ce pouvoir pour le bien des autres, ou pour notre propre intérêt ?

Aujourd’hui, nous célébrons le Christ, roi de l’univers. La royauté, par essence, signifie la possession d’un pouvoir sur les autres. Alors, si le Christ a ce pouvoir sur le monde, pourquoi laisse-t-il le mal le ravager ? Est-ce par faiblesse ou par manque d’amour qu’il laisse Satan, celui qu’il appelle dans l’évangile le prince de ce monde, maltraiter ses frères les hommes ?

Pour le comprendre, il faut distinguer deux étapes dans la royauté du Christ. La première a commencé il y a 2000 ans, lorsque le Fils de Dieu s’est incarné et a donné sa vie pour nous. La seconde commencera au jour de son retour, lorsqu’il reviendra dans la gloire. La première étape était dans l’humilité, la seconde sera dans la gloire. Sa divinité était voilée, elle sera manifeste. Il était venu pour nous sauver, il reviendra pour nous juger. Son règne a donc déjà commencé, il est au milieu de nous (cf. Lc 17,21), mais nous pouvons ne pas le voir. Lors de son retour, en revanche, qui ressemblera à la tombée de l’éclair qui illumine l’horizon d’un bout à l’autre (cf. Lc 17,24), son règne sera établi définitivement, sans plus aucun mal ni souffrance. D’ici là, son règne va-t-il s’étendre, devenir de plus en plus puissant, ou va-t-il diminuer comme une peau de chagrin ? Cette question, Jésus lui-même l’a posée : "Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?" (Lc 18, 8). La réponse dépend de nous. Voulons-nous collaborer à l’avènement du Règne de Dieu ? Sommes-nous prêts à lutter avec le Christ contre les forces du mal ? Par notre baptême, nous sommes devenus prêtres, prophètes et rois. Le roi, par définition, c’est celui qui possède un pouvoir et qui s’en sert, soit pour se faire servir par les autres, soit pour les servir. Combien de rois, dans la Bible et dans l’histoire humaine, ont mérité le titre de tyrans ou de dictateurs ? Le Christ, lui, a refusé le règne facile que Satan lui proposait dans le désert. Il a dit : "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude." (Mt 20, 28) Nous allons voir que la royauté du Christ signifie un service à triple dimension : offrir des gestes, offrir des paroles, offrir sa vie. Nous comprendrons chacun de ces aspects à travers la vie du Christ lui-même, mais aussi de celle de saint Louis, un roi qui a cherché à régner selon l’Evangile.

Pour commencer, régner avec le Christ signifie agir pour le bien des autres. L’an dernier, lors de cette même solennité, nous avons entendu le chapitre 25 de Matthieu. Lorsque le "Roi" jugera les hommes, il dira aux uns : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi !" (Mt 25, 34 36) Et il dira aux autres : "Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas habillé ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité." (Mt 25, 41 43) Celui qui nous jugera après notre mort est donc aussi celui qui fait appel à notre miséricorde aujourd’hui. Lorsque nous le servons dans notre prochain qui a besoin de nous, nous contribuons à développer son Règne. Songeons à saint Louis, qui invitait des pauvres à sa table et qui les servait lui-même… Et nous, que faisons-nous pour servir nos frères ? Savons-nous prendre sur notre temps et sur notre énergie pour eux ?

En second lieu, régner avec le Christ signifie témoigner de la Vérité. C’est ce sens, qui correspond à la mission des prophètes, qui est mis en valeur par l’évangile de ce dimanche. Lorsque Pilate, qui cherche un motif de condamnation, lui demande : "Alors, tu es roi ?" Jésus répond : "C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité". Et il ajoute : "Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix" (Jn 18,37). Cela signifie que pour régner avec le Christ, il faut d’abord l’écouter, pour pouvoir ensuite témoigner de la Vérité. Cette Vérité n’est pas abstraite, elle n’est pas un ensemble de concepts, elle est une Personne, le Christ lui-même, qui a dit : "Je suis le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14,6). Et c’est dans les Ecritures que nous apprenons à le connaître. Le chrétien est donc appelé à accueillir et à proclamer la Parole de Dieu, à temps et à contretemps. C’est ce qu’ont fait les prophètes, dont la mission était de rappeler sans cesse la Loi à leurs contemporains. C’est aussi ce qu’a fait saint Louis, qui a cherché à édicter des lois en conformité avec l’Evangile, et qui les faisait appliquer en rendant la justice dans le bois de Vincennes. Et nous, savons-nous témoigner de notre Foi ? Osons-nous faire connaître les préceptes de l’Evangile et de l’Eglise à ceux que nous côtoyons ?

Troisièmement, régner avec le Christ signifie offrir sa vie en sacrifice. Ce sens correspond à la mission du prêtre, qui était chargé d’offrir des végétaux, des animaux ou même des êtres humains dans certaines cultures. Le Seigneur ne nous demande pas cela, mais d’offrir nos propres vies, comme nous l’avons dit il y a deux semaines en commentant l’évangile de la pauvre veuve. Plus le Christ se rapproche de sa mort, plus sa royauté se manifeste aux yeux de la Foi. Et c’est sur la Croix que, paradoxalement, elle devient éclatante. Les artistes du Moyen-âge l’avaient bien compris, eux qui aimaient représenter le Christ en croix avec une couronne sur la tête. Parmi les évangélistes, c’est saint Jean qui a le mieux mis en valeur cet aspect de la royauté de Jésus. A la fin de l’évangile, il semble que Pilate lui-même a pu la reconnaître. Lorsque des Juifs lui reprochent d’avoir inscrit au-dessus de la croix "le Roi des Juifs" et non "Cet homme a dit : Je suis le Roi des Juifs", il répond : "Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit" (Jn 19,21-22). Saint Louis, lui aussi, a su accomplir des sacrifices, en particulier lorsqu’il a abandonné son Royaume pour se croiser. Pour défendre les intérêts du Christ, il alla jusqu’à risquer sa vie, et c’est bien d’ailleurs la mort qui l’attendait lors de sa deuxième croisade… Et nous, accomplissons-nous joyeusement de petits sacrifices pour Dieu ou pour nos proches ? Serions-nous capables d’aller jusqu’à donner nos vies ?

Ainsi, frères et sœurs, le Christ-roi a servi les hommes par ses gestes, par ses paroles et finalement par sa vie. Il a ainsi parfaitement accompli sa triple mission royale, prophétique et sacerdotale. Saint Louis, lui aussi, a su mettre son pouvoir au service de son peuple. Et nous-mêmes, que faisons-nous de notre pouvoir ? Chacun d’entre nous en possède : dans son entreprise, dans la société, dans sa famille… Même les enfants ont du pouvoir sur leurs petits frères et sœurs. Mercredi prochain, la conférence du Père Delort-Laval sur l’Eucharistie nous aidera à mieux prendre conscience de la dimension communautaire de notre triple vocation. Cette semaine, cherchons comment nous pouvons servir nos frères le mieux possible. Un jour, le Roi de l’univers nous en félicitera en nous disant : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde". Amen. P. Arnaud Duban

15 nov. 2009 : 33ème dimanche du T.O. (Mc 13, 24-32)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : "En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s'obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel. Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l'été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père."

L'homélie

• Délivre-nous du mal

"Délivre-nous du mal". Frères et sœurs, cette demande que nous faisons si souvent à Dieu, à chaque fois que nous récitons le Notre Père, nous pouvons la refaire aujourd’hui avec une intensité particulière. Devant le mal qui semble parfois se déchaîner dans le monde, et peut-être dans nos propres vies, nous pouvons être tentés de désespérer. Dieu est-Il vraiment tout-puissant ? Son Amour va-t-il vraiment triompher de la haine ? Et si oui, quand sa victoire adviendra-t-elle ? Le Christ va nous répondre. Dans un premier temps, il va conforter notre Espérance : oui, le mal finira par être vaincu, et le Royaume de Dieu adviendra enfin. Dans un second temps, il va nous inviter à la conversion: seul Dieu connaît le moment de la fin, ce qui signifie que nous devons être sans cesse prêts à rencontrer Celui qui nous jugera.

Pour commencer, le Christ conforte notre Espérance. Il le fait à l’aide d’un langage apocalyptique. Dans le langage courant, le mot "apocalypse" est synonyme de catastrophe. Dans la bible, son sens est diamétralement opposé : issu du verbe grec "apocaluptô" (lever un coin du voile), il signifie "révélation". De quoi s’agit-il ? De la révélation d’un Dieu tout-puissant d’Amour, qui viendra un jour vaincre définitivement le mal. Toutes les images employées traduisent l’idée d’un bouleversement. L’obscurcissement du soleil et de la lune et la chute des étoiles signifient que le monde tel que nous le connaissons disparaîtra. Mais cela ne doit pas nous effrayer, car alors viendra le Fils de l’homme, c’est-à-dire le Fils de Dieu lui-même, non plus dans l’humilité d’une crèche, mais dans la gloire des nuées. Il établira alors définitivement son Règne de justice et de paix dont il a jeté les graines il y a 2000 ans. Nous devons donc attendre cet événement non dans l’angoisse, comme si un hiver glacial devait survenir un jour, mais dans l’Espérance, comme lorsque nous voyons les branches du figuier devenir tendres et ses feuilles sortir, annonçant l’été.

Ainsi, le Christ suscite en nous l’Espérance, car il reviendra pour triompher du mal. En même temps, cependant, il nous appelle à la conversion. En effet, son retour correspondra à un jugement. Or, soyons lucides, le mal dont nous souffrons ne vient pas seulement de l’extérieur. Parfois, il nous arrive de le commettre nous-mêmes. Jésus se contente ici de déclarer : "Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel" (Mc 13,27). Mais le livre de Daniel, que nous avons entendu en 1ère lecture, affirmait : "Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s'éveilleront : les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles" (Dn 12,2). Jésus lui aussi, à de nombreuses reprises, a évoqué l’existence de l’enfer. Souvenons-nous notamment du chapitre 25 de l’évangile de saint Matthieu : "Alors le Roi dira à ceux de gauche : allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire…" (Mt 25, 41 42) L’enfer n’est pas la punition d’un Dieu cruel, mais la liberté qu’Il laisse à l’homme de le rejeter plutôt que de l’accueillir, de choisir le mal plutôt que le bien. L’enfer n’est qu’une des facettes de l’Amour de Dieu, qui ne peut forcer l’autre à l’aimer en retour.

Et nous-mêmes, frères et sœurs, sommes-nous prêts à rencontrer Dieu ? Et si nous mourions ce soir ? Cette pensée n’est pas morbide, au contraire. La mort sera pour chacun d’entre nous le moment du jugement de Dieu. Si nous vivons dans l’Espérance de la rencontre avec Dieu, si nous donnons à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif, nous pouvons être confiants que Dieu nous comptera parmi ses élus, et que nous brillerons comme la splendeur du firmament, resplendissant comme les étoiles dans les siècles des siècles (cf Dn 12,3). Oui, l’été de Dieu est proche, car tout ce qui se passe autour de nous manifeste que les derniers temps annoncés par le Christ sont déjà là, ils sont là depuis sa mort et sa résurrection. Alors, soyons pleins d’Espérance, et convertissons-nous. Cette semaine, pourquoi ne pas choisir une action concrète pour lutter contre un mal qui fait ses ravages autour de nous ? Par exemple, pourquoi ne pas envoyer un SMS, un mail ou une lettre à une personne que nous savons dans l’épreuve, pour la réconforter ? Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort. P. Arnaud Duban

8 nov. 2009 : 32ème dimanche du T.O. (Mc 12, 38-44)

Dans son enseignement, Jésus disait : "Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés." Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes. Jésus s'adressa à ses disciples : "Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre."

L'homélie

• Offrir sa vie en sacrifice ?

Frères et sœurs, quelle était la première béatitude dans l’évangile de la Toussaint que nous avons entendu dimanche dernier ? Bravo à ceux qui s’en souviennent. La première béatitude, c’est : "Heureux les pauvres de cœur" (Mt 5,11). Elle est placée en premier parce qu’elle est la porte d’entrée pour le Royaume dans lequel toutes les autres béatitudes pourront être vécues : "Heureux les pauvres de cœur, le Royaume de Dieu est à eux". Qui sont les pauvres de cœur ? Ce ne sont pas les méchants, ceux qui n’ont pas de cœur, comme une jeune de l’aumônerie me l’a dit récemment. Ce sont ceux qui réalisent que tout ce qu’ils possèdent, et même tout ce qu’ils sont, vient de Dieu. Ils sont conscients que toutes leurs richesses sont des dons qu’ils ont reçus. Même si j’ai contribué par mes efforts à acquérir ces richesses, je n’ai pu le faire que grâce à mon corps, mon intelligence, ma volonté, ma mémoire, toutes mes facultés que j’ai reçues du Seigneur. Les textes de ce dimanche nous présentent deux femmes pauvres de cœur. En prenant appui sur elles, réfléchissons sur la pauvreté de cœur, et sur la façon de l’acquérir. Nous allons voir qu’elle repose sur trois piliers, qui sont les trois vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité.

Pour commencer, la pauvreté de cœur repose sur la Foi. En hébreu, l’expression "je crois", le mot "amen" que nous disons si souvent, a la même racine que le mot "rocher". Lorsque je dis "amen"ou "je crois", je m’appuie sur un rocher inébranlable, Dieu lui-même. Nous l’avons dit tout à l’heure en récitant le psaume : "Heureux qui s'appuie sur le Dieu de Jacob, qui met son espoir dans le Seigneur son Dieu, lui qui a fait le ciel et la terre. Il garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain" (Ps 145). Oui, celui qui s’appuie sur Dieu n’a rien à craindre. La veuve de Sarepta utilise le reste de sa farine et de son huile pour faire une galette pour le prophète Elie. La veuve de l’Evangile donne tout ce qu’elle possède pour embellir le Temple. Ces deux femmes prennent donc le risque de mourir. Mais il ne s’agit pas de suicides : toutes deux croient que Dieu ne les abandonnera pas, elles Lui font confiance.

Ensuite, la pauvreté de cœur repose sur l’Espérance. La seconde des trois vertus théologales est comme le moteur de notre existence. Elle consiste à espérer que Dieu nous offrira le Ciel, ainsi que les grâces pour le mériter. Sans elle, nous ne pouvons plus avancer. Grâce à elle, nous sommes capables de supporter les épreuves parce que nous savons qu’elles sont des passages vers davantage de vie et de bonheur. Si le Christ a pu endurer sa Passion, c’est parce qu’il savait qu’il allait rejoindre son Père. Comme l’écrit l’auteur de l’épître aux hébreux que nous avons entendu dans la seconde lecture, il s’est offert en sacrifice afin de détruire définitivement le péché et d’entrer dans le Ciel même. De même, la veuve de Sarepta et celle de l’Evangile espèrent certainement rejoindre Dieu après leur mort. Plus modestement, la première espère la tombée de la pluie, qui viendra mettre enfin un terme à la sécheresse qui sévit dans son pays. La seconde espère que son offrande, si petite soit elle, permettra d’embellir le Temple.

Enfin, la pauvreté de cœur repose sur la Charité. L’Amour est à la fois la source et le sommet de notre existence. C’est parce que j’aime le Seigneur que je reconnais que j’ai tout reçu de Lui, et que je suis prêt à tout lui offrir, et à le servir dans mon prochain. Si le Christ a donné sa vie sur la croix, c’est par amour de son Père, et par amour des hommes qu’il voulait sauver. La veuve de Sarepta cuit la galette de pain pour Elie qui le lui demande, à la fois parce qu’elle reconnaît en lui un envoyé de Dieu, mais aussi parce qu’elle ne veut pas que cet homme meure de faim. La veuve de l’Evangile, elle aussi, dépose ses deux piécettes par amour non pas tant du monument lui-même que de Celui qui en est l’hôte.

Ainsi, la pauvreté de cœur repose sur les trois vertus théologales. En même temps, elle les fait grandir. Parce que je suis conscient que j’ai tout reçu de Dieu, je peux lui faire une confiance totale, tout espérer de lui, et l ’aimer de tout mon cœur. En un mot, je peux lui offrir ma vie en sacrifice. Pour bien comprendre le sens de ce mot magnifique et pourtant tellement dévalorisé, je vous invite à méditer sur l’édito.

Offrir sa vie en sacrifice n’implique pas de faire des choses extraordinaires. Les veuves de Sarepta et de l’Evangile, aux yeux du monde, n’ont rien fait qui mérite de passer dans les magazines. Donner une galette ou deux piécettes, n’est-ce pas dérisoire ? Mais aux yeux de Dieu, ce qu’elles ont fait était admirable. Comme le Christ, elles ont tout donné, sans que le monde s’en aperçoive. Un proverbe dit : "le bruit ne fait pas de bien, et le bien ne fait pas de bruit". La sainteté ne consiste donc pas à faire des choses extraordinaires, mais à faire toutes les choses ordinaires avec Foi, Espérance et Amour

Cette semaine, frères et sœurs, je vous propose de choisir un sacrifice à accomplir. Que puis-je faire avec Foi, Espérance et Amour, pour le Seigneur et pour mon prochain ? Voici une suggestion : jeudi prochain, un enseignement sur le baptême vous sera proposé, non par un grand théologien, mais par des étudiants et de jeunes professionnels. Comme les veuves de Sarepta et de l’Evangile, ils se sont donnés pleinement pour préparer leur exposé, mais cela peut passer inaperçu. Lors de la première séance de ce cycle sur les sacrements, une quinzaine de personnes seulement étaient venus les écouter. Sommes-nous capables de faire ce petit sacrifice qui consiste à prendre une heure de notre temps précieux pour mieux comprendre le sens de notre condition de baptisés ? Soyons sûrs que notre acte ne passera pas inaperçu aux yeux du Seigneur, et que nous pourrons savourer le bonheur des pauvres de cœur. P. Arnaud Duban

1er nov. 2009 : la Toussaint (Mt 5, 1-12)

Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait : "Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde ! Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu ! Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux !"

L'homélie

• La "règle" des cieux

Sermon sur la Montagne

La Toussaint est un jour de très grande fête puisqu’on fait mémoire, ce jour-là de tous ceux qui vivent maintenant en Dieu, qui partagent son bonheur d’être Dieu. Et ils sont des milliards et des milliards à connaître ce bonheur : ce sont tous les saints.

Pas seulement les saints du calendrier mais aussi ceux de nos familles qui ont reconnu en Dieu leur bonheur, qui ont reconnu en Dieu celui qui était le seul à pouvoir combler leur soif de vie et d’amour. L’amour qui est finalement la seule vérité qui vaille la peine d’être vécue jusqu’au bout malgré les souffrances de tous ordres que nous pouvons connaître sur cette terre : maladie, grand âge, ruptures... Mais ces voies joyeuses ou douloureuses nous conduisent, de toute façon, à rencontrer notre créateur, à entrer dans la gloire.

En choisissant l' évangile des Béatitudes pour cette fête de la Toussaint, l’Eglise nous invite à refuser le désespoir et à dépasser toutes nos souffrances pour ouvrir notre cœur à l’Espérance, à cette question du bonheur. Le chrétien sait voir – ou en tout cas apprend à voir – l’au-delà de la croix : le chrétien, comme tout homme, est appelé à connaître aussi la tristesse des séparations, des deuils mais en lui, plus profondément que cette souffrance, il y a cette joie de savoir que celui ou celle qui le quitte trouve enfin le bonheur éternel dans le monde sans limite de la résurrection, dans le monde de Jésus, de Marie, de tous les saints.

Jésus livre ce message des Béatitudes, cet enseignement, après avoir gravi une montagne : cet enseignement est donc une révélation particulière, de "haut niveau" pourrait-on dire. La montagne c’est le lieu privilégié où Jésus entre en contact intime avec son Père ; c’est aussi le lieu de la Transfiguration. Et puis cet enseignement n’est pas destiné aux foules : Jésus s’adresse aux disciples qui s’approchent de lui pour l’écouter et pour vivre déjà de sa vie. Par le baptême nous sommes de ceux-là. Cet enseignement n’est pas de ce monde et pourtant il est donné en ce monde à ceux qui y sont plongés.

Il a pour but de faire toucher les réalités de cet autre univers qu’est le Royaume de Dieu. Cet autre monde c’est celui que nous fêtons aujourd’hui : ce n’est pas seulement le monde d’après la mort, c’est ce monde dont nous faisons partie aujourd’hui même et qu’il nous est donné d’expérimenter dans la foi. Et c’est dans ce contenant contenu – il est au milieu de nous – que nous sommes heureux et que nous pouvons comprendre ces Béatitudes énoncées par Jésus.

Si nous ne vivons pas en union avec lui, ces Béatitudes resteront incompréhensibles ou donneront lieu à des contresens. Par exemple, quand Jésus dit "heureux les affamés et les assoiffés de justice car ils seront rassasiés". En effet, si nous en restons à l’idée qu’une vraie justice rendue sur terre nous rassasiera nous sommes dans l’erreur. La justice dont parle Jésus est ajustement à la volonté de Dieu. Car cet ajustement est la source même de notre unité intérieure, unité intérieures qui nous rend profondément heureux. On en fait parfois l’expérience fugitive à certaines occasions, quand le coeur est ouvert à la grâce (après une confession par exemple) : tout, alors, paraît harmonieux, lumineux, à sa juste place. C’est un profond repos en Dieu.

Dans cet évangile les premiers que Jésus déclare bienheureux ce sont "les pauvres de cœur" ; qu’on peut encore se traduire par "les humbles de cœur". De cette première béatitude dérivent toutes les autres, elle est comme leur condition d’existence.

Il est donc important de méditer sur cette pauvreté dont parle Jésus car le terme même de pauvreté peut être mal interprété. Jésus n’a fait ni l’éloge de la souffrance, ni l’éloge de la misère ni encore l’éloge de la résignation : au contraire, il est venu sur terre pour remettre l’homme debout, pour le guérir, pour le sauver de ce qui l’entraîne vers la mort. Le sens juste de cette pauvreté est à rechercher dans les profondeurs mêmes de la Trinité, de ce Dieu en trois personnes qui est le vrai Dieu – et pas simplement le Dieu des chrétiens !

Au cœur de cette Trinité, le Fils est pauvre devant le Père car il reçoit tout de lui et le communique aux hommes : il leur donne le ciel, c’est-à-dire sa propre vie de fils. En s’incarnant le Christ accepte donc de vivre un dépouillement inimaginable. Ce Seigneur Jésus Christ, nous dit Saint Paul, "qui, de riche qu'il était, pour vous s'est fait pauvre afin de vous enrichir par sa pauvreté".

Cette pauvreté que le Christ a librement choisie, nous a donc donné accès au Ciel, à la Terre promise, alors que dès l’origine l’homme a eu cette prétention de pouvoir se passer de Dieu. Comme si le sarment pouvait se passer de la vigne ! Le premier pauvre à regarder c’est donc Jésus. Il est pauvre parce que, sur terre, il s’est laissé guider par l’Esprit Saint ; il a vécu entièrement tourné vers le Père, ce Père qui veut que tout homme soit sauvé.

C’est donc essentiellement à cette docilité à l’Esprit Saint que nous sommes appelés : il sait nous dépouiller de ce qui entrave notre marche vers le ciel. Il nous conduit au bonheur. Tous ceux qui nous ont précédés ont découvert au ciel leur vraie beauté, cette beauté dont ils ne savaient rien – ou si peu – juste avant d’être baignés par la lumière du Christ. P. Jean-Claude Hanus

25 oct . 2009 : 30ème dimanche du T.O. (Mc 10, 46b-52)

Tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route. Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : "Jésus, fils de David, aie pitié de moi !" Beaucoup de gens l'interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : "Fils de David, aie pitié de moi !" Jésus s'arrête et dit : "Appelez-le." On appelle donc l'aveugle, et on lui dit : "Confiance, lève-toi ; il t'appelle." L'aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Jésus lui dit : "Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Rabbouni, que je voie." Et Jésus lui dit : "Va, ta foi t'a sauvé." Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route.

L'homélie

• Ne pas céder sur le désir

Bartimée

Sous deux aspects, nous pouvons nous sentir proches de cet aveugle : notre cécité nous immobilise souvent au bord de la route et nous fait vivre en indigent, à côté de la vie. Et, comme Bartimée, nous sommes venus ici – à cette messe, sur ce site... – en espérant une vraie rencontre avec Jésus et peut-être une guérison.

Beaucoup ont entendu parler du Christ et certains, à l’exemple de Bartimée, essayent à un moment donné de leur existence, de se trouver là où Jésus a des chances de passer : à l’église ou, peut-être, à l’occasion d’une retraite décidée quand on a pris conscience de ces ténèbres persistantes qui empêchent de voir clair, quand on ne sait plus comment orienter sa vie. Ceux-là vont donc créer, en quelque sorte, les conditions favorables pour une rencontre.

Cet évangile nous montre cependant qu’une telle initiative personnelle n’est pas toujours suffisante et que des obstacles vont surgir. Tout comme pour les péchés, ces obstacles sont liés à nos trois dimensions relationnelles : relation aux autres, à soi et à Dieu.

Ce sont donc, d’abord, ceux qui entourent Jésus qui vont faire obstacle à Bartimée : ils veulent le faire taire, l’empêcher de formuler sa demande. De nos jours, y a-t-il encore des proches de Jésus qui font obstacle à la rencontre ? A défaut de réponse immédiate, cette question mérite quand même d’être posée...

L’autre obstacle c’est la cécité elle-même, propre à l’intéressé, qui empêche de trouver tout seul son chemin vers Jésus. Les ténèbres dans lesquelles vivent certains sont pleines de fausses lumières et de naufrageurs. Alors, à qui se fier ?

Enfin, le troisième et dernier obstacle que rencontre Bartimée c’est Jésus lui-même et ce n’est pas le moindre. Jésus est un obstacle en ce sens qu’il oblige, une toute dernière fois, Bartimée à exprimer son désir vital et donc à faire la vérité en lui. Cela peut être angoissant et, en tout cas, demande de l’humilité.

Ce désir-là existe en chacun de nous parce que Dieu le dépose dans l' âme dès qu’il la crée. Mais, si ce désir n’est pas repérable, le sens d’une vie se perd et la vie s’exténue, de désir illusoire en désir illusoire : l’âme reste sur sa soif. Comment ne pas penser à la Samaritaine qui rencontre Jésus au bord du puits ?

Notre aveugle, malgré cela, ne se décourage pas : les contradictions qu’il vit lui font prendre conscience qu’il doit crier encore plus fort. Tel est, peut-être, le sens profond des obstacles que nous rencontrons également à tous les niveaux et, évidemment, au niveau spirituel. Un jour, dans notre existence, une croix nous barre la route alors que tout semblait bien aller, ou que tel ou tel projet séduisant était déjà bien avancé.

Ces obstacles obligent à faire des choix catégoriques, à interpeller Dieu de toutes ses forces et à attendre le salut de lui seul, à travers Jésus. L’homme se confond alors avec son cri qui devient pure parole d’Espérance. Comment Dieu  pourrait-il résister ?

La question que Jésus pose à Bartimée "Que veux-tu que je fasse pour toi ?", est une question dont Dieu a l’habitude. Il la posera à Salomon, par exemple. Celui-ci demandera au Seigneur "un cœur qui écoute" : tel était le vrai désir du jeune Salomon, qui a été exaucé par le don d’une sagesse légendaire. Ce désir était sa vocation.

Jésus posera également cette question aux fils de Zébédée – c’était l’évangile de la semaine dernière : "Que voulez-vous que je fasse pour vous ?" (Mc 10,35). Jacques et Jean rêvaient de siéger à la droite et à la gauche du Christ dans son Royaume. Mais en saint Matthieu  (Mt 20,21) c’est leur mère qui exprime ce désir, à leur place : cela doit nous alerter. Jacques et Jean, avant d’être évangélisés – et ils l’ont été en passant par la croix – ne sont que les porteurs du désir de leur mère. C’est peut-être pour cette raison que Jésus leur dira qu’ils ne savent pas ce qu’ils demandent parce qu’ils demandent pour eux-mêmes quelque chose qui ne vient pas d’eux : ils se trompent de désir et donc de but. Jésus les obligera à retourner à la réalité, c’est-à-dire à la croix qui se profile, à cetet croix qui les révèlera à eux-mêmes..

Nous sommes peut-être dans leur cas : par peur de perdre l’amour de ceux qui ont été des figures tutélaires pour nous – la mère, le père et d’autres encore – nous faisons nôtre leur désir en nous reniant. Oserons-nous comme Bartimée, à un moment décisif de notre vie, rejeter ce manteau qui représente notre fausse personnalité, ce faux moi qui nous aveugle ou nous masque ? Pour se trouver il faut donc perdre quelque chose, voire quelqu’un.

Il est donc nécessaire que chacun entende pour lui-même cette question de Jésus : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?". Et y réponde avant toute autre chose. Car l’homme psychique, l’homme non converti, n’a aucune envie d’écouter ce que lui demande Jésus parce que, au fond de lui, il sait que se joue la question cruciale, voire crucifiante, de sa dépendance vis-à-vis de Dieu.

Pour cette raison il faut se méfier de la générosité naturelle car elle a vite fait de renverser les rapports de la créature à son créateur. Et, nous le savons bien, beaucoup posent cette question à Jésus : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" : mais ceux-là ne savent pas non plus ce qu’ils demandent. C’est la grande différence qui existe entre travailler pour Dieu et travailler aux œuvres de Dieu.

Quand on travaille pour Dieu on peut y mettre pas mal de volonté propre, d’orgueil, de recherche de soi. En revanche, quand on travaille aux œuvres de Dieu, on est obligé d’entrer dans l’humilité de Pierre, à qui le Seigneur ressuscité dira : "quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas" (Jn 21,18).

Voilà donc Bartimée dont le désir impérieux – ce désir de voir – peut s’exprimer enfin dans toute sa vérité et dans cette certitude d’être totalement accueilli par le Christ. Bartimée qui bondit alors est comme ressuscité : le manteau qu’il jette, c’est toute son ancienne vie dont il se sépare pour suivre Jésus, pour participer à son œuvre de libération, à son œuvre de salut.

Le problème, et non des moindres, reste que tous ne sont pas comme Bartimée : certains sont aveugles et ne le voient pas. Ne pas voir qu’on est aveugle ce n’est pas illogique, c’est même très cohérent.

Qui sont-ils donc, ceux-là ? Saint Jean nous éclaire : "Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure." (Jn 9,41) Le péché, dans ce cas, consiste donc à se prétendre dans la lumière, c’est-à-dire à s’auto-justifier, à ne pas accepter que la lumière puisse venir d’un autre et que cette lumière puisse juger.

Bartimée c’est l’image de ce que tout chrétien devrait être : d’abord un homme qui croit sans voir, qui a les yeux de la foi. Et qui a le désir chevillé au corps, ou à l’âme, que se déchire le voile le séparant de la pleine vision pour que, la foi et l’espérance ayant disparu, ne reste plus que la charité parfaite à vivre dans une éternelle gratitude pour celui qui appelle tout homme à la lumière.

Rendons grâce à Bartimée d’avoir crié assez fort pour être entendu aujourd’hui et demain encore, jusqu’à la fin des temps. Bartimée et d’autres, passent ainsi leur ciel à faire du bien sur la terre. On se souvient d’eux sans les avoir connus. Ils nous redonnent sans cesse ce qu’ils ont reçu du Christ. A l’heure de notre mort ils nous seront familiers et nous attireront puissamment vers l’autre rive.

A quelques jours de la Toussaint prions à leurs intentions, et pour ceux qu’ils ont pour mission d’aider, nous-mêmes peut-être... P. Jean-Claude Hanus

18 oct . 2009 : dimanche de la Mission (Mc 10, 35-45)

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : "Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande." Il leur dit: "Que voudriez-vous que je fasse pour vous?" Ils lui répondirent : "Accorde-nous de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire." Jésus leur dit : "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ?" Ils lui disaient : "Nous le pouvons." Il répond : "La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées." Les dix autres avaient entendu, et ils s'indignaient contre Jacques et Jean. Jésus les appelle et leur dit : "Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous : car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude."

L'homélie

• Un sac vide ne peut rester debout

Envoi en mission

"Il est grand le mystère de la foi", telles sont les  paroles que nos proclamons lors de chaque eucharistie. Nous devons rendre témoignage courageusement de ce Mystère afin de comprendre chaque gestes et paroles du mystère pascal. Aller au cœur de la foi par le mystère pascal, c’est vivre notre foi dans une société qui de plus en plus perd ses valeurs. Il s’agit d’être des serviteurs à la manière du Christ. Permettez-moi de m’arrêter aujourd’hui sur le thème de notre année pastorale : l’Eucharistie source de la Mission.

L’Eucharistie : par ce sacrement, nous recevons la force d’approfondir notre foi et nous autoriser à entrer en communion avec le Christ et avec les uns et les autres. Saint Cyrille d’Alexandrie dit : "c’est en recevant l’Eucharistie que nous recevons la force de l’unité avec Dieu et les uns avec les autres. Ainsi, elle constitue le lieu par excellence de la naissance de l’Eglise, elle est mystère d’alliance et non un simple repas entre amis qui donne la force et la grâce de la mission". Alors ne faisons de notre participation à la messe un simple devoir ou un temps de sortie, un moment de convivialité, encore moins un cours facultatif. Elle est nécessaire à notre vie de baptisés, elle nourrit notre foi, consolide nos personnes devant les nombreuses propositions de notre société.

Dans mon dialecte serer, un proverbe dit : "o saccou yipeer, vagué guéno", c’est-à-dire : "un sac vide ne peut rester debout".

Ce proverbe dans sa signification, nous fait toucher du doigt l’importance et l’urgence, pour le chrétien, de se nourrir de l’eucharistie, d’en vivre car elle nous donne la force et les moyens d’être des missionnaires à l’instar des premières communautés chrétiennes. "L’Eucharistie édifie l’Eglise et l’Eglise fait l’Eucharistie" : cela pour dire que la mission de l’Eglise est au cœur de celle du Christ et puise toutes ses forces spirituelles de la communion à son Corps et à son Sang.

Par l’eucharistie, l‘Eglise grandit comme peuple, temple, famille de Dieu, et cela lui permet de mieux comprendre son caractère de sacrement universel de salut et de réalité visible. Par les paroles "ite, missa est" qui signifient comme nous l’a si bien rappelé notre curé dans Le Campanile de ce mois: "allez, vous êtes envoyés…", chacun doit se sentir envoyé comme missionnaires de l’eucharistie, pour diffuser partout ce qui est reçu. Celui qui rencontre le Christ ne peut pas ne pas aller proclamer par sa vie l’amour miséricordieux du rédempteur.

Ai-je le droit, comme chrétien, de garder ce que j’ai reçu pour moi seul, mes enfants, mon entreprise, mes proches ? Ai-je le droit de ne pas partager mes talents, mes charismes ? Ne suis-je pas de ceux-là qui font de leurs paroisses des lieux de repos, des lits ou des dortoirs pour dormir ?

Le pape Benoit XVI nous propose en cette année  comme thème : "les nations marcheront à sa lumière" (Ap 21, 24). Mais aider les nations à marcher dans la lumière du Christ n’est pas seulement le travail des prêtres, des diacres, des consacrés, des membres du Conseil que vous verrez tout a l’heure venir à l’autel pour réitérer leur engagement au service de Dieu et de la communauté, mais celui de tout baptisé : adulte, jeune fille et garçon, femme et homme. Chacun de nous est concerné, chacun de nous a sa place, chacun est prêtre, prophète et roi donc missionnaire, un envoyé.

Pour aider les nations à marcher dans cette lumières, nous, vos pasteurs, vous proposons des chemins pour nourrir votre foi, pour raviver votre identité chrétienne.

Ainsi nous sommes envoyés visiter nos frères et sœurs malades, accueillir nos frères à la messe, soutenir les familles en deuil dans les préparations des obsèques, donner la communion, participer à l’adoration eucharistique par les différentes missions que sont la liturgie et les sacrements, et celles de l’accueil en nous mettant au service de l’humilité et spécialement de ceux qui souffrent le plus.

Nous serons une communauté qui vit de l’eucharistie et est missionnaire en apportant la lumière du Christ a tous. Pour cela, il nous à été proposé les missions famille et jeunes dans toutes leurs activités diverses.

Pour apporter le Christ ou être missionnaire, c’est comme dit le pape Benoit XVI, contaminer d’espérance les autres à travers les diverses activités : solidarité, communication, art et culture et plus encore dans d’autres centre d’intérêts en partageant mes talents, mes charismes, mes compétences et ma disponibilité aux autres.

Porter la lumière du Christ aux autres, c’est être missionnaire au-delà de nos lieux habituels : aller plus loin, c’est la mission ad gentes. C’est être conscient que le peuple de Dieu ne s’arrête pas seulement à ma famille, à ma paroisse, d’où l’urgence d’aller ailleurs : hôpitaux, prisons, personnes solitaires, par la prière personnelle et communautaire, par mon travail, afin de répandre le royaume de Dieu dans des situations de persécutions par le témoignage, le martyre, les critiques ; porter sa croix, en étant lumière et parole de vie tous les jours.

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La célébration missionnaire de ce jour nous donne d’éclairer le chemin des hommes, nos frères, à la lumière de l’Evangile, pour qu’ils trouvent l’accomplissement de leur vie car une vie sans Dieu est une impasse. Alors chacun de nous devrait être habité par le désir et la passion de proposer la lumière du Christ dans son milieu de vie. Et ce par le témoignage de sa vie et de ses engagements au service des autres .Dans nos sociétés, on pense qu’il faut se servir et non servir, que l’on peut disposer, de manière inconsidérée, du bien qui appartient à tous au profit de ses seules aises… Le chrétien a l’audace de croire qu’il est plus grand de se mettre au service des autres en s’oubliant, de choisir le parti des plus pauvres et des plus marginalisés, de leur être solidaire et de réclamer justice pour eux. Voilà la manière, selon Dieu, de servir. Lui qui, en Jésus, est venu, non pour être servi mais pour servir et donner sa vie. Une façon pour le Christ de nous montrer que la logique du pouvoir doit laisser place à celle de l’amour qui est au service des autres.

La célébration de cette journée mondiale des missions nous invite et nous interpelle, et provoque à chercher les voies de la rencontre personnelle et communautaire de Jésus Christ. L’eucharistie nous donne de nous laisser transformer au plus intime de nous-mêmes par le Christ pour bâtir une Eglise, une paroisse : lieu de la mission. Levain de transformation de nos vies, de nos cultures, de nos sociétés et ferment d’un monde nouveau, telle est la mission de tout baptisé en Christ et elle nous oblige à la disponibilité à l’Esprit Saint et à son travail en vue des conversions nécessaires au témoignage. Célébrer l’eucharistie, comprendre l’eucharistie, vivre de l’eucharistie, voilà un triple objectif qui nous aidera personnellement et communautairement à approfondir notre foi et notre vie chrétienne en vue d’un engagement missionnaire de plus en plus résolu, grâce à la rencontre que nous faisons du Christ lumière des nations.

Nous, paroissiens de Notre-Dame d’Auteuil, marcherons à la lumière du Christ en étant serviteurs les uns les autres dans la communion avec le Christ, avec les hommes. Il s’agit d’oser vivre notre foi baptismale à l’instar des apôtres et des martyres. Il s’agit d’être des intendants de la consolation, de la paix, de la justice, de la louange, de la promotion humaine et du bonheur des peuples. Alors, ne soyons pas des amateurs de l’eucharistie mais des fous de celle-ci, des gourmands, des assoiffés de l’eucharistie !

Frère et sœurs, notre vie est donnée dans celle du Christ, jour après jour, dans la fidélité, dans la volonté d’améliorer le monde dans lequel nous vivons.

Etre missionnaire à Auteuil, en 2009-2010, ce n’est pas simplement être inscrit à l’Eglise, aller à la messe le dimanche, mais c’est aussi et surtout essayer d’être missionnaire tous les jours, dans chaque circonstance de la vie. P. François Ousmane Diouf

11 oct . 2009 : 28ème dimanche ordinaire (Mc 10, 17-30)

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : "Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" Jésus lui dit : "Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d'adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère." L'homme répondit : "Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse." Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer. Il lui dit : "Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi." Mais lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste, car il avait de grands biens. Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : "Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu !" Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : "Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu. Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu." De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : "Mais alors, qui peut être sauvé ?" Jésus les regarde et répond : "Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu." Pierre se mit à dire à Jésus : "Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre." Jésus déclara : "Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle..

L'homélie

• Se détacher des biens, s'attacher au Bien

"Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" (Mc 10, 17) Cette question du jeune homme riche est la question fondamentale que chacun de nous peut poser à Jésus : que dois-je faire pour vivre pleinement ? Quel bien dois-je accomplir pour trouver le bonheur ? Le Christ va nous répondre en nous indiquant un chemin à parcourir. Ce chemin a un but, c’est le Père ; des compagnons célestes pour nous guider, ce sont Moïse et surtout le Christ lui-même ; un aliment pour nous donner la force de le suivre, c’est la grâce ; une incitation à aller de l’avant, c’est la vie surabondante qui nous est promise le long du chemin.

Pour commencer, Jésus indique au jeune homme riche le but à atteindre : "Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul." (Mc 10, 18) L’homme ne peut trouver la vie éternelle, c’est-à-dire le bonheur, qu’en étant uni à Dieu, qui seul est bon. S’il ne lui est pas uni, il n’accomplira pas le véritable bien, et donc ne trouvera pas la plénitude la vie et du bonheur. Comme le dit le proverbe, "l’enfer est pavé de bonnes intentions". Il ne suffit pas de désirer faire le bien, il faut encore discerner le bon chemin qui nous y conduit. Pour le dire autrement, il ne s’agit pas tant de faire des choses pour Dieu, que de les faire "par lui, avec lui et en lui", comme nous le proclamons dans la doxologie avant le Notre Père.

Comment donc se rapprocher du Père, sans se tromper de chemin ? Deux guides peuvent nous y aider. Moïse, tout d’abord, qui a ramené du Sinaï les tables de la Loi, nous appelle à pratiquer les commandements. Jésus cite ceux de la seconde table, c’est-à-dire ceux qui concernent l’amour du prochain : "Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d'adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère ." (Mc 10, 19) Le dernier qu’il cite est traditionnellement considéré comme la charnière entre les deux tables, celui qui relie l’amour de Dieu et l’amour du prochain. En honorant mon père et ma mère, de qui j’ai reçu la vie, j’honore aussi l’auteur même de la vie.

Curieusement, Jésus s’arrête là. Il n’a pas encore explicitement cité les trois commandements de la première table, qui sont pourtant les plus importants. Cela donne l’occasion au jeune homme riche d’exprimer sa fierté : "Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse" (Mc 10, 20). C’est le moment d’aller plus loin, jusqu’à la première table, c’est-à-dire à l’amour de Dieu. Comme pour encourager le jeune homme, à qui il va demander de franchir le seuil ultime qu’il n’a pas encore franchi, Jésus pose son regard sur lui et se met à l’aimer. Non pas qu’il ne l’aimait pas déjà auparavant, mais il le lui manifeste d’une manière particulière. "Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi." (Mc 10, 21) Désormais, l’amour de Dieu passe par celui qui en est l’image, son Fils unique. Le jeune homme n’a jamais fait de tort à son prochain, mais il n’est pas encore parvenu à l’amour. Les commandements qu’il pratique lui ont donné un début de liberté, mais pas la liberté parfaite. La preuve, c’est qu’à ces mots, il devient sombre et tout triste, car il a de grands biens. Ce qui est mauvais, ce n’est pas la richesse, au contraire – on a raison de parler de "biens" – c’est l’attachement servile à ces biens. A ce moment-là, le jeune homme n’a pas été capable d’y renoncer pour saisir la chance de son existence et suivre celui qui pouvait lui donner la vie éternelle en le guidant vers le Père.

Nous connaissons maintenant le but du chemin et les guides qui nous proposent de les suivre pour nous y mener. Mais comment trouver la force intérieure pour oser le faire ? Suivre Moïse, oui, mais suivre le Christ, qui nous appelle à renoncer à toute richesse, cela n’est-il pas excessif ? Certes, le Christ n’appelle pas tout homme à vendre tout ce qu’il possède et à le donner aux pauvres, mais il appelle tout homme à se détacher intérieurement de toute richesse, qu’elle soit matérielle, affective ou spirituelle. Pourquoi ? Parce qu’"il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu." (Mc 10, 25) On comprend la stupéfaction des disciples. La richesse n’est-elle pas une bénédiction de Dieu ? Et quel homme ne possède aucune richesse, n’est attaché à aucun bien ? D’où leur question : "Mais alors, qui peut être sauvé ?" (Mc 10, 26) Jésus les regarde et répond : "Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu." (Mc 10, 27) Autrement dit, le salut ne s’acquière pas d’abord par les efforts de l’homme, il est le fruit d’une grâce, d’un don gratuit de Dieu.

Oserons-nous demander une telle grâce ? Pour quoi le ferions-nous ? La parole de Pierre, "voilà que nous avons tout quitté pour te suivre" (Mc 10, 28), va permettre à Jésus de nous répondre de manière claire et solennelle: "Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle." (Mc 10, 29‑30) On peut rapprocher cette parole d’une autre de Jésus, qu’on trouve dans l’évangile de Jean : " Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance." (Jn 10, 10) Celui qui suit le Christ expérimente vraiment cette surabondance : surabondance de biens, car le pauvre est riche de tous les biens, et surabondance de relations, car celui qui a quitté ses proches pour le Christ reçoit beaucoup de frères à aimer comme ses égaux, de mères qui l’enfantent d’une manière ou d’une autre à la vie divine, d’enfants qu’il enfante lui-même à cette vie. En revanche, il ne reçoit pas d’autre père, car il n’aura jamais qu’un seul Père, Celui qui est aux cieux. Saint Marc est le seul à ajouter à cette liste les persécutions. Cela nous semble paradoxal, et pourtant : elles font partie de la surabondance de la vie divine, elles sont de véritables grâces. Souvenons-nous des béatitudes : "Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice … Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi…" (Mt 5, 10‑11) Tout comme la mort est le passage obligé vers la résurrection, les persécutions sont des passages obligés pour les témoins du Christ qui n’ont pas peur d’annoncer l’Evangile à temps et à contretemps.

Frères et sœurs, que devons-nous faire pour obtenir en héritage la vie éternelle ? Nous diriger vers le Père, qui seul est bon, en pratiquant les commandements de Moïse et surtout les préceptes évangéliques du Christ, avec la grâce de Dieu lui-même, et en goûtant le long du chemin l’abondance de vie qu’Il ne cesse de vouloir nous donner. Cette semaine, demandons dans la prière au Seigneur de nous éclairer sur les richesses auxquelles nous ne sommes pas encore capables de renoncer, et de nous donner sa grâce pour y parvenir. Et pourquoi ne pas prendre aussi une heure pour lire ou relire la première partie de la magnifique encyclique de Jean-Paul II sur la Splendeur de la Vérité, consacrée à un commentaire de l’évangile que nous venons d’entendre ? Que Dieu nous bénisse. P. Arnaud Duban

4 oct . 2009 : 27ème dimanche ordinaire (Mc 10, 2-16)

Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient : "Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?" Jésus dit : "Que vous a prescrit Moïse ?" Ils lui répondirent : "Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation." Jésus répliqua : "C'est en raison de votre endurcissement qu'il a formulé cette loi. Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !" De retour à la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur répond : "Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère." On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : "Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas." Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.

L'homélie

• Quel rôle voulons-nous jouer dans notre paroisse ?

Frères et sœurs, quelle place voulons-nous tenir dans l’Eglise ? Quel rôle voulons-nous jouer dans notre paroisse ? Les textes de ce dimanche vont nous aider à réfléchir sur le thème de la complémentarité des rôles, d’abord au sein d’un couple, ensuite au sein d’une communauté.

"L'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un" (Gn 2,24). L’unité entre l’homme et la femme est voulue par Dieu depuis le commencement, elle est donc possible et bonne.

Cette unité, pourtant, est difficile, parce que l’homme et la femme sont blessés par le péché. "A la femme, Dieu dit : Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi.” (Gn 3, 16) Malheureusement, tous les divorces et séparations que nous voyons autour de nous manifestent la difficulté de l’unité.

Comment éviter que le péché et les blessures l’emportent ? En se laissant guérir et transformer par l’Esprit Saint. Il unifie l’homme et la femme, comme il unifie le Père et le Fils. De même que le Père donne tout à son Fils, et que le Fils reçoit tout de son Père, l’homme et la femme sont appelés à se donner et à se recevoir l’un de l’autre. Non seulement la nature les a rendus complémentaires, mais leurs caractères et compétences particulières, fruits de leurs histoires respectives, sont autant de dons qu’ils peuvent s’apporter l’un à l’autre. L’unité n’est donc pas fruit de l’uniformité, mais de l’amour dans la diversité. Elle n’est pas non plus statique : au contraire, elle peut devenir de plus en plus solide. Le temps, loin d’éroder l’amour, peut lui permettre de grandir sans cesse.

Mais comment vivre pleinement cette complémentarité ? Le Christ nous répond : en accueillant le Royaume à la manière des enfants (cf. Mc 10,15). Parce qu’ils sont dépendants, incapables de maîtriser leurs vies par eux-mêmes, ils attendent tout de leurs parents et des adultes qui les accompagnent. Ils sont capables de s’abandonner dans la confiance. De même, le mari et la femme sont appelés à  ne pas vouloir tout maîtriser isolément, mais à accueillir la volonté de Dieu sur eux. Un couple ne peut être uni que s’il fait de la place à Dieu en son sein.

Passons à une seconde étape : ce qui est vrai pour le couple l’est aussi pour une communauté. Pour la famille, dès qu’il y a des enfants, mais aussi pour une paroisse. L’unité est possible entre les paroissiens, alors que nous sommes tous marqués par le péché et par les blessures. Comment cette unité est-elle possible ? De la même manière que dans le couple : en nous donnant et en nous recevant les uns des autres. L’Esprit veut donner à chacun une place et un rôle particulier dans une paroisse. Tous, nous avons des caractères et des compétences différents et donc complémentaires. Souvenons-nous de ce qu’écrivait saint Paul aux Corinthiens :

"Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. […] Le corps humain se compose de plusieurs membres, et non pas d'un seul. Le pied aura beau dire : “Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps”, il fait toujours partie du corps. L'oreille aura beau dire : “Je ne suis pas l'œil, donc je ne fais pas partie du corps”, elle fait toujours partie du corps. […] L'œil ne peut pas dire à la main : “Je n'ai pas besoin de toi” ; la tête ne peut pas dire aux pieds : “Je n'ai pas besoin de vous” […] Dieu a organisé le corps de telle façon qu'on porte plus de respect à ce qui en est le plus dépourvu : il a voulu qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l'honneur, tous partagent sa joie." (1 Co 12, 12‑26)

Prenons exemple sur la petite Thérèse, que nous avons fêtée jeudi. C’est en méditant sur ces paroles de Paul qu’elle a découvert sa vocation :

"La charité me donna la clé de ma vocation. Je compris que si l'Eglise avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas; je compris que l'Eglise avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d'Amour. Je compris que l'Amour seul faisait agir les membres de l'Eglise, et que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang... Je compris que l'Amour renfermait toutes les vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux...; en un mot, qu'il est éternel !... O Jésus, mon amour... ma vocation, enfin je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'amour !... Oui, j'ai trouvé ma place dans l'Eglise et cette place, O mon Dieu, c'est vous qui me l'avez donnée... dans le Cœur de l'Eglise, ma Mère, je serai l'Amour... ainsi, je serai tout... ainsi mon rêve sera réalisé !!!"... (Lettre à Sœur Marie du Sacré-Cœur, le 8 sept.1896)

La petite Thérèse s’est reconnue dans le cœur de l’Eglise. Saint François, dont c’est la fête aujourd’hui, se serait peut-être reconnu dans la bouche, tant il aimait annoncer l’Evangile. Et nous-mêmes, frères et sœurs, avons-nous trouvé notre place dans l’Eglise ? Certes, nous sommes tous appelés à aimer, comme la petite Thérèse, et chacun d’entre nous peut apporter aux autres sa prière, son sourire, sa participation active aux eucharisties… De même, nous pouvons tous parler parfois du Christ, comme le faisait saint François. Mais, en plus de cela, quel rôle plus spécifique voulons-nous jouer dans la paroisse Notre-Dame d’Auteuil ? Que voulons-nous y donner ? Et que voulons-nous y recevoir ?

C’est à ces questions que vous êtes appelés à répondre dans le questionnaire que nous allons vous distribuer maintenant, et que vous nous remettrez dans 5 ou 6 minutes. Si vous avez besoin de plus de temps pour y répondre, vous pourrez les emporter chez vous et nous les redonner dans la semaine ou dimanche prochain. Ensuite, il nous faudra du temps – sans doute plusieurs mois – pour lire et analyser vos réponses, et éventuellement vous contacter. Demandons à l’Esprit Saint de vous éclairer pour que vos réponses reflètent le désir de Dieu sur chacun d’entre vous, et vous aident à trouver votre place et votre rôle dans notre paroisse. P. Arnaud Duban

27 sept. 2009 : 26ème dimanche ordinaire (Mc 9, 38-43.47-48)

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : "Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent." Jésus répondit : "Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n'est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer. Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas. Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas."

L'homélie

• Mes mains, mes pieds, mes yeux, qu'en faire  ?

...

Frères et sœurs, à quoi sommes-nous capables de renoncer pour le Christ ? Sommes-nous prêts à témoigner de lui par toute notre manière de vivre ? Aujourd’hui, nous verrons que le Christ nous appelle à éviter d’abord tout sectarisme (ce sera la première partie) et ensuite toute forme de contre-témoignage (ce sera la seconde partie).

I. Après le récit de la Transfiguration, qui précède de peu le passage que nous venons d’entendre, les disciples ont cherché à chasser un démon d’un enfant épileptique, mais ils n’ont pas réussi. Et voilà que certains, en dehors du groupe des disciples, ont voulu imiter Jésus et eux ont réussi à expulser des démons en son nom ! Les disciples sont tellement jaloux qu’ils ont cherché à les en empêcher… Ce n’est pas un hasard si c’est Jean qui le rapporte à Jésus. L’Evangile le présente avec un tempérament passionné. Jésus lui a donné, ainsi qu’à son frère Jacques, le surnom de boanerguès, c’est-à-dire "Fils du tonnerre" (Mc 3,17). Jésus ne reproche pas à Jean son caractère passionné, mais il lui reproche son sectarisme : "Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n'est pas contre nous est pour nous". Et il ajoute : "Celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense".

Les disciples du Christ sont-ils les seuls capables d’agir selon l’Evangile ? N’oublions pas ce que Jésus avait dit à Nicodème : l’Esprit, comme le vent, "souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va" (Jn 3, 8) La preuve nous en est donnée dans le livre des Nombres. Alors qu’Eldad et Medad, qui n’étaient pas venus à la tente de la Rencontre avec les autres anciens, se mettent à prophétiser sous l’action de l’Esprit, Josué veut les arrêter. Mais Moïse a l’esprit plus large que celui de son serviteur : "Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes !" De multiples preuves nous sont également fournies par l’histoire. En ce moment, le film L’armée du crime qui passe sur les écrans retrace le combat qu’ont mené dans le Paris occupé par les allemands un groupe de jeunes immigrés juifs ou communistes qui voulaient libérer la France. Vingt-trois d’entre eux ont été condamnés à mort en février 1944. Dans le document Gaudium et Spes du Concile Vatican II, les Pères ont souligné que la grâce agit dans tous les hommes de bonne volonté et que "l'Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu seul connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal" (GS 22).

II. Ainsi, Jésus manifeste sa totale ouverture de cœur. Mais cette ouverture n’est pas du laxisme, de l’indifférence au mal. Il le prouve en ajoutant aussitôt des paroles de la plus haute radicalité : "Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer."

La fougue que Jean éprouve dans son cœur, il lui faut l’employer non pour chasser les autres, mais pour chasser le mal qui est dans son cœur. Plutôt que de veiller à ce que certains n’entrent pas sans permission dans le groupe des disciples, il devrait veiller à ce que personne n’en sorte à cause d’un scandale. Jésus songe ici particulièrement aux petits qui croient en lui, c’est-à-dire à ceux dont la foi est fragile et qui s’appuient beaucoup sur l’exemple des autres. Nous connaissons tous des personnes qui ont cessé de venir à la messe ou de prier après avoir vécu une mauvaise expérience : un prêtre qui les a mal reçus ou a dit un mot malheureux lors d’une confession, un chrétien pratiquant qui a porté un contre-témoignage en n’agissant pas selon l’Evangile… Combien de fois avons-nous entendu ce discours : les chrétiens sont des hypocrites, ils vont à la messe le dimanche mais ensuite, leur vie ne ressemble pas à ce qu’ils professent… Certes, ce type de discours peut cacher lui-même une hypocrisie, il peut être une bonne excuse pour ne pas s’engager à la suite du Christ. Cependant, il nous faut reconnaître qu’il n’est malheureusement pas dénué de tout fondement. Les pères du Concile Vatican II l’ont exprimé clairement, à nouveau dans la constitution Gaudium et Spes : "Dans la genèse de l'athéisme, les croyants peuvent avoir une part qui n'est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l'éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d'eux qu'ils voilent l'authentique visage de Dieu et de la religion plus qu'ils ne le révèlent." (GS 19)

Nous-mêmes, frères et sœurs, n’avons-nous jamais porté de contre-témoignage ? N’avons-nous jamais scandalisé l’un de ces petits qui croient au Christ ? A chaque fois que nous nous écartons de l’Evangile par notre péché, c’est ce que nous risquons de faire… Alors, comment éviter cela ? Le Christ nous répond par des paroles très fortes : "Si ta main t'entraîne au péché, coupe-la… Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le… Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le" et à chaque fois, il nous révèle la raison de ses conseils qui paraissent insensés : il vaut mieux entrer manchot, estropié ou borgne dans la vie éternelle que d'être jeté avec tous ses membres dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. Ainsi, de notre refus radical du péché dépend à la fois notre salut et celui de nos frères.

Mais que signifient au fond les paroles du Christ ? Mes mains, je peux les tendre pour donner ou pour saluer, ou bien je peux les fermer pour garder pour moi ou pour frapper l’autre. Mes pieds, je peux les utiliser pour m’approcher de l’autre qui a besoin de moi, ou bien pour le fuir. Mes yeux, je peux m’en servir pour contempler Dieu dans la nature ou à travers le visage de l’autre, ou bien pour désirer l’autre de manière impure. Le bon samaritain, en allant de Jérusalem à Jéricho, a su lever les yeux sur l’homme blessé qui gisait sur le chemin, il s’est approché de lui, il l’a pris dans ses bras pour le mettre sur sa monture. Alors, nous-mêmes, prenons exemple sur lui.

Servons-nous de notre corps, qui est l’instrument de notre cœur, pour servir Dieu et nos frères. Lorsque nous sommes tentés d’agir autrement que selon l’Evangile, soyons radicaux avec nous-mêmes. Souvenons-nous de saint Benoît et de saint François d’Assise. De tous les deux, il nous est raconté qu’un jour où ils étaient tentés par la chair, ils s’étaient roulés nus dans les épines, versant littéralement leur sang pour vaincre la tentation. Ou encore, soyons comme les serpents qui, lorsqu’on les attrape par la queue, sont capables de s’en débarrasser et de s’enfuir avec leur seule tête.

Frères et sœurs, la question que je peux me poser aujourd’hui est : et moi, par quoi suis-je souvent tenté ? Qu’est-ce qui m’empêche de vivre pleinement selon l’Evangile ? A quoi dois-je renoncer ? A chacun de méditer et de répondre…

En conclusion, le Seigneur nous appelle à avoir un cœur à la fois ouvert aux autres et refusant toute compromission avec le mal en nous-mêmes. Bien souvent, nous faisons exactement l’inverse, en étant durs avec les autres et indulgents envers nous-mêmes. Alors, demandons à l’Esprit Saint la grâce de la ferveur spirituelle afin de savoir reconnaître les signes de son action parmi tous les hommes, et acceptons de renoncer à tout ce qui nous empêche d’œuvrer pleinement à l’avènement du Royaume de Dieu. Cette semaine, veillons à ce que nos paroles et nos comportements ne voilent d’aucune manière le visage d’amour du Christ. P. Arnaud Duban

20 sept. 2009 : 25ème dimanche ordinaire (Mc 9,30-37)

Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu'on le sache. Car il les instruisait en disant : "Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera." Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l'interroger. Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demandait : "De quoi discutiez-vous en chemin ?" Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S'étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : "Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous." Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d'eux, l'embrassa, et leur dit : "Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille ne m'accueille pas moi, mais Celui qui m'a envoyé."

Deux homélies

• Qu’est-ce qu’être diacre ?

Ce dimanche à 11h Mgr Jérôme Beau célèbrait l’ordination de deux séminaristes, Grégoire Froissart et Sébastien Waeffler. Ils sont ordonnés en vue du sacerdoce. C’est une grande chance pour la paroisse Notre-Dame d’Auteuil d’accueillir cette ordination après une année consacrée à prier pour les prêtres et les vocations.

Comme les évêques, les prêtres restent aussi diacres toute leur vie. Aussi  est-ce l’occasion de nous poser la question "qu’est-ce qu’être diacre ?". Qu’entend-on par la diaconie de l’Eglise ? Mais aussi en quoi la nature de ce ministère concerne-t-elle chaque baptisé ?

Les textes de la Parole de ce jour vont nous aider à répondre à ces questions. Tout particulièrement ce que nous dit Jésus dans le passage de l’évangile de Marc : "Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous". Le diacre est ordonné pour être Serviteur, comme le Christ s’est fait le serviteur de tous, et pensons à ce geste de Jésus du lavement des pieds de ses disciples. Le diacre est configuré au Christ serviteur. Il reçoit le sacrement de l’ordre pour être signe visible, certes imparfait, du Christ serviteur.

Cette annonce de Jésus intervient dans un contexte que ne comprennent pas ses disciples. Pour la deuxième fois, Jésus leur annonce sa Passion et sa mort comme Serviteur du dessein du salut de Dieu sur le monde. Les disciples sont sur un autre registre ; ils discutent pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand.  L’enseignement de Jésus est fondamental. Jésus n’est pas en recherche de pouvoir. Jésus est Serviteur de tous et notamment des plus petits, des plus pauvres, des délaissés. Voilà ce qui est grand aux yeux de Dieu.

De là découle le sens de l’ordination au diaconat : le diacre est serviteur ; il est serviteur de la Parole, il est serviteur de la liturgie, il est serviteur de la charité.

Il est serviteur de la Parole. Comme le cardinal Clàudio Hummes, préfet de la Congrégation pour le clergé, l’a écrit dans une lettre adressée à tous les diacres permanents le 10 août dernier : "Comme ministre ordonné, les diacres ont reçu du Seigneur, par la médiation d l’Eglise, la tâche de la prédication de la Parole de Dieu à tous les hommes jusqu’aux extrémités de la terre […] cette Parole prend la forme d’ une voix, celle de la Révélation, d’un visage, celui de Jésus-Christ, et d’un chemin, celui de la Mission."

Le diacre est serviteur de la liturgie. Sa participation à l’autel est service du Christ et service de l’Eglise. Il est le lien entre l’assemblée et le célébrant ; il prépare la table de l’autel avec le pain, "fruit de la terre et du travail des hommes", avec le vin, "fruit de la vigne et du travail des hommes" ; par la transmission de la paix du Christ à l’assemblée qui forme le corps du Christ, et par l’envoi de l’assemblée en mission à la fin de l’eucharistie.

Le diacre est serviteur de la charité, serviteur des petits, serviteur des malades, des plus démunis. Comme dit Jésus dans l’évangile de ce jour "Celui qui accueille le plus petit, c’est moi qu’il accueille". Comme visage du diacre, serviteur de la charité, je pense à Jean Gras, diacre de Paris, dont nous avons célébré les obsèques jeudi dernier. Il est ordonné diacre en même temps que moi, il y a onze ans. C’est un homme qui a une foi profonde, il est profondément bon, proche des gens, et tout particulièrement des handicapés, et des pauvres. A la maison Saint Jean de Malte, il s’occupe de polyhandicapés avec lesquels notamment il célébre les vêpres chaque vendredi et fait un partage d’évangile. Avec l’association "Amitiés Villette" qui visite des malades du quartier, leur apporte la communion et aussi organise un pèlerinage à Lourdes chaque année, il fonde une "Epicerie solidaire" pour des familles envoyées par les Assistantes sociales. Quand le cardinal André Vingt-Trois lance en décembre dernier l’opération "Hiver solidaire" pour héberger des SDF pendant les grands froids, il se porte aussitôt volontaire pour organiser l’accueil et l’hébergement de quatre SDF du quartier qu’il connait bien, non pas quelques jours de grand froid, mais pendant les quatre mois de l’hiver. Et il confie à ceux qui travaille avec lui : "Cet accueil des SDF, c’était le rêve de ma vie". Comme me le disait une des paroissiennes de St Jacques St Christophe de la Villette, tout le monde l’aimait. Il écoutait, et il parlait doucement à chacun. Ceux qui n’allaient pas bien dans leur âme ou dans leur corps allaient spontanément vers lui. Serviteur de la Parole, il savait en quelques mots dire des paroles de Jésus, des paroles de miséricorde, et de réconfort.

Oui, Jean Gras est la figure du diacre, serviteur du Christ et de sa Parole, serviteur de l’Eglise et de la liturgie, serviteur de la charité auprès de tous. Il est un témoignage pour tous les diacres. Il est aussi un témoignage pour tous les chrétiens pour que chacun vive pleinement sa vocation de baptisé, et que tous les chrétiens vivent la diaconie de l’Eglise.

Et nous, comment vivons-nous concrètement notre baptême ? Notre foi et notre charité sont-elles, pour ceux que nous côtoyons, le signe visible qu’à travers nous, c’est le Christ qui agit dans le monde, qui transforme le monde par son amour? Sommes-nous le signe du Christ qui aime le monde, qui aime tous les hommes et tout particulièrement ceux qui sont faibles, malades, handicapés, rejetés ? Savons-nous aider nos proches, et notamment les jeunes à sortir de l’athéisme, du scepticisme, de l’indifférence du monde, pour vivre l’amour, l’espérance, et la foi ?

Oui, chers frères et sœurs, ce dimanche, prions tout particulièrement pour Grégoire et Sébastien qui sont ordonnés diacres, et prions pour que ces témoignages qu’ils nous apportent du don de leur vie pour Dieu, pour l’Eglise et pour tous les hommes, soient pour nous l’occasion de faire nôtres ces paroles de Jésus : "Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous". Jean-Pierre Chaussade, diacre

• Et moi, comment puis-je servir les autres ?

Dimanche dernier, à Césarée de Philippe, Jésus a annoncé pour la première fois à ses disciples sa Passion à venir. Nous nous souvenons de la réaction de Pierre, qui lui avait fait de vifs reproches. Aujourd’hui encore, nous assistons à un nouveau décalage. Pour la deuxième fois, Jésus annonce sa Passion et cette fois, Marc précise que ce n’est plus Pierre seulement mais tous les disciples qui ne comprennent pas ses paroles et craignent de l’interroger. Ils se souviennent certainement de la réaction de Jésus aux paroles de Pierre : "Arrière Satan ! Tes paroles ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes" ! Mieux vaut se taire pour éviter une pareille réaction et continuer tranquillement la route.

En marchant, les disciples discutent. Cherchent-ils à pénétrer le sens des paroles de leur maître ? Loin de là, ils se demandent qui est le plus grand. Pas étonnant qu’ils se taisent à nouveau lorsque Jésus leur demande l’objet de leur échange. Ils doivent se sentir honteux de leur comportement. Pourtant, Jésus ne se met pas en colère. Profitant de l’occasion, il s’assoit et leur dit :"Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous." Voilà une logique bien loin des raisonnements humains, dont nous ne saisissons peut-être plus le caractère révolutionnaire tant nous sommes habitués à l’entendre. Pour appuyer sa Parole, Jésus prend un enfant et ajoute : "Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille ne m'accueille pas moi, mais Celui qui m'a envoyé." A l’époque, les enfants n’avaient pas la place qu’ils ont aujourd’hui, ils ne disposaient pas des mêmes attentions et des mêmes droits. Et Jésus ose affirmer qu’accueillir un enfant, c’est accueillir Dieu lui-même !

Ainsi, on constate que la logique divine est en contradiction avec la logique humaine. Elle nous dérange, comme elle a dérangé Pierre et les autres disciples. C’est ce qu’atteste le livre de la Sagesse lorsqu’il évoque la figure du Juste.  "Ceux qui méditent le mal se disent en eux-mêmes : ‘Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s'oppose à notre conduite, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu […] Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience’". La Passion du Christ était donc prévisible, et Jésus l’avait bien compris, à la lumière à la fois des Ecritures et du comportement de ses contemporains.

Quelles sont les conséquences de cette logique qui refuse la sagesse divine et cherche à s’élever au-dessus des autres ? Saint Jacques nous répond : "la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d'actions malfaisantes". Alors pourquoi un tel refus ? L’apôtre répond également : à cause des instincts qui mènent leur combat en nous-mêmes. Contrairement à ce qu’affirmait Rousseau, ce n’est pas la société qui corrompt l’individu, parfaitement bon au départ. L’homme naît avec un handicap, celui du péché originel. Celui-ci obscurcit son intelligence, affaiblit sa volonté, fragilise son affectivité. L’homme sans la grâce ne peut que faire la même expérience que saint Paul : "Ce qui est à ma portée, c'est d'avoir envie de faire le bien, mais non pas de l'accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas." (Rm 7, 18‑19)

Alors, comment être libérés de notre servitude ? Comment acquérir la sagesse divine, qui "est d'abord droiture, et par suite paix, tolérance, compréhension, pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie" ? En écoutant le Christ, qui nous appelle à devenir  les derniers de tous et les serviteurs de tous. Il y a en nous des instincts de grandeur et de puissance. Il nous faut réprimer ces instincts, et laisser jaillir en nous l’Esprit Saint. Tout comme il y a plus de joie à donner qu’à recevoir (parole de Jésus rapportée par saint Paul, Ac 20,35), il y a plus de joie à servir qu’à être servi. Depuis saint Grégoire le Grand, le Pape reçoit le titre de serviteur des serviteurs de Dieu. De même, le chrétien est par nature un serviteur. 

Cette vocation au service peut nous faire peur et soulever plusieurs questions. D’abord, comment puis-je servir les autres ? Ensuite, où trouverai-je le temps et la force de servir, dans une vie déjà bien chargée et difficile ? Je peux être tenté, soit de ne pas servir, soit de le faire pour me donner bonne conscience, dans l’agitation, comme Marthe lorsqu’elle reçut Jésus chez elle. Il le lui reprocha d’ailleurs : "Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée.” (Lc 10, 41‑42) Autrement dit, le service des autres doit s’accompagner de la prière et de l’écoute de la Parole de Dieu, qui nous permet de demeurer unis au Seigneur  au sein même de nos occupations. Cet appel à la prière nous fait peut-être plus peur encore que celui au service. Comment trouver le temps dans nos journées surchargées ? La prière n’a pas forcément besoin d’être très longue, mais profonde. C’est à chacun de trouver du temps pour Dieu, selon son devoir d’état.  Saint François de Sales mettait en garde contre une dévotion déréglée, rappelant que l’évêque, le religieux et l’artisan n’avaient pas reçu les mêmes obligations. Mais il ajoutait : "la dévotion ne gâte rien quand elle est vraie, au contraire elle perfectionne tout […] L'abeille, dit Aristote, tire son miel des fleurs sans les intéresser, les laissant entières et fraîches comme elle les a trouvées ; mais la vraie dévotion fait encore mieux, car non seulement elle ne gâte nulle sorte de vocation ni d'affaires, ainsi au contraire elle les orne et embellit. Toutes sortes de pierreries jetées dedans le miel en deviennent plus éclatantes, chacune selon sa couleur et chacun devient plus agréable en sa vocation la conjoignant à la dévotion : le soin de la famille en est rendu paisible, l'amour du mari et de la femme plus sincère, le service du prince plus fidèle, et toutes sortes d'occupations plus suaves et amiables".

Frères et sœurs, durant les mois à venir, prenons du temps pour le Seigneur dans la prière. Alors, il nous éclairera et nous fortifiera, pour que nous puissions au mieux le servir. Alors, non seulement notre service ne nous épuisera pas, mais il nous procurera un immense bonheur, et notre vie deviendra plus belle et plus lumineuse. P. Arnaud Duban

13 sept. 2009 : 24ème dimanche ordinaire (Mc 8,27-35)

Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait : "Pour les gens, qui suis-je ?" Ils répondirent : "Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes." Il les interrogeait de nouveau : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre prend la parole et répond : "Tu es le Messie." Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne. Et, pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : "Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes." Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera."

L'homélie

"Pour vous, qui suis-je ?" Voici la question essentielle que Jésus pose à ses disciples et qu’il pose à chacun d’entre nous.  Elle conditionne toute notre vie de foi et donc notre vie tout court. Jésus est-il pour nous un ami si cher que nous soyons prêts à souffrir pour lui et avec lui, ou n’est-il qu’un personnage lointain que nous croyons être le Fils de Dieu parce que nous l’avons appris au catéchisme mais avec qui nous n’entretenons aucune relation d’intimité ?

Lorsque Jésus pose la question à ses disciples, il les accompagne depuis de longs mois. Ils ont pu l’écouter, le voir réaliser des miracles, manger avec lui… Pour les gens, il est maintenant considéré comme un prophète, au même titre qu’Elie ou Jean Baptiste. Mais eux, qui le côtoient de plus près parce qu’ils ont tout quitté pour le suivre, que croient-ils ? C’est Pierre qui répond, peut-être au nom de tous : "Tu es le Messie".  Jésus est plus qu’un simple prophète, il est celui que Dieu a envoyé pour sauver son peuple.

En entendant cette réponse, Jésus doit être satisfait.  D’ailleurs, dans l’évangile de Matthieu parallèle à celui de Marc que nous venons d’entendre, il félicite Pierre pour cette réponse, que son propre Père lui a révélée.  Cependant, il défend alors vivement à ses disciples de parler de lui à personne. Pourquoi cette injonction ? Parce que dans l’esprit des juifs de l’époque, le messie doit être un personnage puissant et glorieux, un roi à l’image de David qui chassera les romains de leur territoire.  Or, telles ne sont pas l’identité et la mission de Jésus.  Lui est venu non pour libérer les juifs de l’oppresseur étranger, mais pour sauver tous les hommes du péché. Comme seule arme, il ne possède que sa Parole.  Non seulement il ne fera violence à personne, mais il subira lui-même la violence. Le prophète Isaïe l’avait annoncé de manière saisissante, à tel point qu’on l’appelle parfois le 5ème évangéliste.  "Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe". Les quatre chants qui décrivent le serviteur souffrant sont bien loin de l’image glorieuse du messie davidique, et il semble que beaucoup de juifs l’interprétaient comme l’image du peuple souffrant, par exemple lors de l’exil à Babylone.

Conscient de tout cela, Jésus préfère cacher encore son identité messianique à la foule, et en éclairer le sens pour ses disciples. "Pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite". Il se nomme ici Fils de l’homme, allusion à un personnage du livre de Daniel à qui il est remis la royauté, mais au prix d’un combat acharné avec les forces du mal.

Comment les disciples réagissent-ils à ces paroles ? Pour Pierre, ce discours est inacceptable. Jésus casse le moral des troupes ! Aussi se permet-il de faire de vifs reproches à son maître, tout simplement.  Mais Jésus réagit tout aussi vivement, et il interpelle Pierre en prenant soin que la scène se passe aux yeux des disciples, car ils sont tout aussi concernés : "Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes". C’est Satan, autrement dit l’Adversaire, qui cherche à tenter Jésus comme il l’a fait au désert, et à le détourner de sa mission. Pierre est encore bien fragile dans sa foi : après avoir parlé sous l’inspiration de Dieu, il s’est fait le porte-parole de son plus grand ennemi…

Pour enfoncer le clou, Jésus appelle la foule et ajoute : "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera." Cette parole corrobore ce qu’il avait déjà dit dans le sermon sur la montagne : "Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux." (Mt 7, 21) Il ne suffit donc pas d’avoir la Foi pour être sauvés. Il faut encore que cette Foi soit vivante. Aussi saint Jacques peut-il écrire : "celui qui n'agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on peut lui dire : ‘Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n'agit pas ; moi, c'est par mes actes que je te montrerai ma foi’." Il rejoint ainsi saint Paul, qui écrivait aux galates : "dans le Christ Jésus […] ce qui importe, c'est la foi agissant par la charité." (Ga 5, 6)

Et nous, frères et sœurs, comment réagissons-nous aux paroles du Christ ? Pour nous, qui est-il vraiment ? N’est-il qu’un personnage lointain, que nous respectons comme on peut respecter le président de la République ou le chef de son entreprise, ou est-il un ami très cher pour qui nous serions capables de souffrir et de donner notre vie ? Pierre s’est fait reprendre par Jésus à Césarée de Philippe. Au moment de la Passion, il le reniera une seconde fois en refusant de se reconnaître comme son disciple. Mais après la résurrection, lorsque Jésus lui demandera : "Pierre, m’aimes-tu ?", il sera capable de répondre : "Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime." (Jn 21, 17) Et surtout, quelques années plus tard à Rome, il sera capable de lui donner sa vie. Et c’est bien cela que le Seigneur nous demande : la foi, sans amour, ne peut pas nous sauver. La preuve, c’est que les démons eux-mêmes ont la foi, ils ont même reconnu bien avant les hommes que Jésus était le Fils de Dieu. Notre foi doit être pleine d’amour, telle que celle de Pierre à la fin de sa vie.

En conclusion, pourquoi ne pas prendre Pierre pour modèle ? Comme lui à Césarée, ma Foi n’est sans doute pas encore assez vivante, assez animée par l’amour. Alors, pourquoi ne pas me rapprocher du Christ, pour qu’il devienne pour moi un ami de plus en plus cher ? Pour cela, pourquoi ne pas prier davantage, en méditant sur les évangiles qui me donnent à connaître Jésus ? Pourquoi ne pas profiter davantage des sacrements, qui me permettent de recevoir sa grâce ? Cette semaine, et les mois qui viennent, prenons le temps se nous rapprocher du Christ. Alors, notre Foi sera assez vivante pour que nous renoncions à nous-mêmes et que nous prenions notre croix pour le suivre jusqu’au bout, et pour pouvoir ainsi jouir avec lui de la vie éternelle. Père Arnaud Duban

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